Détention d’enfants palestiniens: une pratique israélienne sortie de l’ombre avec l’échange d’otages

Le rapport relate les expériences vécues et fait entendre les voix des enfants, principalement des garçons, âgés de 12 à 17 ans lorsqu'ils ont été détenus au cours des trois dernières années. (Photo fournie)
Le rapport relate les expériences vécues et fait entendre les voix des enfants, principalement des garçons, âgés de 12 à 17 ans lorsqu'ils ont été détenus au cours des trois dernières années. (Photo fournie)
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Publié le Jeudi 30 novembre 2023

Détention d’enfants palestiniens: une pratique israélienne sortie de l’ombre avec l’échange d’otages

  • L’échange d’otages contre des prisonniers ouvre les yeux du monde sur les arrestations
  • Les interrogatoires et même les mauvais traitements infligés à des enfants palestiniens par les autorités israéliennes

Une mère, pleurant de joie et de soulagement, serre fort son fils adolescent, comme si elle était déterminée à ne plus jamais le lâcher.

«Je ne peux pas vous décrire ce que je ressens en ce moment», confie-t-elle, son visage et sa voix parvenant à des millions de personnes dans le monde, à travers les caméras de médias internationaux tels que CNN.

«Honnêtement, je n’arrive pas à y croire. J'ai l'impression d'être dans un rêve. Mon fils est enfin avec moi. Je remercie Dieu et prie pour que chaque mère puisse ressentir cette joie», ajoute-t-elle.

Dans le cadre des libérations d’otages qui ont commencé vendredi dernier, de telles scènes de joie télévisées diffusées dans le monde entier sont quasiment devenues banales alors que les familles israéliennes retrouvaient leurs proches, et notamment leurs enfants, retenus captifs par le Hamas depuis le 7 octobre.

Hunaida Tamimi n’est toutefois pas israélienne. C’est une mère de famille, de Ramallah, en Cisjordanie occupée.

Jusqu'à sa libération soudaine samedi, dans le cadre de l'accord réciproque conclu entre le Hamas et Israël, son fils Wissam, âgé de 17 ans, faisait partie des milliers de Palestiniens emprisonnés par les Israéliens, pour la plupart sans inculpation ni procès, et dont certains le sont depuis des années.

Dans un reportage sur ces événements, diffusé samedi par CNN, la journaliste américaine n'a pas pu cacher un sentiment de surprise dans sa voix lorsqu'elle a rapporté que «plus de 3 000 Palestiniens étaient actuellement en détention administrative, ce qui signifie qu'aucune accusation n'avait été portée contre eux, et qu’aucune procédure judiciaire n’était en cours».

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Wissam Tamimi, 17 ans, de nouveau réuni avec sa mère Hunaida et ses jeunes frère et sœur.

Soudain, un monde habitué à n'entendre que la version israélienne de l'Histoire complexe du conflit entre Israël et les Palestiniens, souvent diabolisés, voit les familles palestiniennes telles qu'elles sont réellement; des mères et des pères normaux, tout comme eux, essayant de faire de leur mieux pour leurs fils et filles dans des circonstances anormales.

Et, tout aussi important, alors que des détails commencent à apparaître sur le traitement des milliers de Palestiniens détenus depuis des années dans les prisons israéliennes sans aucune forme de procédure judiciaire, le monde voit également Israël sous un jour nouveau, plus sombre – comme un État qui abuse des droits des enfants, en les emprisonnant, souvent pendant des années, sans inculpation ni procès.

Israël, pris au dépourvu par l’intérêt soudain des médias pour l’autre face de l’histoire, s’est efforcé d’éloigner les équipes de presse des prisonniers palestiniens libérés et de leurs familles, mais sans y réussir totalement.

À Jérusalem-Est, où les Palestiniens ont reçu l’ordre de ne pas célébrer publiquement leur retour et ont été menacés de lourdes amendes, une équipe de Sky News a été refoulée le week-end dernier par des policiers alors que des mineurs détenus rentraient chez eux.

Mais finalement, l'équipe de journalistes a trouvé un moyen de s'entretenir dans les rues étroites avec Ghannam Abou Ghannam, âgé de 17 ans, détenu depuis un an sans inculpation pour avoir prétendument lancé des pierres.

