Le Moyen-Orient est-il prêt à une propagation du conflit entre Israël et le Hamas?

Israël a bombardé Gaza et placé la bande en état de siège après que les combattants du groupe palestinien Hamas ont lancé un assaut transfrontalier sans précédent au cours du week-end (Photo, AFP).
Israël a bombardé Gaza et placé la bande en état de siège après que les combattants du groupe palestinien Hamas ont lancé un assaut transfrontalier sans précédent au cours du week-end (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 12 octobre 2023

Le Moyen-Orient est-il prêt à une propagation du conflit entre Israël et le Hamas?

  • Israël pourrait se retrouver dans une guerre à quatre fronts si des groupes armés au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen se joignent à la bataille
  • Une guerre ouverte et multilatérale pourrait s'avérer politiquement coûteuse et économiquement désastreuse pour la région

DUBAI: Alors que l'armée israélienne intensifie ses attaques contre Gaza en représailles à l'assaut sans précédent lancé le week-end dernier contre le sud d'Israël par des combattants du groupe palestinien Hamas, on craint de plus en plus l'éclatement d'un conflit plus vaste et aux multiples facettes au Moyen-Orient.

Selon les experts, l'Iran et son Corps des gardiens de la révolution islamique ont passé des décennies à armer et à financer des combattants chiites ainsi que des groupes palestiniens sunnites au Moyen-Orient. En conséquence, Israël est désormais confronté à la possibilité d'une guerre sur trois ou quatre fronts, impliquant le Hamas et le Djihad islamique palestinien à Gaza et en Cisjordanie, complétés par le Hezbollah et le Djihad islamique au Liban et en Syrie.

Le Hezbollah libanais a déjà tiré le premier coup de semonce contre Israël en lançant des roquettes dimanche, provoquant des représailles meurtrières de la part d'Israël. Lundi, des échanges d'artillerie à la frontière ont tué trois combattants du Hezbollah, deux combattants palestiniens et un officier supérieur de l'armée israélienne.

Le Pentagone a averti le Hezbollah de «réfléchir à deux fois» avant d'ouvrir un second front et a déclaré que les États-Unis sont prêts à prendre la défense d'Israël. Le commandement central a envoyé le groupe de frappe du porte-avions USS Gerald R. Ford en Méditerranée orientale et a renforcé les escadrons de l'armée de l'air dans la région. Il envisagerait également de déployer un second porte-avions près d'Israël pour renforcer la dissuasion.

Le Pentagone a averti le Hezbollah de «réfléchir à deux fois» avant d'ouvrir un second front et a déclaré que les États-Unis étaient prêts à prendre la défense d'Israël (Photo, AFP).

Bien que la situation soit tendue, les partisans du Hamas estimant que la dynamique est de leur côté, les observateurs estiment qu'une guerre ouverte et multiforme avec Israël, qui ne bénéficie pas d'un large soutien de l'opinion publique, pourrait s'avérer politiquement coûteuse pour eux et économiquement désastreuse pour les pays à partir desquels ils opèrent.

Dans le cas du Liban, les analystes estiment que ni le Hezbollah ni Israël ne veulent être pris dans une guerre régionale majeure, et ce pour différentes raisons.

«Je pense que les deux parties sont prêtes à accepter un certain degré de violence et de pertes. Les deux parties ne veulent pas que cela dégénère en une guerre beaucoup plus large», a déclaré à Arab News Michael Young, rédacteur en chef de Carnegie Middle East à Beyrouth.

«Ce que nous avons vu jusqu'à présentva dans le sens de mon opinion. Le Hezbollah a absorbé les pertes et les Israéliens ont absorbé le fait que deux de leurs bases militaires ont été ciblées par des tirs», a-t-il ajouté.

«Il s'agit bien sûr d'un jeu risqué. À tout moment, il peut échapper à tout contrôle.»

L'attaque du Hamas contre Israël ce week-end ouvre la voie à un conflit plus large dans la région (Photo, AFP).

La dernière grande guerre entre Israël et le Hezbollah, qui s'est déroulée en 2006, s'est achevée sur l'accord tacite que la violence à l'avenir serait limitée à une petite bande de territoire contestée près du plateau du Golan.

L'Iran et ses mandataires chiites au Liban, en Irak et au Yémen – membres de ce que l'on appelle l'axe de la résistance – ont fermement soutenu l'attaque de samedi, au cours de laquelle des bases militaires israéliennes et plusieurs villages et villes ont été envahis par des combattants du Hamas. Le président iranien, Ebrahim Raïssi, s'est entretenu par téléphone avec des dirigeants du Hamas et du Jihad islamique après le début de l'attaque, a indiqué dimanche l'agence de presse publique iranienne IRNA.

