Frémissements mondiaux après les réunions de Marrakech: Les inquiétudes économiques augmentent avec l'escalade entre Israël et le Hamas

«Notre attention devrait se détourner de l'allocation de fonds à des projets ayant un impact marginal sur la population et l'environnement», déclare à Arab News Abderrahim Ksiri, expert marocain en politique. (Fournie)
«Notre attention devrait se détourner de l'allocation de fonds à des projets ayant un impact marginal sur la population et l'environnement», déclare à Arab News Abderrahim Ksiri, expert marocain en politique. (Fournie)
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Publié le Mercredi 15 novembre 2023

Frémissements mondiaux après les réunions de Marrakech: Les inquiétudes économiques augmentent avec l'escalade entre Israël et le Hamas

  • L'escalade du conflit entre Israël et le Hamas suscite des inquiétudes quant au potentiel impact économique mondial, avec des craintes de récession et de perturbations, notamment si le conflit s'étend régionalement
  • Au milieu des défis économiques mondiaux et des craintes que les prix du pétrole influent sur l'aide climatique, les experts soulignent la nécessité de se détourner des projets ayant un impact marginal sur la population et l'environnement

TUNIS: Dans la chorégraphie complexe de la géopolitique mondiale, l'escalade récente de la violence entre Israël et le Hamas soulève des préoccupations quant à son impact potentiel sur l'économie mondiale. Alors que la communauté internationale observe ce spectacle tragique se dérouler, la question se pose: est-ce le moment décisif où le «Sud global» s'affirme en tant que force géoéconomique redoutable?

Le récent vote de l'Assemblée générale de l'ONU le 26 octobre a mis en évidence une communauté internationale divisée. Les États-Unis se sont retrouvés en petite minorité, s'alignant avec Israël contre la motion. L'Union européenne (UE), souvent considérée comme une alliée ferme des États-Unis, a affiché une position éparpillée. Dans le même temps, la plupart des pays en développement ont favorisé le cessez-le-feu, bien que l'Inde, leader autoproclamé du «Sud global», penche en faveur d'Israël avec une abstention.

L'Histoire suggère que même lorsque les États-Unis font l'objet de critiques pour leurs décisions en matière de politique étrangère, cela n'entrave pas nécessairement leur capacité à s'engager dans le commerce mondial ou les négociations. Les conséquences de la guerre en Irak de George W. Bush en 2003 ont entraîné un déclin de l'opinion mondiale sur les États-Unis, mais n'ont pas isolé le pays économiquement.

De plus, les États-Unis ont fait preuve de résilience en programmant et en participant à des accords commerciaux majeurs malgré les controverses géopolitiques. Le partenariat transpacifique en 2008 qui incluait des nations économiquement orientées vers la Chine et les négociations en cours dans le contexte du Cadre économique de l'Indopacifique cette semaine soulignent l'engagement des États-Unis dans leurs relations commerciales.

Cependant, des experts en géopolitique et en économie mondiale mettent en garde contre le risque de voir l'économie mondiale perturbée par le conflit actuel, pouvant, dans un scénario pessimiste, la précipiter dans une récession. Si l'armée israélienne venait à affronter des milices au Liban et en Syrie soutenant le Hamas, le conflit pourrait déborder et se transformer en une guerre régionale, impliquant potentiellement l'Iran.

Une telle escalade pourrait entraîner une flambée des prix du pétrole, avec des estimations suggérant qu'ils pourraient atteindre 150 dollars (1 dollar = 0,93 euro) le baril, impactant significativement la croissance mondiale. L'interconnexion de l'économie mondiale signifie que des perturbations au Moyen-Orient peuvent envoyer des ondes de choc à travers le monde, affectant l'inflation, la stabilité économique, et même les relations géopolitiques.

En plein conflit persistant à Gaza, la communauté internationale fait face à un avenir incertain en ce qui concerne l'économie mondiale. Alors que la situation évolue, le monde attend anxieusement une résolution qui pourrait potentiellement apporter stabilité et prospérité à la région et au-delà.

