Guerre Israël-Hamas: les jeux vidéo, nouveaux avatars de la désinformation

De la fumée et du feu s'échappent d'un bâtiment après une explosion à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 19 octobre 2023. (AFP)
De la fumée et du feu s'échappent d'un bâtiment après une explosion à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 19 octobre 2023. (AFP)
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Publié le Jeudi 19 octobre 2023

Guerre Israël-Hamas: les jeux vidéo, nouveaux avatars de la désinformation

  • «C'est l'augmentation spectaculaire du réalisme de ces jeux de simulation de guerre qui trouble ceux qui peuvent être exposés à ce type de contenus et les prendre pour des images réelles», dit une expert
  • Un jeu comme «Arma 3» a aussi la particularité d'être largement modifiable par les joueurs, qui peuvent créer de nouveaux terrains d'affrontements, véhicules, armes, équipements ou scénarios

PARIS: Quand l'image virtuelle d'un hélicoptère abattu en plein vol a des conséquences réelles de désinformation: la guerre entre Israël et le Hamas, à l'instar des conflits récents, déverse sur les réseaux sociaux des contenus vidéoludiques hyper réalistes mais trompeurs.

Une vidéo virale postée sur Facebook avec pour titre "Deux hélicoptères israéliens abattus par le Hamas", une autre sur la "démonstration" des "vaillantes forces armées maliennes" face aux groupes jihadistes, ou encore celle autour d'un "hélicoptère russe" contre un "obusier ukrainien"...

Toutes prétendent rendre compte d'affrontements réels à coups de missiles, d'explosions de tanks par des drones, ou d'avions de combat abattus dans un décor réaliste de villes incendiées. En réalité, ces images ont été extraites d'"Arma 3", un jeu vidéo de combat développé par le studio indépendant Bohemia Interactive, basé en République tchèque.

De nombreux extraits de jeux vidéo de guerre n'ont cessé d'être détournés depuis une dizaine d'années pour générer des images présentées comme authentiques de conflits, allant de la guerre en Syrie à l'invasion russe de l'Ukraine.

En 2017, l'armée russe a, par exemple, publié sur ses comptes officiels Twitter et Facebook des images aériennes en noir et blanc prises, selon elle, à la frontière irako-syrienne, et présentées comme des preuves "irréfutables" que les Etats-Unis assuraient une "couverture" au groupe Etat islamique... avant que l'ONG Conflict Intelligence Team (CIT) ne rapproche l'une de ces images du jeu vidéo de guerre "AC-130 Gunship Simulator: Special Ops Squadron".

Après avoir rapidement supprimé ces images, l'armée russe a assuré à l'agence publique RIA-Novosti qu'il s'agissait d'une "erreur" de la part d'un employé civil.

Potentiel «viral»

Ces infox sont régulièrement dénoncées par les médias de vérification numérique, comme l'AFP qui en a débusqué plusieurs, dont une le 12 octobre prétendant montrer des hélicoptères israéliens abattus par le mouvement palestinien Hamas, traduite en plusieurs langues et partagée sur plusieurs plateformes (Facebook, X, TikTok).

"Ces vidéos créées par des utilisateurs ont le potentiel de devenir virales et sont massivement partagées par les utilisateurs des médias sociaux, parfois même par les médias grand public ou les institutions gouvernementales officielles du monde entier", ont déploré les développeurs de Bohemia Interactive sur le site internet du studio le 10 octobre.

Au point de berner certains médias: la chaîne roumaine Romania TV a par exemple présenté en novembre une vieille vidéo d'"Arma 3" montrant des combats en Ukraine, dont les images avaient été commentées par un ancien ministre de la Défense ainsi qu'un ex-chef des renseignements.

Comment cela a-t-il été possible, au vu du caractère moins sophistiqué de cette désinformation vidéoludique, plus facile à vérifier que les "deepfakes", ces "hypertrucages" qui utilisent l'intelligence artificielle (IA) pour créer des images ultraréalistes ?

"Avec l'amélioration des visuels de jeux vidéo, les images de synthèse peuvent, au premier coup d’œil, sembler vraies", expliquait Claire Wardle, co-directrice de l'Information Futures Lab de l'université américaine Brown, auprès de l'AFP en janvier.

