La Syrie peut-elle rester à l'écart de la guerre de l'ombre entre Israël et l'Iran ?

Des véhicules militaires israéliens sont déployés à Majdal Shams, sur le plateau du Golan (Photo, AFP).
Des véhicules militaires israéliens sont déployés à Majdal Shams, sur le plateau du Golan (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 01 novembre 2023

La Syrie peut-elle rester à l'écart de la guerre de l'ombre entre Israël et l'Iran ?

  • Dépendant de Téhéran et du Hezbollah, le gouvernement syrien d'al-Assad pourrait n'avoir d'autre choix que de se ranger du côté du Hamas
  • Les Syriens disent que leur «cœur est avec Gaza», mais une décennie de guerre et de sanctions les a laissés trop épuisés pour se battre

LONDRES: Les Syriens craignent de plus en plus que les frappes aériennes et les incursions répétées d'Israël n'entraînent le pays dans la guerre qui s'intensifie entre Israël et le Hamas, prolongeant ainsi la décennie d'existence de la Syrie en tant que champ de bataille par procuration.

Au cours des trois semaines qui ont suivi l'assaut meurtrier du Hamas contre des sites situés de l'autre côté de la frontière israélienne de la bande de Gaza, Israël a lancé des attaques contre les aéroports civils syriens d'Alep et de Damas, dont une frappe simultanée le 12 octobre.

Près de deux semaines plus tard, les forces de défense israéliennes ont tué huit soldats lors d'un raid dans le sud de la Syrie, prétendument en réponse à des tirs de roquettes lancés la veille depuis le territoire syrien.

Ce lundi, des avions de combat israéliens ont à nouveau frappé ce que Tel Aviv considère comme des sites de lancement de roquettes en Syrie et des cibles du Hezbollah au Liban, apparemment en réponse à de précédentes attaques de ce type sur le territoire israélien.

Une photo prise dans la ville de Sdérot, dans le sud d'Israël, montre un incendie après un bombardement israélien sur le nord de la bande de Gaza, le 29 octobre 2023, dans le cadre des batailles entre Israël et le mouvement palestinien Hamas (Photo, AFP).

«Depuis la guerre du Liban en 2006, nous avons anticipé une confrontation directe avec Israël ou une véritable guerre entre les États-Unis et l'Iran sur le sol syrien», a déclaré Diana, 37 ans, comptable installée aux Émirats arabes unis, dont le nom a été modifié pour préserver son anonymat. Ayant quitté la Syrie en 2022 après avoir perdu l'espoir d'une reprise économique, elle a révélé à Arab News qu'elle craignait que «toute guerre à ce stade puisse rayer mon pays de la carte».

La recrudescence des frappes menées par l’Armée de défense d'Israël (FDI) s'inscrit dans un contexte d'hostilités depuis l'éclatement de la guerre civile en Syrie en 2011. Israël n'a pas hésité à lancer des centaines de raids aériens dans le nord de la Syrie, affirmant souvent que ses cibles étaient les forces soutenues par l'Iran et le Hezbollah. L'argument est que Téhéran, l'un des plus grands alliés du président syrien Bachar al-Assad, a déployé son Corps des gardiens de la révolution islamique et ses forces de procuration dans différentes parties de la Syrie, notamment près du plateau du Golan annexé par Israël.

En outre, divers acteurs, dont les États-Unis, la Russie et la Turquie, ainsi que des milices étrangères et régionales et des groupes terroristes, ont mené des batailles sur le territoire syrien. Associé à des sanctions économiques sévères, l'impact a dévasté l'infrastructure, l'économie et les citoyens du pays. En 2021, World Vision a estimé que le bilan économique de la guerre en Syrie dépassait les 1 200 milliards de dollars (1 dollar américain = 0,95 euro) et, en supposant que la guerre prenne fin cette année-là, le fardeau devrait s'alourdir jusqu'en 2035 de 1 700 milliards de dollars supplémentaires au rythme actuel.

Un soldat israélien prend position près de la base militaire israélienne de Har Dov sur le Mont Hermon, un avant-poste stratégique et fortifié au carrefour entre Israël, le Liban et la Syrie, le 10 octobre 2023 (Photo, AFP).

Yara, 48 ans, mère de deux enfants, dont le nom a également été modifié, fait écho aux préoccupations de Diana. Après avoir quitté la Syrie en 2019 pour commencer une nouvelle vie au Royaume-Uni, Yara pensait que la guerre syrienne commençait à s'estomper, mais les récents événements à Gaza l'ont amenée à «craindre que les années tumultueuses de 2012 à 2018, lorsque la guerre était à son apogée, ne reviennent».