Les récentes réunions annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale à Marrakech se sont déroulées sur fond de conflit croissant entre Israël et le Hamas à Gaza. Initialement convoquées pour aborder les défis majeurs de la finance au développement, la guerre au Moyen-Orient a jeté une ombre durable d'incertitude sur le paysage économique mondial.

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a averti que la guerre «assombrissait l'horizon» d'une économie mondiale déjà affaiblie. Des inquiétudes quant aux perturbations potentielles de l'approvisionnement pétrolier et à leur impact sur l'économie mondiale ont été soulevées, d'autant plus que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) surveille étroitement la situation.

Dans le contexte des projections prudentes de croissance du FMI, actuellement fixées à 3% pour l'année en cours, mais signalant une baisse à 2,9% en 2024, soulignant ainsi la fragilité de l'économie mondiale, le secteur des prix mondiaux du pétrole a connu des turbulences significatives.

Réagissant initialement au conflit par une hausse, ces prix reflétaient les incertitudes accrues liées aux tensions géopolitiques. Cependant, une stabilisation ultérieure a apporté un soulagement, les perturbations limitées dans l'approvisionnement pétrolier atténuant les inquiétudes.

Ajoutant une nuance au paysage économique, Saïd Skounti, un chercheur de l'Initiative Imal pour le Climat et le Développement, basé au Maroc, a partagé ses réflexions sur les suites des réunions annuelles. Malgré l'optimisme initial et les aspirations à des changements transformateurs dans la finance internationale tout au long de l'année, les observations de M. Skounti mettent en évidence que les réunions se sont conclues sans aborder de manière concluante les défis majeurs.

Cette perspective de Saïd Skounti offre un regard critique permettant de comprendre les écarts entre les attentes et les résultats dans le domaine des délibérations financières mondiales.

«Les États membres du FMI ont accepté d'augmenter leurs contributions et d'accorder à l'Afrique un troisième siège au Conseil d'administration, une mesure perçue comme un pas vers une meilleure gouvernance. Cependant, la répartition des quotas déterminant le pouvoir de vote n'a pas changé, soulignant les défis persistants pour parvenir à une représentation équitable», déclare M. Skounti à Arab News. En dehors de la conclusion de l'accord de restructuration de la dette de la Zambie, «les appels à une annulation de la dette à plus grande échelle, préconisée par les ONG et les dirigeants africains, ont reçu une attention limitée», ajoute-t-il.

Dans des régions comme le Moyen-Orient et l'Afrique, où de nombreuses opportunités d'investissement s'offrent dans divers secteurs, établir des partenariats résilients devient impératif pour que les entreprises puissent prospérer face aux incertitudes mondiales. Cependant, sur fond de ces défis, l'objectif annoncé des réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Marrakech visait à relever des défis critiques en matière de financement du développement.

Le conflit à Gaza, avec son impact prépondérant, a jeté une ombre sur ces discussions économiques. Alors que le monde est témoin de la violence continue au Moyen-Orient, l'économie mondiale reste en suspens, enveloppée d'incertitudes quant à l'avenir. Les implications pour les entreprises, le risque imminent d'un conflit régional plus large et les conséquences économiques globales pèsent tous dans la balance.

«La croissance économique mondiale se remet encore du choc économique de la pandémie, et les vrais coûts ne deviennent visibles que maintenant. Parallèlement, plusieurs guerres se déroulent, impactant des aspects cruciaux tels que le coût de la nourriture et du carburant», explique Ryan O'Grady, le PDG de KI Africa, une société d'investissement, à Arab News. En plaidant en faveur d'une concentration sur le soutien de la stabilité des chaînes d'approvisionnement, la garantie de prêts à long terme et abordables, et la promotion de la collaboration pour l'intégration régionale, M. O'Grady souligne la nécessité de naviguer à travers ces défis pour favoriser un environnement économique mondial résilient.

Au milieu de ces complexités, le FMI et la Banque mondiale cherchent activement à renforcer la collaboration avec le secteur privé. Ils offrent des garanties d'investissement et des mécanismes pour atténuer les risques liés aux investissements sur les marchés africains. Cette approche proactive devrait réduire le coût du capital, rendant les projets plus compétitifs et rentables dans la recherche de la stabilité économique.

