Une force internationale va enfin être déployée en Haïti

Dans un récent rapport, Antonio Guterres soulignait que la crise économique, politique et sécuritaire que traverse Haïti s'est encore aggravée depuis un an (Photo de Richard PIERRIN / AFP).
Dans un récent rapport, Antonio Guterres soulignait que la crise économique, politique et sécuritaire que traverse Haïti s'est encore aggravée depuis un an (Photo de Richard PIERRIN / AFP).
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Publié le Mardi 03 octobre 2023

Une force internationale va enfin être déployée en Haïti

  • Alors que la violence des gangs qui contrôlent la majorité de la capitale Port-au-Prince ne cesse de s'aggraver, le Premier ministre haïtien Ariel Henry et le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres réclamaient depuis près d'un an l'envoi d'une missi
  • Washington entend d'autre part fournir un soutien logistique et financier à la nouvelle mission, mais pas de forces sur le terrain

NATIONS UNIES: Après un an d'atermoiements, le Conseil de sécurité de l'ONU a donné son feu vert lundi à l'envoi en Haïti d'une mission multinationale menée par le Kenya pour aider la police dépassée par les gangs, une décision saluée comme une "lueur d'espoir" par Port-au-Prince.

Ce vote "est une lueur d'espoir pour le peuple qui subit depuis trop longtemps les conséquences d'une situation politique, socio-économique, sécuritaire et humanitaire difficile", a immédiatement salué le ministre haïtien des Affaires étrangères, Jean Victor Généus, présent dans la salle du Conseil.

Viols utilisés comme arme de terreur, personnes brûlées vives, enlèvements contre rançon... Alors que la violence des gangs qui contrôlent la majorité de la capitale Port-au-Prince ne cesse de s'aggraver, le Premier ministre haïtien Ariel Henry et le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres réclamaient depuis près d'un an l'envoi d'une mission de soutien à la police.

Mais, au sein d'une communauté internationale échaudée par les expériences passées dans le pays et les risques de se retrouver piégé dans un bourbier meurtrier, il a été difficile de trouver un volontaire pour en prendre la tête.

Fin juillet, le Kenya s'est finalement dit prêt à mener cette force et à déployer 1 000 hommes dans le pays pauvre des Caraïbes.

"Nous ne devons pas laisser tomber le peuple haïtien", a déclaré mardi le président kényan William Ruto, rappelant que le pays avait "supporté le poids du pillage et de la répression coloniaux".

Force non onusienne

La résolution adoptée par 13 voix pour et 2 abstentions (Chine, Russie) valide la création de cette "mission multinationale de soutien à la sécurité", non onusienne, pour "une période initiale de douze mois", avec une réévaluation au bout de neuf.

Elle vise à "apporter un soutien opérationnel à la police haïtienne" dans sa lutte contre les gangs, et à suffisamment améliorer la sécurité pour organiser des élections, alors qu'aucun scrutin n'a eu lieu depuis 2016.

En coopération avec les autorités haïtiennes, la mission pourra, pour sauver des vies, employer des "mesures d'urgence" temporaires et proportionnées "sur une base exceptionnelle", notamment des arrestations, dans le respect du droit international.

Dans un récent rapport, Antonio Guterres soulignait que la crise économique, politique et sécuritaire que traverse Haïti s'est encore aggravée depuis un an, avec des gangs "plus nombreux et mieux armés" que les quelque 14 000 policiers comptabilisés fin juin 2023.

Près de 2 800 meurtres ont été dénombrés entre octobre 2022 et juin 2023, dont près de 80 mineurs, selon ce rapport.

Embargo sur les armes

Cette résolution "historique" n'est "que la première étape", a commenté l'ambassadrice américaine Linda Thomas-Greenfield: "Maintenant le travail pour que la mission démarre commence".

La Chine, qui dispose d'un droit de veto au Conseil, s'est montrée moins enthousiaste. "Sans un gouvernement légitime, efficace et qui rend des comptes, tout soutien extérieur ne peut guère avoir des effets durables", a mis en garde son ambassadeur Zhang Jun.

Ces derniers mois, Pékin s'était montré sceptique, estimant qu'une telle mission n'avait pas de sens sans un arrêt du trafic d'armes à destination des gangs, en provenance principalement des Etats-Unis, via la diaspora haïtienne.