Elle a indiqué à Arab News qu'elle revivait maintenant les horreurs des affrontements de 2018 à Beit Sahem, qui était proche de sa maison dans le sud-est de Damas.

«Les Syriens sont fatigués de la guerre», a signalé à Arab News, Joshua Landis, titulaire de la chaire Sandra Mackey et directeur du centre d'études sur le Moyen-Orient à l'université d'Oklahoma. «Depuis plusieurs années, Israël bombarde la Syrie chaque semaine. La Syrie est le principal canal par lequel les armes iraniennes parviennent au Hezbollah libanais.»

«Le gouvernement syrien préférerait ne pas être coincé au milieu de la guerre de Gaza, mais il n'a pas vraiment le choix car il dépend à la fois de l'Iran et du Hezbollah. L'Iran lui fournit la majeure partie de son pétrole, échappant ainsi aux sanctions américaines strictes contre les importations de pétrole en Syrie. Le Hezbollah a aidé la Syrie à gagner la guerre contre les forces d'opposition.»

Mais l'Iran ne semble pas favorable à une extension du conflit au Moyen-Orient. Lors d'une réunion d'urgence de l'Assemblée générale des Nations unies jeudi, Hossein Amir-Abdollahian, ministre iranien des Affaires étrangères, a déclaré que son gouvernement n'était pas favorable à une extension de la guerre, mais a averti que si les bombardements israéliens sur la bande de Gaza se poursuivaient, les États-Unis «ne seraient pas épargnés par ce feu».

Il a également précisé qu'il était «totalement erroné» de la part de Washington d'accuser Téhéran d'attaques contre ses forces sans fournir de preuves. Cette déclaration intervient alors que des avions américains ont frappé la semaine dernière deux sites dans l'est de la Syrie qui, selon le Pentagone, ont été utilisés par le Corps des gardiens de la révolution islamique et ses mandataires, après deux nouvelles attaques présumées contre les forces américaines en Syrie et en Irak.

Un drone soulève un drapeau du Hezbollah au-dessus d'Aaramta, à la frontière israélienne, le 21 mai 2023, à l'approche de l'anniversaire du retrait israélien du Liban-Sud en 2000 (Photo, AFP).

L'Iran, qui soutient à la fois le Hamas et le Hezbollah, a nié tout rôle dans l'assaut du Hamas du 7 octobre, mais l'a également décrit comme une victoire de la «résistance antisioniste».

Selon Landis, «les Iraniens ne semblent pas vouloir d'une escalade». Il a souligné que «l'Iran et le Hezbollah ont tous deux refusé d'établir des lignes rouges qui déclencheraient leur implication dans la bande de Gaza. Ils ont néanmoins proféré des menaces générales, soutenant le Hamas et les Palestiniens».

L'une des raisons pour lesquelles une guerre totale contre Israël «ne semble pas être à l'ordre du jour», d’après Landis, «est la pauvreté des "États de la résistance"», qui comprennent la Syrie, le Liban, l'Irak, le Yémen et Gaza.

En chiffres

  • 2,3% = Contraction prévue du PIB réel de la Syrie en 2023.

 

  • 60% = Augmentation prévue du taux d'inflation cette année.

 

  • 80% = Perte de valeur de la livre syrienne au cours de la période mai-août.

L'économie syrienne est «complètement en ruine», tandis que l'économie libanaise est en chute libre depuis 2019, lorsque ses banques et son gouvernement sont tombés en faillite, a signalé Landis. L'Irak et l'Iran sont également en difficulté, ce dernier étant «impatient de sortir des sanctions».

Quoi qu'il en soit, de nombreux Syriens, dans leur pays et à l'étranger, ont exprimé leur solidarité avec Gaza par le biais de manifestations et des réseaux sociaux. Des organisations syriennes d'aide et de la société civile, dont Molham Team et Mart, ont manifesté leur soutien aux Palestiniens en lançant des dons et des campagnes d'éducation.

Marwan Alrez, le chef du groupe Mart, a publié une vidéo sur Instagram dans laquelle il affirme que la douleur et la perte partagées peuvent être la principale raison pour laquelle les Syriens sont solidaires des Palestiniens. Plus de douze ans de conflit et d'isolement du reste du monde ont déplacé plus de la moitié de la population, poussé plus de 90% des Syriens sous le seuil de pauvreté et tué plus de 306 000 personnes, selon les chiffres de l'ONU.

