Avec les soldats israéliens du front nord, dans la guerre de «dissuasion» contre le Hezbollah

Un soldat israélien regarde un discours télévisé du chef du mouvement chiite Hezbollah, Hassan Nasrallah, près de la frontière israélienne avec le Liban, le 11 novembre 2023, dans un contexte de tensions transfrontalières croissantes entre le Hezbollah et Israël, alors que les combats se poursuivent dans le sud avec les militants du Hamas dans la bande de Gaza. (Photo Jalaa Marey AFP)
Un soldat israélien regarde un discours télévisé du chef du mouvement chiite Hezbollah, Hassan Nasrallah, près de la frontière israélienne avec le Liban, le 11 novembre 2023, dans un contexte de tensions transfrontalières croissantes entre le Hezbollah et Israël, alors que les combats se poursuivent dans le sud avec les militants du Hamas dans la bande de Gaza. (Photo Jalaa Marey AFP)
Short Url
Publié le Dimanche 12 novembre 2023

Avec les soldats israéliens du front nord, dans la guerre de «dissuasion» contre le Hezbollah

  • «C'est comme ça ici, on passe de zéro à cent en quelques secondes», décrit Kamal Saad, 33 ans, commandant du bataillon 299 de l'armée israélienne
  • Loin des déluges de roquettes de 2006 lors de la guerre du Liban, l'affrontement est ici fait d'échanges sporadiques mais quotidiens

FRONTIÈRE ISRAËL-LIBAN, Israël : Un drone libanais vient de faire son apparition de l'autre côté de la colline. La radio crache l'information en code militaire mais un bourdonnement suspect a déjà alerté les soldats israéliens. Deux d'entre eux en camouflage complet se tapissent au sol, M-16 pointé vers le ciel.

Les canons des chars israéliens ainsi que des systèmes d'interception, dont l'armée refuse de donner le détail, entrent en action. Les tirs durent une heure, pendant laquelle tout le bataillon a ordre de rester strictement à couvert.

«C'est comme ça ici, on passe de zéro à cent en quelques secondes», décrit Kamal Saad, 33 ans, commandant du bataillon 299 de l'armée israélienne.

Cette position, où l'AFP a été autorisée, sert de base arrière au bataillon, célèbre dans tout le pays pour être à 70% composé de combattants d'infanterie druze, une minorité arabophone d'Israël réputée pour son patriotisme et son sens du combat.

«Nous avons grandi ici, c'est chez nous, on connaît chaque pierre», ajoute-t-il.

«Notre mission est de protéger les forces de sécurité qui opèrent ici et les civils restants», dit à l'AFP le commandant, dont le frère Alim Saad a été tué dans le secteur, le 9 octobre, par un commando du Hezbollah.

Samedi, une partie des hommes du commandant Saad regardent en direct et dans leur langue maternelle, l'arabe, le discours du chef du mouvement chiite, Hassan Nasrallah.

L'unité a été mise en état d'alerte maximale. «La menace peut venir de partout, de la mer, du ciel et des unités terrestres», explique le commandant israélien.

- «Dernière ligne» –

Loin des déluges de roquettes de 2006 lors de la guerre du Liban, l'affrontement est ici fait d'échanges sporadiques mais quotidiens.

Et, pour la première fois de son histoire, tous les civils des localités de la ligne frontalière ont été évacués par l'armée.

Dans un autre secteur de la frontière, vendredi, trois soldats ont été blessés dans une attaque sur la position de Margaliot, près de Kiryat Shmona.

Samedi, la position, clé dans la bataille, était de nouveau visée à la même heure, 10H00, a constaté l'AFP, menée par le panache de fumée blanche, montant à côté de l'antenne israélienne.

A ses pieds, le kibboutz de Kfar Giladi et ses gardiens «de la dernière ligne avant le Hezbollah». Tom Cohen, 28 ans, est revenu d'Australie pour remettre l'uniforme et rejoindre le groupe d'autodéfense de ce village collectiviste agricole où il a grandi.

«Les gens pensaient que le Hezbollah allait tenter de s'infiltrer ici, comme au sud (lors de l'attaque du Hamas le 7 octobre, ndlr) et ils vont peut-être essayer», avance-t-il.

«Mais la menace principale, ce sont les roquettes et les drones d'attaque, comme ce qu'il y a sûrement eu ici ce matin». Il espère qu'«à la seconde» où le Hezbollah ne sera «plus là», la frontière s'ouvrira et qu'il pourra enfin découvrir le pays face auquel il a grandi.

- «Déclaration de guerre» –

De son côté, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, répète qu'il ne rentrera dans une guerre que si le Hezbollah le lui impose. Vendredi, lors d'une revue aux troupes près de Gaza, il a déclaré que la mission des troupes déployées en masse au nord se résumait à un mot: «la dissuasion».