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Ghannam Abou Ghannam, 17 ans, détenu pendant un an sans inculpation: «Nous avons été traités comme des chiens.»

«La prison était humiliante. Ils sont venus et nous ont battus depuis le début de la guerre. Nous avons été traités comme des chiens», confie-t-il.

«La prison était humiliante. Ils sont venus et nous ont battus depuis le début de la guerre. Nous avons été traités comme des chiens.»

Le traitement indigne infligé aux enfants palestiniens détenus par Israël peut surprendre de nombreuses personnes en Occident, mais pas les ONG internationales, telles que l'association caritative Save the Children, basée en Grande-Bretagne, qui apporte son soutien aux enfants palestiniens touchés par ce conflit qui perdure depuis 1953.

Save the Children, qui lance actuellement un appel en faveur de Gaza pour collecter des fonds destinés à l'achat de fournitures médicales d'urgence, de paniers alimentaires, de kits familiaux d'hygiène et de trousses d’accessoires scolaires, tente depuis des années de mettre en lumière les violations systémiques des droits de l'enfant par Israël dans les territoires palestiniens occupés.

L’ONG a publié au mois de juillet dernier son dernier rapport accablant, intitulé «Injustice: L’expérience des enfants palestiniens face au système de détention militaire israélien.» Il s’agit d’un réquisitoire bouleversant contre le traitement réservé par Israël aux détenus mineurs, qui n’a cependant suscité, lorsqu’il a été publié, qu’une très faible couverture internationale.

Toutefois, à la lumière des libérations actuelles de prisonniers mineurs, cette lecture donnera à réfléchir.

Le rapport relate les expériences vécues et fait entendre les voix des enfants, principalement des garçons, âgés de 12 à 17 ans lorsqu'ils ont été détenus au cours des trois dernières années.

Kahlil, âgé de 13 ans lorsqu’il a été arrêté, a affirmé aux auteurs du rapport qu’«un soldat a menacé de me tuer lorsqu’il m’a arrêté pour la deuxième fois. Il m’a demandé: “Veux-tu subir le même sort que ton cousin?” car celui-ci avait été tué.»

«Il m’a promis que je subirais le même sort et que je mourrais, mais qu’il m’enverrait d’abord en prison. Il m’a dit qu’il reviendrait me chercher – et chaque jour, je m’attendais à ce que ce jour vienne.»

D'autres enfants libérés cette semaine ont raconté qu’ils avaient été battus, affamés, et qu’ils avaient subi des traitements de plus en plus agressifs après l'attaque du 7 octobre.

«Les conditions de notre détention dans la prison de l’occupant étaient très dures», a affirmé lundi aux médias l’un des prisonniers libérés.

«Lorsque les autorités d'occupation m'ont arrêté, j'avais 15 ans, et il y avait 12 prisonniers dans la cellule où je me trouvais, alors qu'elle n'était prévue que pour 6», indique Omar al-Shwaiki.

«C’était très dur, et un grand nombre d’enfants âgés de 13 à 15 ans sont détenus par les forces d’occupation.»

L’enquête de Save the Children a mis au jour une série d’abus, en particulier le fait que 42% des enfants palestiniens détenus avaient souffert de blessures lors de leur arrestation, «notamment des blessures par balle et des fractures», des suffocations et des épaules déboîtées.

Presque tous ont subi «des niveaux effroyables de violence physique et émotionnelle, notamment en ayant été battus (86%), menacés de violences (70%), et frappés avec des bâtons ou des armes à feu (60%)».

Trois enfants sur cinq ont subi des périodes d'isolement cellulaire, allant de vingt-quatre heures à quarante-huit jours, 92 % des enfants ont affirmé avoir eu les yeux bandés et 93 % ont été menottés lors de leur arrestation et de leur détention.

Les enfants se voient aussi régulièrement privés de nourriture et de soins de santé: 70 % affirment avoir souffert de la faim, et 68 % n’avoir reçu aucun soin médical.

Plus de la moitié des enfants (58 %) se sont vu refuser les visites ou ont été empêchés de communiquer avec leur famille pendant leur détention.