À la suite de l'attentat, Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, a déclaré: «Ils payeront un prix dont ils, et d’autres ennemis, se souviendront pendant des décennies.» Mais Israël pourrait bien se retrouver à se battre sur plus d'un front s'il procède à une invasion terrestre.

Mohammed Deif, le commandant militaire suprême des Brigades d’Al-Qassam, la branche armée du Hamas responsable de l'attaque, a appelé les groupes de combattants alliés à l'Iran au Liban, en Syrie et en Irak à se joindre à l'offensive contre Israël.

Des groupes armés irakiens et yéménites alignés sur l'Iran ont menacé de cibler les intérêts américains avec des missiles et des drones si l'administration Biden intervenait pour soutenir Israël.

Les Hachd al-Chaabi irakien (Forces de mobilisation populaire) ont menacé de lancer des attaques contre les troupes américaines en Irak si Washington s’impliquait directement dans le conflit. Les États-Unis ont 2 500 soldats en Irak et 900 autres en Syrie voisine, avec pour mission de conseiller et d'aider les forces locales à lutter contre Daech, qui s'est emparé en 2014 de vastes zones de territoire dans les deux pays.

Israël est désormais confronté à la possibilité d'une guerre sur trois ou quatre fronts, impliquant le Hamas et le Jihad islamique palestinien à Gaza et en Cisjordanie, complétés par le Hezbollah et le Jihad islamique au Liban et en Syrie (Photo, AFP).

Ce lundi, l'homme politique irakien Hadi al-Amiri, chef du groupe politique et militaire de l'Organisation Badr, proche de l'Iran, a déclaré: «S'ils interviennent, nous interviendrons... nous considérerons toutes les cibles américaines comme objectifs légitimes.»

Badr constitue une grande partie des Forces de mobilisation populaire (FMP) irakiennes, l'organisation paramilitaire de l'État qui comprend de nombreuses factions soutenues par l'Iran.

Mardi en fin de journée, des roquettes tirées depuis la Syrie, où le Hezbollah et d'autres milices soutenues par l'Iran maintiennent une présence à la frontière israélienne avec l'approbation du président, Bachar al-Assad, qui auraient atterri en terrain découvert dans le nord d'Israël.

Au Yémen, le chef des Houthis chiites a averti mardi que sa milice répondrait à toute intervention américaine à Gaza par des drones, des missiles et d'autres options militaires.

Il a déclaré que le groupe était prêt à coordonner l'intervention avec d'autres membres de l'axe de la résistance.

Des milliers de personnes ont trouvé la mort dans ce conflit, alors que l'assaut israélien sur Gaza se poursuit (Photo, AFP).

Selon les experts, toute escalade du conflit impliquant le Hezbollah libanais modifierait complètement les calculs régionaux et confronterait Israël à un défi sécuritaire d'une ampleur inégalée depuis un demi-siècle.

«Notre histoire, nos armes et nos roquettes sont avec vous», a déclaré un haut responsable du Hezbollah, Hachem Safieddine, lors d'un rassemblement en faveur du Hamas dans l'est de Beyrouth dimanche.

Malgré cela, le Hezbollah pourrait choisir de garder ses cartouches au sec à cette occasion. Son arsenal de roquettes actuellement pointées sur Israël dissuade fortement ce dernier de prendre des mesures préventives à l'encontre de l'Iran.

Vient ensuite la question des coûts et du soutien politique. Éprouvée par la pandémie, les conflits et la flambée des prix des denrées alimentaires et des carburants, et accablée par la faiblesse de ses finances publiques, la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord n'est, de l'avis général, pas en mesure de résister aux répercussions directes et indirectes d'un conflit.

EN BREF

- Les accords d'Oslo ont conduit à la création de l'Autorité palestinienne, chargée d'assurer une autonomie palestinienne limitée sur certaines parties de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.

- La bande de Gaza est une étroite bande de terre densément peuplée appuyée sur la mer Méditerranée, bloquée par la marine israélienne depuis 2009 et fermée à tout trafic maritime.

- Le Hamas, qui a remporté les élections législatives en 2006, a expulsé l'Autorité palestinienne et a pris le contrôle total de Gaza en 2007.

Selon les experts, l'état de l'économie politique dans les pays arabes, allant de la Tunisie et de la Libye à l'ouest, au Yémen à l'est, est au mieux précaire. Selon un blog du Fonds monétaire international datant de juin, une combinaison de risques fiscaux et de développements externes tels que les hausses de taux d'intérêt et les flambées des prix des denrées alimentaires et des carburants a mis les finances publiques sous forte pression dans les économies à faible revenu et à revenu intermédiaire du monde arabe.

Au Liban, plusieurs hommes politiques ont mis en garde contre le risque d'entraîner le pays dans le conflit entre Israël et le Hamas, affirmant que la stabilité et l'unité, dans un contexte de crise économique prolongée, devaient être prioritaires.

