Détention d’enfants palestiniens: une pratique israélienne sortie de l’ombre avec l’échange d’otages

Le rapport relate les expériences vécues et fait entendre les voix des enfants, principalement des garçons, âgés de 12 à 17 ans lorsqu'ils ont été détenus au cours des trois dernières années. (Photo fournie)
Le rapport relate les expériences vécues et fait entendre les voix des enfants, principalement des garçons, âgés de 12 à 17 ans lorsqu'ils ont été détenus au cours des trois dernières années. (Photo fournie)
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Publié le Jeudi 30 novembre 2023

Détention d’enfants palestiniens: une pratique israélienne sortie de l’ombre avec l’échange d’otages

  • L’échange d’otages contre des prisonniers ouvre les yeux du monde sur les arrestations
  • Les interrogatoires et même les mauvais traitements infligés à des enfants palestiniens par les autorités israéliennes

Une mère, pleurant de joie et de soulagement, serre fort son fils adolescent, comme si elle était déterminée à ne plus jamais le lâcher.

«Je ne peux pas vous décrire ce que je ressens en ce moment», confie-t-elle, son visage et sa voix parvenant à des millions de personnes dans le monde, à travers les caméras de médias internationaux tels que CNN.

«Honnêtement, je n’arrive pas à y croire. J'ai l'impression d'être dans un rêve. Mon fils est enfin avec moi. Je remercie Dieu et prie pour que chaque mère puisse ressentir cette joie», ajoute-t-elle.

Dans le cadre des libérations d’otages qui ont commencé vendredi dernier, de telles scènes de joie télévisées diffusées dans le monde entier sont quasiment devenues banales alors que les familles israéliennes retrouvaient leurs proches, et notamment leurs enfants, retenus captifs par le Hamas depuis le 7 octobre.

Hunaida Tamimi n’est toutefois pas israélienne. C’est une mère de famille, de Ramallah, en Cisjordanie occupée.

Jusqu'à sa libération soudaine samedi, dans le cadre de l'accord réciproque conclu entre le Hamas et Israël, son fils Wissam, âgé de 17 ans, faisait partie des milliers de Palestiniens emprisonnés par les Israéliens, pour la plupart sans inculpation ni procès, et dont certains le sont depuis des années.

Dans un reportage sur ces événements, diffusé samedi par CNN, la journaliste américaine n'a pas pu cacher un sentiment de surprise dans sa voix lorsqu'elle a rapporté que «plus de 3 000 Palestiniens étaient actuellement en détention administrative, ce qui signifie qu'aucune accusation n'avait été portée contre eux, et qu’aucune procédure judiciaire n’était en cours».

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Wissam Tamimi, 17 ans, de nouveau réuni avec sa mère Hunaida et ses jeunes frère et sœur.

Soudain, un monde habitué à n'entendre que la version israélienne de l'Histoire complexe du conflit entre Israël et les Palestiniens, souvent diabolisés, voit les familles palestiniennes telles qu'elles sont réellement; des mères et des pères normaux, tout comme eux, essayant de faire de leur mieux pour leurs fils et filles dans des circonstances anormales.

Et, tout aussi important, alors que des détails commencent à apparaître sur le traitement des milliers de Palestiniens détenus depuis des années dans les prisons israéliennes sans aucune forme de procédure judiciaire, le monde voit également Israël sous un jour nouveau, plus sombre – comme un État qui abuse des droits des enfants, en les emprisonnant, souvent pendant des années, sans inculpation ni procès.

Israël, pris au dépourvu par l’intérêt soudain des médias pour l’autre face de l’histoire, s’est efforcé d’éloigner les équipes de presse des prisonniers palestiniens libérés et de leurs familles, mais sans y réussir totalement.

À Jérusalem-Est, où les Palestiniens ont reçu l’ordre de ne pas célébrer publiquement leur retour et ont été menacés de lourdes amendes, une équipe de Sky News a été refoulée le week-end dernier par des policiers alors que des mineurs détenus rentraient chez eux.

