Le Moyen-Orient est-il prêt à une propagation du conflit entre Israël et le Hamas?

Israël a bombardé Gaza et placé la bande en état de siège après que les combattants du groupe palestinien Hamas ont lancé un assaut transfrontalier sans précédent au cours du week-end (Photo, AFP).
Israël a bombardé Gaza et placé la bande en état de siège après que les combattants du groupe palestinien Hamas ont lancé un assaut transfrontalier sans précédent au cours du week-end (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 12 octobre 2023

Le Moyen-Orient est-il prêt à une propagation du conflit entre Israël et le Hamas?

  • Israël pourrait se retrouver dans une guerre à quatre fronts si des groupes armés au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen se joignent à la bataille
  • Une guerre ouverte et multilatérale pourrait s'avérer politiquement coûteuse et économiquement désastreuse pour la région

DUBAI: Alors que l'armée israélienne intensifie ses attaques contre Gaza en représailles à l'assaut sans précédent lancé le week-end dernier contre le sud d'Israël par des combattants du groupe palestinien Hamas, on craint de plus en plus l'éclatement d'un conflit plus vaste et aux multiples facettes au Moyen-Orient.

Selon les experts, l'Iran et son Corps des gardiens de la révolution islamique ont passé des décennies à armer et à financer des combattants chiites ainsi que des groupes palestiniens sunnites au Moyen-Orient. En conséquence, Israël est désormais confronté à la possibilité d'une guerre sur trois ou quatre fronts, impliquant le Hamas et le Djihad islamique palestinien à Gaza et en Cisjordanie, complétés par le Hezbollah et le Djihad islamique au Liban et en Syrie.

Le Hezbollah libanais a déjà tiré le premier coup de semonce contre Israël en lançant des roquettes dimanche, provoquant des représailles meurtrières de la part d'Israël. Lundi, des échanges d'artillerie à la frontière ont tué trois combattants du Hezbollah, deux combattants palestiniens et un officier supérieur de l'armée israélienne.

Le Pentagone a averti le Hezbollah de «réfléchir à deux fois» avant d'ouvrir un second front et a déclaré que les États-Unis sont prêts à prendre la défense d'Israël. Le commandement central a envoyé le groupe de frappe du porte-avions USS Gerald R. Ford en Méditerranée orientale et a renforcé les escadrons de l'armée de l'air dans la région. Il envisagerait également de déployer un second porte-avions près d'Israël pour renforcer la dissuasion.

Le Pentagone a averti le Hezbollah de «réfléchir à deux fois» avant d'ouvrir un second front et a déclaré que les États-Unis étaient prêts à prendre la défense d'Israël (Photo, AFP).

Bien que la situation soit tendue, les partisans du Hamas estimant que la dynamique est de leur côté, les observateurs estiment qu'une guerre ouverte et multiforme avec Israël, qui ne bénéficie pas d'un large soutien de l'opinion publique, pourrait s'avérer politiquement coûteuse pour eux et économiquement désastreuse pour les pays à partir desquels ils opèrent.

Dans le cas du Liban, les analystes estiment que ni le Hezbollah ni Israël ne veulent être pris dans une guerre régionale majeure, et ce pour différentes raisons.

«Je pense que les deux parties sont prêtes à accepter un certain degré de violence et de pertes. Les deux parties ne veulent pas que cela dégénère en une guerre beaucoup plus large», a déclaré à Arab News Michael Young, rédacteur en chef de Carnegie Middle East à Beyrouth.

«Ce que nous avons vu jusqu'à présentva dans le sens de mon opinion. Le Hezbollah a absorbé les pertes et les Israéliens ont absorbé le fait que deux de leurs bases militaires ont été ciblées par des tirs», a-t-il ajouté.

«Il s'agit bien sûr d'un jeu risqué. À tout moment, il peut échapper à tout contrôle.»

L'attaque du Hamas contre Israël ce week-end ouvre la voie à un conflit plus large dans la région (Photo, AFP).

La dernière grande guerre entre Israël et le Hezbollah, qui s'est déroulée en 2006, s'est achevée sur l'accord tacite que la violence à l'avenir serait limitée à une petite bande de territoire contestée près du plateau du Golan.

