Détention d’enfants palestiniens: une pratique israélienne sortie de l’ombre avec l’échange d’otages

Le rapport relate les expériences vécues et fait entendre les voix des enfants, principalement des garçons, âgés de 12 à 17 ans lorsqu'ils ont été détenus au cours des trois dernières années. (Photo fournie)
Le rapport relate les expériences vécues et fait entendre les voix des enfants, principalement des garçons, âgés de 12 à 17 ans lorsqu'ils ont été détenus au cours des trois dernières années. (Photo fournie)
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Publié le Jeudi 30 novembre 2023

Détention d’enfants palestiniens: une pratique israélienne sortie de l’ombre avec l’échange d’otages

  • L’échange d’otages contre des prisonniers ouvre les yeux du monde sur les arrestations
  • Les interrogatoires et même les mauvais traitements infligés à des enfants palestiniens par les autorités israéliennes

Une mère, pleurant de joie et de soulagement, serre fort son fils adolescent, comme si elle était déterminée à ne plus jamais le lâcher.

«Je ne peux pas vous décrire ce que je ressens en ce moment», confie-t-elle, son visage et sa voix parvenant à des millions de personnes dans le monde, à travers les caméras de médias internationaux tels que CNN.

«Honnêtement, je n’arrive pas à y croire. J'ai l'impression d'être dans un rêve. Mon fils est enfin avec moi. Je remercie Dieu et prie pour que chaque mère puisse ressentir cette joie», ajoute-t-elle.

Dans le cadre des libérations d’otages qui ont commencé vendredi dernier, de telles scènes de joie télévisées diffusées dans le monde entier sont quasiment devenues banales alors que les familles israéliennes retrouvaient leurs proches, et notamment leurs enfants, retenus captifs par le Hamas depuis le 7 octobre.

Hunaida Tamimi n’est toutefois pas israélienne. C’est une mère de famille, de Ramallah, en Cisjordanie occupée.

Jusqu'à sa libération soudaine samedi, dans le cadre de l'accord réciproque conclu entre le Hamas et Israël, son fils Wissam, âgé de 17 ans, faisait partie des milliers de Palestiniens emprisonnés par les Israéliens, pour la plupart sans inculpation ni procès, et dont certains le sont depuis des années.

Dans un reportage sur ces événements, diffusé samedi par CNN, la journaliste américaine n'a pas pu cacher un sentiment de surprise dans sa voix lorsqu'elle a rapporté que «plus de 3 000 Palestiniens étaient actuellement en détention administrative, ce qui signifie qu'aucune accusation n'avait été portée contre eux, et qu’aucune procédure judiciaire n’était en cours».

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Wissam Tamimi, 17 ans, de nouveau réuni avec sa mère Hunaida et ses jeunes frère et sœur.

Soudain, un monde habitué à n'entendre que la version israélienne de l'Histoire complexe du conflit entre Israël et les Palestiniens, souvent diabolisés, voit les familles palestiniennes telles qu'elles sont réellement; des mères et des pères normaux, tout comme eux, essayant de faire de leur mieux pour leurs fils et filles dans des circonstances anormales.

Et, tout aussi important, alors que des détails commencent à apparaître sur le traitement des milliers de Palestiniens détenus depuis des années dans les prisons israéliennes sans aucune forme de procédure judiciaire, le monde voit également Israël sous un jour nouveau, plus sombre – comme un État qui abuse des droits des enfants, en les emprisonnant, souvent pendant des années, sans inculpation ni procès.

Israël, pris au dépourvu par l’intérêt soudain des médias pour l’autre face de l’histoire, s’est efforcé d’éloigner les équipes de presse des prisonniers palestiniens libérés et de leurs familles, mais sans y réussir totalement.

À Jérusalem-Est, où les Palestiniens ont reçu l’ordre de ne pas célébrer publiquement leur retour et ont été menacés de lourdes amendes, une équipe de Sky News a été refoulée le week-end dernier par des policiers alors que des mineurs détenus rentraient chez eux.