Sous la pression de la Chine, la résolution généralise l'embargo sur les armes légères et munitions.

"Le trafic d'armes est une question que les Etats-Unis prennent très sérieusement, y compris en Haïti", a assuré un responsable de l'administration américaine.

Washington entend d'autre part fournir un soutien logistique et financier à la nouvelle mission, mais pas de forces sur le terrain.

La résolution laisse aux futurs participants de la force le soin de déterminer le calendrier et la composition de la mission, en coopération avec Port-au-Prince.

La résolution salue "plusieurs pays" envisageant de participer, mais à ce stade peu d'entre eux sont connus, hormis la Jamaïque, les Bahamas, et Antigua-et-Barbuda.

D'autre part, le projet de résolution appelle la future mission à "prendre les mesures appropriées en matière de gestion des eaux usées".

Les Casques bleus de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), présente de 2004 à 2017, avaient apporté le choléra, entraînant une épidémie ayant fait plus de 10 000 morts. Cet épisode explique en partie que la future force n'opère pas sous drapeau de l'ONU.

"Les droits humains, la responsabilité, la sécurité et la dignité du peuple haïtien doivent rester au premier plan de cette mission", a rappelé de son côté Amnesty International Kenya dans un communiqué.


Des pourparlers indirects en cours entre les États-Unis et l’Iran, dit le Pakistan

Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar. (AFP)
Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar. (AFP)
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  • M. Dar, qui est également vice-Premier ministre, a qualifié les spéculations sur des "pourparlers de paix" d’"inutiles", ajoutant : "En réalité, des discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran ont lieu par le biais du Pakistan"
  • "Dans ce contexte, les États-Unis ont transmis 15 points, qui sont actuellement examinés par l'Iran", a-t-il poursuivi sur X

ISLAMABAD: Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar.

M. Dar, qui est également vice-Premier ministre, a qualifié les spéculations sur des "pourparlers de paix" d’"inutiles", ajoutant : "En réalité, des discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran ont lieu par le biais de messages transmis par le Pakistan".

"Dans ce contexte, les États-Unis ont transmis 15 points, qui sont actuellement examinés par l'Iran", a-t-il poursuivi sur X.

"Des pays frères comme la Turquie et l'Égypte, entre autres, apportent également leur soutien à cette initiative", a-t-il ajouté.

Les déclarations de M. Dar constituent la première confirmation officielle de la part d'Islamabad que le Pakistan joue un rôle de facilitateur.

Islamabad a été présenté comme un médiateur potentiel, compte tenu de ses liens anciens avec l’Iran voisin et avec les États-Unis, ainsi que de son réseau de contacts dans la région.

Le Premier ministre Shehbaz Sharif et M. Dar sont tous deux en contact régulier avec de hauts responsables du gouvernement iranien, ainsi qu'avec leurs alliés du Golfe, notamment l’Arabie saoudite.

Le puissant chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, est lui aussi impliqué dans ces efforts diplomatiques et a parlé au président américain Donald Trump dimanche dernier, ont indiqué des responsables.

Mais le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a maintenu que l'Iran n'avait "pas l'intention de négocier" et comptait "continuer à résister".

L'Iran veut "mettre fin à la guerre à ses propres conditions", a-t-il souligné. "Parfois, des messages peuvent être transmis (...) mais ça ne peut en aucun cas être qualifié de dialogue ni de négociation".


Trump affirme que l'Iran veut un accord pour mettre fin à la guerre

Donald Trump a assuré que Téhéran, malgré ses dénégations, participe bien à des pourparlers et veut un accord pour mettre fin à la guerre, tandis qu'Israël poursuit jeudi ses frappes sur l'Iran. (AFP)
Donald Trump a assuré que Téhéran, malgré ses dénégations, participe bien à des pourparlers et veut un accord pour mettre fin à la guerre, tandis qu'Israël poursuit jeudi ses frappes sur l'Iran. (AFP)
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  • "Ils négocient, et ils veulent absolument conclure un accord, mais ils ont peur de le dire" par crainte de "se faire tuer par les leurs"
  • "Ils ont aussi peur qu'on les tue", a lancé Donald Trump, au 27e jour d'un conflit qui embrase le Moyen-Orient et menace l'économie mondiale.