L'Iran et ses mandataires chiites au Liban, en Irak et au Yémen – membres de ce que l'on appelle l'axe de la résistance – ont fermement soutenu l'attaque de samedi, au cours de laquelle des bases militaires israéliennes et plusieurs villages et villes ont été envahis par des combattants du Hamas. Le président iranien, Ebrahim Raïssi, s'est entretenu par téléphone avec des dirigeants du Hamas et du Jihad islamique après le début de l'attaque, a indiqué dimanche l'agence de presse publique iranienne IRNA.

À la suite de l'attentat, Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, a déclaré: «Ils payeront un prix dont ils, et d’autres ennemis, se souviendront pendant des décennies.» Mais Israël pourrait bien se retrouver à se battre sur plus d'un front s'il procède à une invasion terrestre.

Mohammed Deif, le commandant militaire suprême des Brigades d’Al-Qassam, la branche armée du Hamas responsable de l'attaque, a appelé les groupes de combattants alliés à l'Iran au Liban, en Syrie et en Irak à se joindre à l'offensive contre Israël.

Des groupes armés irakiens et yéménites alignés sur l'Iran ont menacé de cibler les intérêts américains avec des missiles et des drones si l'administration Biden intervenait pour soutenir Israël.

Les Hachd al-Chaabi irakien (Forces de mobilisation populaire) ont menacé de lancer des attaques contre les troupes américaines en Irak si Washington s’impliquait directement dans le conflit. Les États-Unis ont 2 500 soldats en Irak et 900 autres en Syrie voisine, avec pour mission de conseiller et d'aider les forces locales à lutter contre Daech, qui s'est emparé en 2014 de vastes zones de territoire dans les deux pays.

Israël est désormais confronté à la possibilité d'une guerre sur trois ou quatre fronts, impliquant le Hamas et le Jihad islamique palestinien à Gaza et en Cisjordanie, complétés par le Hezbollah et le Jihad islamique au Liban et en Syrie (Photo, AFP).

Ce lundi, l'homme politique irakien Hadi al-Amiri, chef du groupe politique et militaire de l'Organisation Badr, proche de l'Iran, a déclaré: «S'ils interviennent, nous interviendrons... nous considérerons toutes les cibles américaines comme objectifs légitimes.»

Badr constitue une grande partie des Forces de mobilisation populaire (FMP) irakiennes, l'organisation paramilitaire de l'État qui comprend de nombreuses factions soutenues par l'Iran.

Mardi en fin de journée, des roquettes tirées depuis la Syrie, où le Hezbollah et d'autres milices soutenues par l'Iran maintiennent une présence à la frontière israélienne avec l'approbation du président, Bachar al-Assad, qui auraient atterri en terrain découvert dans le nord d'Israël.

Au Yémen, le chef des Houthis chiites a averti mardi que sa milice répondrait à toute intervention américaine à Gaza par des drones, des missiles et d'autres options militaires.

Il a déclaré que le groupe était prêt à coordonner l'intervention avec d'autres membres de l'axe de la résistance.

Des milliers de personnes ont trouvé la mort dans ce conflit, alors que l'assaut israélien sur Gaza se poursuit (Photo, AFP).

Selon les experts, toute escalade du conflit impliquant le Hezbollah libanais modifierait complètement les calculs régionaux et confronterait Israël à un défi sécuritaire d'une ampleur inégalée depuis un demi-siècle.

«Notre histoire, nos armes et nos roquettes sont avec vous», a déclaré un haut responsable du Hezbollah, Hachem Safieddine, lors d'un rassemblement en faveur du Hamas dans l'est de Beyrouth dimanche.

Malgré cela, le Hezbollah pourrait choisir de garder ses cartouches au sec à cette occasion. Son arsenal de roquettes actuellement pointées sur Israël dissuade fortement ce dernier de prendre des mesures préventives à l'encontre de l'Iran.

Vient ensuite la question des coûts et du soutien politique. Éprouvée par la pandémie, les conflits et la flambée des prix des denrées alimentaires et des carburants, et accablée par la faiblesse de ses finances publiques, la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord n'est, de l'avis général, pas en mesure de résister aux répercussions directes et indirectes d'un conflit.

EN BREF

- Les accords d'Oslo ont conduit à la création de l'Autorité palestinienne, chargée d'assurer une autonomie palestinienne limitée sur certaines parties de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.

- La bande de Gaza est une étroite bande de terre densément peuplée appuyée sur la mer Méditerranée, bloquée par la marine israélienne depuis 2009 et fermée à tout trafic maritime.

- Le Hamas, qui a remporté les élections législatives en 2006, a expulsé l'Autorité palestinienne et a pris le contrôle total de Gaza en 2007.