Comme l’on peut s’y attendre, conclut le rapport, «les énormes conséquences sur les enfants, notamment sur leur santé mentale et leur bien-être émotionnel, ont continué à se faire sentir après leur libération».

Il indique encore que 73 % ont déclaré souffrir d'insomnie, 53 % ont fait des cauchemars, 62 % se sont sentis fréquemment en colère, 48 % ressentant toujours le besoin d'être seuls.

Le 21 septembre, un peu moins de deux semaines avant l'attaque du Hamas contre Israël, le responsable de cette campagne d'Amnesty International sur Israël et les Territoires palestiniens occupés, rapportait le cas d'un Palestinien, âgé de 21 ans, qui souffrait de problèmes de santé mentale après avoir passé près de deux ans en cellule d'isolement.

Khouloud Badawi a précisé que le service pénitentiaire israélien avait demandé une prolongation de six mois de l'isolement d'Ahmad Manasra, «en violation flagrante du droit international – un isolement cellulaire prolongé de plus de quinze jours violant l'interdiction absolue de torture et d'autres traitements cruels, inhumains ou dégradants».

Ahmad Manasra avait 13 ans lorsque lui et un cousin ont été attaqués par des colons. Son cousin a été tué, et dans des circonstances qui restent floues, c'est Ahmad Manasra, et non ses agresseurs, qui a fini en prison, où il se trouve toujours.

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Ahmad Manasra, aujourd'hui âgé de 21 ans, souffre de problèmes de santé mentale après deux ans d'isolement cellulaire

Le tribunal du district de Lod en Israël a reporté l’audience prévue parce que Manasra, diagnostiqué avec de graves problèmes de santé mentale, notamment une schizophrénie et une grave dépression, avait été emmené à l’unité de santé mentale de la prison d’Ayalon.

«Les autorités israéliennes ont traité Ahmad Manasra avec une cruauté inhumaine, avec l’intention de le pousser au-delà du point de rupture», a ajouté Khouloud Badawi.

«Il est maintenant si gravement malade qu'il n'a pas pu assister à sa propre audience. Pourtant, lorsqu’Ahmad sortira de la clinique, les autorités pénitentiaires le remettront en isolement cellulaire et reporteront l’audience du tribunal.» 

Le cauchemar d’Ahmad continue encore et encore. Et ce n'est pas le seul.

Le 20 novembre, alors que les négociations pour la libération des prisonniers en échange des otages du Hamas étaient toujours en cours, l’organisation B'Tselem (le Centre d'information israélien sur les droits humains dans les Territoires occupés) a rapporté que, fin septembre 2023, sur les 4 764 Palestiniens détenus ou emprisonnés pour des motifs «sécuritaires» par Israël , on comptait 146 mineurs.

Bien que le système secret des tribunaux militaires israéliens rende difficile l’obtention de faits concrets, certains organismes estiment qu’au moins un mineur sur dix, détenu pendant des mois ou des années, n’est jamais inculpé ni jugé.

Dimanche, l’ONG Save the Children a révélé qu’«avant l’escalade actuelle, près de 500 à 700 enfants palestiniens étaient soumis chaque année au système de détention militaire israélien».

Depuis le 7 octobre seulement, environ 145 enfants palestiniens ont été détenus par les autorités militaires israéliennes.

«Un grand nombre d’entre eux sont détenus sans inculpation, sans procès ni garantie d’une procédure régulière, ce qui ne répond pas aux normes internationales de justice pour mineurs», a déclaré l’organisation. «Les enfants palestiniens sont les seuls enfants au monde à être systématiquement poursuivis devant les tribunaux militaires, près de 10 000 enfants palestiniens ayant été détenus dans le système de détention militaire israélien ces vingt dernières années.»

«Refuser aux enfants l’accès à un représentant légal ou de voir leur famille, sont deux mesures imposées de longue date par les autorités israéliennes», ajoute Save the Children.

En juillet, le Conseil des droits humains de l’ONU a reçu un rapport sur le comportement d’Israël, remis par Francesca Albanese, rapporteuse spéciale sur la situation des droits humains dans les Territoires occupés.