Abdallah Bou Habib, ministre libanais des Affaires étrangères, a exigé du Hezbollah qu'il lui garantisse qu'il ne se joindrait pas aux combats provocation, tandis que Najib Mikati, Premier ministre libanais, a insisté sur la nécessité de préserver la sécurité.

Les analystes estiment que le gouvernement libanais, sans président depuis près d'un an, n'a que peu ou pas d'influence sur les décisions du Hezbollah. Ils ajoutent toutefois que la mesure dans laquelle le Hezbollah est prêt à s'impliquer dans le conflit de Gaza dépendra dans une certaine mesure de l'ampleur de la confrontation entre Israël et le Hamas. Toute tentative d'élimination totale du groupe pourrait entraîner une escalade régionale.

L'armée israélienne a intensifié ses attaques sur Gaza en représailles à l'assaut sans précédent lancé le week-end dernier par le Hamas contre Israël (Photo, AFP).

«Je pense qu'il y a un autre élément à prendre en considération, et c'est ce que les Israéliens vont faire à Gaza», a révélé Young, de Carnegie Middle East, à Arab News. «S'ils menacent l'existence du Hamas, nous pouvons supposer que le Hezbollah interviendra pour tenter d'éviter cette situation.»

«Mais pour les Israéliens, une menace existentielle signifie une prise de contrôle complète de Gaza sans trop de pertes. Cela impliquerait que l'armée entre dans les maisons et arrête des milliers de jeunes hommes qui sont des combattants du Hamas.

«Il s'agit d'une mission extrêmement difficile pour les Israéliens. Je doute qu'ils soient en mesure de le faire. C'est la pire chose possible pour eux d'être pris dans la bande de Gaza de cette manière. Et c'est précisément ce que veulent les Iraniens: entraîner les Israéliens dans des combats de rue à Gaza.»

Si Israël, avec le soutien des États-Unis, décide d'affronter directement l'Iran, soupçonné d'avoir participé à l'assaut du Hamas, Téhéran pourrait réagir en interrompant le flux de pétrole à travers le détroit d'Ormuz, ce qui entraînerait une hausse massive du prix du brut sur les marchés mondiaux.

Israël bombarde la bande de Gaza depuis l'attaque sans précédent du Hamas samedi (Photo, AFP).

Les prix du pétrole ont déjà augmenté cette semaine en raison du risque accru d'une guerre plus large impliquant les États arabes du Golfe exportateurs d'énergie.

Certains commentateurs ont exprimé l'espoir qu'un conflit décisif entre Israël et le Hamas pourrait créer une surprise, de la même manière que la guerre israélo-arabe de 1973 avait aboutie aux accords de paix de Camp David et à la normalisation des relations entre Israël et l'Égypte.

Le journaliste et chroniqueur égyptien Abdellatif el-Menawy a mis en doute la possibilité d'une telle issue. «À la lumière de ce qu'ils ont fait jusqu'à présent, les Palestiniens ont le droit de se vanter d'une certaine “victoire”, quelle que soit la suite des événements. Cela peut être considéré comme le début d'un processus politique», a-t-il expliqué à Arab News. «Mais le Hamas et Israël peuvent-ils être des partenaires de paix? Les deux parties ont eu de multiples occasions de le prouver.

«Le Hamas avait une chance de gouverner Gaza de manière responsable, de prouver sa valeur et de dissiper l'idée qu'il n'était rien de plus qu'une mafia islamique palestinienne, uniquement intéressée par le maintien de son emprise sur Gaza, et prête à servir de patte de chat à l'Iran au lieu de faire de son objectif principal la création d'un nouvel avenir pour les Palestiniens en partenariat avec leurs partenaires de Ramallah (l'Autorité palestinienne).

«Parallèlement, l'opération déluge d'Al-Aqsa a été le type de résultat – et d'autres sont probablement à venir – que l'on ne peut qu'attendre de la poursuite de l'occupation israélienne illégale des territoires palestiniens et de ses politiques de discrimination raciale, d'usurpation de terres, d'empiétement des colonies et de soumission des Palestiniens à des conditions inhumaines.

Une patrouille de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) traverse la plaine de Khiam, au sud du Liban, le long de la frontière avec Israël (Photo, AFP).

«Il serait étrange qu'une personne rationnelle s'attende à un résultat autre qu'une explosion», a signalé El-Menawy.

Il est clair que dans l'immédiat, l'assaut meurtrier du Hamas a anéanti les espoirs d'une ère de paix, fait craindre que la situation ne devienne incontrôlable et fait planer le spectre d'un conflit ruineux impliquant des pays dont les économies sont déjà dans une situation précaire.

Seul le temps nous dira si cela a également augmenté les chances d'un règlement qui fasse progresser de manière significative les droits et les aspirations du peuple palestinien à devenir un État.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
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  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".