Mais finalement, l'équipe de journalistes a trouvé un moyen de s'entretenir dans les rues étroites avec Ghannam Abou Ghannam, âgé de 17 ans, détenu depuis un an sans inculpation pour avoir prétendument lancé des pierres.

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Ghannam Abou Ghannam, 17 ans, détenu pendant un an sans inculpation: «Nous avons été traités comme des chiens.»

«La prison était humiliante. Ils sont venus et nous ont battus depuis le début de la guerre. Nous avons été traités comme des chiens», confie-t-il.

«La prison était humiliante. Ils sont venus et nous ont battus depuis le début de la guerre. Nous avons été traités comme des chiens.»

Le traitement indigne infligé aux enfants palestiniens détenus par Israël peut surprendre de nombreuses personnes en Occident, mais pas les ONG internationales, telles que l'association caritative Save the Children, basée en Grande-Bretagne, qui apporte son soutien aux enfants palestiniens touchés par ce conflit qui perdure depuis 1953.

Save the Children, qui lance actuellement un appel en faveur de Gaza pour collecter des fonds destinés à l'achat de fournitures médicales d'urgence, de paniers alimentaires, de kits familiaux d'hygiène et de trousses d’accessoires scolaires, tente depuis des années de mettre en lumière les violations systémiques des droits de l'enfant par Israël dans les territoires palestiniens occupés.

L’ONG a publié au mois de juillet dernier son dernier rapport accablant, intitulé «Injustice: L’expérience des enfants palestiniens face au système de détention militaire israélien.» Il s’agit d’un réquisitoire bouleversant contre le traitement réservé par Israël aux détenus mineurs, qui n’a cependant suscité, lorsqu’il a été publié, qu’une très faible couverture internationale.

Toutefois, à la lumière des libérations actuelles de prisonniers mineurs, cette lecture donnera à réfléchir.

Le rapport relate les expériences vécues et fait entendre les voix des enfants, principalement des garçons, âgés de 12 à 17 ans lorsqu'ils ont été détenus au cours des trois dernières années.

Kahlil, âgé de 13 ans lorsqu’il a été arrêté, a affirmé aux auteurs du rapport qu’«un soldat a menacé de me tuer lorsqu’il m’a arrêté pour la deuxième fois. Il m’a demandé: “Veux-tu subir le même sort que ton cousin?” car celui-ci avait été tué.»

«Il m’a promis que je subirais le même sort et que je mourrais, mais qu’il m’enverrait d’abord en prison. Il m’a dit qu’il reviendrait me chercher – et chaque jour, je m’attendais à ce que ce jour vienne.»

D'autres enfants libérés cette semaine ont raconté qu’ils avaient été battus, affamés, et qu’ils avaient subi des traitements de plus en plus agressifs après l'attaque du 7 octobre.

«Les conditions de notre détention dans la prison de l’occupant étaient très dures», a affirmé lundi aux médias l’un des prisonniers libérés.

«Lorsque les autorités d'occupation m'ont arrêté, j'avais 15 ans, et il y avait 12 prisonniers dans la cellule où je me trouvais, alors qu'elle n'était prévue que pour 6», indique Omar al-Shwaiki.

«C’était très dur, et un grand nombre d’enfants âgés de 13 à 15 ans sont détenus par les forces d’occupation.»

L’enquête de Save the Children a mis au jour une série d’abus, en particulier le fait que 42% des enfants palestiniens détenus avaient souffert de blessures lors de leur arrestation, «notamment des blessures par balle et des fractures», des suffocations et des épaules déboîtées.

Presque tous ont subi «des niveaux effroyables de violence physique et émotionnelle, notamment en ayant été battus (86%), menacés de violences (70%), et frappés avec des bâtons ou des armes à feu (60%)».

Trois enfants sur cinq ont subi des périodes d'isolement cellulaire, allant de vingt-quatre heures à quarante-huit jours, 92 % des enfants ont affirmé avoir eu les yeux bandés et 93 % ont été menottés lors de leur arrestation et de leur détention.