Mais finalement, l'équipe de journalistes a trouvé un moyen de s'entretenir dans les rues étroites avec Ghannam Abou Ghannam, âgé de 17 ans, détenu depuis un an sans inculpation pour avoir prétendument lancé des pierres.

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Ghannam Abou Ghannam, 17 ans, détenu pendant un an sans inculpation: «Nous avons été traités comme des chiens.»

«La prison était humiliante. Ils sont venus et nous ont battus depuis le début de la guerre. Nous avons été traités comme des chiens», confie-t-il.

«La prison était humiliante. Ils sont venus et nous ont battus depuis le début de la guerre. Nous avons été traités comme des chiens.»

Le traitement indigne infligé aux enfants palestiniens détenus par Israël peut surprendre de nombreuses personnes en Occident, mais pas les ONG internationales, telles que l'association caritative Save the Children, basée en Grande-Bretagne, qui apporte son soutien aux enfants palestiniens touchés par ce conflit qui perdure depuis 1953.

Save the Children, qui lance actuellement un appel en faveur de Gaza pour collecter des fonds destinés à l'achat de fournitures médicales d'urgence, de paniers alimentaires, de kits familiaux d'hygiène et de trousses d’accessoires scolaires, tente depuis des années de mettre en lumière les violations systémiques des droits de l'enfant par Israël dans les territoires palestiniens occupés.

L’ONG a publié au mois de juillet dernier son dernier rapport accablant, intitulé «Injustice: L’expérience des enfants palestiniens face au système de détention militaire israélien.» Il s’agit d’un réquisitoire bouleversant contre le traitement réservé par Israël aux détenus mineurs, qui n’a cependant suscité, lorsqu’il a été publié, qu’une très faible couverture internationale.

Toutefois, à la lumière des libérations actuelles de prisonniers mineurs, cette lecture donnera à réfléchir.

Le rapport relate les expériences vécues et fait entendre les voix des enfants, principalement des garçons, âgés de 12 à 17 ans lorsqu'ils ont été détenus au cours des trois dernières années.

Kahlil, âgé de 13 ans lorsqu’il a été arrêté, a affirmé aux auteurs du rapport qu’«un soldat a menacé de me tuer lorsqu’il m’a arrêté pour la deuxième fois. Il m’a demandé: “Veux-tu subir le même sort que ton cousin?” car celui-ci avait été tué.»

«Il m’a promis que je subirais le même sort et que je mourrais, mais qu’il m’enverrait d’abord en prison. Il m’a dit qu’il reviendrait me chercher – et chaque jour, je m’attendais à ce que ce jour vienne.»

D'autres enfants libérés cette semaine ont raconté qu’ils avaient été battus, affamés, et qu’ils avaient subi des traitements de plus en plus agressifs après l'attaque du 7 octobre.

«Les conditions de notre détention dans la prison de l’occupant étaient très dures», a affirmé lundi aux médias l’un des prisonniers libérés.

«Lorsque les autorités d'occupation m'ont arrêté, j'avais 15 ans, et il y avait 12 prisonniers dans la cellule où je me trouvais, alors qu'elle n'était prévue que pour 6», indique Omar al-Shwaiki.

«C’était très dur, et un grand nombre d’enfants âgés de 13 à 15 ans sont détenus par les forces d’occupation.»

L’enquête de Save the Children a mis au jour une série d’abus, en particulier le fait que 42% des enfants palestiniens détenus avaient souffert de blessures lors de leur arrestation, «notamment des blessures par balle et des fractures», des suffocations et des épaules déboîtées.

Presque tous ont subi «des niveaux effroyables de violence physique et émotionnelle, notamment en ayant été battus (86%), menacés de violences (70%), et frappés avec des bâtons ou des armes à feu (60%)».

Trois enfants sur cinq ont subi des périodes d'isolement cellulaire, allant de vingt-quatre heures à quarante-huit jours, 92 % des enfants ont affirmé avoir eu les yeux bandés et 93 % ont été menottés lors de leur arrestation et de leur détention.

Les enfants se voient aussi régulièrement privés de nourriture et de soins de santé: 70 % affirment avoir souffert de la faim, et 68 % n’avoir reçu aucun soin médical.

