Le Moyen-Orient est-il prêt à une propagation du conflit entre Israël et le Hamas?

Israël a bombardé Gaza et placé la bande en état de siège après que les combattants du groupe palestinien Hamas ont lancé un assaut transfrontalier sans précédent au cours du week-end (Photo, AFP).
Israël a bombardé Gaza et placé la bande en état de siège après que les combattants du groupe palestinien Hamas ont lancé un assaut transfrontalier sans précédent au cours du week-end (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 12 octobre 2023

Le Moyen-Orient est-il prêt à une propagation du conflit entre Israël et le Hamas?

  • Israël pourrait se retrouver dans une guerre à quatre fronts si des groupes armés au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen se joignent à la bataille
  • Une guerre ouverte et multilatérale pourrait s'avérer politiquement coûteuse et économiquement désastreuse pour la région

DUBAI: Alors que l'armée israélienne intensifie ses attaques contre Gaza en représailles à l'assaut sans précédent lancé le week-end dernier contre le sud d'Israël par des combattants du groupe palestinien Hamas, on craint de plus en plus l'éclatement d'un conflit plus vaste et aux multiples facettes au Moyen-Orient.

Selon les experts, l'Iran et son Corps des gardiens de la révolution islamique ont passé des décennies à armer et à financer des combattants chiites ainsi que des groupes palestiniens sunnites au Moyen-Orient. En conséquence, Israël est désormais confronté à la possibilité d'une guerre sur trois ou quatre fronts, impliquant le Hamas et le Djihad islamique palestinien à Gaza et en Cisjordanie, complétés par le Hezbollah et le Djihad islamique au Liban et en Syrie.

Le Hezbollah libanais a déjà tiré le premier coup de semonce contre Israël en lançant des roquettes dimanche, provoquant des représailles meurtrières de la part d'Israël. Lundi, des échanges d'artillerie à la frontière ont tué trois combattants du Hezbollah, deux combattants palestiniens et un officier supérieur de l'armée israélienne.

Le Pentagone a averti le Hezbollah de «réfléchir à deux fois» avant d'ouvrir un second front et a déclaré que les États-Unis sont prêts à prendre la défense d'Israël. Le commandement central a envoyé le groupe de frappe du porte-avions USS Gerald R. Ford en Méditerranée orientale et a renforcé les escadrons de l'armée de l'air dans la région. Il envisagerait également de déployer un second porte-avions près d'Israël pour renforcer la dissuasion.

Le Pentagone a averti le Hezbollah de «réfléchir à deux fois» avant d'ouvrir un second front et a déclaré que les États-Unis étaient prêts à prendre la défense d'Israël (Photo, AFP).

Bien que la situation soit tendue, les partisans du Hamas estimant que la dynamique est de leur côté, les observateurs estiment qu'une guerre ouverte et multiforme avec Israël, qui ne bénéficie pas d'un large soutien de l'opinion publique, pourrait s'avérer politiquement coûteuse pour eux et économiquement désastreuse pour les pays à partir desquels ils opèrent.

Dans le cas du Liban, les analystes estiment que ni le Hezbollah ni Israël ne veulent être pris dans une guerre régionale majeure, et ce pour différentes raisons.

«Je pense que les deux parties sont prêtes à accepter un certain degré de violence et de pertes. Les deux parties ne veulent pas que cela dégénère en une guerre beaucoup plus large», a déclaré à Arab News Michael Young, rédacteur en chef de Carnegie Middle East à Beyrouth.

«Ce que nous avons vu jusqu'à présentva dans le sens de mon opinion. Le Hezbollah a absorbé les pertes et les Israéliens ont absorbé le fait que deux de leurs bases militaires ont été ciblées par des tirs», a-t-il ajouté.

«Il s'agit bien sûr d'un jeu risqué. À tout moment, il peut échapper à tout contrôle.»

L'attaque du Hamas contre Israël ce week-end ouvre la voie à un conflit plus large dans la région (Photo, AFP).