Les enfants se voient aussi régulièrement privés de nourriture et de soins de santé: 70 % affirment avoir souffert de la faim, et 68 % n’avoir reçu aucun soin médical.

Plus de la moitié des enfants (58 %) se sont vu refuser les visites ou ont été empêchés de communiquer avec leur famille pendant leur détention.

Comme l’on peut s’y attendre, conclut le rapport, «les énormes conséquences sur les enfants, notamment sur leur santé mentale et leur bien-être émotionnel, ont continué à se faire sentir après leur libération».

Il indique encore que 73 % ont déclaré souffrir d'insomnie, 53 % ont fait des cauchemars, 62 % se sont sentis fréquemment en colère, 48 % ressentant toujours le besoin d'être seuls.

Le 21 septembre, un peu moins de deux semaines avant l'attaque du Hamas contre Israël, le responsable de cette campagne d'Amnesty International sur Israël et les Territoires palestiniens occupés, rapportait le cas d'un Palestinien, âgé de 21 ans, qui souffrait de problèmes de santé mentale après avoir passé près de deux ans en cellule d'isolement.

Khouloud Badawi a précisé que le service pénitentiaire israélien avait demandé une prolongation de six mois de l'isolement d'Ahmad Manasra, «en violation flagrante du droit international – un isolement cellulaire prolongé de plus de quinze jours violant l'interdiction absolue de torture et d'autres traitements cruels, inhumains ou dégradants».

Ahmad Manasra avait 13 ans lorsque lui et un cousin ont été attaqués par des colons. Son cousin a été tué, et dans des circonstances qui restent floues, c'est Ahmad Manasra, et non ses agresseurs, qui a fini en prison, où il se trouve toujours.

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Ahmad Manasra, aujourd'hui âgé de 21 ans, souffre de problèmes de santé mentale après deux ans d'isolement cellulaire

Le tribunal du district de Lod en Israël a reporté l’audience prévue parce que Manasra, diagnostiqué avec de graves problèmes de santé mentale, notamment une schizophrénie et une grave dépression, avait été emmené à l’unité de santé mentale de la prison d’Ayalon.

«Les autorités israéliennes ont traité Ahmad Manasra avec une cruauté inhumaine, avec l’intention de le pousser au-delà du point de rupture», a ajouté Khouloud Badawi.

«Il est maintenant si gravement malade qu'il n'a pas pu assister à sa propre audience. Pourtant, lorsqu’Ahmad sortira de la clinique, les autorités pénitentiaires le remettront en isolement cellulaire et reporteront l’audience du tribunal.» 

Le cauchemar d’Ahmad continue encore et encore. Et ce n'est pas le seul.

Le 20 novembre, alors que les négociations pour la libération des prisonniers en échange des otages du Hamas étaient toujours en cours, l’organisation B'Tselem (le Centre d'information israélien sur les droits humains dans les Territoires occupés) a rapporté que, fin septembre 2023, sur les 4 764 Palestiniens détenus ou emprisonnés pour des motifs «sécuritaires» par Israël , on comptait 146 mineurs.

Bien que le système secret des tribunaux militaires israéliens rende difficile l’obtention de faits concrets, certains organismes estiment qu’au moins un mineur sur dix, détenu pendant des mois ou des années, n’est jamais inculpé ni jugé.

Dimanche, l’ONG Save the Children a révélé qu’«avant l’escalade actuelle, près de 500 à 700 enfants palestiniens étaient soumis chaque année au système de détention militaire israélien».

Depuis le 7 octobre seulement, environ 145 enfants palestiniens ont été détenus par les autorités militaires israéliennes.

«Un grand nombre d’entre eux sont détenus sans inculpation, sans procès ni garantie d’une procédure régulière, ce qui ne répond pas aux normes internationales de justice pour mineurs», a déclaré l’organisation. «Les enfants palestiniens sont les seuls enfants au monde à être systématiquement poursuivis devant les tribunaux militaires, près de 10 000 enfants palestiniens ayant été détenus dans le système de détention militaire israélien ces vingt dernières années.»