"C'est l'augmentation spectaculaire du réalisme de ces jeux de simulation de guerre qui trouble ceux qui peuvent être exposés à ce type de contenus et les prendre pour des images réelles", renchérit l'expert français sur l'extrémisme en ligne et les sites conspirationnistes Tristan Mendès France.

D'autant plus qu'un jeu comme "Arma 3" a aussi la particularité d'être largement modifiable par les joueurs, qui peuvent créer de nouveaux terrains d'affrontements, véhicules, armes, équipements ou scénarios, très facilement et à peu de frais, à l'instar des générateurs d'images via l'IA générative, comme Midjourney.

Pour éviter de tomber dans le piège, ses créateurs ont fourni une série d'indices visuels et sonores permettant d'aider à distinguer images de jeu vidéo et vraies images, comme par exemple les explosions, que "même les jeux vidéos modernes" ont du mal à représenter de façon "naturelle".

Dans un décompte transmis à l'AFP mercredi, la société de veille sur les réseaux sociaux Visibrain a dénombré 209,6 millions de messages liés au conflit israélo-palestinien depuis le 7 octobre.

À titre de comparaison, c'est 84% de plus que le volume comptabilisé pour la Coupe du monde de football de 2022, l'un des événements les plus commentés au monde.


Au Koweït, le malaise au sein de la communauté iranienne face à la guerre

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères. (AFP)
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  • Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale
  • Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé

KOWEIT: Dans l'émirat du Koweït, particulièrement visé par les frappes de Téhéran, un réputé restaurant persan a préféré enlever de son nom toute référence à l'Iran, reflet du malaise ressenti par l'importante communauté iranienne.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, la République islamique a pris pour cible dans le Golfe des installations pétrolières, infrastructures civiles et bases militaires américaines.

Après une accalmie en août, le Koweït a de nouveau été frappé ces derniers jours, avec notamment une attaque ayant provoqué un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale.

Avant même ce nouveau regain d'hostilités, la direction du restaurant "Abshar El Kuwait" a décidé de retirer le mot Iran de son nom en raison de la sensibilité" de la situation, explique à l'AFP un employé.

L'activité, toutefois, "n'a pas été affectée par la guerre", souligne-t-il, alors que des Koweïtiens et des étrangers font la queue devant l'établissement.

"Tristes" 

Même si d'autres Iraniens disent ne pas avoir subi de préjudice, ils ne cachent pas leur angoisse, Hussein faisant état d'une "période extrêmement difficile".

"Nous sommes tristes", témoigne ce commerçant de 35 ans qui préfère utiliser un pseudonyme pour protéger son identité. Lui qui a vécu 18 ans au Koweït dit en effet considérer cet Etat comme son "deuxième pays".

Quelque 52.000 Iraniens vivent dans l'émirat de près de cinq millions d'habitants, la plupart travaillant dans le secteur de la pêche, sur des marchés ou dans des boulangeries. D'autres sont des commerçants prospères, vendant notamment des tissus et des tapis.

Hussein, qui dirige une importante entreprise de textile, s'affaire dans le marché historique de Moubarakiyah, au cœur de la capitale, où les Iraniens représentent environ 40% de la main-d'œuvre.

"Nous vivons ici depuis de nombreuses années et nous ne voulons pas de problèmes entre les deux pays", insiste-t-il.

Il explique qu'il ne peut plus retourner en Iran, où vit sa fille, alors que le trafic aérien a été fortement perturbé entre les deux pays après le 28 février, début des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Les échanges commerciaux entre le Koweït et l'Iran sont importants, atteignant environ 300 millions de dollars en 2024, selon un responsable de la chambre de commerce irano-koweïtienne cité par des médias locaux.

Les exportations iraniennes vers le Koweït comprenaient principalement des produits alimentaires et agricoles, des tapis et des matériaux de construction.

Malgré la guerre, "nos relations avec les clients koweïtiens sont toujours bonnes", assure Hussein. Deux autres commerçants ont tenu le même discours à l'AFP. Mais la tension est palpable.