Selon les experts, l'état de l'économie politique dans les pays arabes, allant de la Tunisie et de la Libye à l'ouest, au Yémen à l'est, est au mieux précaire. Selon un blog du Fonds monétaire international datant de juin, une combinaison de risques fiscaux et de développements externes tels que les hausses de taux d'intérêt et les flambées des prix des denrées alimentaires et des carburants a mis les finances publiques sous forte pression dans les économies à faible revenu et à revenu intermédiaire du monde arabe.

Au Liban, plusieurs hommes politiques ont mis en garde contre le risque d'entraîner le pays dans le conflit entre Israël et le Hamas, affirmant que la stabilité et l'unité, dans un contexte de crise économique prolongée, devaient être prioritaires.

Abdallah Bou Habib, ministre libanais des Affaires étrangères, a exigé du Hezbollah qu'il lui garantisse qu'il ne se joindrait pas aux combats provocation, tandis que Najib Mikati, Premier ministre libanais, a insisté sur la nécessité de préserver la sécurité.

Les analystes estiment que le gouvernement libanais, sans président depuis près d'un an, n'a que peu ou pas d'influence sur les décisions du Hezbollah. Ils ajoutent toutefois que la mesure dans laquelle le Hezbollah est prêt à s'impliquer dans le conflit de Gaza dépendra dans une certaine mesure de l'ampleur de la confrontation entre Israël et le Hamas. Toute tentative d'élimination totale du groupe pourrait entraîner une escalade régionale.

L'armée israélienne a intensifié ses attaques sur Gaza en représailles à l'assaut sans précédent lancé le week-end dernier par le Hamas contre Israël (Photo, AFP).

«Je pense qu'il y a un autre élément à prendre en considération, et c'est ce que les Israéliens vont faire à Gaza», a révélé Young, de Carnegie Middle East, à Arab News. «S'ils menacent l'existence du Hamas, nous pouvons supposer que le Hezbollah interviendra pour tenter d'éviter cette situation.»

«Mais pour les Israéliens, une menace existentielle signifie une prise de contrôle complète de Gaza sans trop de pertes. Cela impliquerait que l'armée entre dans les maisons et arrête des milliers de jeunes hommes qui sont des combattants du Hamas.

«Il s'agit d'une mission extrêmement difficile pour les Israéliens. Je doute qu'ils soient en mesure de le faire. C'est la pire chose possible pour eux d'être pris dans la bande de Gaza de cette manière. Et c'est précisément ce que veulent les Iraniens: entraîner les Israéliens dans des combats de rue à Gaza.»

Si Israël, avec le soutien des États-Unis, décide d'affronter directement l'Iran, soupçonné d'avoir participé à l'assaut du Hamas, Téhéran pourrait réagir en interrompant le flux de pétrole à travers le détroit d'Ormuz, ce qui entraînerait une hausse massive du prix du brut sur les marchés mondiaux.

Israël bombarde la bande de Gaza depuis l'attaque sans précédent du Hamas samedi (Photo, AFP).

Les prix du pétrole ont déjà augmenté cette semaine en raison du risque accru d'une guerre plus large impliquant les États arabes du Golfe exportateurs d'énergie.

Certains commentateurs ont exprimé l'espoir qu'un conflit décisif entre Israël et le Hamas pourrait créer une surprise, de la même manière que la guerre israélo-arabe de 1973 avait aboutie aux accords de paix de Camp David et à la normalisation des relations entre Israël et l'Égypte.

Le journaliste et chroniqueur égyptien Abdellatif el-Menawy a mis en doute la possibilité d'une telle issue. «À la lumière de ce qu'ils ont fait jusqu'à présent, les Palestiniens ont le droit de se vanter d'une certaine “victoire”, quelle que soit la suite des événements. Cela peut être considéré comme le début d'un processus politique», a-t-il expliqué à Arab News. «Mais le Hamas et Israël peuvent-ils être des partenaires de paix? Les deux parties ont eu de multiples occasions de le prouver.

«Le Hamas avait une chance de gouverner Gaza de manière responsable, de prouver sa valeur et de dissiper l'idée qu'il n'était rien de plus qu'une mafia islamique palestinienne, uniquement intéressée par le maintien de son emprise sur Gaza, et prête à servir de patte de chat à l'Iran au lieu de faire de son objectif principal la création d'un nouvel avenir pour les Palestiniens en partenariat avec leurs partenaires de Ramallah (l'Autorité palestinienne).

