La Syrie peut-elle rester à l'écart de la guerre de l'ombre entre Israël et l'Iran ?

Des véhicules militaires israéliens sont déployés à Majdal Shams, sur le plateau du Golan (Photo, AFP).
Des véhicules militaires israéliens sont déployés à Majdal Shams, sur le plateau du Golan (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 01 novembre 2023

La Syrie peut-elle rester à l'écart de la guerre de l'ombre entre Israël et l'Iran ?

  • Dépendant de Téhéran et du Hezbollah, le gouvernement syrien d'al-Assad pourrait n'avoir d'autre choix que de se ranger du côté du Hamas
  • Les Syriens disent que leur «cœur est avec Gaza», mais une décennie de guerre et de sanctions les a laissés trop épuisés pour se battre

LONDRES: Les Syriens craignent de plus en plus que les frappes aériennes et les incursions répétées d'Israël n'entraînent le pays dans la guerre qui s'intensifie entre Israël et le Hamas, prolongeant ainsi la décennie d'existence de la Syrie en tant que champ de bataille par procuration.

Au cours des trois semaines qui ont suivi l'assaut meurtrier du Hamas contre des sites situés de l'autre côté de la frontière israélienne de la bande de Gaza, Israël a lancé des attaques contre les aéroports civils syriens d'Alep et de Damas, dont une frappe simultanée le 12 octobre.

Près de deux semaines plus tard, les forces de défense israéliennes ont tué huit soldats lors d'un raid dans le sud de la Syrie, prétendument en réponse à des tirs de roquettes lancés la veille depuis le territoire syrien.

Ce lundi, des avions de combat israéliens ont à nouveau frappé ce que Tel Aviv considère comme des sites de lancement de roquettes en Syrie et des cibles du Hezbollah au Liban, apparemment en réponse à de précédentes attaques de ce type sur le territoire israélien.

Une photo prise dans la ville de Sdérot, dans le sud d'Israël, montre un incendie après un bombardement israélien sur le nord de la bande de Gaza, le 29 octobre 2023, dans le cadre des batailles entre Israël et le mouvement palestinien Hamas (Photo, AFP).

«Depuis la guerre du Liban en 2006, nous avons anticipé une confrontation directe avec Israël ou une véritable guerre entre les États-Unis et l'Iran sur le sol syrien», a déclaré Diana, 37 ans, comptable installée aux Émirats arabes unis, dont le nom a été modifié pour préserver son anonymat. Ayant quitté la Syrie en 2022 après avoir perdu l'espoir d'une reprise économique, elle a révélé à Arab News qu'elle craignait que «toute guerre à ce stade puisse rayer mon pays de la carte».

La recrudescence des frappes menées par l’Armée de défense d'Israël (FDI) s'inscrit dans un contexte d'hostilités depuis l'éclatement de la guerre civile en Syrie en 2011. Israël n'a pas hésité à lancer des centaines de raids aériens dans le nord de la Syrie, affirmant souvent que ses cibles étaient les forces soutenues par l'Iran et le Hezbollah. L'argument est que Téhéran, l'un des plus grands alliés du président syrien Bachar al-Assad, a déployé son Corps des gardiens de la révolution islamique et ses forces de procuration dans différentes parties de la Syrie, notamment près du plateau du Golan annexé par Israël.

En outre, divers acteurs, dont les États-Unis, la Russie et la Turquie, ainsi que des milices étrangères et régionales et des groupes terroristes, ont mené des batailles sur le territoire syrien. Associé à des sanctions économiques sévères, l'impact a dévasté l'infrastructure, l'économie et les citoyens du pays. En 2021, World Vision a estimé que le bilan économique de la guerre en Syrie dépassait les 1 200 milliards de dollars (1 dollar américain = 0,95 euro) et, en supposant que la guerre prenne fin cette année-là, le fardeau devrait s'alourdir jusqu'en 2035 de 1 700 milliards de dollars supplémentaires au rythme actuel.