«Refuser aux enfants l’accès à un représentant légal ou de voir leur famille, sont deux mesures imposées de longue date par les autorités israéliennes», ajoute Save the Children.

En juillet, le Conseil des droits humains de l’ONU a reçu un rapport sur le comportement d’Israël, remis par Francesca Albanese, rapporteuse spéciale sur la situation des droits humains dans les Territoires occupés.

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Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU: «Israël a transformé les Territoires occupés en une prison à ciel ouvert constamment surveillée»

Elle a indiqué au Conseil que depuis 1967, Israël avait emprisonné environ un million de Palestiniens dans les Territoires occupés, «dont des dizaines de milliers d'enfants». Actuellement, a-t-elle ajouté, il y a 5 000 Palestiniens dans les prisons israéliennes, dont 160 enfants. Plus d’un millier d’entre eux ont été détenus sans inculpation ni procès.

En bref, a-t-elle souligné, les Territoires occupés «dans leur ensemble, ont été transformés en une prison à ciel ouvert constamment surveillée». Elle a aussi estimé que les pratiques d'emprisonnement illégales d'Israël «équivalaient à des crimes internationaux», justifiant une enquête urgente de la part du procureur de la Cour pénale internationale (CPI).

Il y a plus de huit ans, le 17 avril 2015, jour désigné comme Journée des prisonniers palestiniens, l’ONU a reçu et publié un rapport sur les conditions des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes, rédigé par l’observateur permanent de l’État de Palestine auprès de l’ONU.

Le rapport cherchait à mettre en évidence «la réalité tragique de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants palestiniens vivant sous l’occupation israélienne depuis près de cinquante ans. Ils  ont été arrêtés, emprisonnés et ont été victimes de graves violences de la part de la puissance occupante».

Il ajoute encore que «la menace de détention et d’emprisonnement arbitraires est constante et persistante, avec un impact sur le peuple palestinien et la société palestinienne dévastateur».

Les enfants palestiniens ont été «de plus en plus ciblés par les emprisonnements israéliens», avec plus de 200 détenus au cours du seul premier trimestre de 2015. Un grand nombre d’entre eux «sont enlevés dans des conditions terrifiantes, le plus souvent dans l’obscurité de la nuit, par les forces d’occupation israéliennes».

Privés des «droits humains fondamentaux», ceux qui sont jugés le sont devant un tribunal militaire. Plus de 90 % des enfants libérés des prisons israéliennes «ont affirmé avoir souffert de tortures et de mauvais traitements lors des interrogatoires et de leur détention».

Pourtant, le traitement illégal des enfants par Israël est un secret de Polichinelle depuis des années, sur lequel le monde a fermé les yeux.

«L’Occident a accordé l’immunité à Israël pendant des décennies», a déclaré à Arab News Salwa Douaibis, cofondatrice de l’ONG Military Court Watch (MCW), basée en Israël.

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Salwa Douaibis, cofondatrice de l'ONG Military Court Watch, basée en Israël: «L'Occident a accordé l'immunité à Israël depuis des décennies»

MCW a été créée en 2013 par un petit groupe d'avocats et d'autres professionnels, avec pour objectif de faire campagne pour que tous les enfants emprisonnés par les autorités militaires israéliennes bénéficient de tous les droits et protections auxquels ils ont droit en vertu du droit international.

«Regardez la réaction de l’Occident face à la Russie lorsqu’elle a envahi l’Ukraine ou lorsqu’elle a annexé la Crimée», a réagi Salwa Douaibis.

«Des sanctions immédiates ont été imposées lors de l’annexion de la Crimée, et en l’espace d’environ douze mois, la Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine, pour son implication dans le transfert d’enfants d’Ukraine vers la Fédération de Russie», a-t-elle ajouté

«Ce qu’Israël fait avec les enfants palestiniens est une violation du droit international et le reflet exact de ce que fait la Russie, qui a transféré des enfants contre leur gré et sans le consentement d’un tuteur. Israël fait pareil depuis plus de cinquante-six ans, et des milliers d’enfants ont été illégalement transférés.»