On craint également que les prix du pétrole n'influencent la volonté des pays plus riches d'aider les nations ravagées par le climat, ralentissant potentiellement la transition loin de la production d'hydrocarbures. Dans le même temps, la crise actuelle à Gaza, marquée par les impacts dévastateurs sur les infrastructures hydriques, le déplacement massif et la susceptibilité accrue des Palestiniens au changement climatique, offre une opportunité d'amplifier les voix soulignant l'impératif de protéger les communautés vulnérables à travers le monde, en particulier dans le contexte des répercussions environnementales.

«Notre attention devrait se détourner de l'allocation de fonds à des projets ayant un impact marginal sur la population et l'environnement», déclare à Arab News Abderrahim Ksiri, expert marocain en politique.
«L'examen approfondi des facteurs liés au climat dans le financement de projets de développement dans divers secteurs est essentiel pour relever les défis posés par le changement climatique et assurer un avenir durable», ajoute-t-il.


Le pétrole bondit après les déclarations Trump sur la fin du cessez-le-feu avec l'Iran

Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 3,82 dollars, soit 5,15 %, pour atteindre 77,98 dollars le baril à 11h32 (heure saoudienne). (Shutterstock)
Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de 3,82 dollars, soit 5,15 %, pour atteindre 77,98 dollars le baril à 11h32 (heure saoudienne). (Shutterstock)
  • Les prix du pétrole ont bondi de plus de 6 % après les déclarations de Donald Trump annonçant la fin du cessez-le-feu avec l’Iran
  • La reprise des tensions au détroit d’Ormuz ravive les craintes sur l’approvisionnement mondial en pétrole, malgré la poursuite possible des négociations

LONDRES: Les cours du pétrole bondissent mercredi après les déclarations de Donald Trump affirmant mettre fin au cessez-le-feu avec l'Iran, dans la foulée d'une reprise des hostilités à la suite d'attaques de bateaux dans le détroit d'Ormuz.

Vers 09H15 GMT (11H15 à Paris), le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, s'envolait de 6,45% à 78,94 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison en août, grimpait de 6,49% à 75,01 dollars.

Les deux références du brut évoluaient à leurs plus hauts niveaux depuis deux semaines.

Le président américain a affirmé mercredi à Ankara que le cessez-le-feu avec l'Iran était "terminé", qualifiant les Iraniens de "menteurs".

"En ce qui me concerne, c'est terminé (...) c'est juste une perte de temps de négocier avec eux, ce sont des menteurs", a-t-il affirmé, interrogé sur le cessez-le-feu avec l'Iran, qu'il a qualifié de pays "malade".

Le locataire de la Maison Blanche a toutefois laissé entendre que les négociateurs pourraient poursuivre les discussions.

Si "le prix du baril a fortement progressé" ce matin, il n'est pas revenu à ses plus hauts atteints durant la guerre, tempère John Plassard, analyste chez Cité Gestion, interrogé par l'AFP.

L'analyste voit davantage une "pause" du cessez-le-feu que sa fin, car si le président américain dit qu'il "est terminé, c'est aussi un moyen de mettre de la pression".

Donald Trump n'a, selon lui, "aucun intérêt à ce que les discussions s'arrêtent totalement", pour des raisons électorales, après avoir mis en avant les prix bas à la pompe dans sa campagne.

Trois navires ont été frappés en 24 heures dans le détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO mardi. Le Qatar et l'Arabie saoudite ont imputé deux de ces attaques à l'Iran.

Dénonçant des "attaques iraniennes" et une "violation flagrante du cessez-le-feu", l'armée américaine a lancé une série de "frappes puissantes" contre l'Iran, touchant plus de 80 cibles, dont des systèmes iraniens de défense antiaérienne.

Ces tirs américains ont déclenché mercredi des représailles de Téhéran, qui a dit avoir attaqué des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.

Washington a également rétabli ses sanctions économiques sur le pétrole iranien.