Un soldat israélien prend position près de la base militaire israélienne de Har Dov sur le Mont Hermon, un avant-poste stratégique et fortifié au carrefour entre Israël, le Liban et la Syrie, le 10 octobre 2023 (Photo, AFP).

Yara, 48 ans, mère de deux enfants, dont le nom a également été modifié, fait écho aux préoccupations de Diana. Après avoir quitté la Syrie en 2019 pour commencer une nouvelle vie au Royaume-Uni, Yara pensait que la guerre syrienne commençait à s'estomper, mais les récents événements à Gaza l'ont amenée à «craindre que les années tumultueuses de 2012 à 2018, lorsque la guerre était à son apogée, ne reviennent».

Elle a indiqué à Arab News qu'elle revivait maintenant les horreurs des affrontements de 2018 à Beit Sahem, qui était proche de sa maison dans le sud-est de Damas.

«Les Syriens sont fatigués de la guerre», a signalé à Arab News, Joshua Landis, titulaire de la chaire Sandra Mackey et directeur du centre d'études sur le Moyen-Orient à l'université d'Oklahoma. «Depuis plusieurs années, Israël bombarde la Syrie chaque semaine. La Syrie est le principal canal par lequel les armes iraniennes parviennent au Hezbollah libanais.»

«Le gouvernement syrien préférerait ne pas être coincé au milieu de la guerre de Gaza, mais il n'a pas vraiment le choix car il dépend à la fois de l'Iran et du Hezbollah. L'Iran lui fournit la majeure partie de son pétrole, échappant ainsi aux sanctions américaines strictes contre les importations de pétrole en Syrie. Le Hezbollah a aidé la Syrie à gagner la guerre contre les forces d'opposition.»

Mais l'Iran ne semble pas favorable à une extension du conflit au Moyen-Orient. Lors d'une réunion d'urgence de l'Assemblée générale des Nations unies jeudi, Hossein Amir-Abdollahian, ministre iranien des Affaires étrangères, a déclaré que son gouvernement n'était pas favorable à une extension de la guerre, mais a averti que si les bombardements israéliens sur la bande de Gaza se poursuivaient, les États-Unis «ne seraient pas épargnés par ce feu».

Il a également précisé qu'il était «totalement erroné» de la part de Washington d'accuser Téhéran d'attaques contre ses forces sans fournir de preuves. Cette déclaration intervient alors que des avions américains ont frappé la semaine dernière deux sites dans l'est de la Syrie qui, selon le Pentagone, ont été utilisés par le Corps des gardiens de la révolution islamique et ses mandataires, après deux nouvelles attaques présumées contre les forces américaines en Syrie et en Irak.

Un drone soulève un drapeau du Hezbollah au-dessus d'Aaramta, à la frontière israélienne, le 21 mai 2023, à l'approche de l'anniversaire du retrait israélien du Liban-Sud en 2000 (Photo, AFP).

L'Iran, qui soutient à la fois le Hamas et le Hezbollah, a nié tout rôle dans l'assaut du Hamas du 7 octobre, mais l'a également décrit comme une victoire de la «résistance antisioniste».

Selon Landis, «les Iraniens ne semblent pas vouloir d'une escalade». Il a souligné que «l'Iran et le Hezbollah ont tous deux refusé d'établir des lignes rouges qui déclencheraient leur implication dans la bande de Gaza. Ils ont néanmoins proféré des menaces générales, soutenant le Hamas et les Palestiniens».

L'une des raisons pour lesquelles une guerre totale contre Israël «ne semble pas être à l'ordre du jour», d’après Landis, «est la pauvreté des "États de la résistance"», qui comprennent la Syrie, le Liban, l'Irak, le Yémen et Gaza.

En chiffres

  • 2,3% = Contraction prévue du PIB réel de la Syrie en 2023.

 

  • 60% = Augmentation prévue du taux d'inflation cette année.

 

  • 80% = Perte de valeur de la livre syrienne au cours de la période mai-août.