«Ce qu’Israël fait avec les enfants palestiniens est une violation du droit international et le reflet exact de ce que fait la Russie, qui a transféré des enfants contre leur gré et sans le consentement d’un tuteur»

Salwa Douaibis, cofondatrice de l'ONG Military Court Watch, basée en Israël

«Lorsque c’est la Russie qui viole le droit international, la réaction est immédiate, parce que la Russie est un adversaire de l’Occident. Mais lorsqu’Israël est soupçonné d’avoir commis des crimes très graves, pendant de nombreuses années, il y a une réticence, pour le moins que l’on puisse dire, voire une obstruction active aux recours légaux en raison des intérêts particuliers en Israël», a déclaré Salwa Douaibis.

Il y a, a-t-elle souligné, un motif clair derrière la persécution des mineurs palestiniens par Israël.

«Selon nos données, l’écrasante majorité des enfants emprisonnés, jusqu’à 90 % d’entre eux, et peut-être davantage certaines années, vivent à quelques kilomètres d’une colonie. Si vous êtes le commandant militaire israélien en Cisjordanie, votre travail consiste à veiller à ce que les milliers de colons puissent se promener librement et en toute sécurité dans le territoire occupé. Ce que vous faites donc, c'est de harceler les Palestiniens qui se trouvent à proximité et de les soumettre à des actions qui influeront sur tous les aspects de leur vie», a assuré Salwa Douaibis.

«Ces arrestations d’enfants font partie d’un système conçu essentiellement pour protéger les colons, et qui permet à Israël de continuer à occuper ce territoire et à déplacer illégalement des colons vers les Territoires occupés, avec un minimum de risques pour leur vie.»

Des milliers d’enfants palestiniens, a-t-elle indiqué, ont fait l’expérience de cette routine. «Si Israël veut arrêter un enfant de colon, il doit présenter un mandat d’arrêt à la famille. Dans le cas des Palestiniens, il n'y a aucune obligation de mandat d'arrêt, et les soldats israéliens simplement faire une descente dans la maison au milieu de la nuit et emmener qui ils veulent, y compris des enfants.»

«Ensuite, l’enfant est soumis à de mauvais traitements d’une grande dureté. Il ou elle a immédiatement les mains attachées de manière douloureuse derrière le dos, les yeux bandés, jeté à l'arrière d'une jeep militaire, puis emmené dans une base militaire ou une colonie à proximité où il est abandonné pendant des heures et des heures, jusqu'à l’ouverture du centre d'interrogatoire», a précisé Salwa Douaibis.

«Cela ramollit la volonté des enfants pour l’interrogatoire. Ils sont privés de sommeil, probablement maltraités physiquement et verbalement, n'ont pas eu accès à un avocat, ne sont pas informés de leur droit au silence, puis sont interrogés sans la présence d'un tuteur adulte. Il n’est donc pas surprenant qu’un grand nombre de ces enfants, privés de leurs droits de protection, fassent des aveux.»

Certains militants œuvrant pour la protection des droits des enfants palestiniens sont prudemment optimistes quand aux révélations de ces derniers jours pourraient conduire à un changement. L’ONG Save the Children a appelé à un moratoire immédiat sur l’arrestation, la détention et la poursuite des enfants par les autorités israéliennes, jusqu'à ce que des réformes globales du système soient mises en œuvre.

«Nous nous félicitons de la nouvelle de la libération de certains des enfants israéliens retenus en otage à Gaza, et des enfants palestiniens détenus jusqu'à présent par l'armée israélienne», a déclaré dimanche dans un communiqué Jason Lee, directeur national de l’ONG dans le territoire palestinien occupé.

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Pour Jason Lee, de l’ONG Save the Children, les enfants palestiniens «ont vécu des horreurs qu'aucun enfant ne devrait jamais endurer»

«Ils ont vécu des horreurs qu’aucun enfant ne devrait jamais endurer, et doivent être soutenus, afin de pouvoir être aidés à entamer le long chemin d’un rétablissement. Cet échange n’est que la première étape nécessaire pour résoudre la crise de protection des enfants, vieille de plusieurs décennies, qui ne peut plus être ignorée», a-t-il poursuivi.