Le protocole d'accord, signé le 17 juin pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive américano-israélienne contre la République islamique, prévoit la réouverture du passage stratégique d'Ormuz ainsi que la levée des sanctions américaines sur le pétrole iranien.


Le patron de TotalEnergies voit la Syrie comme une «route alternative» pour le pétrole

  • "Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas"
  • "C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient"

DAMAS: La Syrie peut devenir un "pays de transit important pour le pétrole qui vient d'Irak vers la Méditerranée", et offrir des "routes alternatives" au détroit d'Ormuz, a déclaré mardi à Damas le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné, en marge de la visite d'Emmanuel Macron.

"Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas", a-t-il dit à des journalistes juste avant l'annonce de l'explosion de deux bombes à proximité de l'hôtel où le président français avait passé la nuit.

"C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient", a-t-il ajouté.

Selon lui, "ce qui vient de passer avec le détroit d'Ormuz" dans le Golfe, bloqué durant la guerre américano-israélienne contre l'Iran, "lui donne également plus d'importance", "puisqu'on voit bien que maintenant, si on veut investir au Moyen-Orient, il va falloir qu'on trouve des routes alternatives".

Début avril, l'Irak avait annoncé avoir commencé à transporter du pétrole par camion à travers la Syrie en vue de sa réexportation, en raison de la fermeture du détroit d'Ormuz. L'Irak et la Syrie ont récemment évoqué un projet de restauration de l'oléoduc reliant les deux pays, fermé depuis des décennies.

TotalEnergies a conclu un mémorandum d'entente avec la Syrie pour un bloc d'exploration offshore en Méditerranée, mais n'a pas encore d'autre projet spécifique dans le pays, a souligné Patrick Pouyanné.

Sa visite à Damas, la première depuis la fin de la guerre civile en 2024, vise à "rencontrer les autorités" pour "des prises de contact", a-t-il précisé.

"Laissons au gouvernement le temps de prendre le contrôle de ce pays. Il ne faut pas trop demander" après plus de 13 ans de guerre civile, "il faut être un peu patient", a-t-il ajouté.


Saudia clarifie la vente d’anciens avions Boeing dans un contexte de rapports sur des sanctions

Photo Wikipedia (14 avril 2020) d’un Boeing 777-200 de Saudia, désormais remplacé par des appareils plus récents Airbus et Boeing. (John Taggart / Wikimedia Commons)
Photo Wikipedia (14 avril 2020) d’un Boeing 777-200 de Saudia, désormais remplacé par des appareils plus récents Airbus et Boeing. (John Taggart / Wikimedia Commons)
  • Saudia affirme que des Boeing 777-200 ont été vendus légalement à une société étrangère
  • La compagnie dit n’avoir aucun lien avec les appareils depuis la vente de juin 2023

RIYAD : Le transporteur national saoudien Saudia a clarifié samedi des informations circulant dans les médias et sur les réseaux sociaux concernant le transfert d’avions Boeing 777-200 qu’il possédait auparavant à une compagnie aérienne faisant l’objet de sanctions internationales.

Dans un communiqué publié sur la plateforme sociale X, la compagnie a indiqué que les appareils avaient été vendus le 7 juin 2023 à une société enregistrée en dehors de l’Arabie saoudite, et que la transaction avait été réalisée conformément à toutes les procédures commerciales et juridiques applicables.

« Depuis la finalisation de la vente, Saudia n’a plus aucun lien opérationnel ou commercial avec ces avions », a déclaré la compagnie, sans identifier l’acheteur ni fournir davantage de détails.

Cette déclaration intervient après des rapports et publications en ligne ayant lié d’anciens appareils de Saudia à un transporteur sanctionné, poussant la compagnie à prendre publiquement ses distances avec toute utilisation ultérieure de ces avions.

Saudia, anciennement connue sous le nom de Saudi Arabian Airlines, a été fondée en septembre 1945 et est la plus ancienne compagnie aérienne du Royaume. Selon son site internet, elle exploite actuellement une flotte d’environ 149 avions de passagers.

Sa flotte comprend 95 avions Airbus des familles A320, A321 et A330, ainsi que 54 appareils Boeing incluant les séries 777 et 787 Dreamliner. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com