Plus de la moitié des enfants (58 %) se sont vu refuser les visites ou ont été empêchés de communiquer avec leur famille pendant leur détention.

Comme l’on peut s’y attendre, conclut le rapport, «les énormes conséquences sur les enfants, notamment sur leur santé mentale et leur bien-être émotionnel, ont continué à se faire sentir après leur libération».

Il indique encore que 73 % ont déclaré souffrir d'insomnie, 53 % ont fait des cauchemars, 62 % se sont sentis fréquemment en colère, 48 % ressentant toujours le besoin d'être seuls.

Le 21 septembre, un peu moins de deux semaines avant l'attaque du Hamas contre Israël, le responsable de cette campagne d'Amnesty International sur Israël et les Territoires palestiniens occupés, rapportait le cas d'un Palestinien, âgé de 21 ans, qui souffrait de problèmes de santé mentale après avoir passé près de deux ans en cellule d'isolement.

Khouloud Badawi a précisé que le service pénitentiaire israélien avait demandé une prolongation de six mois de l'isolement d'Ahmad Manasra, «en violation flagrante du droit international – un isolement cellulaire prolongé de plus de quinze jours violant l'interdiction absolue de torture et d'autres traitements cruels, inhumains ou dégradants».

Ahmad Manasra avait 13 ans lorsque lui et un cousin ont été attaqués par des colons. Son cousin a été tué, et dans des circonstances qui restent floues, c'est Ahmad Manasra, et non ses agresseurs, qui a fini en prison, où il se trouve toujours.

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Ahmad Manasra, aujourd'hui âgé de 21 ans, souffre de problèmes de santé mentale après deux ans d'isolement cellulaire

Le tribunal du district de Lod en Israël a reporté l’audience prévue parce que Manasra, diagnostiqué avec de graves problèmes de santé mentale, notamment une schizophrénie et une grave dépression, avait été emmené à l’unité de santé mentale de la prison d’Ayalon.

«Les autorités israéliennes ont traité Ahmad Manasra avec une cruauté inhumaine, avec l’intention de le pousser au-delà du point de rupture», a ajouté Khouloud Badawi.

«Il est maintenant si gravement malade qu'il n'a pas pu assister à sa propre audience. Pourtant, lorsqu’Ahmad sortira de la clinique, les autorités pénitentiaires le remettront en isolement cellulaire et reporteront l’audience du tribunal.» 

Le cauchemar d’Ahmad continue encore et encore. Et ce n'est pas le seul.

Le 20 novembre, alors que les négociations pour la libération des prisonniers en échange des otages du Hamas étaient toujours en cours, l’organisation B'Tselem (le Centre d'information israélien sur les droits humains dans les Territoires occupés) a rapporté que, fin septembre 2023, sur les 4 764 Palestiniens détenus ou emprisonnés pour des motifs «sécuritaires» par Israël , on comptait 146 mineurs.

Bien que le système secret des tribunaux militaires israéliens rende difficile l’obtention de faits concrets, certains organismes estiment qu’au moins un mineur sur dix, détenu pendant des mois ou des années, n’est jamais inculpé ni jugé.

Dimanche, l’ONG Save the Children a révélé qu’«avant l’escalade actuelle, près de 500 à 700 enfants palestiniens étaient soumis chaque année au système de détention militaire israélien».

Depuis le 7 octobre seulement, environ 145 enfants palestiniens ont été détenus par les autorités militaires israéliennes.

«Un grand nombre d’entre eux sont détenus sans inculpation, sans procès ni garantie d’une procédure régulière, ce qui ne répond pas aux normes internationales de justice pour mineurs», a déclaré l’organisation. «Les enfants palestiniens sont les seuls enfants au monde à être systématiquement poursuivis devant les tribunaux militaires, près de 10 000 enfants palestiniens ayant été détenus dans le système de détention militaire israélien ces vingt dernières années.»

«Refuser aux enfants l’accès à un représentant légal ou de voir leur famille, sont deux mesures imposées de longue date par les autorités israéliennes», ajoute Save the Children.