«Parallèlement, l'opération déluge d'Al-Aqsa a été le type de résultat – et d'autres sont probablement à venir – que l'on ne peut qu'attendre de la poursuite de l'occupation israélienne illégale des territoires palestiniens et de ses politiques de discrimination raciale, d'usurpation de terres, d'empiétement des colonies et de soumission des Palestiniens à des conditions inhumaines.

Une patrouille de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) traverse la plaine de Khiam, au sud du Liban, le long de la frontière avec Israël (Photo, AFP).

«Il serait étrange qu'une personne rationnelle s'attende à un résultat autre qu'une explosion», a signalé El-Menawy.

Il est clair que dans l'immédiat, l'assaut meurtrier du Hamas a anéanti les espoirs d'une ère de paix, fait craindre que la situation ne devienne incontrôlable et fait planer le spectre d'un conflit ruineux impliquant des pays dont les économies sont déjà dans une situation précaire.

Seul le temps nous dira si cela a également augmenté les chances d'un règlement qui fasse progresser de manière significative les droits et les aspirations du peuple palestinien à devenir un État.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: nouvelles frappes israéliennes malgré la prolongation de la trêve

Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
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  • Israël a mené de nouvelles frappes dans le sud du Liban après avoir ordonné l’évacuation de plusieurs villages, malgré la prolongation récente de la trêve entre les deux pays lors de négociations à Washington
  • Les violences continuent d’aggraver la crise humanitaire : plus de 400 personnes ont été tuées depuis le début de la trêve et près d’un million de personnes ont été déplacées au Liban depuis le début du conflit régional

BEYROUTH: Israël mène de nouvelles frappes sur le sud du Liban samedi après avoir ordonné aux habitants de neuf villages d'évacuer, malgré la prolongation d'un mois et demi de la trêve lors de négociations entre les deux pays la veille à Washington.

"Les forces de défense israéliennes ont commencé à frapper des infrastructures du Hezbollah dans plusieurs zones du sud du Liban", a affirmé l'armée israélienne dans un communiqué.

L'Agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle) a rapporté des frappes sur au moins cinq villages du sud, précédées un mouvement d'exode des habitants vers Saïda, la grande ville du sud, et Beyrouth.

L'armée israélienne avait auparavant ordonné aux habitants de neuf villages des régions de Saïda et Nabatiyé de les évacuer en prévision de frappes.

Ces frappes sur le sud dévasté se poursuivent malgré l'annonce vendredi soir de la prolongation d'une trêve entrée en vigueur le 17 avril entre les deux pays, et qui devait expirer dimanche.

Israël et le Liban mènent des négociations à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques.

Le Hezbollah pro-iranien est opposé à ces négociations et continue de revendiquer des attaques contre l'armée israélienne qui occupe désormais une partie du sud du pays, et épisodiquement contre le nord d'Israël.

Plus de 400 personnes ont été tuées dans les frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Le Liban a été entraîné dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars et près de 3.000 personnes ont été tuées et plus d'un million déplacées depuis, selon les chiffres officiels.


"J'aurais voulu passer le bac": déception après l'annulation des examens au Moyen-Orient et au Mali

Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
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  • Le ministère français de l’Éducation a annulé les épreuves du brevet et du baccalauréat dans plusieurs pays du Moyen-Orient et au Mali en raison de la situation sécuritaire, remplaçant les examens par les moyennes annuelles des élèves
  • De nombreux élèves et enseignants au Liban expriment leur déception, estimant que le bac représentait une récompense symbolique pour leurs années de travail et craignant une perte du prestige du diplôme français

BEYROUTH: "J'aurais voulu passer le bac comme une récompense de mon travail": des élèves et professeurs expriment leur déception après la récente annonce de l'annulation des épreuves écrites et orales du brevet et du bac dans les établissements français de pays du Moyen-Orient et au Mali.

Cette année, les candidats scolarisés dans les établissements français homologués du Bahreïn, des Émirats arabes unis, d'Irak, d'Iran, d'Israël, du Koweït, du Liban, du Qatar et du Mali, ainsi que ceux inscrits en classes réglementées auprès du Centre national d'enseignement à distance (Cned), "se verront attribuer leur moyenne annuelle dans les enseignements concernés", a indiqué mardi le ministère français de l'Education nationale.

