Sahel: négociations possibles avec «certains éléments» des groupes jihadistes, selon Paris

Paris, déploie plus de 5 000 hommes au sein de la force antijihadiste Barkhane, avait déjà laissé entendre que la doxa selon laquelle «on ne négocie pas avec les jihadistes». (AFP)
Paris, déploie plus de 5 000 hommes au sein de la force antijihadiste Barkhane, avait déjà laissé entendre que la doxa selon laquelle «on ne négocie pas avec les jihadistes». (AFP)
Short Url
Publié le Lundi 21 décembre 2020

Sahel: négociations possibles avec «certains éléments» des groupes jihadistes, selon Paris

  • «On mène une guerre contre deux organisations qui ne sont pas sahéliennes mais internationales et qui mènent un combat terroriste au-delà de la région»
  • Paris exclut de parler à son chef, Iyad Ag Ghaly et à un de ses lieutenants Amadou Koufa. L'état-major du GSIM «répond à la hiérarchie centrale d'Al-Qaïda et est totalement intégré dans son organigramme»

PARIS : Si ce n'est un changement de paradigme, au moins une inflexion. La France a admis lundi ne pas s'opposer à des négociations entre les États sahéliens et certains éléments jihadistes, à l'exception fondamentale des directions d'Al-Qaïda et du groupe État islamique.

Paris, qui déploie plus de 5000 hommes au sein de la force antijihadiste Barkhane, avait déjà laissé entendre que la doxa selon laquelle «on ne négocie pas avec les jihadistes» méritait une analyse plus fine au Sahel, où les groupes armés s'inscrivent au quotidien dans les dynamiques politiques locales.

Et lundi, dans un entretien avec l'AFP, une source au sein de la présidence française a estimé que certains interlocuteurs seraient acceptables dans le cadre de l'accord de paix au Mali de 2015.

«On mène une guerre contre deux organisations qui ne sont pas sahéliennes mais internationales et qui mènent un combat terroriste au-delà de la région», a relevé cette source. Avec l'État islamique au grand Sahara (EIGS), désigné comme l'ennemi numéro un lors du sommet de Pau en janvier 2020, «il n'y a pas de négociation possible (...) et personne ne le demande dans la région».

La question est en revanche plus complexe avec le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM, également appelé Jnim selon l'acronyme arabe), alliance d'organisations qui a prêté allégeance à Al-Qaïda. 

Paris exclut de parler à son chef, Iyad Ag Ghaly et à un de ses lieutenants Amadou Koufa. L'état-major du GSIM «répond à la hiérarchie centrale d'Al-Qaïda et est totalement intégré dans son organigramme», a justifié l'Élysée. «Personne n'a jamais réussi à négocier avec Al-Qaïda et ce n'est pas la France qui va le faire».

Mais, ajoute-t-on de même source, certains éléments du GSIM «ont un agenda beaucoup plus national, souvent opportuniste, parfois régional. Avec ces interlocuteurs-là, il est possible d'avoir une autre réponse (...). Il n'y a aucune raison pour la France de faire obstruction à de telles discussions».

Cette question est un serpent de mer dans la région depuis des années, particulièrement au Mali. Elle avait resurgi en octobre, lors de la libération de quatre otages, dont la Française Sophie Pétronin, au terme de négociations menées par des émissaires maliens auxquelles la France n'avait officiellement pas été associée. 

«Ce n'est pas la France qui regarde passer les trains, ce sont les Maliens qui décident de leur propre organisation», a insisté la présidence française, réitérant à cet égard son attachement à l'accord de paix, conclu sous médiation algérienne mais jamais pleinement appliqué.

Éliminer «certains acteurs»

«A chaque fois que des interlocuteurs du Nord-Mali ont voulu s'assoir pour discuter des "accords d'Alger", il y a eu des représailles immédiates avec des assassinats ciblés», estime l'Élysée. Notre objectif est bien, en éliminant certains leaders, de permettre aux Maliens et aux autres de s'assoir à une table».

Des signaux semblables avaient déjà été lancés par Paris. «Si l'on veut s'entendre avec quelqu'un qu'on a combattu, il faut être capable de choisir le bon partenaire avec lequel s'entendre, celui qui est représentatif, qui est légitime», déclarait récemment le chef d'état-major français, le général François Lecointre.

Le GSIM lui même en avait accepté l'idée, avec en préalable que Barkhane se retire du Sahel. De nombreux analystes soulignent pour leur part que la négociation est la clé d'une paix durable.

«Engager un dialogue avec les jihadistes du Mali soulève un nombre incommensurable de contraintes et de difficultés», écrivait il y a quelques mois, dans un rapport pour la Fondation Berghof, Ferdaous Bouhlel, spécialiste des conflits et médiations.