La dernière grande guerre entre Israël et le Hezbollah, qui s'est déroulée en 2006, s'est achevée sur l'accord tacite que la violence à l'avenir serait limitée à une petite bande de territoire contestée près du plateau du Golan.

L'Iran et ses mandataires chiites au Liban, en Irak et au Yémen – membres de ce que l'on appelle l'axe de la résistance – ont fermement soutenu l'attaque de samedi, au cours de laquelle des bases militaires israéliennes et plusieurs villages et villes ont été envahis par des combattants du Hamas. Le président iranien, Ebrahim Raïssi, s'est entretenu par téléphone avec des dirigeants du Hamas et du Jihad islamique après le début de l'attaque, a indiqué dimanche l'agence de presse publique iranienne IRNA.

À la suite de l'attentat, Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, a déclaré: «Ils payeront un prix dont ils, et d’autres ennemis, se souviendront pendant des décennies.» Mais Israël pourrait bien se retrouver à se battre sur plus d'un front s'il procède à une invasion terrestre.

Mohammed Deif, le commandant militaire suprême des Brigades d’Al-Qassam, la branche armée du Hamas responsable de l'attaque, a appelé les groupes de combattants alliés à l'Iran au Liban, en Syrie et en Irak à se joindre à l'offensive contre Israël.

Des groupes armés irakiens et yéménites alignés sur l'Iran ont menacé de cibler les intérêts américains avec des missiles et des drones si l'administration Biden intervenait pour soutenir Israël.

Les Hachd al-Chaabi irakien (Forces de mobilisation populaire) ont menacé de lancer des attaques contre les troupes américaines en Irak si Washington s’impliquait directement dans le conflit. Les États-Unis ont 2 500 soldats en Irak et 900 autres en Syrie voisine, avec pour mission de conseiller et d'aider les forces locales à lutter contre Daech, qui s'est emparé en 2014 de vastes zones de territoire dans les deux pays.

Israël est désormais confronté à la possibilité d'une guerre sur trois ou quatre fronts, impliquant le Hamas et le Jihad islamique palestinien à Gaza et en Cisjordanie, complétés par le Hezbollah et le Jihad islamique au Liban et en Syrie (Photo, AFP).

Ce lundi, l'homme politique irakien Hadi al-Amiri, chef du groupe politique et militaire de l'Organisation Badr, proche de l'Iran, a déclaré: «S'ils interviennent, nous interviendrons... nous considérerons toutes les cibles américaines comme objectifs légitimes.»

Badr constitue une grande partie des Forces de mobilisation populaire (FMP) irakiennes, l'organisation paramilitaire de l'État qui comprend de nombreuses factions soutenues par l'Iran.

Mardi en fin de journée, des roquettes tirées depuis la Syrie, où le Hezbollah et d'autres milices soutenues par l'Iran maintiennent une présence à la frontière israélienne avec l'approbation du président, Bachar al-Assad, qui auraient atterri en terrain découvert dans le nord d'Israël.

Au Yémen, le chef des Houthis chiites a averti mardi que sa milice répondrait à toute intervention américaine à Gaza par des drones, des missiles et d'autres options militaires.

Il a déclaré que le groupe était prêt à coordonner l'intervention avec d'autres membres de l'axe de la résistance.

Des milliers de personnes ont trouvé la mort dans ce conflit, alors que l'assaut israélien sur Gaza se poursuit (Photo, AFP).

Selon les experts, toute escalade du conflit impliquant le Hezbollah libanais modifierait complètement les calculs régionaux et confronterait Israël à un défi sécuritaire d'une ampleur inégalée depuis un demi-siècle.

«Notre histoire, nos armes et nos roquettes sont avec vous», a déclaré un haut responsable du Hezbollah, Hachem Safieddine, lors d'un rassemblement en faveur du Hamas dans l'est de Beyrouth dimanche.

