A Peterhead, les pêcheurs dans la tempête du Brexit et de l'inflation

Des bateaux de pêche sont amarrés au port de Peterhead, sur la côte nord-est de l'Écosse, le 7 septembre 2023. (AFP)
Des bateaux de pêche sont amarrés au port de Peterhead, sur la côte nord-est de l'Écosse, le 7 septembre 2023. (AFP)
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Publié le Lundi 25 septembre 2023

A Peterhead, les pêcheurs dans la tempête du Brexit et de l'inflation

  • Le secteur de la pêche, poids plume économique, a pourtant été la figure de proue de la campagne pour la sortie britannique de l'Union européenne, réclamant plus de quotas de pêche dans la mer du Nord et la Manche, jugés inéquitablement répartis
  • Les politiciens se sont succédé dans les ports de Grimsby, au nord-est de l'Angleterre, ou à Peterhead, où se trouve l'un des principaux ports de pêche du pays et le plus important marché de gros d'Europe pour le poisson blanc

PETERHEAD, ROYAUME-UNI: Les pêcheurs de Peterhead espéraient un "océan d'opportunités" du Brexit, ils ont eu une vague de complications et de surcoûts, avant même la déferlante de l'inflation au Royaume-Uni.

"Ça a été les pires trois années" de sa carrière, explique à l'AFP Mark Addison, devant son chalutier, le Benarkle II, amarré juste derrière le marché aux poissons de Peterhead, au nord de l'Ecosse.

"Le Brexit puis la guerre en Ukraine", qui a fait flamber les coûts du carburant et des équipements tels que les filets de pêche, "c'étaient vraiment deux coups durs l'un après l'autre", ajoute le pêcheur à la barbe rousse, yeux clairs et combinaison bleu marine.

Le secteur de la pêche, poids plume économique, a pourtant été la figure de proue de la campagne pour la sortie britannique de l'Union européenne, réclamant plus de quotas de pêche dans la mer du Nord et la Manche, jugés inéquitablement répartis.

Les politiciens se sont succédé dans les ports de Grimsby, au nord-est de l'Angleterre, ou à Peterhead, où se trouve l'un des principaux ports de pêche du pays et le plus important marché de gros d'Europe pour le poisson blanc.

L'ex-Premier ministre Boris Johnson, alors en campagne pour les législatives de 2019, avait promis "un océan d'opportunités".

Aujourd'hui, ceux qui espéraient beaucoup du Brexit estiment qu'on leur a vendu "un mensonge", comme Mark Addison.

Il voit favorablement la hausse des quotas de pêche en faveur du Royaume-Uni prévue dans l'accord de libre-échange post-Brexit avec Bruxelles, entré en vigueur début 2021. Mais il est confronté aux retombées indirectes de la sortie de l'UE pour ses clients qui exportent vers le continent.

"Il y a des problèmes de queues aux postes frontières pour les passeports et les formulaires de douane, des problèmes de groupage (de cargaisons) dans les camions, il y a toujours quelque chose", énumère-t-il.

Lorsqu'une cargaison de poisson, denrée périssable s'il en est, est perdue ou retardée, cela plombe le prix offert par les exportateurs sur les ventes suivantes pour ses merlans, haddocks, ou autres cabillauds.

«Il faut faire avec»

Cela le force à se montrer plus sélectif. Les poissons dont la chair s'abime vite, ça ne vaut plus la peine, dit-il, alors qu'avant la sortie de l'UE, il prenait tout ce qu'il pouvait dans ses filets avec l'assurance d'en tirer bon prix.

Mais comme il l'explique avec un regard résigné: "J'ai trois fils sur ce bateau. Quand vous êtes une petite affaire de famille, il faut bien faire avec."

"Il y a sans aucun doute des grosses affaires qui ont bénéficié" du Brexit, analyse Bryce Stewart, spécialiste de la pêche et de l'écologie marine à l'université d'York. Mais "les petites affaires, qui forment la majorité de la flotte du pays, n'en ont tiré aucun profit, voire en ont pâti".