TEHERAN: Donald Trump a assuré que Téhéran, malgré ses dénégations, participe bien à des pourparlers et veut un accord pour mettre fin à la guerre, tandis qu'Israël poursuit jeudi ses frappes sur l'Iran.

"Ils négocient, et ils veulent absolument conclure un accord, mais ils ont peur de le dire" par crainte de "se faire tuer par les leurs", a affirmé le président américain mercredi soir devant un parterre de parlementaires républicains réunis mercredi soir à Washington.

"Ils ont aussi peur qu'on les tue", a-t-il lancé, au 27e jour d'un conflit qui embrase le Moyen-Orient et menace l'économie mondiale.

Plus tôt dans la journée de mercredi, la Maison Blanche avait prévenu que Donald Trump était "prêt à déchaîner l'enfer" si Téhéran faisait "encore un mauvais calcul".

Aucune information n'est disponible sur le ou les dirigeants iraniens en charge des négociations évoquées par Washington.

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a maintenu que l'Iran n'a "pas l'intention de négocier" et compte "continuer à résister".

Une proposition américaine pour faire taire les armes, qui, selon des médias américains et israéliens, contient quinze points, a été transmis à l'Iran par Islamabad, en bons termes avec les deux pays, selon deux hauts responsables pakistanais.

"Parfois, des messages peuvent être transmis (...) mais ça ne peut en aucun cas être qualifié de dialogue ni de négociation", a noté M. Araghchi à la télévision d'Etat.

L'Iran veut "mettre la fin à la guerre à ses propres conditions", a-t-il souligné.

Les initiatives diplomatiques se sont multipliées ces derniers jours pour tenter de mettre un terme à une guerre devenue "hors de contrôle", selon les termes du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres.

Sans toutefois d'ouverture diplomatique jusqu'ici, même si Pékin a dit jeudi voir "des signaux en faveur de négociations" émis à la fois par les Etats-Unis et l'Iran.

Le conflit sera au menu jeudi d'une réunion en France des chefs de la diplomatie du G7, qui ne seront rejoints que vendredi par l'Américain Marco Rubio.

"Ce qui m’inquiète le plus dans cette guerre, c’est qu’il n’y a pas eu de consultation, il n’y a pas de stratégie, il n’y a pas d’objectif clair et, le pire de mon point de vue, c’est qu’il n’y a pas de stratégie de sortie", a lâché le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius, en visite en Australie.

Installations détruites 

Sur le terrain, les attaques se poursuivent dans un sens et dans l'autre. Tôt jeudi, l'armée israélienne a indiqué avoir achevé des "frappes à grande échelle" sur des infrastructures non spécifiées dans plusieurs zones d'Iran, dont Ispahan dans le centre du pays.

Israël a également dit faire l'objet d'une nouvelle attaque de missiles iraniens. L'Arabie saoudite, le Koweït et Bahreïn, où les infrastructures énergétiques et les intérêts américains sont régulièrement ciblés, ont aussi dit faire face à de nouvelles attaques.

L'armée américaine a assuré avoir endommagé ou détruit "plus des deux tiers" des installations de production de drones et de missiles ainsi que des chantiers navals iraniens, et "92%" de la flotte iranienne.

Le quasi blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal 20% du pétrole et gaz naturel liquéfié mondiaux, a provoqué une hausse d'environ 60% des cours du brut depuis le début de l'attaque israélo-américaine le 28 février.

Jeudi, les cours du baril de pétrole, tant du Brent, référence mondiale, que du WTI, référence américaine, remontaient à nouveau après un léger repli la veille, alors que l'Iran a dit autoriser le passage de navires de pays "non-hostiles".

Dépendant quasiment entièrement de pétrole transitant par Ormuz, le Japon a annoncé jeudi devoir puiser pour la deuxième fois dans ses réserves stratégiques.

Israël poursuit par ailleurs son intervention contre le Hezbollah pro-iranien au Liban, où ses frappes ont fait plus d'un million de déplacés depuis que ce pays a été entraîné dans la guerre.

