Les atermoiements de l’UE face à la guerre de Gaza

a compassion européenne envers Israël s’est manifestée par la succession de visites de plusieurs leaders européens en Israël, ainsi que celle de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a affiché un soutien sans faille à Israël. (AFP).
a compassion européenne envers Israël s’est manifestée par la succession de visites de plusieurs leaders européens en Israël, ainsi que celle de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a affiché un soutien sans faille à Israël. (AFP).
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Publié le Vendredi 03 novembre 2023

Les atermoiements de l’UE face à la guerre de Gaza

  • La compassion européenne envers Israël s’est manifestée par la succession de visites de plusieurs leaders européens en Israël
  • Depuis le début des événements à Gaza, le haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, a mis en garde contre l'échec moral de l'UE si elle n'adoptait pas les mêmes normes en Ukraine et au Moyen-Orient

PARIS: L’attaque du Hamas, le 7 octobre 2023, représente un tournant dans l’Histoire du conflit israélo-palestinien, et un incontestable revers pour Israël. Aussitôt, l’Union européenne (UE) – comme les États-Unis – s’aligne sur l’approche israélienne et endosse le fait que cette attaque s’apparente à un «11-Septembre israélien». Mais cette solidarité inconditionnelle et unanime affichée en réaction au «choc israélien» commence à s’effriter et certains pays européens contestent une position plutôt partiale et déséquilibrée.

La compassion européenne envers Israël s’est manifestée par la succession de visites de plusieurs leaders européens en Israël, ainsi que celle de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a affiché un soutien sans faille à Israël. Ces positions sont considérées par plusieurs diplomates européens comme «une rupture avec les principes et les valeurs de l’UE et de son rôle de médiateur reconnu».

Effet potentiel de division

Avec l’embrasement au Proche-Orient, l’Europe doit dorénavant faire face à deux guerres: l’Ukraine et Gaza. Dans les deux cas, il existe un effet potentiel de division parmi les membres de l’UE. Dans le cas ukrainien, l’UE continuera à faire preuve de solidarité auprès de sa première ligne de défense.

Mais face au conflit israélo-palestinien, et malgré l’intérêt géostratégique commun, on observe un désaccord des pays européens vis-à-vis de la protection des civils palestiniens et des perspectives politiques.

Ainsi, lors du Sommet européen à Bruxelles (25-26 octobre), les dirigeants européens sont parvenus à un accord minimum concernant la guerre de Gaza en se contentant d’appeler à des «couloirs humanitaires et à des trêves intermittentes» afin d’apporter de l’aide aux habitants de la bande de Gaza assiégée. Exprimant leur intérêt pour l'horizon politique d'après-guerre, les dirigeants européens ont soutenu la tenue prochaine d'une «conférence internationale de la paix» pour discuter de la solution à deux États, après six mois, sur la base de l'initiative de l'Espagne, qui préside actuellement l'UE.

Lors du Sommet européen à Bruxelles (25-26 octobre), les dirigeants européens sont parvenus à un accord minimum concernant la guerre de Gaza en se contentant d’appeler à des «couloirs humanitaires et à des trêves intermittentes» afin d’apporter de l’aide aux habitants de la bande de Gaza assiégée.

Il est permis à un observateur de se demander si les vingt-sept pays débattent de la différence entre un «cessez-le-feu» ou des «couloirs humanitaires», ou entre une «trêve humanitaire continue» et des «trêves humanitaires intermittentes»…

La réponse est que le désaccord est profondément politique, et que trois points de vue s’opposent. Le premier camp soutient Israël: il est représenté notamment par l'Allemagne, l'Autriche et la Hongrie, et rejette l'appel à un cessez-le-feu et même à une trêve humanitaire afin qu’Israël puisse «se défendre». L'autre axe comprend notamment l'Espagne, l'Irlande et le Portugal, et exige de ne pas adopter une politique du «deux poids, deux mesures» et de prêter attention à la situation tragique à Gaza. Le troisième camp, dont le chef de file est la France, cherche à arrondir les angles, ce qui contribue à marginaliser l’UE et à la priver d’un rôle diplomatique acceptable dans son voisinage géopolitique.

Accords d’Oslo

Il convient de noter que depuis l’adoption des accords d’Oslo il y a vingt ans, les États-Unis sont les seuls parrains du processus, tandis que l’UE se limite à un rôle financier et de donateur, tout en étant le témoin sans objection de la fin pratique de ces accords.

Depuis le début des événements à Gaza, le haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, a mis en garde contre l'échec moral de l'UE si elle n'adoptait pas les mêmes normes en Ukraine et au Moyen-Orient. Les décisions prises lors du récent Sommet européen ne font que souligner le fossé entre les valeurs professées d'une part et les pratiques mises en œuvre d'autre part.

Au regard de ses atermoiements, l’UE recule et perd son rôle de médiateur.


Les Etats-Unis frappent l'Iran pour la troisième nuit de suite et vont rétablir le blocus des ports

Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
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  • Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna
  • Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom

TEHERAN: Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible".

Pendant une mission de cinq heures, "les forces américaines ont frappé des cibles militaires" dans plusieurs villes portuaires du sud de l'Iran, comme Bouchehr et Bandar Abbas, a détaillé le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dans la matinée.

Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna.

Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom.

"Nous allons les frapper fort ce soir, et nous allons les frapper fort demain", avait déclaré lundi Donald Trump dans une interview radio. Pour le président américain, les dirigeants iraniens "ne peuvent absolument rien faire contre" ces frappes.

Comme la veille, les Gardiens de la Révolution iraniens ont, eux, revendiqué une opération à Bahreïn - entre autres contre un bâtiment hébergeant les troupes américaines sur la base de Juffair.

L'armée idéologique iranienne a aussi annoncé avoir ciblé en Jordanie "des installations clé et les forces américaines sur une base aérienne jordanienne", dans un communiqué cité par l'agence Tasnim. L'armée jordanienne a annoncé pour sa part l'interception de quatre missiles iraniens.

Deux tankers attaqués 

Dans le détroit d'Ormuz, les Emirats arabes unis ont déploré des attaques de missiles iraniens contre deux de leurs tankers, tuant un membre d'équipage indien.

Malgré ces échanges de frappes, Donald Trump a tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible".

Avant cela, il avait annoncé sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz et que le blocus des ports iraniens serait rétabli.

Il entrera en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, le président américain a dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Le pétrole remonte 

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, dont le pays a pris le contrôle du détroit au début de la guerre, a rétorqué sur X: "l'Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera pour toujours".

Donald Trump "a tout à fait raison. Quiconque assure le passage sûr et sécurisé des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz devrait être rémunéré", a-t-il ironisé, ajoutant: "20%, c'est évidemment trop. Nous serons équitables".

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont accusé les Etats-Unis de mettre en péril l'approvisionnement mondial en pétrole.

Au lendemain d'une envolée spectaculaire de plus de 9%, les cours du pétrole continuaient leur ascension dans ce contexte. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, gagnait 1,19% à 84,29 dollars vers 02H00 GMT.

Après quasiment 40 jours de bombardements dans le conflit déclenché par des frappes israélo-américaines le 28 février, un cessez-le-feu était entré en vigueur début avril, avant d'être entériné le 17 juin par un protocole d'accord.

Mais depuis des attaques survenues mardi contre des navires tentant de franchir Ormuz, les affrontements ont repris avec une intensité inédite depuis des semaines, faisant dire à Donald Trump que le cessez-le-feu était "terminé".

La semaine dernière, le président américain a d'ailleurs envoyé une notice officielle au Congrès indiquant que le conflit avec l'Iran avait repris, a confirmé la Maison Blanche à l'AFP.

Et au total, 25 personnes ont été tuées depuis mercredi, selon un décompte de l'AFP à partir des médias iraniens et sources officielles.

 Protocole d'accord "en crise" 

Pour le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, "il ne fait aucun doute" que le protocole d'accord "est en crise".

"Mais l'Iran n'a jamais été le premier à violer ses engagements", a-t-il tancé lors d'une conférence de presse lundi à Téhéran à laquelle assistait l'AFP.

Les consultations avec les médiateurs que sont le Qatar, le Pakistan et Oman se poursuivent afin de "prévenir une escalade", a-t-il toutefois assuré.

Le protocole d'accord prévoyait la réouverture du détroit, Téhéran n'autorisant toutefois qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d'Iran le protégera", avait averti dimanche le conseiller militaire du guide suprême, Mohsen Rezaï.


L'armée américaine dit avoir conclu une série de frappes en Iran contre «des dizaines de cibles»

  • L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran
  • Elle a "visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations"

WASHINGTON: L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran, pour la deuxième journée consécutive, se disant prête à "garantir que la liberté de navigation reste assurée" dans le détroit d'Ormuz.

Les forces américaines "ont visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations", a écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

 


Le chef de la diplomatie iranienne se rend à Oman au sujet du détroit d'Ormuz

La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
  • Abbas Araghchi se rend à Oman pour des discussions sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime
  • Malgré le cessez-le-feu avec Washington, le contrôle du détroit d'Ormuz reste une source de tensions

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi va se rendre samedi à Oman pour une visite axée "sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime", a annoncé son porte-parole.

La visite "portera principalement sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime" et s'inscrit "dans le prolongement des consultations que nous avons entamées avec Oman depuis un mois ou deux", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, selon des propos rapportés par l'agence de presse officielle iranienne IRNA.

Malgré l'accord conclu le 17 juin entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée fin février par des attaques américano-israéliennes, la question du détroit demeure un point de contentieux majeur.

L'Iran a profité du conflit pour prendre le contrôle de ce point de passage clef pour le commerce mondial des hydrocarbures et refuse de revenir à la situation antérieure.

Téhéran veut imposer des droits de passage sur les bateaux et autorise uniquement une route longeant ses côtes, dans le nord. Des navires passant au sud, au large d'Oman, ont récemment été attaqués, ce qui a déclenché une reprise des hostilités avec les Etats-Unis.

En mai, le président Donald Trump avait menacé à la surprise générale de "pulvériser" le sultanat d'Oman s'il continuait de discuter avec Téhéran d'une gestion commune du détroit.

"Plusieurs séries de réunions techniques ont eu lieu jusqu'à présent, tant à Téhéran qu'à Mascate, et ce déplacement s'inscrit dans le prolongement de ces consultations, afin de contribuer à faciliter la circulation en toute sécurité dans le détroit d'Ormuz", a également fait savoir le porte-parole de la diplomatie iranienne.