En juillet, le Conseil des droits humains de l’ONU a reçu un rapport sur le comportement d’Israël, remis par Francesca Albanese, rapporteuse spéciale sur la situation des droits humains dans les Territoires occupés.

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Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU: «Israël a transformé les Territoires occupés en une prison à ciel ouvert constamment surveillée»

Elle a indiqué au Conseil que depuis 1967, Israël avait emprisonné environ un million de Palestiniens dans les Territoires occupés, «dont des dizaines de milliers d'enfants». Actuellement, a-t-elle ajouté, il y a 5 000 Palestiniens dans les prisons israéliennes, dont 160 enfants. Plus d’un millier d’entre eux ont été détenus sans inculpation ni procès.

En bref, a-t-elle souligné, les Territoires occupés «dans leur ensemble, ont été transformés en une prison à ciel ouvert constamment surveillée». Elle a aussi estimé que les pratiques d'emprisonnement illégales d'Israël «équivalaient à des crimes internationaux», justifiant une enquête urgente de la part du procureur de la Cour pénale internationale (CPI).

Il y a plus de huit ans, le 17 avril 2015, jour désigné comme Journée des prisonniers palestiniens, l’ONU a reçu et publié un rapport sur les conditions des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes, rédigé par l’observateur permanent de l’État de Palestine auprès de l’ONU.

Le rapport cherchait à mettre en évidence «la réalité tragique de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants palestiniens vivant sous l’occupation israélienne depuis près de cinquante ans. Ils  ont été arrêtés, emprisonnés et ont été victimes de graves violences de la part de la puissance occupante».

Il ajoute encore que «la menace de détention et d’emprisonnement arbitraires est constante et persistante, avec un impact sur le peuple palestinien et la société palestinienne dévastateur».

Les enfants palestiniens ont été «de plus en plus ciblés par les emprisonnements israéliens», avec plus de 200 détenus au cours du seul premier trimestre de 2015. Un grand nombre d’entre eux «sont enlevés dans des conditions terrifiantes, le plus souvent dans l’obscurité de la nuit, par les forces d’occupation israéliennes».

Privés des «droits humains fondamentaux», ceux qui sont jugés le sont devant un tribunal militaire. Plus de 90 % des enfants libérés des prisons israéliennes «ont affirmé avoir souffert de tortures et de mauvais traitements lors des interrogatoires et de leur détention».

Pourtant, le traitement illégal des enfants par Israël est un secret de Polichinelle depuis des années, sur lequel le monde a fermé les yeux.

«L’Occident a accordé l’immunité à Israël pendant des décennies», a déclaré à Arab News Salwa Douaibis, cofondatrice de l’ONG Military Court Watch (MCW), basée en Israël.

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Salwa Douaibis, cofondatrice de l'ONG Military Court Watch, basée en Israël: «L'Occident a accordé l'immunité à Israël depuis des décennies»

MCW a été créée en 2013 par un petit groupe d'avocats et d'autres professionnels, avec pour objectif de faire campagne pour que tous les enfants emprisonnés par les autorités militaires israéliennes bénéficient de tous les droits et protections auxquels ils ont droit en vertu du droit international.

«Regardez la réaction de l’Occident face à la Russie lorsqu’elle a envahi l’Ukraine ou lorsqu’elle a annexé la Crimée», a réagi Salwa Douaibis.

«Des sanctions immédiates ont été imposées lors de l’annexion de la Crimée, et en l’espace d’environ douze mois, la Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine, pour son implication dans le transfert d’enfants d’Ukraine vers la Fédération de Russie», a-t-elle ajouté

«Ce qu’Israël fait avec les enfants palestiniens est une violation du droit international et le reflet exact de ce que fait la Russie, qui a transféré des enfants contre leur gré et sans le consentement d’un tuteur. Israël fait pareil depuis plus de cinquante-six ans, et des milliers d’enfants ont été illégalement transférés.»