Tous les combattants israéliens rencontrés redoutent un affrontement massif.

«Le Hezbollah essaye depuis le deuxième jour de rentrer dans cette guerre et de nous attaquer. Pour moi ces roquettes qu'ils envoient sur les civils, c'est déjà un acte de déclaration de guerre», estime le volontaire Tom Cohen, montrant la stèle qui commémore la mort de 12 soldats en 2006, tués par une roquette au portail du kibboutz.

La guerre entre Israël et le Hamas, déclenchée par une attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien sur le sol israélien le 7 octobre, fait craindre un embrasement régional.

Du côté israélien, 1.200 personnes, en majorité des civils, ont été tuées dans l'attaque du Hamas, selon les autorités israéliennes.

En représailles, Israël pilonne la bande de Gaza, dirigée par le mouvement islamiste. Plus de 11.000 personnes, dont au moins 4.500 enfants, ont été tuées, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Dans les affrontements frontaliers entre l'armée israélienne et le Hezbollah, plus de 90 personnes ont péri côté libanais, pour la plupart des combattants de la formation chiite, et au moins huit côté israélien, soit six soldats et deux civils, selon un décompte de l'AFP.


Plus de 200.000 personnes sont parties du Liban vers la Syrie depuis le début de la guerre 

Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
Short Url
  • "Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie
  • "Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR

GENEVE: Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

"Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie par les trois points de passage officiels", a déclaré Aseer al-Madaien, représentante par intérim du HCR en Syrie, lors d'un point presse donné en visioconférence à Genève depuis Damas.

"Ces chiffres ont été fournis par les autorités et confirmés par nos collègues sur le terrain", a-t-elle ajouté, précisant que "la grande majorité" de ces personnes, soit "près de 180.000, sont des Syriens, notamment des réfugiés syriens qui avaient déjà fui la Syrie pour trouver refuge au Liban et qui sont aujourd'hui contraints de fuir à nouveau".

"Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR.

Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël en représailles aux frappes israélo-américaines ayant tué le guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le Liban avait accueilli plus d'un million de réfugiés syriens qui ont fui leur pays pendant la guerre civile déclenchée par la répression d'un soulèvement populaire contre le pouvoir de Bachar al-Assad en 2011.

Plus d'un demi-million de ces réfugiés ont regagné leur pays depuis la chute d'Assad fin 2024.

Le HCR a indiqué que son plan d'urgence pour les personnes rejoignant précipitamment la Syrie depuis le Liban prévoyait "un nombre pouvant atteindre de 300 à 350.000 personnes".

"Ce nombre dépendra en grande partie d'éventuelles opérations terrestres supplémentaires. Parallèlement, le gouvernement syrien nous a informés qu'il mettait en place un plan d'urgence au cas où davantage de Libanais se dirigeraient vers la Syrie", a ajouté Mme al-Madaien.


Israël occupera une partie du sud du Liban après la guerre, déclare son ministre de la Défense

 Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz. (AFP)
Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz. (AFP)
Short Url
  • "Le retour au sud du Litani de plus de 600.000 habitants du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord sera totalement empêché tant que la sécurité et la sûreté des habitants du nord (d'Israël) ne seront pas garanties"
  • "Toutes les maisons des villages (libanais) adjacents à la frontière (avec Israël) seront démolies conformément au modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza"

JERUSALEM: Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz.

"A la fin de cette opération, Tsahal (l'armé israélienne, NDLR) s'installera dans une zone de sécurité à l'intérieur du Liban, sur une ligne défensive contre les missiles antichars, et maintiendra le contrôle sécuritaire de toute la zone jusqu'au Litani", fleuve qui s'écoule à une trentaine de kilomètres au nord de la ligne de démarcation entre Israël et le Liban, a déclaré M. Katz, dans une vidéo diffusée par son bureau.

"Le retour au sud du Litani de plus de 600.000 habitants du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord sera totalement empêché tant que la sécurité et la sûreté des habitants du nord (d'Israël) ne seront pas garanties", a ajouté M. Katz.

"Toutes les maisons des villages (libanais) adjacents à la frontière (avec Israël) seront démolies conformément au modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza, afin d'éliminer une fois pour toutes les menaces le long de la frontière qui pèsent sur les habitants du nord", a encore ajouté M. Katz en référence à deux villes de la bande de Gaza dévastées par les opérations militaires d'Israël dans sa guerre contre le Hamas après le 7 octobre 2023.