L'économie syrienne est «complètement en ruine», tandis que l'économie libanaise est en chute libre depuis 2019, lorsque ses banques et son gouvernement sont tombés en faillite, a signalé Landis. L'Irak et l'Iran sont également en difficulté, ce dernier étant «impatient de sortir des sanctions».

Quoi qu'il en soit, de nombreux Syriens, dans leur pays et à l'étranger, ont exprimé leur solidarité avec Gaza par le biais de manifestations et des réseaux sociaux. Des organisations syriennes d'aide et de la société civile, dont Molham Team et Mart, ont manifesté leur soutien aux Palestiniens en lançant des dons et des campagnes d'éducation.

Marwan Alrez, le chef du groupe Mart, a publié une vidéo sur Instagram dans laquelle il affirme que la douleur et la perte partagées peuvent être la principale raison pour laquelle les Syriens sont solidaires des Palestiniens. Plus de douze ans de conflit et d'isolement du reste du monde ont déplacé plus de la moitié de la population, poussé plus de 90% des Syriens sous le seuil de pauvreté et tué plus de 306 000 personnes, selon les chiffres de l'ONU.

«Les Syriens ressentent une grande affinité avec les Palestiniens», a expliqué Landis. «Les Syriens sont horrifiés par les représailles brutales qu'Israël inflige aux habitants de Gaza. Bien qu'ils soutiennent normalement tout gouvernement qui bombarde les forces syriennes et les agents iraniens dans la région, même les groupes d'opposition syriens ont commencé à s'exprimer contre Israël. Les Syriens sont déchirés. Leur cœur est avec les Gazaouis, mais ils sont épuisés par la guerre.»

Un convoi de véhicules de l'ONU traverse des bâtiments endommagés dans la ville syrienne de Qouneitra, sur le plateau du Golan, le 26 mars 2019 (Photo, AFP).

Yara a déclaré que les images de femmes palestiniennes vêtues de leurs robes de prière évoquaient des souvenirs douloureux des affrontements qui ont eu lieu près de chez elle en Syrie. «Les autorités nous avaient demandé d'évacuer, mais nous n'avions nulle part où aller», a-t-elle raconté.

Décrivant comment elle et sa famille ont traversé cette période périlleuse, Yara a révélé: «Je portais mon ensemble de prière et je me réunissais avec mes enfants, ma mère et mon mari dans une pièce – la plus sûre de notre maison – afin d'être ensemble si nous mourions ou si nous étions piégés sous les décombres.

«Je doute que ce qui reste de mon pays puisse survivre à une autre guerre.»

Dans des commentaires envoyés par courriel à Arab News, Camille Alexandre Otrakji, un analyste canadien d'origine syrienne, a déclaré que les Syriens ordinaires reconnaissent clairement l'épuisement des ressources économiques de leur pays et la diminution des capacités de leurs forces armées à la suite de plus d'une décennie de conflit.

«Toutefois, certains éléments souhaitent que l'ensemble de l'axe de la résistance soit impliqué dans la guerre en cours, même si la Syrie ne peut pas – et ne doit pas – supporter ce fardeau», a signalé Otrakji.

Des soldats de l'armée syrienne hissent le drapeau national à Qouneitra en 2018, quatre ans après avoir perdu le contrôle de la région aux mains des rebelles (Photo, AFP).

Landis, le spécialiste de la Syrie, n'exclut pas l'éclatement d'un conflit régional, citant en exemple l'attaque surprise du Hamas contre Israël.

«Personne ne pensait que le Hamas avait la capacité d'infliger un coup aussi dur à Israël», a-t-il déclaré à Arab News.

«Le Hezbollah, qui a accumulé un stock de plus de 100 000 roquettes, pourrait infliger des douleurs considérables au nord d'Israël. Nous avons eu un aperçu de ses capacités lors de la guerre de 2006 avec Israël. Israël a dévasté le Liban avec ses vastes raids de bombardement, qui visaient à “ramener le Liban au Moyen-Âge”, selon un général israélien.