«Les Syriens ressentent une grande affinité avec les Palestiniens», a expliqué Landis. «Les Syriens sont horrifiés par les représailles brutales qu'Israël inflige aux habitants de Gaza. Bien qu'ils soutiennent normalement tout gouvernement qui bombarde les forces syriennes et les agents iraniens dans la région, même les groupes d'opposition syriens ont commencé à s'exprimer contre Israël. Les Syriens sont déchirés. Leur cœur est avec les Gazaouis, mais ils sont épuisés par la guerre.»

Un convoi de véhicules de l'ONU traverse des bâtiments endommagés dans la ville syrienne de Qouneitra, sur le plateau du Golan, le 26 mars 2019 (Photo, AFP).

Yara a déclaré que les images de femmes palestiniennes vêtues de leurs robes de prière évoquaient des souvenirs douloureux des affrontements qui ont eu lieu près de chez elle en Syrie. «Les autorités nous avaient demandé d'évacuer, mais nous n'avions nulle part où aller», a-t-elle raconté.

Décrivant comment elle et sa famille ont traversé cette période périlleuse, Yara a révélé: «Je portais mon ensemble de prière et je me réunissais avec mes enfants, ma mère et mon mari dans une pièce – la plus sûre de notre maison – afin d'être ensemble si nous mourions ou si nous étions piégés sous les décombres.

«Je doute que ce qui reste de mon pays puisse survivre à une autre guerre.»

Dans des commentaires envoyés par courriel à Arab News, Camille Alexandre Otrakji, un analyste canadien d'origine syrienne, a déclaré que les Syriens ordinaires reconnaissent clairement l'épuisement des ressources économiques de leur pays et la diminution des capacités de leurs forces armées à la suite de plus d'une décennie de conflit.

«Toutefois, certains éléments souhaitent que l'ensemble de l'axe de la résistance soit impliqué dans la guerre en cours, même si la Syrie ne peut pas – et ne doit pas – supporter ce fardeau», a signalé Otrakji.

Des soldats de l'armée syrienne hissent le drapeau national à Qouneitra en 2018, quatre ans après avoir perdu le contrôle de la région aux mains des rebelles (Photo, AFP).

Landis, le spécialiste de la Syrie, n'exclut pas l'éclatement d'un conflit régional, citant en exemple l'attaque surprise du Hamas contre Israël.

«Personne ne pensait que le Hamas avait la capacité d'infliger un coup aussi dur à Israël», a-t-il déclaré à Arab News.

«Le Hezbollah, qui a accumulé un stock de plus de 100 000 roquettes, pourrait infliger des douleurs considérables au nord d'Israël. Nous avons eu un aperçu de ses capacités lors de la guerre de 2006 avec Israël. Israël a dévasté le Liban avec ses vastes raids de bombardement, qui visaient à “ramener le Liban au Moyen-Âge”, selon un général israélien.

«Les israéliens semblent avoir réussi à créer une dissuasion, mais on ne sait jamais combien de temps cette dissuasion durera. Tout le monde pensait que le Hamas avait été dissuadé, mais c'était faux. Lors de l'opération "Cast Led", Israël a infligé aux habitants de Gaza un taux de mortalité de 100 pour 1, et voilà où nous en sommes: le Hamas n'a pas été dissuadé.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: "assiégés" par Israël, les derniers habitants de Tyr résistent

Un panache de fumée et un fragment de béton s’élèvent du site d’une frappe aérienne israélienne à la périphérie est de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Un panache de fumée et un fragment de béton s’élèvent du site d’une frappe aérienne israélienne à la périphérie est de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • À Tyr, des milliers de civils refusent de fuir malgré les bombardements israéliens et la menace d’une invasion, affirmant leur attachement à leur terre malgré la peur et les destructions
  • La ville est presque assiégée : infrastructures détruites, pénuries imminentes et situation humanitaire critique, tandis que les combats entre Hezbollah et Israël s’intensifient

TYR: "Ils devront nous faire partir par la force": malgré les bombes et la menace d'une invasion israélienne, Khalil est de ceux qui ont décidé de rester à Tyr, dans le sud du Liban, désormais très isolée du reste du pays.

Retranché avec sa femme et leur fils de deux ans dans un théâtre de la vieille ville après avoir fui leur maison bombardée, le trentenaire assure qu'il "ne (se) rendra pas": "Nous n'abandonnerons pas notre terre, nos cœurs sont ici".