Le Liban a été entraîné dans la guerre entre Israël et les Etats-Unis d'une part et l'Iran d'autre part par une attaque le 2 mars du mouvement islamiste Hezbollah contre Israël en représailles à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour du conflit.

Depuis lors, les frappes israéliennes massives sur le pays du Cèdre ont tué plus de 1.200 personnes et en ont blessé plus de 3.600, selon le dernier bilan du ministère de la Santé. L'armée israélienne affirme elle avoir éliminé "850 terroristes" au Liban.

M. Katz ne cesse de multiplier les déclarations martiales à l'encontre du Liban et des Libanais.

Dimanche, l'ONG Human Rights Watch (HRW) a indiqué lui avoir écrit pour exprimer ses "vives préoccupations concernant (des propos tenus récemment par des responsables israéliens) qui sapent le respect du droit international humanitaire" et dénotent selon elle une volonté de s'y soustraire.

Dans une copie de la lettre publiée par HRW, cette dernière lui reproche nommément ses propos du 16 mars, dans lesquels il menaçait déjà d'empêcher le retour des personnes ayant fui la région au sud du Litani.

"Utiliser le refus du retour des civils comme outil de négociation constitue un déplacement forcé, ce qui est interdit par les lois de la guerre et peut constituer un crime de guerre", écrit l'ONG.

Depuis le 2 mars, le Hezbollah a tiré "entre 4.000 et 5.000 roquettes, drones et missiles, ainsi que des mortiers (...) en direction d'Israël, certains en direction de nos troupes, d'autres vers des communautés civiles", a déclaré mardi le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, porte-parole international de l'armée israélienne.


Liban: fin de l'enquête sur l'explosion du port de Beyrouth

Le silo à grains du port de Beyrouth endommagé quatre jours après une explosion monstrueuse qui a fait plus de 220 morts, le 8 août 2020. (AFP)
Le silo à grains du port de Beyrouth endommagé quatre jours après une explosion monstrueuse qui a fait plus de 220 morts, le 8 août 2020. (AFP)
Short Url
  • Le juge Tarek Bitar a clôturé l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth en 2020, ouvrant la voie à d’éventuels renvois devant le tribunal de dizaines de responsables politiques, militaires et fonctionnaires interrogés
  • L’explosion, provoquée par 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées sans précaution, avait fait plus de 220 morts et est devenue un symbole de l’impunité au Liban, l’enquête ayant été bloquée par l’hostilité politique avant d’être reprise en 2025

BEYROUTH: Le juge chargé du dossier de l'explosion au port de Beyrouth en 2020 a clôturé son enquête, ouvrant la voie à de possibles renvois devant le tribunal des dizaines de personnes auditionnées au cours des investigations, a indiqué lundi une source judiciaire à l'AFP.

"Le juge d'instruction en charge de l'enquête, Tarek Bitar, a clôturé son enquête" près de six ans après l'explosion qui a ravagé une partie de la capitale libanaise le 4 août 2020 et fait plus de 220 morts, a précisé cette source judiciaire.

Le magistrat a transmis le dossier au procureur général de la Cour de cassation pour avis, avant d'éventuels renvois devant le tribunal, a ajouté cette source.

Près de 70 personnes, dont des personnalités politiques, des responsables des services de sécurité et de l'armée ainsi que des fonctionnaires, avaient été convoquées au cours de l'enquête, a détaillé la source judiciaire. Certaines d'entre elles avaient refusé de répondre aux convocations du juge et d'être interrogées.

Le dossier judiciaire de la déflagration du port est devenu un symbole de l'impunité, le juge d'instruction ayant dû interrompre son enquête en janvier 2023 face à l'hostilité d'une grande partie de la classe politique, notamment du Hezbollah qui accusait le magistrat de partialité.

Il avait été poursuivi un temps pour insubordination, mais avait pu reprendre son enquête début 2025 après l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement et d'un nouveau président qui avaient promis de préserver l'indépendance de la justice.

Considérée comme l'une des plus grandes explosions non nucléaires de l'Histoire, l'explosion du port avait été provoquée par un incendie dans un entrepôt où était stocké sans précaution du nitrate d'ammonium, malgré des avertissements répétés aux plus hauts responsables.

La cargaison de 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium, transportée à bord d'un navire, le Rhosus, était arrivée au port de Beyrouth en novembre 2013.

Les autorités portuaires avaient stocké cette marchandise dans un entrepôt délabré, selon des responsables libanais, tandis que le Rhosus, immobilisé après le lancement de poursuites contre le propriétaire, avait coulé dans le port en 2018.

Un premier juge chargé en 2020 de l'enquête avait jeté l'éponge après avoir inculpé l'ex-Premier ministre, Hassan Diab, et trois anciens ministres.