«Ce qu’Israël fait avec les enfants palestiniens est une violation du droit international et le reflet exact de ce que fait la Russie, qui a transféré des enfants contre leur gré et sans le consentement d’un tuteur»

Salwa Douaibis, cofondatrice de l'ONG Military Court Watch, basée en Israël

«Lorsque c’est la Russie qui viole le droit international, la réaction est immédiate, parce que la Russie est un adversaire de l’Occident. Mais lorsqu’Israël est soupçonné d’avoir commis des crimes très graves, pendant de nombreuses années, il y a une réticence, pour le moins que l’on puisse dire, voire une obstruction active aux recours légaux en raison des intérêts particuliers en Israël», a déclaré Salwa Douaibis.

Il y a, a-t-elle souligné, un motif clair derrière la persécution des mineurs palestiniens par Israël.

«Selon nos données, l’écrasante majorité des enfants emprisonnés, jusqu’à 90 % d’entre eux, et peut-être davantage certaines années, vivent à quelques kilomètres d’une colonie. Si vous êtes le commandant militaire israélien en Cisjordanie, votre travail consiste à veiller à ce que les milliers de colons puissent se promener librement et en toute sécurité dans le territoire occupé. Ce que vous faites donc, c'est de harceler les Palestiniens qui se trouvent à proximité et de les soumettre à des actions qui influeront sur tous les aspects de leur vie», a assuré Salwa Douaibis.

«Ces arrestations d’enfants font partie d’un système conçu essentiellement pour protéger les colons, et qui permet à Israël de continuer à occuper ce territoire et à déplacer illégalement des colons vers les Territoires occupés, avec un minimum de risques pour leur vie.»

Des milliers d’enfants palestiniens, a-t-elle indiqué, ont fait l’expérience de cette routine. «Si Israël veut arrêter un enfant de colon, il doit présenter un mandat d’arrêt à la famille. Dans le cas des Palestiniens, il n'y a aucune obligation de mandat d'arrêt, et les soldats israéliens simplement faire une descente dans la maison au milieu de la nuit et emmener qui ils veulent, y compris des enfants.»

«Ensuite, l’enfant est soumis à de mauvais traitements d’une grande dureté. Il ou elle a immédiatement les mains attachées de manière douloureuse derrière le dos, les yeux bandés, jeté à l'arrière d'une jeep militaire, puis emmené dans une base militaire ou une colonie à proximité où il est abandonné pendant des heures et des heures, jusqu'à l’ouverture du centre d'interrogatoire», a précisé Salwa Douaibis.

«Cela ramollit la volonté des enfants pour l’interrogatoire. Ils sont privés de sommeil, probablement maltraités physiquement et verbalement, n'ont pas eu accès à un avocat, ne sont pas informés de leur droit au silence, puis sont interrogés sans la présence d'un tuteur adulte. Il n’est donc pas surprenant qu’un grand nombre de ces enfants, privés de leurs droits de protection, fassent des aveux.»

Certains militants œuvrant pour la protection des droits des enfants palestiniens sont prudemment optimistes quand aux révélations de ces derniers jours pourraient conduire à un changement. L’ONG Save the Children a appelé à un moratoire immédiat sur l’arrestation, la détention et la poursuite des enfants par les autorités israéliennes, jusqu'à ce que des réformes globales du système soient mises en œuvre.

«Nous nous félicitons de la nouvelle de la libération de certains des enfants israéliens retenus en otage à Gaza, et des enfants palestiniens détenus jusqu'à présent par l'armée israélienne», a déclaré dimanche dans un communiqué Jason Lee, directeur national de l’ONG dans le territoire palestinien occupé.

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Pour Jason Lee, de l’ONG Save the Children, les enfants palestiniens «ont vécu des horreurs qu'aucun enfant ne devrait jamais endurer»

«Ils ont vécu des horreurs qu’aucun enfant ne devrait jamais endurer, et doivent être soutenus, afin de pouvoir être aidés à entamer le long chemin d’un rétablissement. Cet échange n’est que la première étape nécessaire pour résoudre la crise de protection des enfants, vieille de plusieurs décennies, qui ne peut plus être ignorée», a-t-il poursuivi.