Bravant les ordres d'évacuation lancés par l'armée israélienne, environ 20.000 personnes dont quelque 15.000 déplacés des villages environnants s'entassent dans le quartier chrétien - le seul encore épargné - et dans quelques écoles.

Mais beaucoup se demandent combien de temps la ville millénaire pourra tenir.

Mardi, une dizaine d'explosions ont secoué Tyr et ses environs immédiats, ont constaté des journalistes de l'AFP. Il s'agissait des pires bombardements que la ville ait connus depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 2 mars.

Avions de chasse et drones israéliens tournoyaient dans le ciel jusqu'à la nuit tombée, larguant des bombes qui ont fait au moins 24 blessés dans le centre et provoquant d'immenses panaches de fumée noire.

Le groupe chiite pro-iranien, dont le drapeau jaune flanqué d'une kalachnikov flotte sur chaque lampadaire, est très implanté dans la cité célèbre pour ses plages de sable et ses ruines antiques.

Véritables maîtres d'une ville quasi-fantôme, ses hommes reconnaissables à leurs vêtements noirs, sont partout: postés aux abords des rond-points, sillonnant à scooter les rues désertes, inspectant les immeubles réduits en poussière.

Avant chaque frappe israélienne, ils tirent en l'air pour prévenir du danger immédiat les rares civils qui s'aventurent à l'extérieur.

Mercredi, l'armée israélienne a accusé le Hezbollah "d'implanter ses infrastructures militaires au sein des zones résidentielles" de Tyr.

- "Tout le monde a peur" -

Mustafa Ibrahim Al Sayed, 50 ans, ne quitte pas l'enceinte de l'école où il s'est réfugié avec ses deux femmes et leurs 11 enfants. Originaires d'un village frontalier, ils avaient déjà échoué à Tyr lors du précédent conflit, en 2024.

Malgré les menaces d'invasion terrestre, "je ne veux pas être déplacé ailleurs (...) Mes enfants se sont habitués à la guerre et ils connaissent tout le monde ici", dit-il.

L'armée israélienne a annoncé mardi son intention de s'emparer d'une partie du sud, dont Tyr, pour créer une zone tampon de 30 km de large.

"Tout le monde a peur pour sa maison et sa terre, mais que pouvons-nous faire?", poursuit M. Al Sayed. "Depuis 1978 (première invasion israélienne, NDLR), c'est la cinquième fois que je suis déplacé, j'ai passé toute ma vie en exil".

Plusieurs responsables de la mairie et des secours ont raconté à l'AFP que des officiers israéliens les ont directement appelés ces derniers jours pour leur ordonner de faire respecter les avis d'évacuation.

"Vous faites votre boulot, je fais le mien!", assure leur avoir répondu Mortada Mhanna, à la tête de l'unité de gestion des catastrophes de Tyr, qui court partout pour aider les déplacés.

"On a conseillé aux gens de partir, on leur a expliqué qu'on pouvait affréter des navettes escortées par l'armée, ils n'ont rien voulu savoir", ajoute-t-il.

Pour ce quadragénaire énergique, hors de question de quitter la ville tant qu'il y a des civils. "Je serai le dernier à quitter cet endroit", dit-il avec aplomb.

- Ville isolée -

Tyr est de plus en plus isolée. L'aviation a bombardé les principaux ponts qui enjambent le fleuve Litani, affirmant vouloir empêcher le Hezbollah de se réapprovisionner en armes.

Un seul relie encore Tyr à la capitale Beyrouth et au nord du pays, sur l'ancienne route côtière.

"Si le dernier pont tombe, nous allons tout droit vers une catastrophe humanitaire", s'alarme Alwan Charafeddine, le maire adjoint de Tyr. "La ville sera assiégée et les convois de ravitaillement ne pourront plus l'atteindre".

"Nos stocks sont déjà presque épuisés", dit-il en énumérant les besoins en nourriture, en kits d'hygiène, mais aussi en carburant pour faire tourner les générateurs qui fournissent une bonne partie de l'électricité.

A 82 ans, Nada Reda Abu Sari n'est pas restée par choix. Cela fait des mois qu'elle dort sur un matelas jeté au sol, dans une salle de classe.

"Je suis malade, je n’ai même pas les moyens de m’acheter des médicaments", dit-elle en brandissant quelques boîtes vides. "Je ne dors plus. A chaque frappe, on se réveille, chaque jour, on meurt un peu plus".