Cette mesure, liée à la guerre au Moyen-Orient et à la situation sécuritaire critique au Mali, concerne les épreuves écrites du diplôme national du brevet, les épreuves anticipées de français, à l'écrit comme à l'oral, et de mathématiques du baccalauréat général et technologique, ainsi que les épreuves de spécialité et de philosophie et le grand oral en classe de Terminale.

"Les candidats se présentant sous statut individuel pourront se présenter à la session de remplacement prévue en septembre 2026", tant pour le brevet que pour le baccalauréat, a précisé le ministère.

"J'aurais voulu faire le bac honnêtement, donc j'étais un peu triste d'apprendre qu'ils vont l'annuler", a réagi Yana Abdallah, 18 ans, élève du Collège des Saints-Coeurs Kfarhbab, au Liban.

Pour cette élève, qui affiche entre 16 et 17/20 de moyenne, se confronter à l'examen aurait marqué symboliquement la fin d'un cycle: "Nous avons travaillé pour le bac depuis notre entrée à l'école", rappelle-t-elle. Le passer aurait été comme une "récompense pour toute la fatigue que m'a valu mon travail".

Son école, qui se basera sur les notes du contrôle continu, n'a pas exclu la possibilité d'organiser un second bac blanc pour ne pas léser les élèves.

Les examens organisés "étaient jusqu'à présent comme une préparation mais sans que les élèves n'y mettent toute leur concentration", souligne Yana Abdallah, jugeant que son établissement essaye de les aider "autant que possible".

- "Suite désastreuse" -

Selon les chiffres de l'ambassade de France, le Liban compte en Terminale 3.166 élèves dans des établissements officiellement reconnus par les autorités et 402 élèves en candidats libres.

"Je suis contre l'annulation de ce diplôme, chaque fois que le bac a été annulé, la suite a été désastreuse", a témoigné auprès de l'AFP Hyam Merheb, 73 ans, à la retraite, ancienne enseignante de français pendant 45 ans au Liban.

"Le bac français a gardé son prestige malgré tous les événements par lesquels on est passé", juge-t-elle. "C'est la seule image encore positive que l'on peut avoir de notre pays et de l'enseignement tel qu'il était auparavant".

La décision du gouvernement est "incompréhensible", "tout le monde était prêt" pour faire passer les épreuves, avec des aménagements (moins de textes à préparer pour l'oral de français, par exemple), a aussi réagi auprès de l'AFP une enseignante et représentante syndicale du Grand lycée franco-libanais de Beyrouth, qui souhaite rester anonyme.

"Personne ne s'attendait à cette décision, les élèves de terminale avaient reçu leur convocation ce (mardi) matin", a-t-elle rapporté, déplorant avoir appris la nouvelle par la presse.

A Bamako au Mali, l’école française "Liberté" comptait à la rentrée de septembre 1.380 élèves, dont 600 en classe d'examens. "Mais, nous en avons perdu 80 en cours d'année, partis à cause de l’insécurité", a appris l'AFP auprès de membres de l’association des parents d’élèves de l’établissement.

"Notre combat est de faire en sorte que le lycée puisse ouvrir à la rentrée de septembre prochain", poursuit-on de même source.

En raison de la situation sécuritaire critique, les cours sont désormais assurés uniquement en ligne.

Selon le ministère, des mesures d'aménagement pourront également être décidées dans d'autres pays, jusqu'à 15 jours avant le début des épreuves, si les conditions locales ne permettent pas leur organisation.

Le coup d'envoi du baccalauréat sera donné le 11 juin avec l'épreuve écrite anticipée de français pour les élèves de Première.


Le Liban et Israël prolongent leur cessez-le-feu de 45 jours

Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
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  • Le Liban et Israël ont accepté de prolonger leur cessez-le-feu de 45 jours après des discussions jugées « positives » à Washington
  • Malgré la trêve entrée en vigueur le 17 avril, les frappes israéliennes contre le Hezbollah au Liban ont continué, causant des centaines de morts selon les autorités libanaises

WASHINGTON: Israël et le Liban ont donné leur accord à une prolongation d'un mois et demi du cessez-le-feu pendant de nouvelles négociations entre les deux pays à Washington, même si de nouvelles frappes israéliennes ont visé le sud du Liban vendredi.

Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a dit avoir "reçu des messages" de Washington en faveur de la reprise des négociations pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient, ajoutant être ouvert à une aide de Pékin.