"Sentiment général d'inquiétude" 

Les autorités koweïtiennes ont accentué la répression vis-à-vis des personnes soupçonnées d'appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Elles ont aussi fermé la seule école iranienne du pays le mois dernier, a indiqué à l'AFP une source au ministère de l'Education, sans fournir d'explication.

"Nous voulons simplement vivre et gagner notre vie", souligne Ali, un Iranien d'une trentaine d'années qui a aussi choisi un pseudonyme et qui comme les autres Iraniens interrogés par l'AFP n'a pas souhaité faire de commentaires sur la politique de son pays.

"Nous n'avons subi aucun préjudice et nous n'avons pas été harcelés, mais il y a un sentiment général d'inquiétude. C'est naturel en temps de guerre", dit-il sur le marché de l'or de la ville, où il regarde un écran affichant l'évolution des cours à travers le monde.

"Nous avons le sentiment d'être pris entre deux feux", résume le jeune homme.

A Moubarakiyah, des commerçants iraniens vendent des pâtisseries, notamment à base de tahiné, attirant un flot régulier de clients.

"Les Iraniens sont partout ici", note une Koweïtienne d'une cinquantaine d'années, préférant elle aussi taire son nom.

"Ils font partie de l'histoire du Koweït, et il est impossible d'imaginer se passer d'eux".


Le CICR remet au Liban un homme libéré par Israël 

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours". (AFP)
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  • Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP
  • Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024

BEYROUTH: Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a remis jeudi aux autorités libanaises un homme qui était détenu en Israël, a indiqué une source de l'armée libanaise à l'AFP, une source du CICR à Jérusalem confirmant que l'opération était "en cours".

Lors de ses dernières négociations avec Israël, le Liban a demandé la libération d'un premier groupe de Libanais capturés par Israël depuis la guerre précédente avec le Hezbollah pro-iranien en 2024. Un comité de proches de Libanais enlevés par Israël estime leur nombre à plus d'une trentaine.

 

 


Deux Palestiniens tués par l'armée israélienne en Cisjordanie

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé. (AFP)
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  • Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé
  • Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès

RAMALLAH: Des soldats israéliens ont tué deux jeunes Palestiniens en Cisjordanie occupée dans la nuit de mercredi à jeudi, a rapporté le ministère palestinien de la Santé, l'armée israélienne disant avoir ouvert le feu lors d'une "émeute".

L'incident ayant conduit à la mort des deux Palestiniens a débuté par le vol de moutons par des colons israéliens, selon un habitant, ce que conteste l'armée israélienne.

Omar Mohammed Naji al-Nassan, 19 ans, et Khalil Rassem Khalil Shahada, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens dans le village d'al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a indiqué le ministère de la Santé.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, ils ont été grièvement blessés par des tirs à balles réelles lors de heurts, le premier au cou et le second dans le dos, avant d'être transférés vers deux hôpitaux de Ramallah, où les médecins ont prononcé leur décès.

Un journaliste de l'AFP présent au Complexe médical de Ramallah a vu des personnes endeuillées rassemblées autour de l'une des dépouilles.

Selon Amin Abou Alia, chef du conseil du village d'al-Mughayyir, "des colons israéliens (...) ont tenté de voler des moutons" et à la suite d'une confrontation, "l'armée israélienne a imposé un siège au village avant d'y faire une descente".

M. Abou Alia a déclaré à l'AFP que des tireurs d'élite avaient été positionnés dans le secteur, "ouvrant le feu à balles réelles sur les habitants qui tentaient de s'opposer aux colons".

L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, a affirmé que les moutons qui se trouvaient dans le secteur du village appartenaient à des Israéliens, indiquant avoir "sécurisé l'entrée du village" pour permettre leur retour à leurs propriétaires.

Sur place, une "émeute" a éclaté, pendant laquelle "des terroristes ont lancé des parpaings et des pierres" sur les soldats, d'après l'armée. Ces derniers ont ouvert le feu afin "d'éliminer la menace", a-t-elle ajouté.

Les violences ont explosé en Cisjordanie depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques quasi-quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales par l'ONU au regard du droit international.

Selon un décompte de l'AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé, les soldats ou colons ont tué au moins 1.105 Palestiniens - combattants et civils - depuis le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres israéliens, sur la même période, au moins 48 Israéliens - civils et membres des forces de sécurité - ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.