La vieille dame n'a jamais revu sa maison de Dhaïra, l'un des villages frontaliers entourés de collines verdoyantes complètement détruits par les soldats israéliens en 2024.

"Nous n'avons plus ni foyer, ni terres, ni vignes, rien (...) mes enfants sont tous éparpillés et je n'ai aucune nouvelle d'eux", confie-t-elle sans pouvoir retenir ses sanglots.

"Est-ce que c'est ça, la vie? Parfois je me dis que je devrais me jeter à la mer".


Au moins 9 morts dans des raids israéliens contre le sud du Liban

Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins 9 morts et plusieurs blessés, tandis que des ordres d’évacuation ont été donnés dans la banlieue sud de Beyrouth
  • Les tensions s’intensifient : Israël affirme cibler des infrastructures du Hezbollah, tandis que le mouvement riposte par des attaques de roquettes vers le nord d’Israël

BEYROUTH: Au moins neuf personnes, selon les médias officiels libanais, ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids israéliens contre des localités du sud du Liban, qu'Israël considère comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah.

D'après l'Agence nationale d'information (ANI), une attaque israélienne a fait au moins trois morts et 18 blessés dans la région de Nabatiyeh, et une autre quatre morts et un blessé à Aadloun, au sud de la ville de Saïda, également appelée Sidon.

Selon la même source, une frappe israélienne contre un appartement du camp de réfugiés de Mieh Mieh, également près de Saïda, a par ailleurs fait deux morts et quatre blessés.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Elle a aussi annoncé avoir, au cours de son opération terrestre dans le sud du Liban, avoir "démantelé des centres de commandement du Hezbollah" ainsi qu'un dépôt d'armes, et avoir tué plusieurs combattants du mouvement, sans en préciser le nombre.

De son côté, le Hezbollah a affirmé mercredi matin avoir attaqué un char et des soldats israéliens près de la frontière, et tiré un "barrage de roquettes" vers Kiryat Shmona, dans le nord d'Israël.

Les sirènes d'alerte ont retenti dans cette ville de la vallée de la Houla, proche de la frontière libanaise. Les autorités israéliennes n'ont fait état d'aucune victime.

Mardi, une Israélienne d'une trentaine d'années avait été tuée dans le nord du pays par un autre tir de roquettes depuis le Liban.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.

"Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée", a-t-il prévenu.

- Traces de sang -

Après avoir envahi le Liban en 1982, Israël avait maintenu une zone tampon de 10 à 20 kilomètres de profondeur, jusqu'à son retrait total en 2000, sous les coups de boutoir du Hezbollah.

"La bataille contre le Hezbollah (...) ne fait que commencer", a averti lundi la porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Ella Waweya.

Mardi, des frappes israéliennes avaient déjà tué cinq personnes dans le sud du pays et trois autres dans une zone résidentielle proche de Beyrouth, après des raids sur la banlieue sud.

"Ma maison a été entièrement détruite. Il ne reste plus rien, tout a brûlé", dit à l'AFP Abbas Qassem, 55 ans, dont l'appartement voisin du sien a été visé par la frappe à Bchamoun, un village dans les montagnes au sud-est de Beyrouth qui est pourtant à l'écart des zones contrôlées par le Hezbollah.

"Qu'est-ce que j'ai fait pour que ma maison soit détruite? Je suis une personne normale", ajoute-t-il en pleurant, comme sa femme, découvrant l'appartement dévasté.

Un journaliste de l'AFP a vu des traces de sang et des restes d'un projectile dans l'appartement visé.

A Haret Hreik, l'un des quartiers de la banlieue sud désertée par une majorité d'habitants, un photographe de l'AFP a vu des immeubles effondrés et des rues jonchées de débris.

Beyrouth accuse les Gardiens de la révolution iraniens de diriger les opérations du Hezbollah contre Israël, et a interdit leurs activités sur son territoire.

Mardi, la décision des autorités d'expulser l'ambassadeur d'Iran a provoqué une vive réaction du Hezbollah, qui leur a demandé de se rétracter.

"Nous demanderons à l’ambassadeur iranien de rester à Beyrouth et de considérer la mesure comme nulle et non avenue", a affirmé une source de l'organisation à l'AFP.