«Un cessez-le-feu durable doit être convenu immédiatement, tous les otages de Gaza doivent être libérés, et les terribles maltraitances aux niveaux émotionnel et physique infligées aux enfants palestiniens en détention doivent cesser», a-t-il conclu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


L'armée libanaise annonce avoir achevé le désarmement du Hezbollah près de la frontière avec Israël

Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
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  • L’armée libanaise annonce avoir achevé la première phase du désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani, malgré le refus du mouvement de rendre ses armes dans le reste du pays
  • Le processus reste fragile : Israël maintient une présence militaire sur plusieurs points frontaliers et poursuit ses frappes, tandis que Washington accentue la pression sur Beyrouth

BEYROUTH: L'armée libanaise a annoncé jeudi avoir achevé "la première phase" de son plan pour le désarmement du Hezbollah pro-iranien, qui couvre la région entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Dans un communiqué, l'armée affirme avoir atteint "les objectifs de la première phase" de son plan qui doit s'étendre par la suite au reste du territoire libanais.

Le Hezbollah, sorti affaibli en novembre 2024 d'une guerre meurtrière avec Israël, refuse de remettre ses armes dans le reste du pays.

L'armée précise dans son communiqué qu'elle "contrôle" désormais la partie sud du Litani, "à l'exception des territoires et positions toujours occupés par Israël" près de la frontière.

Malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis plus d'un an, qui prévoit son retrait du territoire libanais, Israël continue d'occuper cinq points stratégiques près de la frontière.

L'armée israélienne mène en outre des frappes contre le Hezbollah qu'elle accuse de chercher à se réarmer et met en doute l'efficacité des opérations de désarmement de l'armée libanaise.

Selon l'accord de cessez-le-feu, le Hezbollah doit retirer ses forces au nord du fleuve Litani et voir ses infrastructures militaires démantelées dans les zones évacuées.

L'armée libanaise précise que ses opérations vont se poursuivre au sud du Litani pour "achever le traitement des munitions non explosées" et rechercher des "tunnels", creusés par le Hezbollah.

Elle ajoute qu'elle va prendre des mesures pour "empêcher définitivement les groupes armés de reconstruire leurs capacités".

Le commandant en chef de l'armée Rodolphe Haykal doit informer jeudi après-midi le gouvernement des progrès accomplis dans l'exécution de son plan pour désarmer le Hezbollah.

Le gouvernement libanais est soumis à une intense pression des Etats-Unis pour désarmer la formation pro-iranienne, sur fond de crainte d'une escalade des attaques israéliennes.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a salué dimanche sur X les "efforts" du gouvernement et de l'armée libanaise, ajoutant toutefois qu'ils étaient "loin d'être suffisants".

Un comité auquel participent les États-Unis, la France, le Liban, Israël et les Nations unies est chargé de surveiller le cessez-le-feu.


Israël met en péril la sécurité mondiale, avertit le ministre somalien de l’Information

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  • Les actions de Tel-Aviv renforcent les groupes terroristes, affirme Daud Aweis Jama dans un entretien exclusif à Arab News
  • Il accuse Tel-Aviv de vouloir relocaliser des Palestiniens de Gaza dans la région

​​​​​​RIYAD : La reconnaissance du Somaliland par Israël et sa présence croissante dans la région risquent d’envenimer la situation, en permettant aux groupes terroristes de saper la sécurité et la stabilité régionales, a déclaré le ministre somalien de l’Information, de la Culture et du Tourisme, Daud Aweis Jama.

Dans un entretien exclusif accordé à Arab News, Jama a insisté sur le fait que la décision sans précédent d’Israël, prise le 26 décembre, de reconnaître le Somaliland comme État souverain constitue un revers majeur pour la lutte de Mogadiscio contre des organisations terroristes telles qu’Al-Shabab et Daech.

« La présence d’Israël sera exploitée par les groupes terroristes pour étendre leurs opérations dans la région. Ils disposeront d’un prétexte pour diffuser leurs idéologies », a-t-il déclaré.