Jeudi, l'armée israélienne a annoncé qu'un de ses soldats avait été grièvement blessé mercredi par un tir de mortier tiré en direction de ses troupes au Liban.

 

 


Iran: Trump fait soudain miroiter une fin du conflit et un «changement de régime»

Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington. (AFP)
Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington. (AFP)
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  • Des médias iraniens, citant le ministère des Affaires étrangères, ont démenti lundi l'existence de négociations entre Washington et la République islamique
  • Donald Trump a précisé dans son message sur Truth Social que les discussions "continueraient cette semaine" et a surtout fait part d'un report "de cinq jours" de toute frappe sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran

PALM BEACH: Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington.

Le président américain a parlé sur son réseau Truth Social de "très bonnes et productives discussions pour une cessation totale" des hostilités.

Interrogé par téléphone par l'AFP, il a assuré peu après que "tout se passait très bien" avec Téhéran.

Des médias iraniens, citant le ministère des Affaires étrangères, ont démenti lundi l'existence de négociations entre Washington et la République islamique.

Donald Trump a précisé dans son message sur Truth Social que les discussions "continueraient cette semaine" et a surtout fait part d'un report "de cinq jours" de toute frappe sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran.

Khamenei "indisponible" 

Après cette volte-face, il a longuement parlé aux journalistes avant de quitter la Floride pour un déplacement rapide à Memphis (sud), mais ses propos ont suscité plus de questions qu'ils n'ont apporté d'éclaircissements.

Il a évoqué des "points d'accord majeurs" lors de négociations menées sans le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, qu'il a dit être "indisponible".

"Nous négocions avec des gens que je trouve très raisonnables, très solides (...) Ils sont très respectés et peut-être que l'un d’entre eux sera celui que nous cherchons", a-t-il dit.

"Il y a automatiquement un changement de régime" parce que "tous les représentants du régime ont été tués", a encore déclaré le président américain lors de ce dialogue au pied de l'avion.

Le milliardaire, comme souvent quand il évoque l'Iran, a donné l'exemple du Venezuela, où les Etats-Unis ont capturé l'ancien dirigeant Nicolas Maduro et traitent depuis avec l’ancienne vice-présidente Delcy Rodriguez, qu'il présente régulièrement comme une interlocutrice "formidable".

Uranium enrichi 

Le républicain, coutumier des déclarations contradictoires, a aussi menacé de "continuer à bombarder allègrement" l'Iran si les discussions échouaient, et dit qu'il ne "garantissait rien" quant à une fin des hostilités, débutées le 28 février par des frappes israélo-américaines, suivies de ripostes iraniennes.

"Nous voulons l'uranium enrichi" des Iraniens, a aussi déclaré Donald Trump, mais sans préciser comment il comptait en prendre possession.

Son message sur Truth Social, écrit intégralement en lettres capitales, a eu au moins un effet immédiat, celui de faire baisser le cours du pétrole et grimper les marchés.

"JE SUIS CONTENT DE RAPPORTER QUE LES ETATS-UNIS D'AMERIQUE ET LE PAYS DE L'IRAN ONT EU, CES DEUX DERNIERS JOURS, DE TRES BONNES ET PRODUCTIVES DISCUSSIONS POUR UNE CESSATION TOTALE ET COMPLETE DE NOS HOSTILITES AU MOYEN-ORIENT", a annoncé Donald Trump sur sa plate-forme.

Il avait donné samedi à l'Iran un ultimatum de 48 heures pour rouvrir le détroit d'Ormuz avant de frapper les infrastructures énergétiques iraniennes, et n'avait pas fait état récemment de négociations.

Mines 

Il a précisé que le moratoire de cinq jours sur des frappes sur les sites énergétiques dépendait "DU SUCCES DES REUNIONS ET DES DISCUSSIONS EN COURS", en concluant son annonce par sa formule habituelle: "MERCI DE VOTRE ATTENTION".

Les dernières annonces venues auparavant du Moyen-Orient ne laissaient pas présager d'un apaisement.

Défiant l'ultimatum émis samedi par le président américain, l'Iran a menacé lundi de poser des mines navales dans le Golfe.

Tôt lundi, l'armée israélienne a elle annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. D'après Fars, les frappes ont touché le nord, le centre, l'est et l'ouest de la capitale.