Dans la halle du marché de Peterhead, grande comme un terrain de football, des centaines de caisses de poisson sont alignées au petit matin sous la lumière blafarde de néons.

Une cinquantaine de marchands en bottes de plastique et cirés procèdent aux enchères du jour, enchérissant d'un coup d'oeil. En moins de deux heures, 6 000 caisses seront adjugées.

Graeme Sutherland, codirecteur de White Link Seafood, était pro-Brexit, comme une majorité de pêcheurs, mais admet que les promesses ne se sont pas concrétisées.

"On espère toujours après 2026 du côté des quotas de pêche", explique avec un sourire doux celui qui cogère une entreprise familiale de pêche et transformation qui emploie environ 200 personnes.

D'autant que la crise du coût de la vie se fait sentir: "les prix de vente sont plus serrés cette année sur le poisson haut de gamme. On voit que l'argent se fait rare", raconte-t-il à l'AFP.

Bryce Stewart estime quant à lui que l'UE n'a aucun intérêt à concéder plus de quotas après la période de transition allant jusqu'en 2026, et que le Royaume-Uni a peu de moyens de pressions sur l'Union, son plus gros marché.

Alistair Brown, qui dirige les opérations de Nolan Seafoods, n'a pas de mots assez durs. "Pour les sociétés de transformation de poissons, le Brexit a été un désastre qui n'amène que des coûts supplémentaires". Sans compter les pénuries d'employés. "Nous avons besoin de personnel étranger dans nos usines".

"Pour nous tout est tendu en ce moment à cause des coûts, de l'inflation. Tout dépend au final de nos clients, et ils demandent du poisson moins cher".


Suez remporte à Oman un des plus gros contrats de son histoire, dans la gestion de l'eau

Le géant des services à l'environnement Suez a remporté un contrat de gestion de l'eau de deux milliards d'euros sur 15 ans à Oman. (AFP)
Le géant des services à l'environnement Suez a remporté un contrat de gestion de l'eau de deux milliards d'euros sur 15 ans à Oman. (AFP)
  • Le géant des services à l'environnement Suez a remporté un contrat de gestion de l'eau de deux milliards d'euros sur 15 ans à Oman
  • Ce contrat, qui couvre la gestion et la maintenance des services d'eau potable et d'assainissement de la capitale Mascate et des gouvernorats de Sharqiyah Nord et Sharqiyah Sud, figure "dans le top 3 de l'histoire de Suez"

PARIS: Le géant des services à l'environnement Suez a remporté un contrat de gestion de l'eau de deux milliards d'euros sur 15 ans à Oman, un des plus importants de son histoire, a-t-il annoncé lundi.

Ce contrat, qui couvre la gestion et la maintenance des services d'eau potable et d'assainissement de la capitale Mascate et des gouvernorats de Sharqiyah Nord et Sharqiyah Sud, figure "dans le top 3 de l'histoire de Suez", a déclaré le directeur général du groupe, Xavier Girre, lors d'un entretien à l'AFP.

 

 


Air France reprend ses vols directs entre Riyad et Paris

 Air France a annoncé la reprise de ses vols directs entre Riyad et Paris, rétablissant une liaison stratégique entre le Royaume d'Arabie saoudite et la France après une suspension temporaire liée à la situation régionale. (AFP)
Air France a annoncé la reprise de ses vols directs entre Riyad et Paris, rétablissant une liaison stratégique entre le Royaume d'Arabie saoudite et la France après une suspension temporaire liée à la situation régionale. (AFP)
  • « L'Arabie saoudite est un marché d'une importance stratégique pour Air France, et nous sommes heureux de reprendre nos vols directs entre Riyad et Paris »
  • « Nous sommes de nouveau en mesure d'offrir à nos clients des solutions de voyage fluides, aussi bien pour les déplacements professionnels que pour les voyages de loisirs, tout en leur garantissant le niveau de service et l'hospitalité française »

RIYAD: Air France a annoncé la reprise de ses vols directs entre Riyad et Paris, rétablissant une liaison stratégique entre le Royaume d'Arabie saoudite et la France après une suspension temporaire liée à la situation régionale.