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Le président du Somaliland, Abdirahman Abdullahi Mohamed, s’exprime lors d’une conférence de presse avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, au palais présidentiel à Hargeisa. (Bureau présidentiel du Somaliland/AFP)

« C’est un autre facteur qui met en danger la sécurité mondiale et la stabilité régionale, alors que nous étions arrivés à la phase finale pour surmonter les défis posés par les groupes terroristes Al-Shabab et l’État islamique », a-t-il ajouté, utilisant un autre terme pour désigner Daech.

Jama a poursuivi : « Nous avons mobilisé toutes nos ressources et consacré tout notre temps à finaliser les dernières étapes de la lutte contre Al-Shabab. Si un autre facteur vient nous perturber, cela signifie que nous ne pourrons plus nous concentrer pleinement sur ces opérations. Et cela offre davantage d’opportunités à Al-Shabab ou à d’autres organisations. »

Selon Jama, les conséquences de cet affaiblissement de la capacité de la Somalie à lutter contre le terrorisme ne se limiteront pas à ses frontières, mais s’étendront à toute la région et au-delà.

« Cela pourrait attirer d’autres groupes terroristes extérieurs dans la région, car ils profiteront de cette crise pour tenter de reprendre le contrôle de zones qui avaient déjà été libérées », a déclaré le ministre.

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Des habitants de Mogadiscio brandissent des drapeaux somalien et palestinien lors d’un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Nous pensons que cela intervient à un moment qui affectera la sécurité de notre gouvernement, celle de la Corne de l’Afrique, du golfe d’Aden, de la mer Rouge, du Moyen-Orient et la stabilité mondiale. Il s’agit d’une zone stratégique majeure par laquelle transite le commerce mondial. »

Le ministre a souligné que la reconnaissance d’Israël et l’élargissement de sa présence dans la région créent davantage de défis, « ajoutant de l’huile sur le feu des problèmes persistants, notamment en Somalie ». Il a ajouté : « À ce stade, cela ne concerne plus uniquement la Somalie, mais représente un défi qui risque de se propager comme un incendie dans toute la région et dans le monde entier. »

Jama a déclaré à Arab News qu’Israël poursuit d’autres objectifs stratégiques à travers la reconnaissance du Somaliland, notamment la relocalisation forcée de Palestiniens de Gaza.

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Une femme passe devant des étals vendant des articles ménagers au marché de Waheen à Hargeisa. (AFP)

« Selon des sources fiables issues des renseignements que nous avons recueillis, l’une des conditions posées par Israël (pour reconnaître le Somaliland) était de disposer d’un lieu pour installer les habitants de Gaza », a-t-il affirmé.

« Nous considérons également cela comme une violation des droits du peuple palestinien, car nous croyons fermement à son droit à l’autodétermination. La solution à deux États, soutenue par la communauté internationale, doit être respectée et mise en œuvre. »

Le gouvernement de coalition israélien, le plus à droite et le plus religieusement conservateur de son histoire, comprend des responsables d’extrême droite qui prônent l’annexion de Gaza et de la Cisjordanie, et encouragent les Palestiniens à quitter leur terre.

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Un homme brandit un drapeau du Somaliland devant le monument commémoratif de la guerre à Hargeisa. (AFP)

L’ambassadeur de la Somalie auprès de l’ONU, Abukar Dahir Osman, a déclaré que les membres du Conseil de sécurité — l’Algérie, le Guyana, la Sierra Leone et la Somalie — « rejettent sans équivoque toute mesure visant à faire avancer cet objectif, y compris toute tentative d’Israël de relocaliser la population palestinienne de Gaza vers le nord-ouest de la Somalie ».

Israël est devenu le mois dernier le premier pays à reconnaître le Somaliland comme nation indépendante. En plus de trois décennies depuis sa déclaration unilatérale d’indépendance en 1991, aucun État n’avait reconnu ce territoire du nord-ouest comme distinct de la Somalie.

Mogadiscio a immédiatement rejeté la décision israélienne, aux côtés de nombreux pays à travers le monde.