«Les israéliens semblent avoir réussi à créer une dissuasion, mais on ne sait jamais combien de temps cette dissuasion durera. Tout le monde pensait que le Hamas avait été dissuadé, mais c'était faux. Lors de l'opération "Cast Led", Israël a infligé aux habitants de Gaza un taux de mortalité de 100 pour 1, et voilà où nous en sommes: le Hamas n'a pas été dissuadé.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Moustapha Barghouti : la loi israélienne sur la peine de mort est un permis de tuer des Palestiniens

Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
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  • La nouvelle loi israélienne sur la peine de mort pour les Palestiniens est perçue par Moustapha Barghouti comme un instrument légal autorisant des exécutions extrajudiciaires et approfondissant l’apartheid 
  • Barghouti appelle à la résilience palestinienne et à une pression internationale concrète, notamment sanctions et boycott, pour contrecarrer la politique israélienne 

PARIS : Au milieu du fracas de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, la question palestinienne semble occultée. Pourtant, sur le terrain, aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie, Israël poursuit son entreprise de destruction et de déshumanisation du peuple palestinien, affranchi de toute contrainte.

Profitant du tumulte mondial, le gouvernement israélien a adopté récemment une loi instaurant la peine de mort par pendaison pour des Palestiniens détenus dans ses prisons. Que signifie pratiquement cette loi pour les Palestiniens, et que cherche Israël par son instauration ?

Le secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, Moustapha Barghouti, explique à Arab News en français que cette loi « marque un tournant d’une gravité historique ».

D’une voix calme, mais empreinte de conviction et de fermeté, le médecin et dirigeant politique palestinien ne mâche pas ses mots : « Cette loi n’est pas seulement un instrument juridique supplémentaire dans l’arsenal israélien, mais l’expression d’une dérive politique profonde qui autorise ouvertement l’élimination des Palestiniens. »

« Ce qui se passe n’est pas simplement l’adoption d’une loi », insiste-t-il. « Ce que nous voyons aujourd’hui est une dérive fasciste en Israël. »

À la tête de l’Initiative nationale palestinienne, qui n’a pas d’aile armée, Barghouti s’est imposé au fil du temps comme le porte-voix de la cause palestinienne, avec comme marque de fabrique une intonation de voix douce et incisive à la fois, souvent déstabilisante pour ses contradicteurs.

Barghouti attribue l’initiative de ce texte de loi au ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite radicale, mais il souligne que « le problème dépasse largement un seul homme. »

Selon ce communiquant hors pair, doublé d’un homme politique d’une profonde connaissance des arcanes de la politique israélienne, la véritable alerte réside dans le soutien massif dont la loi a bénéficié au Parlement israélien.

« Près des deux tiers des députés de la Knesset ont voté en sa faveur, y compris certains représentants de l’opposition, comme Avigdor Lieberman », un consensus qui révèle, selon lui, « une transformation plus profonde de la société israélienne. »

« La loi n’est qu’un symptôme, car la dérive fasciste de la société israélienne est aujourd’hui très avancée », affirme-t-il.

Cette évolution se manifeste à travers plusieurs phénomènes simultanés : la guerre menée à Gaza, l’intensification de la colonisation en Cisjordanie et, désormais, l’adoption d’une législation qui viserait spécifiquement les prisonniers palestiniens.

Pour Barghouti, la portée réelle de la loi dépasse la question de la peine de mort elle-même, car dans les faits, elle institue « une justice fondamentalement discriminatoire ». « Cette loi approfondit le système d’apartheid », affirme-t-il.

Selon cette logique, un Palestinien accusé d’avoir tué un Israélien pourrait être condamné à mort, mais lorsqu’un Israélien tue un Palestinien, affirme Barghouti, « l’impunité est souvent la règle. »

Pour lui, la loi fonctionne comme « un permis de tuer des Palestiniens » et légitime également, selon lui, « les exécutions extrajudiciaires déjà observées sur le terrain. »

Barghouti estime qu’entre mille et deux mille Palestiniens à Gaza ont déjà été victimes d’exécutions extrajudiciaires, de même en Cisjordanie, où il évoque de nombreux cas de tirs mortels sans poursuites judiciaires, dont l’assassinat récent d’une famille civile dans la région de Tubas.