À compter de cette reprise, la compagnie française retrouvera son programme initial de trois vols hebdomadaires entre l'aéroport international King Khalid de Riyad et l'aéroport Paris-Charles de Gaulle, conformément à son programme de la saison estivale 2026.

Cette reprise intervient dans un contexte de renforcement des échanges économiques, touristiques et culturels entre les deux pays. Elle marque également la volonté d'Air France de consolider sa présence sur le marché saoudien, considéré comme l'un des plus stratégiques de la région.

« L'Arabie saoudite est un marché d'une importance stratégique pour Air France, et nous sommes heureux de reprendre nos vols directs entre Riyad et Paris », a déclaré Raza Syed, Country Manager Arabie saoudite et Égypte d'Air France-KLM.

Il a souligné que cette reprise reflète l'engagement à long terme du groupe envers le Royaume et permettra aux voyageurs de bénéficier à nouveau de l'ensemble du réseau international d'Air France-KLM grâce aux correspondances proposées depuis Paris. « Nous sommes de nouveau en mesure d'offrir à nos clients des solutions de voyage fluides, aussi bien pour les déplacements professionnels que pour les voyages de loisirs, tout en leur garantissant le niveau de service et l'hospitalité française qui font la réputation d'Air France », a-t-il ajouté.

Dans le cadre de cette reprise, Flying Blue, le programme de fidélité d'Air France et de KLM, lance une offre promotionnelle destinée aux voyageurs au départ du Royaume. Les passagers réservant leurs billets entre le 29 juin et le 13 juillet 2026 pourront cumuler trois fois plus de Miles, pour des voyages effectués jusqu'au 31 décembre 2026.

Horaires des vols

La liaison Riyad-Paris (AF685) sera assurée les mardis, jeudis et dimanches, avec un départ de Riyad à 8h45 et une arrivée à Paris à 14h25.

Le vol retour Paris-Riyad (AF684) opérera les lundis, mercredis et samedis, avec un départ de Paris à 23h20 et une arrivée à Riyad à 6h35 le lendemain.

Fondée en 1933, Air France emploie plus de 40 000 collaborateurs et, avec KLM et Transavia, fait partie du groupe Air France-KLM. Le groupe dessert plus de 300 destinations dans le monde grâce à une flotte de plus de 500 appareils et poursuit ses investissements dans la modernisation de sa flotte ainsi que dans la réduction de son empreinte environnementale.


La dette française dépasse les 3.500 milliards d'euros, en pleine préparation du budget 2027

La dette colossale de la France a dépassé la barre des 3.500 milliards d'euros au premier trimestre, en plein débat sur le budget 2027 et la maîtrise des finances publiques. (AFP)
La dette colossale de la France a dépassé la barre des 3.500 milliards d'euros au premier trimestre, en plein débat sur le budget 2027 et la maîtrise des finances publiques. (AFP)
  • La situation de la dette française est "assez délicate", estime Mathieu Plane, économiste de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), "parce qu'on n'est pas du tout dans une zone de stabilité ou de décrue"
  • "Depuis 2007, en points de PIB, la dette a quasiment doublé", car elle ne pesait alors que 65,5% du PIB

PARIS: La dette colossale de la France a dépassé la barre des 3.500 milliards d'euros au premier trimestre, en plein débat sur le budget 2027 et la maîtrise des finances publiques.

La dette publique a augmenté à 3.536,1 milliards d'euros, pour s'établir à 117,5% du produit intérieur brut (PIB), a annoncé jeudi l'Institut national de la statistique (Insee).