Mais «l'État malien ainsi que le Jnim ont émis la volonté respective d'engager un processus de dialogue (...) faisant de cette idée, perçue hier comme une utopie bercée d'idéalisme et de naïveté, une réalité relevant du possible».

Une perspective à relier à la volonté de Paris de réduire, selon plusieurs sources contactées par l'AFP, la voilure de Barkhane. La question porte notamment sur le rappel des 600 hommes supplémentaires envoyés sur zone après le sommet de Pau, a précisé la présidence. 

Ils pourraient être rappelés, au regard des résultats militaires «et de la capacité de nos partenaires sahéliens à assumer le service après-vente, c'est à dire le travail de stabilisation une fois les territoires reconquis».

 


Le Conseil des ministres saoudien souligne que le dialogue est essentiel à la désescalade régionale

Le prince héritier Mohammed ben Salmane a présidé la réunion à Djeddah. (SPA)
Le prince héritier Mohammed ben Salmane a présidé la réunion à Djeddah. (SPA)
Short Url
  • Les ministres soulignent l’importance de déployer tous les efforts possibles pour parvenir à un apaisement.

RIYAD : Le gouvernement saoudien a réaffirmé que le dialogue demeure indispensable pour parvenir à une désescalade, alors que des informations faisant état de progrès dans les discussions ont été rapportées mardi, laissant entrevoir un possible accord visant à mettre fin au conflit entre les États-Unis et l’Iran.

Le prince héritier Mohammed ben Salmane, qui a présidé la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres à Djeddah, a souligné l’importance de tout mettre en œuvre pour instaurer un climat d’apaisement, ouvrant la voie à des solutions diplomatiques garantes de la sécurité et de la stabilité régionales.

Washington et Téhéran sont engagés dans une guerre régionale intense depuis le 28 février, date à laquelle Israël et les États-Unis ont lancé des attaques contre l’Iran, entraînant l’assassinat du guide suprême du pays.

Un responsable américain a évoqué la possibilité qu’un accord avec l’Iran soit conclu dès mercredi, ce qui pourrait permettre la réouverture du détroit d’Ormuz.

Le détroit avait été fermé par l’Iran après l’effondrement d’un protocole d’accord signé entre Washington et Téhéran, qui avait brièvement permis la reprise du trafic maritime dans cette voie navigable stratégique.

Le prince héritier a également informé le Conseil des ministres de son entretien téléphonique, tenu durant le week-end, avec le président américain Donald Trump.

« Son Altesse Royale a souligné la nécessité de privilégier le dialogue pour réduire les tensions, ainsi que l’importance de déployer tous les efforts possibles afin de parvenir à une trêve ouvrant la voie à des solutions diplomatiques », a rapporté samedi l’Agence de presse saoudienne (SPA), peu après l’échange entre les deux dirigeants.

Le Conseil des ministres a par ailleurs salué le soutien international croissant et la participation accrue à la coalition multinationale de défense maritime lancée par l’Arabie saoudite.

Le Royaume et treize autres pays ont créé cette coalition jeudi afin de protéger la navigation dans les principales voies maritimes du Moyen-Orient.

Selon le ministère saoudien de la Défense, la Coalition multinationale de défense maritime s’inscrit dans le cadre des efforts visant à renforcer la sécurité maritime, protéger les routes maritimes internationales et faire face aux menaces pesant sur la navigation et le commerce mondial.

Toujours selon la SPA, cette coalition reflète le rôle de premier plan du Royaume dans le renforcement de la sécurité et de la stabilité aux niveaux régional et international.

Elle renforce la coopération multilatérale entre les États et établit un cadre destiné à protéger les voies maritimes internationales, les routes commerciales et les approvisionnements énergétiques face aux menaces croissantes en mer Rouge, dans le détroit de Bab el-Mandeb et dans le golfe d’Aden. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Salam : ceux qui ont entraîné le Liban dans la guerre ne peuvent parler de souveraineté

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam. (Photo d’archives/AFP)
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam. (Photo d’archives/AFP)
Short Url
  • Salam a critiqué ceux qui, selon lui, ont monopolisé les décisions de guerre et de paix en dehors de l’autorité de l’État

DUBAÏ : Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a déclaré mardi que ceux qui « ont entraîné le Liban dans des guerres inutiles » n’avaient aucun droit de donner des leçons de patriotisme ou de souveraineté nationale.

Dans une déclaration qui semblait viser le Hezbollah sans le nommer, Salam a rejeté les accusations selon lesquelles les dirigeants politiques du pays auraient soutenu Israël au lieu de défendre la souveraineté du Liban.