Interrogé sur les détenus concernés par la loi, Barghouti se montre catégorique : « Tous les prisonniers palestiniens sont menacés », affirme-t-il. Même ceux qui ont déjà été jugés pourraient voir leurs dossiers rouverts si « les autorités israéliennes décident de réexaminer certaines affaires. »

Environ 10 000 Palestiniens sont aujourd’hui détenus dans les prisons israéliennes, parmi lesquels 300 enfants et 75 femmes. Un grand nombre d’entre eux sont détenus sous le régime de la détention administrative, qui permet d’emprisonner une personne sans inculpation ni procès, pour des périodes renouvelables.

Les conditions de détention sont particulièrement dures : « Ils sont privés de soins, soumis à la faim, aux abus et à des conditions extrêmement difficiles », explique Barghouti.

Depuis le 7 octobre, affirme-t-il, 90 prisonniers palestiniens seraient morts en détention. Depuis 1967, le nombre total de détenus morts dans les prisons israéliennes atteindrait 322.

La situation dans la bande de Gaza reste, selon Mustafa Barghouti, catastrophique. Il affirme qu’Israël n’a jamais véritablement respecté le cessez-le-feu annoncé.

Depuis son entrée en vigueur, 720 Palestiniens auraient été tués et plus de 2 000 blessés, alors que les bombardements continuent quotidiennement, y compris au cœur de la ville de Gaza.

Mais l’aspect le plus dramatique, selon lui, concerne la situation humanitaire. L’accord de cessez-le-feu prévoyait l’entrée de 600 camions d’aide humanitaire par jour ; or, selon Barghouti, les livraisons restent très en deçà de ce chiffre, puisque certains jours, explique-t-il, à peine 56 camions ont été autorisés à entrer.

Plus grave encore, aucun matériel médical n’aurait été autorisé à entrer depuis le début du cessez-le-feu : « Des hôpitaux entiers risquent de cesser de fonctionner », avertit-il. Même les dentistes, dit-il, ont récemment lancé un appel pour signaler qu’ils ne disposaient plus de matériel de base pour traiter leurs patients.

En Cisjordanie, la situation n’est guère plus réjouissante. Barghouti décrit une situation d’escalade permanente : les raids militaires et les arrestations se poursuivent quotidiennement, et les attaques de colons armés se multiplient.

Barghouti assure que ces groupes agissent avec la protection de l’armée israélienne et affirme que 71 communautés palestiniennes ont déjà été expulsées de leurs terres.

Ces expulsions, souligne-t-il, s’inscrivent dans une stratégie visant à s’emparer progressivement de la Cisjordanie, dont « Israël contrôle désormais plus de 40 % ».

Face à cette situation, Mustafa Barghouti balaye du revers de la main un changement interne en Israël : « Cette société s’est tournée vers le fascisme », affirme-t-il.

Pour lui, deux facteurs seront déterminants pour l’avenir. Le premier est la résilience du peuple palestinien sur sa terre, car « le projet sioniste ne peut réussir que s’il parvient à expulser les Palestiniens de leur terre, comme en 1948. »

Le second facteur est la pression internationale. Barghouti estime que les déclarations et condamnations ne suffisent plus : « Israël ne se laissera pas dissuader par des discours. »

La seule solution, selon lui, serait l’imposition de sanctions internationales et d’un boycott global d’Israël.