Malgré cela, le Hezbollah pourrait choisir de garder ses cartouches au sec à cette occasion. Son arsenal de roquettes actuellement pointées sur Israël dissuade fortement ce dernier de prendre des mesures préventives à l'encontre de l'Iran.

Vient ensuite la question des coûts et du soutien politique. Éprouvée par la pandémie, les conflits et la flambée des prix des denrées alimentaires et des carburants, et accablée par la faiblesse de ses finances publiques, la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord n'est, de l'avis général, pas en mesure de résister aux répercussions directes et indirectes d'un conflit.

EN BREF

- Les accords d'Oslo ont conduit à la création de l'Autorité palestinienne, chargée d'assurer une autonomie palestinienne limitée sur certaines parties de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.

- La bande de Gaza est une étroite bande de terre densément peuplée appuyée sur la mer Méditerranée, bloquée par la marine israélienne depuis 2009 et fermée à tout trafic maritime.

- Le Hamas, qui a remporté les élections législatives en 2006, a expulsé l'Autorité palestinienne et a pris le contrôle total de Gaza en 2007.

Selon les experts, l'état de l'économie politique dans les pays arabes, allant de la Tunisie et de la Libye à l'ouest, au Yémen à l'est, est au mieux précaire. Selon un blog du Fonds monétaire international datant de juin, une combinaison de risques fiscaux et de développements externes tels que les hausses de taux d'intérêt et les flambées des prix des denrées alimentaires et des carburants a mis les finances publiques sous forte pression dans les économies à faible revenu et à revenu intermédiaire du monde arabe.

Au Liban, plusieurs hommes politiques ont mis en garde contre le risque d'entraîner le pays dans le conflit entre Israël et le Hamas, affirmant que la stabilité et l'unité, dans un contexte de crise économique prolongée, devaient être prioritaires.

Abdallah Bou Habib, ministre libanais des Affaires étrangères, a exigé du Hezbollah qu'il lui garantisse qu'il ne se joindrait pas aux combats provocation, tandis que Najib Mikati, Premier ministre libanais, a insisté sur la nécessité de préserver la sécurité.

Les analystes estiment que le gouvernement libanais, sans président depuis près d'un an, n'a que peu ou pas d'influence sur les décisions du Hezbollah. Ils ajoutent toutefois que la mesure dans laquelle le Hezbollah est prêt à s'impliquer dans le conflit de Gaza dépendra dans une certaine mesure de l'ampleur de la confrontation entre Israël et le Hamas. Toute tentative d'élimination totale du groupe pourrait entraîner une escalade régionale.

L'armée israélienne a intensifié ses attaques sur Gaza en représailles à l'assaut sans précédent lancé le week-end dernier par le Hamas contre Israël (Photo, AFP).

«Je pense qu'il y a un autre élément à prendre en considération, et c'est ce que les Israéliens vont faire à Gaza», a révélé Young, de Carnegie Middle East, à Arab News. «S'ils menacent l'existence du Hamas, nous pouvons supposer que le Hezbollah interviendra pour tenter d'éviter cette situation.»

«Mais pour les Israéliens, une menace existentielle signifie une prise de contrôle complète de Gaza sans trop de pertes. Cela impliquerait que l'armée entre dans les maisons et arrête des milliers de jeunes hommes qui sont des combattants du Hamas.

«Il s'agit d'une mission extrêmement difficile pour les Israéliens. Je doute qu'ils soient en mesure de le faire. C'est la pire chose possible pour eux d'être pris dans la bande de Gaza de cette manière. Et c'est précisément ce que veulent les Iraniens: entraîner les Israéliens dans des combats de rue à Gaza.»

Si Israël, avec le soutien des États-Unis, décide d'affronter directement l'Iran, soupçonné d'avoir participé à l'assaut du Hamas, Téhéran pourrait réagir en interrompant le flux de pétrole à travers le détroit d'Ormuz, ce qui entraînerait une hausse massive du prix du brut sur les marchés mondiaux.