«Un cessez-le-feu durable doit être convenu immédiatement, tous les otages de Gaza doivent être libérés, et les terribles maltraitances aux niveaux émotionnel et physique infligées aux enfants palestiniens en détention doivent cesser», a-t-il conclu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Trois journalistes libanais, dont un de la chaîne du Hezbollah, tués par une frappe israélienne

Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
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  • Trois journalistes ont été tués dans une frappe israélienne au sud du Liban, suscitant de vives condamnations des autorités libanaises, qui dénoncent un « crime de guerre »
  • Le conflit entre Israël et le Hezbollah s’intensifie, avec de lourdes pertes civiles, des attaques contre des secouristes et une aggravation de la crise humanitaire

BEYROUTH: Trois journalistes libanais, dont un correspondant vedette de la chaîne al-Manar du Hezbollah, ont été tués samedi au Liban, les autorités dénonçant un "crime flagrant".

L'armée israélienne a affirmé avoir tué Ali Shoeib, qu'elle qualifie de membre de la force al-Radwan, unité d'élite du Hezbollah, opérant "sous la couverture d'un journaliste".

Depuis que le Liban a été entraîné le 2 mars dans la guerre régionale par une attaque du Hezbollah pro-iranien contre Israël, 1.189 personnes ont été tuées, dont 124 enfants et 51 secouristes et membres du personnel de santé, dans les frappes israéliennes massives, et plus d'un million ont été déplacées.

Les trois journalistes ont été tués par une frappe qui a visé leur voiture dans la région de Jezzine, éloignée de la frontière, dans le sud du Liban, selon une source militaire et les médias pour lesquels ils travaillaient.

Outre Ali Shoeib, correspondant de guerre de longue date d'al-Manar dans le sud du Liban, la journaliste d'al-Mayadeen, chaîne proche du Hezbollah, Fatima Ftouni, et son frère, le caméraman Mohammed Ftouni, ont été tués.

Le Hezbollah a dénoncé dans un communiqué l'assassinat de son reporter, tandis que des journalistes ont organisé un rassemblement dans le centre de Beyrouth.

- "Crime de guerre" -

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié cette frappe de "crime flagrant" et a rappelé que "les journalistes bénéficient d'une protection internationale en temps de guerre".

Le premier ministre Nawaf Salam a quant à lui dénoncé "une violation flagrante du droit international humanitaire".

"Ces actes relèvent de la catégorie des crimes de guerre", a fustigé le ministre de l'Information, Paul Morcos.

Cette attaque intervient alors que deux journalistes de la chaîne russe RT ont été blessés le 19 mars dans une frappe israélienne, qui n'était pas "accidentelle" selon Moscou.

Le 17 mars, le directeur des programmes politiques d'al-Manar, Mohammed Cherri, avait été tué aux côtés de sa femme dans une frappe ayant visé son appartement du centre de Beyrouth, et blessé ses enfants et petits-enfants.

Ce n'est pas la première fois que des journalistes de ces deux chaînes sont visés par l'armée israélienne. En octobre 2024, trois reporters, deux d'al-Mayadeen et un d'al-Manar avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud.

En novembre 2023, deux autres journalistes d'al-Mayadeen avaient été tués par une frappe israélienne dans le sud du pays.

Un mois plus tôt, une frappe a tué le vidéaste de l'agence Reuters, Issam Abdallah, et blessé six autres reporters, dont deux de l'AFP, Dylan Collins et Christina Assi, amputée de la jambe droite.

- Neuf secouristes tués -

Le secteur de la santé est aussi durement touché par l'offensive israélienne: samedi, neuf secouristes ont été tués dans plusieurs frappes israéliennes, selon le ministre de la Santé.

Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué 46 secouristes et cinq membres du personnel soignant, a précisé Rakan Nassereddine, ajoutant que 75 attaques ont visé des services de secours et de santé.

Samedi, Israël a poursuivi ses frappes aériennes sur plusieurs localités du sud du Liban, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Le Hezbollah a annoncé des attaques contre les forces israéliennes qui progressent dans la région frontalière.

Il a notamment dit avoir frappé un char Merkava à l'aide d'un drone dans la localité de Debel, à majorité chrétienne, où certains habitants sont restés malgré la guerre.

Près de cette localité, un homme qui conduisait sa voiture et son fils ont été tués par "des tirs israéliens", selon l'Ani.

L'armée israélienne a de son côté annoncé poursuivre ses frappes "contre les infrastructures terroristes du Hezbollah à travers le Liban".

Elle a aussi tenté de larguer des tracts au-dessus de Beyrouth, mais le conteneur ne s'est pas ouvert en vol et est tombé sur un immeuble au sud de Beyrouth, selon un journaliste de l'AFP.

L'armée israélienne a ajouté avoir frappé pendant la nuit des dizaines de cibles du Hezbollah et avoir tué vendredi deux responsables de l'unité de communications du mouvement dans une frappe à Beyrouth.

L'armée libanaise, qui reste à l'écart des violences, a annoncé samedi la mort d'un soldat de 29 ans dans une frappe israélienne dans la région de Nabatiyeh.

Il n'était pas en service, selon un porte-parole de l'armée joint par l'AFP.


Au Liban, un demi-million d'élèves privés d'école à cause de la guerre et des déplacements forcés

Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
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  • La guerre au Liban prive près de 500.000 élèves d’école, beaucoup étant déplacés et contraints de suivre des cours à distance dans des conditions précaires
  • Les difficultés d’accès à internet et le manque de ressources aggravent les inégalités, faisant craindre abandon scolaire, fracture numérique et risques accrus pour les élèves les plus vulnérables

BEYROUTH: Dans une salle d'un lycée transformé en centre d'accueil pour déplacés, Ahmad Melhem essaye tant bien que mal de suivre sur sa tablette un cours préenregistré. Comme des centaines de milliers d'élèves libanais, il est privé d'école en raison de la guerre.

"Nous essayons, avec les moyens du bord, de continuer à étudier pour réaliser nos rêves", explique à l'AFP cet adolescent de 17 ans, alors que certains cours à distance ont repris.

Avec sa famille, ils ont dû fuir la banlieue sud de Beyrouth, pilonnée par l'armée israélienne depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, lorsque le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël, pour venger l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei au premier jour de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran le 28 février.

Avec d'autres familles, ils ont trouvé refuge dans cette salle du lycée Abdel Kader, au coeur de la capitale.

"On a pris des risques pour aller chercher nos livres scolaires", alors que les frappes israéliennes sont quotidiennes sur la banlieue sud, raconte encore Ahmad Melhem, qui veut à tout prix terminer le lycée.

- "La guerre a tout détruit" -

Au total, près de 500.000 élèves ont dû cesser de se rendre en classe depuis le 2 mars, selon l'Unicef; quelque 350 écoles publiques ont été transformées en centre d'accueil, et les établissements scolaires dans les quartiers et localités bombardés par Israël ont fermé leurs portes pour une durée indéterminée.

Les frappes israéliennes ont tué plus de 1.100 personnes, dont 122 enfants, et déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités libanaises.

Dans la salle de classe où s'étalent matelas et couvertures, Ahmad, qui espère plus tard suivre des études d'ingénieur, s'est aménagé un coin avec ses livres et un écran d'ordinateur, mais il ne dispose pas de connexion internet.

Son école privée de la banlieue sud de Beyrouth a fini par reprendre des cours à distance, deux semaines après le début de la guerre, mais avec des aménagements: les matières facultatives restent suspendues, et les cours durent moins longtemps.

Une ONG a installé une connexion internet dans la cour, qui grouille d'enfants en train de jouer et d'adultes qui discutent autour de narguilés, mais Ahmad dit avoir a du mal à se concentrer.

"Les travaux de groupe et les projets scientifiques me manquent", confie le lycéen, qui décrit les cours en présentiel comme "plus stimulants".

Sa mère, Amira Salameh, 41 ans, tente d'aider son fils cadet, huit ans, à suivre lui aussi l'école en ligne.

"Si je laisse tout seul, il se met à rêvasser", dit-elle.  "La guerre a tout détruit, l'éducation est la seule chose qu'il reste à mes enfants."

- "Fracture numérique" -

L'Unicef s'est en particulier inquiété pour les lycéens comme Ahmad qui doivent passer le baccalauréat cette année, craignant qu'ils ne puissent rejoindre les rangs de l'université l'an prochain.

Autre sujet d'inquiétude: un possible abandon de l'école par les filles et adolescentes sous la menace de "mariages forcés", explique le directeur de l'éducation de l'Unicef au Liban, Atif Ratique.

Dans un lycée professionnel de la banlieue nord de Beyrouth, à Dekwaneh, Aya Zahran, 17 ans, passe ses journées "à cuisiner et à travailler à rendre l'endroit vivable", après avoir elle aussi fui la banlieue sud avec sa famille.

"Nous n'avons qu'un téléphone que l'on partage avec mes frères et soeurs" pour suivre les cours en ligne, et souvent, les liens transmis par l'école publique ne fonctionnent pas, dit l'adolescente.

Une illustration du manque de moyens de ces établissements publics, qui n'ont pas les ressources pour donner des cours à distance, et de la "fracture numérique" entre élèves, notamment ceux du sud du pays, les plus affectés par la guerre, selon M. Rafique.

Ces lacunes ont poussé le ministère de l'Education et l'Unicef à lancer une plateforme en ligne de cours préenregistrés. Un service d'assistance par téléphone où les élèves peuvent joindre un professeur sans avoir besoin de connexion internet a aussi été mis en place par l'Unicef et une ONG libanaise.

"Mes enfants sont d'excellents élèves, je ne veux pas qu'ils arrêtent l'école comme nous quand nous étions enfants", clame Nassima Ismaël, déplacée de l'est du pays, en évoquant sa propre enfance pendant la guerre civile (1975-1990).


L'armée israélienne dit faire face à un tir de missile du Yémen

Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
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  • L'armée israélienne a détecté un missile tiré depuis le Yémen par les Houthis, première menace directe depuis un mois de conflit, déclenchant l'activation des systèmes de défense anti-aérienne
  • Les Houthis, alliés à l'Iran et à l'"axe de la résistance", menacent d'intervenir militairement contre Israël et les États-Unis en cas d'escalade régionale

JERUSALEM: L'armée israélienne a indiqué samedi avoir détecté un tir de missile depuis le Yémen, une première en un mois de guerre au Moyen-Orient, après que les rebelles Houthis soutenus par Téhéran ont menacé de se joindre au conflit.

Les forces israéliennes ont "identifié le tir d'un missile depuis le Yémen en direction du territoire israélien, les systèmes de défense anti-aérienne sont en action pour intercepter cette menace", a indiqué l'armée sur Telegram.

Les Houthis sont alliés à Téhéran au sein de ce que l'Iran a baptisé "axe de la résistance", aux côtés du Hezbollah libanais, du Hamas palestinien et de groupes armés irakiens pro-iraniens.

"Nous sommes prêts à une intervention militaire directe en cas de nouvelle alliance avec les Etats-Unis et Israël contre l'Iran (...), de conduite d'opérations hostiles à l'Iran ou tout pays musulman depuis la mer Rouge (...), et en cas de poursuite de l'escalade contre la République islamique" d'Iran, a déclaré vendredi le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, dans une vidéo diffusée sur X.

Ces insurgés pro-iraniens, qui contrôlent une grande partie du Yémen, avaient mené de nombreuses attaques contre Israël et les navires commerciaux en mer Rouge pendant la guerre entre Israël et le Hamas palestinien à Gaza, entre 2023 et 2025.

Leurs tirs de missiles et de drones avaient fortement perturbé le trafic dans cette voie maritime stratégique, aujourd'hui utilisée notamment par l'Arabie saoudite pour exporter son pétrole sans passer par le détroit d'Ormuz, où la navigation est bloquée par Téhéran.