Malgré la dureté du contexte, Barghouti affirme ne pas se sentir seul : « Ma relation n’est pas avec les gouvernements », conclut-il, « ma relation est avec les peuples, et je sais que les peuples comprennent ce qui se passe. »


Des débris tombent près d’installations énergétiques saoudiennes après l’interception de missiles balistiques

Tôt mardi matin, heure locale, le ministère n’avait pas précisé quelles installations énergétiques étaient en cours d’évaluation. (AFP/Archives)
Tôt mardi matin, heure locale, le ministère n’avait pas précisé quelles installations énergétiques étaient en cours d’évaluation. (AFP/Archives)
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  • L’Iran poursuit ses attaques contre les pays du Golfe alors que l’ultimatum du président américain Donald Trump approche
  • Les Émirats arabes unis ont activé leur défense aérienne mardi matin, tandis que Bahreïn a déclenché ses sirènes d’alerte missile

RIYAD : L’évaluation des dégâts était toujours en cours tôt mardi, l’Arabie saoudite indiquant que des débris de missiles balistiques interceptés étaient tombés « à proximité » d’installations énergétiques.

« Le porte-parole du ministère de la Défense, le général de division Turki Al-Malki, a déclaré que sept missiles balistiques lancés en direction de la région orientale ont été interceptés et détruits, et que des débris sont tombés à proximité d’installations énergétiques », a rapporté l’agence de presse saoudienne.

Outre ces sept missiles, le ministère de la Défense du royaume a indiqué que trois autres missiles balistiques visant la province orientale avaient également été interceptés, dans un message publié sur les réseaux sociaux.

L’Iran tire des missiles et des drones contre le royaume et d’autres pays arabes du Golfe depuis que Israël et les États-Unis ont lancé des frappes militaires contre Téhéran le 28 février.

Téhéran a partiellement assoupli son blocage du détroit d’Ormuz pour certains trafics, mais ses actions dans cette voie maritime stratégique ont fait grimper les prix de l’énergie, avec des répercussions sur les économies mondiales.

Les pays du Golfe ont condamné les attaques iraniennes contre des infrastructures énergétiques vitales, tandis que de nombreux autres États ont critiqué les méthodes de Téhéran durant le conflit.

L’Iran a également visé Israël ainsi que des intérêts américains dans la région.

Le président américain Donald Trump a fixé un ultimatum à l’Iran pour accepter un accord, menaçant de « représailles sévères » en cas de non-respect de l’échéance fixée à mardi 20h (EDT).

« Nous avons un plan, et grâce à la puissance de notre armée, chaque pont en Iran pourrait être détruit d’ici demain minuit », a-t-il déclaré.

L’Iran a rejeté la pression américaine pour rouvrir rapidement le détroit, tout en affirmant vouloir une solution durable au conflit.

Attaques matinales

Des militants ont signalé de nouvelles frappes visant la capitale iranienne, Téhéran, tôt mardi matin.

Les Émirats arabes unis ont activé leur défense aérienne, tandis que Bahreïn a déclenché ses sirènes d’alerte face à une nouvelle salve de tirs iraniens.

Deux personnes ont été tuées dans la région kurde d’Irak après qu’un drone, que les autorités attribuent à l’Iran, a frappé une habitation.

Le drone a frappé une maison dans le village de Zargazawi, dans la province d’Erbil, tôt mardi, a déclaré la Direction de la lutte contre le terrorisme de la région kurde du nord dans un communiqué. Les autorités ont condamné cette attaque, la qualifiant de violation du droit international.

Cette frappe intervient alors que les forces iraniennes et des milices alliées ciblent plusieurs zones du Kurdistan irakien avec une vague de drones, roquettes et missiles. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Une frappe vise la banlieue sud de Beyrouth après un avertissement israélien

Des personnes déplacées sont assises devant leurs tentes dans un campement informel installé le long du front de mer de Beyrouth, le 6 avril 2026. (AFP)
Des personnes déplacées sont assises devant leurs tentes dans un campement informel installé le long du front de mer de Beyrouth, le 6 avril 2026. (AFP)
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  • Plusieurs immeubles visés par de récentes frappes sont totalement détruits
  • Des employés municipaux balayent les débris de verre sur les trottoirs et d'autres fragments jonchent certaines rues

BEYROUTH: Israël a visé lundi la banlieue sud de Beyrouth, au lendemain de raids meurtriers sur la capitale et ses environs, alors que le bilan humain de la guerre avec le Hezbollah approche des 1.500 morts.