Israël bombarde la bande de Gaza depuis l'attaque sans précédent du Hamas samedi (Photo, AFP).

Les prix du pétrole ont déjà augmenté cette semaine en raison du risque accru d'une guerre plus large impliquant les États arabes du Golfe exportateurs d'énergie.

Certains commentateurs ont exprimé l'espoir qu'un conflit décisif entre Israël et le Hamas pourrait créer une surprise, de la même manière que la guerre israélo-arabe de 1973 avait aboutie aux accords de paix de Camp David et à la normalisation des relations entre Israël et l'Égypte.

Le journaliste et chroniqueur égyptien Abdellatif el-Menawy a mis en doute la possibilité d'une telle issue. «À la lumière de ce qu'ils ont fait jusqu'à présent, les Palestiniens ont le droit de se vanter d'une certaine “victoire”, quelle que soit la suite des événements. Cela peut être considéré comme le début d'un processus politique», a-t-il expliqué à Arab News. «Mais le Hamas et Israël peuvent-ils être des partenaires de paix? Les deux parties ont eu de multiples occasions de le prouver.

«Le Hamas avait une chance de gouverner Gaza de manière responsable, de prouver sa valeur et de dissiper l'idée qu'il n'était rien de plus qu'une mafia islamique palestinienne, uniquement intéressée par le maintien de son emprise sur Gaza, et prête à servir de patte de chat à l'Iran au lieu de faire de son objectif principal la création d'un nouvel avenir pour les Palestiniens en partenariat avec leurs partenaires de Ramallah (l'Autorité palestinienne).

«Parallèlement, l'opération déluge d'Al-Aqsa a été le type de résultat – et d'autres sont probablement à venir – que l'on ne peut qu'attendre de la poursuite de l'occupation israélienne illégale des territoires palestiniens et de ses politiques de discrimination raciale, d'usurpation de terres, d'empiétement des colonies et de soumission des Palestiniens à des conditions inhumaines.

Une patrouille de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) traverse la plaine de Khiam, au sud du Liban, le long de la frontière avec Israël (Photo, AFP).

«Il serait étrange qu'une personne rationnelle s'attende à un résultat autre qu'une explosion», a signalé El-Menawy.

Il est clair que dans l'immédiat, l'assaut meurtrier du Hamas a anéanti les espoirs d'une ère de paix, fait craindre que la situation ne devienne incontrôlable et fait planer le spectre d'un conflit ruineux impliquant des pays dont les économies sont déjà dans une situation précaire.

Seul le temps nous dira si cela a également augmenté les chances d'un règlement qui fasse progresser de manière significative les droits et les aspirations du peuple palestinien à devenir un État.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Hezbollah a tiré une trentaine de roquettes sur le nord d'Israël mercredi matin 

Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
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  • Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah
  • "Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite

JERUSALEM: Les combattants du mouvement libanais Hezbollah ont tiré une trentaine de roquettes sur Israël à partir du Liban mercredi matin, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'armée israélienne.

Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah. A l'issue de ces discussions, Israël et le Liban ont accepté d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable, selon le département d'Etat américain qui accueillait la rencontre.

"Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite, allié de l'Iran.

 

 


Liban: frappe israélienne au sud de Beyrouth 

Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
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  • "L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle)
  • Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques

BEYROUTH: Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable.

"L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques.

 

 

 


Le pape dans les pas de saint Augustin au 2e jour de sa visite en Algérie

Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté mardi Alger pour Annaba, sur les traces de saint Augustin, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape. (AFP)
Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté mardi Alger pour Annaba, sur les traces de saint Augustin, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape. (AFP)
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  • La veille, dans l'avion qui l'amenait en Algérie, le pape avait estimé que l'Eglise avait "le devoir moral de s'exprimer très clairement contre la guerre"
  • Soulignant ne pas avoir "peur" de l'administration Trump, il avait toutefois indiqué ne pas vouloir "entrer dans un débat" avec elle

ALGER: Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté mardi Alger pour Annaba, sur les traces de saint Augustin, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape.