L'Iran écarte tout compromis après le rejet de sa proposition par Trump

L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle". (AFP)
L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle". (AFP)
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  • "Il n'y a pas d'autre choix que d'accepter les droits du peuple iranien, tels qu'établis dans la proposition en 14 points. Toute autre approche serait infructueuse et ne mènerait qu'à une succession d'échecs"
  • Le contenu de la proposition américaine initiale n'a pas été rendu public

TEHERAN: L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle".

"Il n'y a pas d'autre choix que d'accepter les droits du peuple iranien, tels qu'établis dans la proposition en 14 points. Toute autre approche serait infructueuse et ne mènerait qu'à une succession d'échecs", a écrit sur X le négociateur en chef de la République islamique, Mohammad Bagher Ghalibaf, plus d'un mois après l'instauration d'une trêve précaire.

Celui qui est aussi président du Parlement a interpellé les négociateurs américains, estimant que "plus ils traîneront les pieds, plus les contribuables américains en paieront le prix", au moment où les cours du pétrole évoluent à des niveaux toujours élevés.

Ces déclarations sonnent comme une réponse à Donald Trump qui avait dénigré la veille les propositions iraniennes et assimilé le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril à un malade "sous assistance respiratoire", avec "1% de chances" de survie.

"Donner une leçon" 

Le contenu de la proposition américaine initiale n'a pas été rendu public.

Selon certains médias, elle contient un protocole d'accord pour mettre fin aux combats, qui ont fait des milliers de morts depuis le début de la guerre le 28 février, et établir un cadre de négociations sur le dossier du nucléaire iranien.

Dans sa réponse, l'Iran appelle à une fin immédiate des hostilités dans la région, y compris au Liban où les tirs d'Israël et du Hezbollah pro-iranien ne cessent pas en dépit d'un autre cessez-le-feu. Mardi, deux secouristes sont morts dans une frappe israélienne dans le sud, selon la Défense civile libanaise.

Téhéran demande également l'arrêt du blocus de ses ports par la marine américaine et le dégel des avoirs iraniens détenus à l'étranger, selon le ministère des Affaires étrangères.

"Si l'ennemi ne se plie pas aux exigences légitimes et définitives de la nation iranienne sur le terrain diplomatique, il doit s'attendre à voir ses défaites se répéter sur le champ de bataille", a prévenu le porte-parole du ministère iranien de la Défense, Reza Talaei-Nik, cité par l'agence Irna.

Pression américaine sur Pékin 

Côté américain, Donald Trump a brandi la menace d'une relance de son opération de protection des navires pour franchir le détroit d'Ormuz, verrouillé par l'Iran.

Une situation qui désespère Maryam, une peintre téhéranaise de 43 ans: elle raconte à une journaliste de l'AFP basée à Paris "vivre au jour le jour" car "le futur est très incertain".

Les regards sont désormais tournés vers la visite à Pékin prévue à partir de mercredi du président Trump, qui doit rencontrer son homologue Xi Jinping.

Selon l'administration américaine, il entend faire pression pour que la Chine, principal importateur du pétrole iranien, use de son influence sur l'Iran.

Donald Trump a dit s'attendre à une "longue conversation" avec Xi sur la guerre.

La quasi paralysie du détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, fait à nouveau grimper les cours de l'or noir mardi, à plus de 107 dollars le baril (+3,25%) pour le Brent de la mer du Nord, référence internationale, vers 14H00 GMT.

"L'Iran ne devrait pas utiliser le détroit comme une arme pour faire pression", a dénoncé cheikh Mohammed ben Abdelrahmane al-Thani, Premier ministre du Qatar, en première ligne face à ce blocage.

29 milliards de dollars 

"Le levier d'Ormuz est essentiel", analyse Thomas Juneau, professeur à l'Université d'Ottawa, pour qui Téhéran estime que Donald Trump perdra patience face à la hausse des prix à la pompe, avant les élections de mi-mandat en novembre. D'autant que le Pentagone vient de réévaluer à la hausse le coût de cette guerre à près de 29 milliards de dollars.

L'ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a par ailleurs révélé, au détour d'une conférence, qu'Israël avait envoyé aux Emirats arabes unis des systèmes de défense antiaérienne pendant cette guerre où les pays du Golfe ont été ciblés par l'Iran quasi-quotidiennement.

Au Liban, un nouveau bilan du ministère de la Santé libanais fait état de 380 morts dans des frappes israéliennes depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 17 avril.

De nouvelles discussions censées ouvrir la voie à des négociations de paix doivent se tenir jeudi et vendredi à Washington entre les deux pays.

Mais le chef du Hezbollah Naïm Qassem a affirmé mardi que la question du désarmement de sa formation, exigé par Israël, ne faisait pas partie des "négociations avec l'ennemi" auxquelles le mouvement chiite est opposé.