Un épais panache de fumée s'est élevé de la banlieue sud, sous contrôle du Hezbollah et vidée de la quasi-totalité de ses habitants depuis le 2 mars.

L'armée israélienne a affirmé avoir visé "des cibles terroristes du Hezbollah à Beyrouth".

Dans la banlieue sud, seuls quelques commerces restent ouverts, selon une journaliste de l'AFP sur place.

Plusieurs immeubles visés par de récentes frappes sont totalement détruits. Des employés municipaux balayent les débris de verre sur les trottoirs et d'autres fragments jonchent certaines rues.

Une station-service de la compagnie al-Amana, accusée par Israël d'être contrôlée par le Hezbollah, est calcinée.

Des portraits de l'ayatollah Ali Khamenei, tué au début de la guerre dans une frappe américano-israélienne en Iran et présenté comme le "martyr de la nation", ornent les principales artères.

Le long de la route menant à la banlieue sud, des habitants ont installé des tentes où ils dorment, allant inspecter leurs maisons entre deux avertissements israéliens.

Dimanche, Israël avait intensifié ses bombardements sur la banlieue sud et la capitale elle-même. Une frappe en face du principal hôpital public du Liban avait fait cinq morts, selon le ministère de la Santé.

"Force al-Qods" 

Une autre frappe sur un appartement dans une zone à l'est de la capitale, jusque-là épargnée par les violences, a tué trois personnes, dont un responsable local des Forces libanaises (FL), un parti chrétien opposé au Hezbollah, et sa femme.

Le chef des FL Samir Geagea a affirmé que "les Israéliens visaient un membre de la force al-Qods", chargée des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution iraniens, qui semble avoir échappé à la frappe.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam avait déclaré que les Gardiens de la Révolution dirigeaient les opérations du Hezbollah dans sa guerre contre Israël.

L'armée israélienne a affirmé lundi qu'elle avait frappé une "cible terroriste" à l'est de Beyrouth et ajouté qu'elle examinait l'incident "après des informations sur des victimes parmi des civils libanais non impliqués dans les combats".

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël en représailles à la mort d'Ali Khamenei.

Depuis, Israël mène des frappes massives sur le pays ayant fait 1.497 morts et plus de 4.600 blessées, selon les autorités, et déplacé plus d'un million de personnes.

"Maisons inhabitables" 

Des frappes israéliennes ont également visé le sud et l'est du Liban. Dans le sud, quatre personnes ont été tuées dans un raid sur une voiture à Kfar Roummane, près de Nabatiyeh, a indiqué le ministère de la Santé.

Dans la localité de Bourj Rahal, près de Tyr, un correspondant de l'AFP a vu des immeubles détruits et des débris jonchant les rues.

"Le premier bilan est de 15 maisons endommagées, qui ne sont plus habitables", a dit à l'AFP le maire de la ville Daoud Ezzedine.

"Les habitants veulent revenir chez eux, mais ils ne pourront pas malheureusement", a-t-il ajouté.

Le ministère de la Santé a aussi annoncé que deux secouristes du Comité islamique de la santé, affilié au Hezbollah, avaient été tués par une frappe israélienne dimanche, portant à 57 le nombre de secouristes tués depuis le début de la guerre.

Le chef de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a affirmé sur X que l'OMS avait enregistré "92 attaques contre des établissements de santé, des véhicules médicaux, du personnel soignant et des entrepôts" depuis le début de la guerre.

Par ailleurs, le principal poste-frontière reliant le Liban à la Syrie, point de passage vital entre les deux pays, était toujours fermé lundi, après des menaces israéliennes de le viser samedi soir.

Ce passage "restera fermé, jusqu'à ce qu'on reçoive des garanties qu'il ne sera pas visé", a dit à l'AFP un responsable du ministère libanais des Transports, Ahmad Tamer.