Nouvelles vagues d'attaques au Moyen-Orient, les négociations Washington-Téhéran restent à confirmer

Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
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  • L’Iran a intensifié les frappes (missiles et drones) contre Israël et plusieurs pays du Golfe, tandis qu’Israël poursuit ses bombardements en Iran et au Liban, aggravant le conflit régional
  • Les États-Unis proposent un plan de paix incluant un cessez-le-feu temporaire, des restrictions sur le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions, alors que le détroit d’Ormuz rouvre partiellement, faisant baisser les prix du pétrole

TEHERAN: L'Iran a tiré mercredi des salves de missiles et de drones contre ses voisins du Golfe et Israël, et celui-ci continue de bombarder Téhéran et le Liban, malgré la promesse américaine de négociations de paix qui a calmé les marchés.

Iran et Etats-Unis négocient "en ce moment" pour tenter de mettre un terme au conflit, a affirmé mardi Donald Trump, ajoutant que son émissaire Steve Witkoff, son gendre Jared Kushner, le vice-président JD Vance et le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio participent au processus.

Plusieurs médias, dont le New York Times et la chaîne de télévision israélienne Channel 12, avancent que l'administration Trump a proposé un plan de paix en 15 points à l'Iran par l'entremise du Pakistan, qui entretient de bonnes relations avec les deux parties.

Selon trois sources non identifiées citées par Channel 12, les Etats-Unis proposent un cessez-le-feu d'un mois, le temps que les autorités iraniennes étudient leurs demandes.

Toujours selon la chaîne israélienne, parmi les 15 points, cinq concernent le programme nucléaire iranien, d'autres imposent l'abandon du soutien aux alliés de l'Iran dans la région, comme le Hezbollah ou le Hamas, et un point insiste pour que le détroit d'Ormuz reste ouvert à la navigation maritime. En contrepartie l'Iran obtiendrait une levée des sanctions internationales à son encontre et un soutien pour son programme nucléaire civil.

- L'Iran desserre l'étreinte sur Ormuz -

L'Iran a justement affirmé que les "navires non hostiles" pouvaient désormais "bénéficier d'un passage sûr par le détroit d'Ormuz en coordination avec les autorités compétentes", selon l'Organisation maritime internationale (OMI).

Près de 20% de la production mondiale d'hydrocarbures transite par ce détroit stratégique, dont le blocage de fait par Téhéran ces dernières semaines a fait flamber les prix du pétrole.

Donald Trump a évoqué mardi "un très gros cadeau" lié aux hydrocarbures, sans donner de précisions, qui pourrait justement être lié à cette réouverture partielle du détroit.

En réaction à ces informations les cours du pétrole retombent mercredi, et les Bourses d'Asie sont revenues dans le vert.

Mais l'Iran, pour l'heure, n'a pas confirmé la moindre négociation.

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien - présenté par le site d'informations Axios comme l'interlocuteur des Etats-Unis - a démenti en bloc. La diplomatie iranienne a juste reconnu en début de semaine avoir reçu, via des "pays amis", des "messages transmettant une demande américaine de négociations".

- Incendie à l'aéroport de Koweït -

La presse américaine évoque en outre l'envoi de 3.000 soldats parachutistes en renfort au Moyen-Orient, où la guerre ne donne aucun signe d'accalmie avec de nouvelles vagues d'attaques israéliennes contre l'Iran et le Liban, et de nouveaux tirs de missiles et de drones iraniens vers Israël, la Jordanie et plusieurs pays du Golfe.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, ont annoncé mercredi avoir lancé des attaques contre le nord et le centre d'Israël, dont la région de Tel-Aviv, ainsi que sur deux bases militaires américaines au Koweït, une en Jordanie et une au Bahreïn.

Selon les secours israéliens, 12 personnes ont été blessées mardi soir près de Tel-Aviv par un ou plusieurs missiles iraniens.

Au Koweït, une attaque de drones a mis le feu à un réservoir de carburant à l'aéroport international de l'émirat, selon l'Autorité de l'aviation civile du pays, qui n'a pas fait état de victime.

De son côté, comme au cours des nuits précédentes, l'armée israélienne a annoncé avoir "lancé une série de frappes visant les infrastructures du régime terroriste iranien à Téhéran".

"Les bruits, les explosions et les missiles font désormais partie de notre vie quotidienne", a confié à l'AFP par téléphone une femme de 35 ans, originaire du Kurdistan iranien et résidant à Téhéran.

- Au moins 9 morts au Liban -

Israël poursuit également son offensive au Liban, où au moins neuf personnes ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids dans le sud du pays, région considérée par Israël comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah, selon l'agence de presse officielle libanaise ANI.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes y ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.