Le cessez-le-feu israélo-libanais, qui arrivait à expiration dimanche, "va être prolongé de 45 jours afin de permettre de nouveaux progrès", a annoncé la diplomatie américaine après une nouvelle session de négociations directes entre des représentants d'Israël et du Liban jeudi et vendredi.

Le département d'Etat américain a précisé qu'il organiserait un nouveau cycle de discussions les 2 et 3 juin. D'ici là, le Pentagone réunira des délégations militaires des deux pays le 29 mai.

L'ambassadeur d'Israël à Washington, Yechiel Leiter, a déclaré à l'issue des pourparlers qu'il serait essentiel de garantir la sécurité de son pays.

"Il y aura des hauts et des bas, mais les chances de réussite sont grandes ", a-t-il écrit sur le réseau X.

La délégation libanaise a salué de son côté une prolongation qui ouvre la voie "à une stabilité durable", mais insisté sur la nécessité d'un "processus par étapes et vérifiable", soutenu par Washington.

- "Irresponsable" -

S'exprimant depuis le Liban, le Premier ministre Nawaf Salam a accusé le Hezbollah pro-iranien d'avoir entraîné le pays dans une nouvelle guerre "irresponsable".

"Assez de ces aventures irresponsables servant des projets ou intérêts étrangers", a-t-il lancé, appelant au soutien des pays arabes, et plus largement de la communauté internationale, dans les négociations avec Israël.

Malgré l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 17 avril, Israël poursuit ses frappes au Liban, disant viser le Hezbollah, et le mouvement chiite continue de tirer des roquettes sur des positions israéliennes.

Le Liban a annoncé la mort de six personnes, dont trois secouristes du Comité islamique de santé, affilié au Hezbollah, dans un bombardement israélien dans le sud du pays.

Plus de 400 personnes ont péri dans des frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Au moment des discussions à Washington vendredi, l'armée israélienne a émis des ordres d'évacuation pour une dizaine de secteurs dans le sud du Liban et annoncé "mener des frappes contre l'infrastructure du Hezbollah dans la région de Tyr".

- "Des femmes et enfants" -

"Il n'y a ici que des femmes, des enfants et des personnes âgées. Cette frappe cause de nouveaux déplacements de personnes", a déclaré à l'AFP Hafez Ramadan, qui vit près de l'immeuble visé par la frappe, qui abritait selon lui surtout des déplacés.

Les frappes à Tyr ont fait 37 blessés, dont six membres du personnel médical de l'hôpital, quatre enfants et neuf femmes, selon le ministère de la Santé.

Le Hezbollah a revendiqué des attaques de drones contre des casernes dans le nord d'Israël, ainsi que d'autres contre les forces israéliennes positionnées dans plusieurs localités libanaises frontalières. L'armée israélienne est déployée dans cette zone pour pouvoir, selon elle, protéger la population du nord d'Israël des tirs du mouvement pro-iranien.

Israël, comme les Etats-Unis, appelle Beyrouth à désarmer le Hezbollah.

"Le Liban négocie pour un avenir dans lequel ses frontières seront respectées (et) sa souveraineté assurée seulement" par son armée,  a souligné aussi la délégation libanaise à Washington.

Un des hauts responsables du mouvement pro-iranien, Mahmoud Qomati, a qualifié les négociations avec Israël "d'humiliantes" et dénoncé "un complot contre le pays".

- "Bonnes intentions" -

Du côté de Téhéran, le ministre des Affaires étrangères, en visite en Inde, s'est dit ouvert à une aide de la Chine pour mettre fin au conflit, au lendemain de propos à Pékin de Donald Trump, selon qui son homologue chinois Xi Jinping a proposé d'aider à rouvrir le détroit d'Ormuz.

"Nous savons que (les) Chinois ont de bonnes intentions. Toute initiative de leur part susceptible de soutenir la diplomatie serait donc la bienvenue", a déclaré M. Araghchi.

Les Gardiens de la Révolution iraniens permettent désormais à davantage de navires de passer par le détroit, quasi paralysé par Téhéran depuis le début de la guerre, a affirmé la télévision publique.

La veille, la chaîne avait fait état de plus de 30 navires autorisés à transiter par le détroit, qui voit passer d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

De son côté, le porte-avions français Charles-De-Gaulle et son escorte sont arrivés "sur zone" au large de la péninsule arabique où ils sont prépositionnés en cas de déclenchement d'une mission "neutre" pour rétablir la navigation dans le détroit d'Ormuz, a annoncé la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo.