Urgence à Gaza: L’aide des pays arabes aux Palestiniens

L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis se sont engagés à fournir une aide à Gaza, mais les organisations humanitaires ont du mal à accéder au poste frontière de Rafah (Photo, Getty Images/AFP).
L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis se sont engagés à fournir une aide à Gaza, mais les organisations humanitaires ont du mal à accéder au poste frontière de Rafah (Photo, Getty Images/AFP).
Une photo prise le 10 octobre 2023 montre les portes fermées du poste frontière de Rafah avec l'Égypte (Photo, AFP).
Une photo prise le 10 octobre 2023 montre les portes fermées du poste frontière de Rafah avec l'Égypte (Photo, AFP).
Des Palestiniens, certains avec des passeports étrangers espérant passer en Égypte et d'autres attendant de l'aide au point de passage de Rafah dans le sud de la bande de Gaza, le 16 octobre 2023 (Photo, AFP).
Des Palestiniens, certains avec des passeports étrangers espérant passer en Égypte et d'autres attendant de l'aide au point de passage de Rafah dans le sud de la bande de Gaza, le 16 octobre 2023 (Photo, AFP).
Un convoi de camions transportant de l'aide pour Gaza depuis l'Égypte attend sur la route principale du désert d'Ismailia en direction du point de passage de Rafah, le 16 octobre 2023 (Photo, AFP).
Un convoi de camions transportant de l'aide pour Gaza depuis l'Égypte attend sur la route principale du désert d'Ismailia en direction du point de passage de Rafah, le 16 octobre 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 20 octobre 2023

Urgence à Gaza: L’aide des pays arabes aux Palestiniens

  • L'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar ont promis des millions de dollars pour aider les Palestiniens soumis aux bombardements israéliens
  • Gaza est soumise à un embargo israélien strict depuis que le Hamas a lancé son attaque transfrontalière contre Israël le 7 octobre.

RIYAD: Alors que la crise humanitaire à Gaza s'aggrave parallèlement à l'extension de la guerre d'Israël contre le groupe militant palestinien Hamas, les États arabes du Golfe se sont engagés à fournir une aide et un soutien aux civils qui vivent sous un siège et des bombardements quotidiens.

Depuis que le Hamas a lancé son attaque transfrontalière sans précédent contre Israël le 7 octobre, la bande de Gaza est soumise à un embargo israélien strict, privant sa population de 2,2 millions d'habitants de nourriture, d'eau, de médicaments et d'électricité.

L'unique centrale électrique de Gaza s'est rapidement arrêtée en raison d’un manque de carburant. Selon l'ONU, les hôpitaux de la bande de Gaza, où des milliers de civils ont trouvé refuge, devraient manquer de carburant pour leurs générateurs d'ici quelques jours, mettant ainsi la vie des patients en danger.

Le siège, combiné à la fermeture du point de passage de Rafah entre Gaza et l'Égypte, a empêché les agences d'aide humanitaire d'acheminer l'aide. Plus de 200 camions et quelque 3 000 tonnes d'aide seraient coincées au point de passage de Rafah, le seul lien entre Gaza et l'Égypte.

L'Unicef, l'agence des Nations unies pour l'enfance, a déclaré que si l'eau et le carburant ne sont pas envoyés «immédiatement», les habitants de Gaza feraient face à un «danger imminent» d'épidémie et de mort.

Ce mercredi, Israël a déclaré qu'il autoriserait l'Égypte à acheminer une aide humanitaire limitée dans la bande de Gaza. L'annonce de l'autorisation d'acheminer de l'eau, de la nourriture et d'autres fournitures est intervenue alors que la colère suscitée par l'explosion de l'hôpital Al-Ahli de Gaza s'est répandue dans tout le Moyen-Orient et que le président américain, Joe Biden, s'est rendu en Israël dans l'espoir d'éviter un conflit plus important dans la région.

Biden a indiqué que le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, avait accepté d'ouvrir le point de passage et de laisser passer un premier groupe de 20 camions transportant de l'aide humanitaire. Le convoi devrait commencer à circuler vendredi au plus tôt, ont indiqué des responsables de la Maison Blanche.

Du personnel médical et un convoi de camions chargés de matériel d'aide pour Gaza fourni par des ONG égyptiennes attendent un accord pour traverser la frontière entre l'Égypte et Gaza dans la ville d’El-Arich, dans le nord de la péninsule du Sinaï en Égypte, le 15 octobre 2023 (Photo, AFP).

Le bureau du Premier ministre israélien a déclaré qu'Israël «n'empêchera pas» les cargaisons de nourriture, d'eau ou de médicaments en provenance d'Égypte, à condition qu'elles soient limitées aux civils du sud de la bande de Gaza et qu'elles n'aillent pas aux combattants du Hamas.

Les fournitures seraient acheminées sous la supervision des Nations unies, a déclaré le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukri, à la chaîne de télévision Al-Arabiya.

Le côté égyptien du point de passage de Rafah a été bombardé à plusieurs reprises depuis qu'Israël a lancé sa guerre contre le Hamas. L'Égypte devra réparer la route qui traverse la frontière et qui a été endommagée par les frappes aériennes israéliennes.

Du personnel médical et un convoi de camions chargés de matériel d'aide pour Gaza fourni par des ONG égyptiennes attendent un accord pour traverser la frontière entre l'Égypte et Gaza dans la ville d’El-Arich, dans le nord de la péninsule du Sinaï en Égypte, le 15 octobre 2023 (Photo, AFP).

«À ce stade, nous ne pouvons pas apporter d'aide à Gaza», a révélé Christoph Hangar, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge à Genève, à Arab News avant l'annonce israélienne.

«Nous plaçons en ce moment même du personnel et des articles de secours afin d'être prêts lorsque l'accès à Gaza sera autorisé, ce qui doit être le cas de toute urgence», a-t-il ajouté.

Face à l'aggravation de l'urgence humanitaire, les États arabes du Golfe ont renouvelé leur engagement en faveur de la résolution du conflit israélo-palestinien, vieux de plusieurs décennies, et ont promis des millions de dollars d'aide aux opérations de secours.

Des bénévoles et des employés d'ONG se tiennent près des tentes qu'ils ont dressées du côté égyptien du poste frontière de Rafah, le 19 octobre 2023, pour demander l'autorisation de faire entrer un convoi d'aide dans la bande de Gaza (Photo, AFP).

Israël a ordonné aux habitants du nord de Gaza de partir vers le sud, dans l'espoir peut-être de débarrasser la zone des civils en vue d'une invasion terrestre, qui impliquerait probablement des combats urbains brutaux.

L'attaque du 7 octobre a fait au moins 1 400 morts, pour la plupart des civils israéliens, et a permis la capture de plus de 200 personnes, qui sont maintenant retenues en otage à Gaza par le Hamas et d'autres «factions de la résistance».

La présence des otages dans l'enclave a compliqué les plans d'Israël pour une invasion terrestre.

EN CHIFFRES

2,4 millions d'habitants dans la bande de Gaza.

1 million de personnes déplacées par les bombardements israéliens.

3 000 Palestiniens tués dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre.

2 millions de dollars (1 dollar américain = 0,95 euro) donnés à l'UNRWA par l'Arabie saoudite.

6 milliards de dollars de financement accordé aux Palestiniens par le Centre d'aide humanitaire et de secours Roi Salmane (KSrelief) depuis 2000.

Antonio Guterres, le secrétaire général de l'ONU, devait rencontrer Al-Sissi en Égypte jeudi pour discuter des moyens d'acheminer l'aide humanitaire à Gaza.

Stephane Dujarric, le porte-parole du chef de l'ONU, a déclaré dans un communiqué: «Il est évident que pour acheminer l'aide humanitaire à travers Gaza, nous avons besoin d'un passage sûr. Nous ne pouvons pas faire circuler des camions et des convois humanitaires tant que des bombardements sont en cours.

«Des discussions intenses sont en cours avec plusieurs parties afin d'essayer d'acheminer l'aide humanitaire la plus élémentaire le plus rapidement possible, à savoir de la nourriture, de l'eau et des médicaments. Ces produits sont nécessaires de toute urgence», a-t-il indiqué.

Des caisses d'aide humanitaire et de fournitures de l'Organisation caritative hachémite de Jordanie sont chargées à bord d'avions-cargos à Amman, en Jordanie, à destination de Gaza, le 12 octobre 2023 (Photo, Reuters).

«Depuis la création d'Israël, la population et le gouvernement saoudiens ont toujours été très favorables à la cause palestinienne», a déclaré à Arab News, Khaled al-Maeena, commentateur politique saoudien.

«Cela a été fait avec une réelle bonne volonté pour le peuple palestinien qui était opprimé et dont les terres étaient occupées. Ce à quoi nous assistons aujourd'hui est un holocauste palestinien», a-t-il précisé.

Depuis 2000, l'agence d'aide saoudienne KSrelief a fourni plus de 6 milliards de dollars d'aide au peuple palestinien dans de multiples secteurs, notamment la sécurité alimentaire, la santé, l'éducation, l'eau, l'assainissement et le logement.

Rien qu'en 2022, l'Arabie saoudite a versé 27 millions de dollars à l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa). Lundi, l'Arabie saoudite a annoncé qu'elle ferait don de 2 millions de dollars supplémentaires à l'Unrwa.

Le groupe d'aide humanitaire saoudien KSrelief poursuit son projet de distribution de paniers alimentaires en Cisjordanie et dans la bande de Gaza (Photo, KSrelief).

L'argent a été remis à Philippe Lazzarini, commissaire général de l'Unrwa, par Naïf al-Sudairi, ambassadeur saoudien en Jordanie, à l'ambassade saoudienne à Amman dimanche.

Le secteur privé saoudien s'est également engagé. McDonald's KSA a annoncé publiquement qu'il ferait un don de 533 000 dollars aux efforts de secours à Gaza, se déclarant «fière de son identité saoudienne» et de son soutien aux questions humanitaires.

«En tant qu'entreprise purement saoudienne, nous sommes fiers, depuis notre création, de notre identité saoudienne et de notre contribution continue au soutien de notre économie et de notre communauté nationale, ainsi qu'à l'adoption de mesures sociales et humanitaires qui préoccupent notre communauté», a déclaré la chaîne de restaurants dans un communiqué en ligne.

«Nous sommes ravis d'annoncer que McDonald's KSA fera un don de 2 millions de riyals (533 201  dollars) pour soutenir les efforts d'aide aux citoyens de Gaza, que Dieu les aide. Cette contribution fait suite à une coordination avec les autorités officielles compétentes», a indiqué McDonald's KSA.

Des membres du personnel déchargent l'aide destinée à la bande de Gaza d'un avion-cargo d'Emirates sur le tarmac de l'aéroport égyptien d’El-Arich, dans le nord de la péninsule du Sinaï, le 19 octobre 2023 (Photo AFP).

Avant le conflit, des pourparlers sous l'égide des États-Unis étaient en cours concernant la normalisation potentielle des relations entre l'Arabie saoudite et Israël, dans l'attente de signes clairs de progrès sur le statut des Palestiniens.

En août, alors que ces discussions étaient en cours, Riyad a également proposé de reprendre son soutien financier à l'Autorité palestinienne.

L'impact de la crise actuelle sur les pourparlers de normalisation reste à voir, mais la position de l’Arabie saoudite sur la nécessité de trouver une solution à la question palestinienne reste inchangée.

Dans un communiqué publié à la suite de l'attaque du Hamas, le ministère saoudien des Affaires étrangères a déclaré qu'il «renouvèlerait son appel à la communauté internationale pour qu'elle assume ses responsabilités et mette en œuvre un processus de paix crédible conduisant à une solution à deux États, de manière à assurer la sécurité et la paix dans la région et à protéger les civils».

En 2020, les Émirats arabes unis sont devenus le premier État arabe du Golfe à normaliser ses relations avec Israël dans le cadre des accords d'Abraham négociés par les États-Unis.

Le cheikh Theyab ben Mohammed ben Zayed al-Nahyane des Émirats arabes unis, accompagné d'autres hauts responsables, visite le centre de campagne Tarahum – pour Gaza à Abu Dhabi, qui a ouvert ses portes le 15 octobre. D'autres centres de collecte d'aide seront également ouverts dans les Émirats arabes unis à des dates ultérieures (Photo, WAM).

Un accord de partenariat économique global entre les deux pays est entré en vigueur en mars de cette année, ce qui constitue le premier accord de libre-échange entre Israël et un pays arabe. Bahreïn et le Maroc ont suivi.

En réponse à la crise qui sévit actuellement à Gaza, les Émirats arabes unis ont lancé une campagne baptisée Tarahum – ou «compassion» en arabe – pour aider les civils vulnérables, en particulier le million d'enfants qui représentent près de la moitié de la population de Gaza.

Sous l'égide du Croissant-Rouge des Émirats, les Émirats arabes unis ont lancé un appel aux dons et aux volontaires, et leur premier centre de secours a été établi au terminal de croisière d'Abu Dhabi.

Un avion transportant des fournitures médicales a déjà été envoyé dans la ville égyptienne d'El-Arich avant d'être acheminé vers le poste frontière de Rafah, selon l'agence de presse nationale émiratie WAM.

Mardi, Mohammed ben Rachid al-Maktoum, Premier ministre des Émirats arabes unis, a ordonné l'octroi d'une aide humanitaire de 20 millions de dollars au peuple palestinien.

Le Qatar a également mis en place sa propre initiative d'aide, déployant un avion à destination d'El-Arich lundi, transportant 37 tonnes de nourriture et d'aide médicale, fournies par le Fonds du Qatar pour le développement sous la direction de l'émir Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani.

«Cette aide s'inscrit dans le cadre du soutien total de l'État du Qatar au peuple palestinien frère dans les conditions humanitaires difficiles dues aux bombardements israéliens sur la bande de Gaza», a déclaré le ministère des Affaires étrangères du Qatar dans un communiqué.

L'équipage de l'armée de l'air du Qatar charge de la nourriture et de l'aide médicale dans un avion-cargo, le 16 octobre 2023, sur la base aérienne d'Al-Udeid à Doha. L'aide humanitaire du Fonds du Qatar pour le développement est destinée à l'Égypte pour les réfugiés de Gaza (Photo, Agence de presse du Qatar via REUTERS).

Depuis le début de la crise, les Palestiniens se massent au poste frontière fermé de Rafah, dans l'espoir de quitter Gaza avant le début de l'offensive terrestre dont on parle tant. De l'autre côté de la barrière frontalière, les organisations humanitaires sont impuissantes à intervenir.

«Nous explorons toutes les possibilités d'acheminer une aide vitale à Gaza», a déclaré Hangar, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). «Ce premier convoi de marchandises comprend des médicaments et des milliers de kits ménagers pour les familles, notamment des articles d'hygiène et des comprimés de chlore pour l'eau potable.»

«Nous déployons également de toute urgence du personnel pour soulager nos collègues à Gaza dès que nous sommes en mesure de nous y rendre. Il s'agit notamment d'une équipe chirurgicale mobile et d'autres personnels de santé, d'un expert en contamination par les armes et de coordinateurs de l'aide spécialisés dans l'eau, l'habitat et la sécurité alimentaire», a-t-il ajouté.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Paris s’inquiète des évolutions au Liban et tente un déblocage

Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
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  • La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants
  • Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention international

PARIS: Soucieuse des évolutions alarmantes de la situation au Liban, Paris a appelé à une réunion urgente du Conseil de sécurité, alors que l’envoyé spécial du président français, Jean-Yves Le Drian, doit se rendre à Beyrouth demain mercredi.

La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants, notamment les centaines de milliers de déplacés disséminés à travers le territoire au gré des ordres d’évacuation israéliens.

Derrière cette initiative, une question centrale se pose : à quoi peut encore servir une réunion d’urgence à l’ONU dans un contexte où les rapports de force semblent verrouillés ?

Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention internationale, alors que les regards sont largement tournés vers l’Iran.

Il est clair, pour la diplomatie française, que la situation a franchi un seuil critique ces derniers jours. D’autant que, déjà fragile, le cessez-le-feu apparaît désormais vidé de sa substance.

Les frappes se poursuivent, les menaces israéliennes s’intensifient, y compris contre Beyrouth, et les conditions minimales d’un dialogue crédible semblent s’effondrer.

Canal de discussion entre le Liban et Israël

On ne peut même plus parler de cessez-le-feu, reconnaît-on en substance du côté français, et cette dégradation inquiète d’autant plus qu’elle intervient au moment où un canal de discussion s’est ouvert entre le Liban et Israël sous médiation américaine.

Un choix jugé courageux par la diplomatie française, mais qui place Beyrouth dans une position extrêmement délicate car, faute de réciprocité sur le terrain, ces négociations risquent de perdre toute crédibilité.

Paris insiste sur ce point : si l’on veut que les autorités libanaises puissent avancer dans ces discussions, encore faut-il leur en laisser la possibilité. Or, l’intensification des opérations militaires israéliennes réduit cet espace politique à néant.

Pire encore, elle pourrait renforcer les acteurs que ces négociations cherchent précisément à contenir, au premier rang desquels figure le Hezbollah.

Dans cette équation, la France tente de défendre une approche pragmatique. Elle continue de rappeler la responsabilité du Hezbollah dans l’engrenage du conflit, tout en soulignant que la stratégie actuelle d’Israël est contre-productive, estimant que, s’il fallait saboter les discussions, on ne s’y prendrait pas autrement.

Dès lors, la priorité affichée est le rétablissement d’un cessez-le-feu « robuste », condition indispensable à toute avancée politique, ainsi que la réactivation et l’amélioration du mécanisme mis en place fin 2024, aujourd’hui largement inopérant.

Paris insiste sur le fait que, sans cadre crédible de vérification et de désescalade, les initiatives diplomatiques risquent de rester lettre morte.

Mais au-delà de l’urgence immédiate, la France travaille sur une stratégie de plus long terme qui repose notamment sur un renforcement de l’État libanais, à commencer par son armée. L’objectif est d’aider le Liban à retrouver progressivement sa souveraineté en limitant l’influence des acteurs armés non étatiques.

Cela passe par un soutien accru — financier, logistique mais aussi politique — aux forces armées libanaises, sans pour autant leur demander une confrontation directe avec le Hezbollah, jugée irréaliste dans le contexte actuel. Il s’agit plutôt de renforcer leur présence sur le terrain, de contrôler les flux logistiques et financiers et de sécuriser des zones clés, notamment la frontière avec la Syrie.

Sur ce dernier point, Paris voit un levier important car, contrairement aux années précédentes, un certain niveau de coopération avec les autorités syriennes semble possible, ouvrant la voie à un meilleur contrôle des flux qui alimentent le Hezbollah.

Autre chantier majeur du point de vue français : l’avenir de la présence internationale au Liban. Le retrait annoncé de la FINUL d’ici à la fin de l’année suscite de vives inquiétudes.

Les leviers de la France demeurent limités

La France estime qu’un tel vide sécuritaire serait dangereux et plaide donc pour une réflexion rapide sur un nouveau dispositif, potentiellement plus adapté aux réalités actuelles.

Cette approche s’inscrit dans une volonté plus large consistant à remobiliser les partenaires internationaux. À ce propos, Paris travaille étroitement avec plusieurs pays de la région, notamment l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Qatar, ainsi qu’avec certains partenaires européens, afin de tenter de recréer une dynamique collective autour du Liban.

Reste toutefois une réalité difficile à contourner : les leviers de la France demeurent limités face au rôle central des États-Unis dans la médiation. La diplomatie française s’efforce néanmoins de peser indirectement en multipliant les échanges avec Washington et en délivrant un message constant : sans cessez-le-feu, aucune avancée durable n’est possible.

Par ailleurs, Paris explore d’autres pistes de pression, notamment au niveau européen. Le débat sur l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël pourrait ainsi évoluer sous l’effet conjugué des situations à Gaza, en Cisjordanie et désormais au Liban.

Enfin, la mission de l’envoyé spécial Jean-Yves Le Drian à Beyrouth revêt une dimension politique essentielle puisque, au-delà du soutien affiché, il s’agira pour lui de dialoguer avec l’ensemble des forces politiques libanaises afin de favoriser un minimum de cohésion interne.

Un enjeu jugé crucial par la diplomatie française dans un pays profondément fragmenté, où les divisions communautaires affaiblissent toute stratégie nationale.


Israël: la procureure générale alerte sur un «démantèlement» des institutions démocratiques

Mme Baharav-Miara, qui est également conseillère juridique du gouvernement, a pointé du doigt deux projets de loi. (AFP)
Mme Baharav-Miara, qui est également conseillère juridique du gouvernement, a pointé du doigt deux projets de loi. (AFP)
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  • "A l'approche de la fin du mandat de la Knesset actuelle, une course a commencé pour démanteler les institutions démocratiques", s'est-elle alarmée lors d'une conférence de l'Association du barreau israélien à Eilat (sud)
  • Elle a également déploré le fait que le gouvernement "appelle à ne pas respecter des décisions de justice" de la Cour suprême

JERUSALEM: La procureure générale d'Israël a mis en garde lundi contre un recul démocratique en Israël, où le Parlement examine un projet de dissolution qui pourrait mener à des élections anticipées.

Depuis que le gouvernement de Benjamin Netanyahu a été mis sur pied fin 2022, Gali Baharav-Miara conteste la légalité de certaines de ses décisions, et fait en conséquence l'objet d'une procédure de destitution intentée par l'exécutif.

"A l'approche de la fin du mandat de la Knesset actuelle, une course a commencé pour démanteler les institutions démocratiques", s'est-elle alarmée lors d'une conférence de l'Association du barreau israélien à Eilat (sud).

Mme Baharav-Miara, qui est également conseillère juridique du gouvernement, a pointé du doigt deux projets de loi.

Le premier vise à réduire les pouvoirs de la procureure générale, en créant un poste similaire mais qui serait nommé exclusivement par le ministre de la Justice.

Le second accorderait davantage de pouvoirs au ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir (extrême droite).

Si ces deux textes sont adoptés, "le système d'application de la loi dans l'Etat d'Israël changera complètement de nature", a-t-elle prévenu, d'après un communiqué de son bureau.

Elle a également déploré le fait que le gouvernement "appelle à ne pas respecter des décisions de justice" de la Cour suprême.

La procureure générale faisait référence notamment à l'inaction du gouvernement après une décision de la Cour suprême de 2024, obligeant l'Etat à imposer des sanctions aux juifs ultra-orthodoxes qui s'opposent à la conscription.

"Le chef d'état-major réclame des soldats et il n'est plus possible de l'ignorer", a déclaré la procureure générale. "L'Etat ne peut pas ignorer la loi qui impose la conscription pour tous, ni le tort causé au principe d'égalité".

Israël mène depuis mars de vastes opérations militaires au Liban contre le Hezbollah pro-iranien, et depuis plus de deux ans dans la bande de Gaza, où il combat le Hamas palestinien.


«Pas de calme à Beyrouth» tant que durent les attaques du Hezbollah, avertit Israël

L'armée israélienne a reçu l'ordre de frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement Hezbollah. (AFP)
L'armée israélienne a reçu l'ordre de frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement Hezbollah. (AFP)
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  • "La banlieue sud de Beyrouth n'est pas différente des localités du nord d'Israël: s'il n'y a pas de calme dans le nord, il n'y aura pas de calme à Beyrouth", a assuré M. Katz dans une vidéo diffusée par son bureau
  • "Nous ne permettrons pas une situation dans laquelle nos localités et nos citoyens sont attaqués tandis que le calme est maintenu à Beyrouth", a-t-il ajouté

JERUSALEM: Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a affirmé lundi qu'il n'y aurait "pas de calme" à Beyrouth sans l'arrêt des attaques du Hezbollah pro-iranien, disant en outre vouloir établir une zone sous contrôle militaire dans une vaste partie du sud du Liban.

"La banlieue sud de Beyrouth n'est pas différente des localités du nord d'Israël: s'il n'y a pas de calme dans le nord, il n'y aura pas de calme à Beyrouth", a assuré M. Katz dans une vidéo diffusée par son bureau.

"Nous ne permettrons pas une situation dans laquelle nos localités et nos citoyens sont attaqués tandis que le calme est maintenu à Beyrouth", a-t-il ajouté.

Ces propos surviennent après que l'armée israélienne a reçu l'ordre de frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement Hezbollah.

L'armée a aussi intensifié ses opérations terrestres dans le sud.

M. Katz a indiqué qu'elle opérait "afin d'éloigner les menaces (...) et de faire de la zone du fleuve Litani une zone placée sous contrôle sécuritaire de Tsahal (l'armée, NDLR), débarrassée des armes et des terroristes".

Le fleuve Litani est situé à une trentaine de km de la frontière avec Israël.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait annoncé vendredi que l'armée l'avait traversé, après avoir déclaré qu'une grande partie du sud du Liban était désormais considérée une "zone de combat", en dépit d'un cessez-le-feu en vigueur le 17 avril.