« Quelqu’un vient nous rendre visite et accuse les autorités politiques d’avoir soutenu Israël au lieu de défendre la souveraineté du Liban, puis appelle au dialogue et à l’unité comme si les Libanais n’avaient aucune mémoire », a déclaré Salam.

Selon lui, le plus grand service rendu à Israël a été celui de ceux qui ont entraîné le Liban dans ce qu’il a qualifié de « guerres de soutien inutiles », offrant à Israël un prétexte pour lancer des attaques portant atteinte à la souveraineté du pays, détruisant villes et villages, tuant des civils et déplaçant des centaines de milliers de personnes.

Salam a également critiqué ceux qui, selon lui, ont monopolisé les décisions de guerre et de paix en dehors de l’autorité de l’État, les accusant d’avoir lié le Liban à des agendas régionaux au détriment des intérêts du peuple libanais.

« Il n’y a de souveraineté pour le Liban qu’à travers une décision unique et indépendante, prise par un État doté d’une seule armée exerçant son autorité sur l’ensemble du territoire », a-t-il affirmé.

Le Premier ministre a estimé qu’un véritable dialogue et une véritable unité nationale ne pouvaient être atteints qu’en reconnaissant les erreurs du passé et en assumant la responsabilité de décisions dont les Libanais continuent de subir les conséquences.

Il a réaffirmé l’engagement du gouvernement à mettre fin à l’occupation israélienne de territoires libanais, obtenir la libération des détenus libanais, permettre le retour en toute sécurité des déplacés dans leurs foyers et reconstruire les zones touchées par le conflit.

Salam a également appelé à mettre fin aux accusations de trahison dans le discours politique, estimant qu’un dialogue sincère et une solidarité nationale étaient indispensables pour permettre au Liban de faire face aux défis actuels.

Ces déclarations interviennent alors que le Liban et Israël poursuivent à Rome un nouveau cycle de négociations, sous médiation américaine, visant à mettre en œuvre l’accord-cadre conclu à Washington en juin.

Cet accord prévoit un retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban, le déploiement de l’armée libanaise dans les zones évacuées par Israël ainsi que le désarmement progressif du Hezbollah.

Ces négociations, entamées mardi et prévues jusqu’à jeudi, constituent le septième cycle de discussions sous médiation américaine depuis que le Hezbollah a ouvert un front contre Israël en soutien à l’Iran après le début de la guerre à Gaza, déclenchant des mois d’affrontements transfrontaliers puis une offensive israélienne de plus grande ampleur au Liban.

Plus tôt dans la journée de mardi, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a rejeté ces négociations, estimant qu’elles n’apporteraient au Liban « rien d’autre que la honte, l’humiliation et des compromis successifs ». Il a également critiqué le président Joseph Aoun, l’accusant d’avoir renoncé à son rôle de figure nationale neutre. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince héritier saoudien et le président turc discutent de la sécurité régionale et des attaques en mer Rouge

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane s’est entretenu lundi par téléphone avec le président turc Recep Tayyip Erdogan pour discuter des relations bilatérales et des derniers développements dans la région. (SPA/AFP)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane s’est entretenu lundi par téléphone avec le président turc Recep Tayyip Erdogan pour discuter des relations bilatérales et des derniers développements dans la région. (SPA/AFP)
Short Url
  • Les deux dirigeants abordent la sécurité régionale et la situation en mer Rouge, Ankara condamnant les attaques des Houthis contre les navires

RIYAD: Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a eu lundi un entretien téléphonique avec le président turc Recep Tayyip Erdogan afin d’évoquer les relations entre les deux pays et les récents développements régionaux, a rapporté l’Agence de presse saoudienne (SPA).

Au cours de l’appel, les deux dirigeants ont passé en revue les liens entre l’Arabie saoudite et la Turquie et examiné les moyens de renforcer la coopération dans plusieurs domaines, a ajouté la SPA.

Ils ont également discuté de l’évolution de la situation régionale, dans un contexte de tensions accrues au Moyen-Orient, ainsi que de la sécurité en mer Rouge.

Le président Erdogan a réaffirmé la condamnation de la Turquie des attaques menées par les Houthis, soutenus par l’Iran, contre des navires en mer Rouge, et a exprimé le plein soutien de son pays à l’Arabie saoudite.

Le dirigeant turc a également salué la mise en place de la coalition multinationale de défense maritime dirigée par le Royaume, exprimant l’espoir qu’elle réussira à protéger la navigation internationale et à atteindre ses objectifs. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com