Cela représente une augmentation de 75,6 milliards d'euros par rapport à fin 2025, où elle était de 3.460,5 milliards d'euros, soit 115,7% du PIB. Elle avait alors baissé sur un trimestre mais continué à grimper par rapport à fin 2024, où elle était de 3.306,1 milliards et pesait 112,6% du PIB.

La situation de la dette française est "assez délicate", estime Mathieu Plane, économiste de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), "parce qu'on n'est pas du tout dans une zone de stabilité ou de décrue".

"Depuis 2007, en points de PIB, la dette a quasiment doublé", car elle ne pesait alors que 65,5% du PIB, ajoute-t-il. "On a depuis 20 ans des chocs macroéconomiques qui font que les dettes publiques ont beaucoup augmenté", mais "depuis quelques années la France décroche de la moyenne européenne".

Entre 2019 et 2025, la France a connu "la plus forte progression, après celle de la Finlande," de sa dette en points de PIB, relève le spécialiste des finances publiques François Ecalle.

"Ce qui l'explique, c'est le niveau du déficit", et "la plupart des gouvernements en sont responsables depuis 50 ans", estime-t-il.

Premier poste de l'Etat 

Deuxième économie de la zone euro derrière l'Allemagne, la France en est l'un des cancres budgétaires. Elle affiche le deuxième déficit le plus élevé, à 5,1% du PIB en 2025, derrière la Belgique (5,2%). Un niveau trop important pour lui permettre de stabiliser sa dette, la troisième plus élevée (par rapport au PIB) après celles de la Grèce et de l'Italie.

"Notre position relative, par rapport aux autres pays, s'est nettement dégradée", renchérit Bruno Cavalier, économiste chez Oddo BHF.

Dans le budget, le poste consacré au remboursement de la dette est devenu le premier de l'Etat, devant celui de l'Education (hors pensions), rappelait récemment le ministre français de l'Economie Roland Lescure lors d'un colloque à la Cour des comptes, évoquant un "coût de la dette record".

Le service de la dette de l'Etat devrait ainsi atteindre 64 milliards d'euros en 2026, et "pourrait augmenter jusqu'à 100 milliards dans les années qui viennent", avait-il ajouté.

"Notre charge d'intérêts de la dette va mécaniquement augmenter" car "le renouvellement de la dette va nous coûter plus cher qu'avant", souligne Mathieu Plane. "C'est très important d'être crédibles pour garantir un financement bon marché" des investisseurs.

Le gouvernement français veut afficher une trajectoire vertueuse: il s'est fixé comme objectif un déficit à 5% en 2026, avec une dette à 118,4% du PIB, avant de ramener son déficit sous 3% en 2029, avec une dette stabilisée à 118% du PIB.

Comité d'alerte 

Mais la tâche s'annonce ardue. Selon une étude réalisée par quatre économistes de l'Institut des politiques macroéconomiques et internationales (i-MIP), il existerait un peu plus d'une chance sur deux (55%) de rater la cible des 118% du PIB en 2029.

Le redressement des finances publiques est d'autant plus complexe que le gouvernement, en quête d'un budget pour 2027 - dont il doit présenter les grandes lignes mi-juillet -, a promis d'éviter les hausses d'impôts.

Pour faire le point sur la situation, il réunira prochainement un Comité d'alerte des finances publiques. Ce Comité devrait être l'occasion d'annoncer de nouvelles coupes budgétaires pour compenser le coût de la guerre au Moyen-Orient, après déjà 6 milliards d'euros d'économies présentées en avril.

Dans un contexte économique difficile, le gouvernement devrait aussi abaisser ses prévisions de croissance pour 2026, actuellement de 0,9%. La Banque de France a revu à la baisse les siennes à 0,5% du PIB (contre 0,9% avant). L'Insee, elle, table sur 0,7%.

Face à une équation budgétaire complexe, le ministre des Comptes publiques David Amiel a aussi missionné quatre économistes pour réfléchir à des scénarios de redressement des finances publiques dès 2027. Ils devraient rendre leurs conclusions début juillet.