Le pontife américain est devenu lundi le tout premier pape à fouler le sol algérien, étape initiale d'une tournée dans quatre pays d'Afrique, en partie occultée par une diatribe de Donald Trump à son encontre.

Dans la nuit de lundi à mardi, le vice-président américain JD Vance, récemment converti au catholicisme, a appelé le Vatican à "s'en tenir aux questions morales" et à "laisser le président des Etats-Unis se charger de définir la politique publique américaine".

La veille, dans l'avion qui l'amenait en Algérie, le pape avait estimé que l'Eglise avait "le devoir moral de s'exprimer très clairement contre la guerre". Soulignant ne pas avoir "peur" de l'administration Trump, il avait toutefois indiqué ne pas vouloir "entrer dans un débat" avec elle.

Sur fond de guerre au Moyen-Orient, Donald Trump avait déclaré dimanche ne pas être "un grand fan" du pape, l'accusant de soutenir le programme d'armement nucléaire iranien et de s'être opposé à l'opération militaire américaine au Venezuela en janvier.

Les évêques italiens et américains ont apporté leur soutien au chef de l'Eglise catholique, tout comme la Première ministre italienne Giorgia Meloni, réputée proche de M. Trump, qui a jugé "inacceptables" ses déclarations.

Grand penseur 

A Annaba (est), l'antique Hippone, le chef de l'Eglise catholique vivra une étape à la dimension personnelle et spirituelle, dans les pas de saint Augustin (354-430).

Le grand penseur chrétien qui y fut évêque a légué son nom à l'ordre religieux dont est issu le pape américain, fondé au XIIIe siècle et aujourd'hui composé d'environ 3.000 membres à travers le monde prônant la charité et la vie communautaire.

Léon XIV visitera le site archéologique romain et une maison d'accueil pour personnes âgées démunies, majoritairement musulmanes, prises en charge par des religieuses catholiques.

L'islam sunnite est religion d'Etat en Algérie, où les catholiques représentent moins de 0,01 % des 47 millions d'habitants.

L'après-midi, devant environ 1.500 fidèles, il célèbrera une messe à la basilique Saint-Augustin, perchée sur une colline, en présence de religieux africains de différentes nationalités.

Lundi, accueilli avec les honneurs sous un ciel d'Alger inhabituellement pluvieux, Léon XIV a rendu hommage, devant le Monument des martyrs, aux victimes de la sanglante guerre d'indépendance contre la France (1954-1962).

La "paix qui permet d'envisager l'avenir avec un esprit réconcilié n'est possible que par le pardon", a-t-il déclaré, appelant à ne "pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération".

 "Vivante, dynamique et libre" 

Devant les plus hautes autorités dont le président Abdelmadjid Tebboune, Léon XIV a aussi invité les responsables du pays à "ne pas dominer" le peuple et à promouvoir "une société civile vivante, dynamique et libre".

Depuis l'élan du mouvement prodémocratie Hirak en 2019, qui réclamait des réformes profondes et plus de transparence, les autorités algériennes ont repris le contrôle de l'espace public, dénoncent des ONG de défense des droits humains.

L'après-midi, le pape a visité la Grande Mosquée, au plus haut minaret du monde (267 mètres), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d'Afrique, qui surplombe la baie d'Alger.

Là, il s'est recueilli dans la chapelle des 19 "martyrs d'Algérie", des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002) entre groupes islamistes et forces gouvernementales, qui a fait 200.000 morts selon un bilan officiel.

Le pape a rappelé que ces religieux étrangers, dont les sept moines de Tibhirine (à 100 km au sud d'Alger), avaient choisi de rester en Algérie malgré des attentats meurtriers.

Mercredi, le pape de 70 ans quittera Alger pour le Cameroun, suite d'un premier voyage africain qui le conduira également en Angola et en Guinée équatoriale jusqu'au 23 avril, un périple de 18.000 km à l'agenda très dense.