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Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU: «Israël a transformé les Territoires occupés en une prison à ciel ouvert constamment surveillée»

Elle a indiqué au Conseil que depuis 1967, Israël avait emprisonné environ un million de Palestiniens dans les Territoires occupés, «dont des dizaines de milliers d'enfants». Actuellement, a-t-elle ajouté, il y a 5 000 Palestiniens dans les prisons israéliennes, dont 160 enfants. Plus d’un millier d’entre eux ont été détenus sans inculpation ni procès.

En bref, a-t-elle souligné, les Territoires occupés «dans leur ensemble, ont été transformés en une prison à ciel ouvert constamment surveillée». Elle a aussi estimé que les pratiques d'emprisonnement illégales d'Israël «équivalaient à des crimes internationaux», justifiant une enquête urgente de la part du procureur de la Cour pénale internationale (CPI).

Il y a plus de huit ans, le 17 avril 2015, jour désigné comme Journée des prisonniers palestiniens, l’ONU a reçu et publié un rapport sur les conditions des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes, rédigé par l’observateur permanent de l’État de Palestine auprès de l’ONU.

Le rapport cherchait à mettre en évidence «la réalité tragique de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants palestiniens vivant sous l’occupation israélienne depuis près de cinquante ans. Ils  ont été arrêtés, emprisonnés et ont été victimes de graves violences de la part de la puissance occupante».

Il ajoute encore que «la menace de détention et d’emprisonnement arbitraires est constante et persistante, avec un impact sur le peuple palestinien et la société palestinienne dévastateur».

Les enfants palestiniens ont été «de plus en plus ciblés par les emprisonnements israéliens», avec plus de 200 détenus au cours du seul premier trimestre de 2015. Un grand nombre d’entre eux «sont enlevés dans des conditions terrifiantes, le plus souvent dans l’obscurité de la nuit, par les forces d’occupation israéliennes».

Privés des «droits humains fondamentaux», ceux qui sont jugés le sont devant un tribunal militaire. Plus de 90 % des enfants libérés des prisons israéliennes «ont affirmé avoir souffert de tortures et de mauvais traitements lors des interrogatoires et de leur détention».

Pourtant, le traitement illégal des enfants par Israël est un secret de Polichinelle depuis des années, sur lequel le monde a fermé les yeux.

«L’Occident a accordé l’immunité à Israël pendant des décennies», a déclaré à Arab News Salwa Douaibis, cofondatrice de l’ONG Military Court Watch (MCW), basée en Israël.

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Salwa Douaibis, cofondatrice de l'ONG Military Court Watch, basée en Israël: «L'Occident a accordé l'immunité à Israël depuis des décennies»

MCW a été créée en 2013 par un petit groupe d'avocats et d'autres professionnels, avec pour objectif de faire campagne pour que tous les enfants emprisonnés par les autorités militaires israéliennes bénéficient de tous les droits et protections auxquels ils ont droit en vertu du droit international.

«Regardez la réaction de l’Occident face à la Russie lorsqu’elle a envahi l’Ukraine ou lorsqu’elle a annexé la Crimée», a réagi Salwa Douaibis.

«Des sanctions immédiates ont été imposées lors de l’annexion de la Crimée, et en l’espace d’environ douze mois, la Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine, pour son implication dans le transfert d’enfants d’Ukraine vers la Fédération de Russie», a-t-elle ajouté

«Ce qu’Israël fait avec les enfants palestiniens est une violation du droit international et le reflet exact de ce que fait la Russie, qui a transféré des enfants contre leur gré et sans le consentement d’un tuteur. Israël fait pareil depuis plus de cinquante-six ans, et des milliers d’enfants ont été illégalement transférés.»

«Ce qu’Israël fait avec les enfants palestiniens est une violation du droit international et le reflet exact de ce que fait la Russie, qui a transféré des enfants contre leur gré et sans le consentement d’un tuteur»

Salwa Douaibis, cofondatrice de l'ONG Military Court Watch, basée en Israël

«Lorsque c’est la Russie qui viole le droit international, la réaction est immédiate, parce que la Russie est un adversaire de l’Occident. Mais lorsqu’Israël est soupçonné d’avoir commis des crimes très graves, pendant de nombreuses années, il y a une réticence, pour le moins que l’on puisse dire, voire une obstruction active aux recours légaux en raison des intérêts particuliers en Israël», a déclaré Salwa Douaibis.

Il y a, a-t-elle souligné, un motif clair derrière la persécution des mineurs palestiniens par Israël.

«Selon nos données, l’écrasante majorité des enfants emprisonnés, jusqu’à 90 % d’entre eux, et peut-être davantage certaines années, vivent à quelques kilomètres d’une colonie. Si vous êtes le commandant militaire israélien en Cisjordanie, votre travail consiste à veiller à ce que les milliers de colons puissent se promener librement et en toute sécurité dans le territoire occupé. Ce que vous faites donc, c'est de harceler les Palestiniens qui se trouvent à proximité et de les soumettre à des actions qui influeront sur tous les aspects de leur vie», a assuré Salwa Douaibis.

«Ces arrestations d’enfants font partie d’un système conçu essentiellement pour protéger les colons, et qui permet à Israël de continuer à occuper ce territoire et à déplacer illégalement des colons vers les Territoires occupés, avec un minimum de risques pour leur vie.»

Des milliers d’enfants palestiniens, a-t-elle indiqué, ont fait l’expérience de cette routine. «Si Israël veut arrêter un enfant de colon, il doit présenter un mandat d’arrêt à la famille. Dans le cas des Palestiniens, il n'y a aucune obligation de mandat d'arrêt, et les soldats israéliens simplement faire une descente dans la maison au milieu de la nuit et emmener qui ils veulent, y compris des enfants.»

«Ensuite, l’enfant est soumis à de mauvais traitements d’une grande dureté. Il ou elle a immédiatement les mains attachées de manière douloureuse derrière le dos, les yeux bandés, jeté à l'arrière d'une jeep militaire, puis emmené dans une base militaire ou une colonie à proximité où il est abandonné pendant des heures et des heures, jusqu'à l’ouverture du centre d'interrogatoire», a précisé Salwa Douaibis.

«Cela ramollit la volonté des enfants pour l’interrogatoire. Ils sont privés de sommeil, probablement maltraités physiquement et verbalement, n'ont pas eu accès à un avocat, ne sont pas informés de leur droit au silence, puis sont interrogés sans la présence d'un tuteur adulte. Il n’est donc pas surprenant qu’un grand nombre de ces enfants, privés de leurs droits de protection, fassent des aveux.»

Certains militants œuvrant pour la protection des droits des enfants palestiniens sont prudemment optimistes quand aux révélations de ces derniers jours pourraient conduire à un changement. L’ONG Save the Children a appelé à un moratoire immédiat sur l’arrestation, la détention et la poursuite des enfants par les autorités israéliennes, jusqu'à ce que des réformes globales du système soient mises en œuvre.

«Nous nous félicitons de la nouvelle de la libération de certains des enfants israéliens retenus en otage à Gaza, et des enfants palestiniens détenus jusqu'à présent par l'armée israélienne», a déclaré dimanche dans un communiqué Jason Lee, directeur national de l’ONG dans le territoire palestinien occupé.

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Pour Jason Lee, de l’ONG Save the Children, les enfants palestiniens «ont vécu des horreurs qu'aucun enfant ne devrait jamais endurer»

«Ils ont vécu des horreurs qu’aucun enfant ne devrait jamais endurer, et doivent être soutenus, afin de pouvoir être aidés à entamer le long chemin d’un rétablissement. Cet échange n’est que la première étape nécessaire pour résoudre la crise de protection des enfants, vieille de plusieurs décennies, qui ne peut plus être ignorée», a-t-il poursuivi.

«Un cessez-le-feu durable doit être convenu immédiatement, tous les otages de Gaza doivent être libérés, et les terribles maltraitances aux niveaux émotionnel et physique infligées aux enfants palestiniens en détention doivent cesser», a-t-il conclu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


La plateforme de ventes privées OnTheList s’étend à l’Arabie saoudite

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  • OnTheList étend son modèle de ventes au marché saoudien
  • Accès exclusif à des ventes éphémères de grandes marques de luxe, en ligne et lors d’événements dédiés

DUBAÏ : Forte de sa dynamique aux Émirats arabes unis, OnTheList annonce le lancement inédit de sa plateforme de ventes privées sur adhésion en Arabie saoudite.

À partir du 19 janvier, les membres à travers le Royaume bénéficieront d’un accès exclusif à un calendrier soigneusement sélectionné de ventes éphémères, proposant une gamme de marques de luxe telles que Gucci Jewellery, Aigner, Lanvin et Serapian Milano, choisies pour incarner sophistication, qualité et valeur exceptionnelle.

« Cette expansion reflète notre conviction dans le dynamisme du marché du luxe régional et dans l’appétit pour une approche nouvelle et durable du shopping premium. Nos membres en Arabie saoudite pourront bientôt découvrir les mêmes ventes rapides (flash sales) qui ont fait le succès d’OnTheList en Asie et aux Émirats arabes unis », a déclaré Delphine Lefay, cofondatrice française d’OnTheList.

Fondée à Hong Kong en 2016, OnTheList est le premier concept asiatique de ventes réservé aux membres. Depuis son implantation aux Émirats arabes unis en 2024, la plateforme y a organisé plus de 50 ventes récurrentes, en ligne et lors d’événements physiques.

Grâce à sa combinaison distinctive de stocks très recherchés et d’un accès e-commerce simplifié, OnTheList ambitionne de transformer la manière dont les consommateurs saoudiens interagissent avec les offres de luxe et de lifestyle.


L’acte d’accusation : poursuites contre Aidarous Al-Zubaidi

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  • Comment l’ancien chef du STC a conspiré contre le Yémen et l’a pillé

LONDRES : Un comité spécial, formé sur autorité présidentielle par le bureau du procureur général du Yémen, a établi une série de conclusions à l’encontre du général de division Aidarous Al-Zubaidi, vice-président révoqué du Conseil présidentiel de direction (PLC).

Al-Zubaidi, accusé de haute trahison et d’autres crimes contre l’État, est actuellement en fuite.

Arab News a consulté une copie des conclusions préliminaires du comité, qui révèlent qu’Al-Zubaidi est accusé d’abus de pouvoir, notamment de corruption, d’accaparement de terres et de trafic pétrolier à des fins personnelles.

Le 7 janvier, le PLC a publié un décret révoquant Al-Zubaidi de ses fonctions au sein du Conseil et l’accusant de haute trahison et d’autres crimes graves, notamment la formation d’un groupe armé, le meurtre d’officiers et de soldats, et l’atteinte à la souveraineté nationale.

En même temps, le bureau du procureur général a été autorisé à constituer un comité spécial chargé d’enquêter sur les accusations visant Al-Zubaidi, avec le pouvoir de convoquer et d’arrêter des individus, de recueillir des preuves et de prendre toutes les mesures nécessaires conformément à la loi. Le comité avait pour mandat de mener l’enquête rapidement et de fournir des rapports périodiques au PLC.

Les conclusions préliminaires du comité recensent une série d’accusations graves contre Al-Zubaidi, tenu pour responsable de multiples abus « qui ont contribué à créer un état de division politique et populaire dans les gouvernorats du sud ».

Al-Zubaidi est le chef du Conseil de transition du Sud (STC). Le 7 janvier, il devait participer à des pourparlers à Riyad avec une délégation de 50 membres du STC, mais à la dernière minute, il a pris la fuite.

Parmi les accusations figurent la saisie de vastes parcelles de terrain, notamment dans la zone franche d’Aden, sur l’île d’Al-Ummal, à Bir Fadl et dans la région de Ras Omran.

Le comité a également révélé des pressions exercées sur la Compagnie pétrolière du Yémen et sur son directeur, Tareq Al-Walidi, afin d’empêcher l’importation de carburant autrement que par l’intermédiaire d’une société affiliée au beau-frère d’Al-Zubaidi, Jihad Al-Shoudhabi, et au ministre des Transports, Abdul Salam Humaid.

Depuis près de deux ans, Al-Shoudhabi aurait été l’unique fournisseur, engrangeant d’importants profits reversés à la trésorerie d’Al-Zubaidi.

Le rapport identifie également des sociétés commerciales appartenant à Al-Shoudhabi et, « derrière lui », selon le comité, à Al-Zubaidi. Deux entreprises sont nommées : Alahlia Exchange & Transfers Company et Arabian Furniture Center, l’une des plus grandes entreprises de mobilier du Yémen. Toutes deux ont leur siège à Aden.

Ces actes et d’autres encore — qualifiés de « saisies profondément regrettables, de pillage et de corruption financière et administrative » — ont, selon le comité, « eu de graves répercussions dans les milieux du sud et ont été une cause directe de la division méridionale et de l’émergence de nombreux griefs ».

Jeudi, un porte-parole de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen a déclaré disposer de renseignements fiables indiquant que, dans la nuit du 7 janvier, Al-Zubaidi avait quitté Aden à bord d’un navire à destination du Somaliland — probablement vers le port de Berbera, situé à 260 kilomètres au sud, de l’autre côté du golfe d’Aden. 

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Aidarous al-Zubaidi, chef du Conseil de transition du Sud (CTS) du Yémen, qui, selon la coalition soutenue par l'Arabie saoudite, s'est enfui vers une destination inconnue, à Aden, au Yémen, le 7 janvier 2026. (Reuters)

De là, il aurait été transporté par avion cargo jusqu’à Abou Dhabi, capitale des Émirats arabes unis, via Mogadiscio, capitale côtière de la Somalie, sur un trajet d’environ 2 600 kilomètres.

Certaines des accusations portées contre Al-Zubaidi concernent l’offensive militaire de grande ampleur lancée par les forces du STC dans le sud du Yémen en décembre.

« Nous savons que le Conseil de transition du Sud a œuvré à l’assaut militaire des villes orientales », a déclaré à Arab News une source proche du gouvernement yéménite.

« Le schéma et l’ampleur des violations graves des droits humains et des actes d’escalade sécuritaire et militaire observés dans les villes orientales du sud — Hadhramout, Al-Mahra et Shabwa — à la suite de l’incursion militaire des forces du Conseil de transition depuis le 3 décembre, constituent des crimes odieux contre le peuple yéménite. »

Selon le ministère yéménite des Affaires juridiques et des Droits de l’homme, 2 358 infractions individuelles ont été recensées, dont des exécutions extrajudiciaires, des blessures physiques, des arrestations arbitraires et des détentions, des disparitions forcées et des déplacements, ainsi que la destruction et le pillage de biens publics et privés.

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Une image reçue par Arab News montre un document qui indiquerait qu'Aidarous Al-Zubaidi, l'ancien gouverneur d'Aden, aurait cédé à son gendre un complexe appartenant à une institution publique.
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Des images reçues par Arab News montrent des documents qui, selon des militants, indiquent qu'Al-Zubaidi, ancien chef du Conseil de transition du Sud désormais dissous, s'est emparé de plus de 9 500 mètres carrés de terres dans la région de Gold Moor, dans le district de Tawahi.
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Des images reçues par Arab News montrent des documents qui, selon des militants, indiquent qu'Al-Zubaidi, ancien chef du Conseil de transition du Sud désormais dissous, s'est emparé de plus de 9 500 mètres carrés de terres dans la région de Gold Moor, dans le district de Tawahi.
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Une image reçue par Arab News montre un document divulgué indiquant qu'Al-Zubaidi a approuvé la location de l'Elephant Bay Resort à un proche pour 250 000 YER par mois pendant 33 ans.

Soutenues par des frappes aériennes saoudiennes, les forces gouvernementales yéménites ont rapidement repris les territoires occupés au cours de la première semaine de janvier. Al-Zubaidi a été révoqué du PLC et inculpé pour trahison, tandis que les Émirats arabes unis ont annoncé le retrait de leurs dernières troupes du pays.

Après la disparition d’Al-Zubaidi à la veille des pourparlers prévus à Riyad, l’Arabie saoudite a accusé les Émirats arabes unis de l’avoir aidé à quitter clandestinement le pays.

La même source a indiqué à Arab News qu’il existe des preuves qu’Al-Zubaidi recevait « 10 milliards de rials yéménites (42 millions de dollars) par mois… prélevés sur l’aide destinée au Yémen ».

« Pendant qu’Al-Zubaidi recevait ces fonds, les citoyens yéménites ne percevaient pas leurs salaires légitimes depuis des années, y compris le corps diplomatique. »

Jeudi dernier, l’ambassadeur d’Arabie saoudite au Yémen, Mohammed Al-Jaber, a annoncé que le Royaume prendrait en charge le paiement des salaires des fonctionnaires yéménites, y compris du personnel militaire, en allouant 90 millions de dollars pour couvrir deux mois de salaires. 

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Une image reçue par Arab News montre le centre d'ameublement Al-Arabiya, qui, selon des militants, appartient à Aidarous Al-Zubaidi et est géré par son gendre, Jihad Al-Shothabi.

Vendredi soir, Al-Zubaidi, dont la localisation reste inconnue, a publié sa première déclaration publique depuis sa disparition dix jours plus tôt.

« Nous n’accepterons plus aucune solution qui réduise nos droits ou nous impose une réalité inacceptable », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux, dans un message ne laissant aucun doute sur sa volonté de saper le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale.

Il a ajouté : « Je vous promets… que nous continuerons ensemble jusqu’à atteindre l’objectif national souhaité.

Par votre détermination, nous triompherons. Par votre unité, le Sud sera protégé, et par votre volonté, l’État futur sera établi. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com
 


Trump offre sa médiation à propos du mégabarrage sur le Nil

Le président américain Donald Trump et le président égyptien Abdel Fattah Al-Sisi à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. (REUTERS)
Le président américain Donald Trump et le président égyptien Abdel Fattah Al-Sisi à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. (REUTERS)
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  • Donald Trump propose de relancer la médiation américaine entre l’Égypte et l’Éthiopie afin de résoudre durablement le différend sur le partage des eaux du Nil lié au Grand barrage de la Renaissance
  • Le président américain met en garde contre tout contrôle unilatéral du Nil et appelle à une solution évitant un conflit armé

WASHINGTON: Donald Trump a offert sa médiation à l'Egypte et l'Ethiopie à propos du mégabarrage sur le Nil, le plus grand d'Afrique, dans une lettre adressée au dirigeant égyptien Abdel Fattah al-Sissi et rendue publique vendredi par la Maison Blanche.

"Je suis prêt à relancer la médiation américaine entre l'Egypte et l'Ethiopie afin de résoudre de manière responsable et définitive la question du partage des eaux du Nil", écrit le président américain dans ce courrier.

Il a ajouté qu'"aucun Etat dans la région ne devrait contrôler de manière unilatérale les ressources précieuses du Nil et, ce faisant, désavantager ses voisins".

Le dirigeant républicain a souligné qu'il espérait trouver une formule garantissant un approvisionnement en eau prévisible pour l'Egypte et le Soudan, et permettant à l'Ethiopie de vendre ou de fournir de l'électricité aux deux pays en aval.

Dans ce courrier, avec copie aux dirigeants saoudien, émirati, éthiopien et soudanais, M. Trump salue le rôle joué par l'Egypte dans le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas à Gaza.

Et il dit "sincèrement espérer que cette dispute légitime à propos du GERD ne mènera pas à un conflit armé majeur entre l'Egypte et l'Ethiopie".

L'Ethiopie, après 14 ans de travaux, a officiellement inauguré en septembre son Grand barrage de la Renaissance (GERD) sur le Nil, plus grand ouvrage hydroélectrique d'Afrique, malgré les tensions générées avec l'Egypte en particulier, qui le qualifie de "menace existentielle", craignant un tarissement de sa principale source d'approvisionnement en eau.

Le GERD se trouve sur le Nil Bleu, qui prend sa source en Ethiopie et s'écoule jusqu'au Soudan, où il rencontre le Nil Blanc pour former le Nil. Le Nil Bleu fournit jusqu'à 85% des eaux du Nil.

Or l'Egypte et ses environ 110 millions d'habitants dépendent à 97% du Nil pour leurs besoins hydriques, notamment pour l'agriculture.

Le Soudan a également fait part de son inquiétude.

Différentes tentatives de médiation depuis une décennie entre les trois pays - sous l'égide successivement des Etats-Unis, de la Banque mondiale, de la Russie, des Emirats arabes unis et de l'Union africaine - ont toutes échoué.