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Des soldats de l’Armée nationale somalienne (SNA) sécurisent un village qui aurait été détruit par des insurgés en retraite lors de la visite d’officiers supérieurs à Awdheegle. (AFP/Archives)

L’Arabie saoudite a réaffirmé son rejet de toute tentative d’imposer des entités parallèles contraires à l’unité de la Somalie, ainsi que son soutien aux institutions légitimes de l’État somalien et son attachement à la stabilité du pays et de son peuple.

Un groupe de ministres des Affaires étrangères de pays arabes et islamiques, aux côtés de l’Organisation de la coopération islamique, a également rejeté fermement l’annonce israélienne. Dans une déclaration conjointe, ils ont averti que cette décision comporte « de graves répercussions sur la paix et la sécurité dans la Corne de l’Afrique et la région de la mer Rouge », et qu’elle porte atteinte à la paix et à la sécurité internationales.

La Ligue arabe, qui compte 22 membres, a rejeté « toute mesure découlant de cette reconnaissance illégitime visant à faciliter le déplacement forcé du peuple palestinien ou à exploiter les ports du nord de la Somalie pour établir des bases militaires », a déclaré son ambassadeur auprès de l’ONU, Maged Abdelfattah Abdelaziz, devant le Conseil de sécurité.

Dans le dernier développement des relations Israël–Somaliland, moins de deux semaines après la reconnaissance de Tel-Aviv, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, s’est rendu mardi dans la région afin de formaliser publiquement les relations diplomatiques.

« La reconnaissance par Israël d’une région de la République fédérale de Somalie comme État indépendant constitue une violation flagrante de la souveraineté somalienne », a souligné Jama. « Il s’agit d’une violation totale du droit international, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la Somalie. »

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Des habitants de Mogadiscio participent à un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Dès le départ, nous avons choisi la voie diplomatique. Cela a commencé par une réunion réussie du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a soutenu l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Somalie, suivie par d’autres acteurs internationaux tels que la Ligue arabe, l’Organisation de la coopération islamique, l’Union africaine, ainsi que des organisations régionales comme la Communauté d’Afrique de l’Est et l’IGAD.

« Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a également réitéré l’importance de soutenir la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Syrie: écoles et administrations fermées à Alep, accrochages intermittents

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
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  • Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien
  • L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté

DAMAS: Les écoles, les administrations et l'aéroport sont restés fermés mercredi à Alep, la grande ville du nord de la Syrie où des accrochages sporadiques opposent les forces gouvernementales et kurdes, au lendemain de violences qui ont fait neuf morts, selon les médias officiels.

Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien.

"C'était une ville fantôme cette nuit, aucune activité, les magasins fermés, les rues plongées dans le noir en raison des coupures de courant", a raconté à l'AFP Abdel Karim Baqi, un homme de 50 ans qui a fui avec sa femme le quartier kurde d'Achrafieh pour se réfugier chez des proches.

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté.

Le représentant de l'autorité autonome kurde à Damas, Abdel Karim Omar, a déclaré à l'AFP que "des efforts sont en cours pour calmer la situation, car l'escalade n'est dans l'intérêt de personne".

Il a ajouté que les deux quartiers kurdes d'Achrafieh et cheikh Maqsoud étaient "encerclés" et démenti tout bombardement depuis ces zones, soulignant qu'elles sont tenues par les forces de sécurité intérieures kurdes (Asayish) "qui ne disposent que d'armes légères".

Face aux violences, les autorités avaient décidé mardi soir de suspendre pour 24 heures tous les vols de l'aéroport de la deuxième ville de Syrie et de fermer mercredi les écoles, universités et services gouvernementaux.

Les affrontements de mardi "nous ont rappelé la guerre. Nous n'avons nulle part où fuir", a déclaré à l'AFP Joud Serjian, une mère de famille de 53 ans habitant le quartier syriaque d'Alep.

Au cours de la guerre civile en Syrie (2011-2024), Alep avait connu des combats entre les rebelles et les forces du président Bachar al-Assad avant qu'il ne reprenne le contrôle de la cité en 2016.

Les affrontements ont éclaté mardi alors que les discussions patinent pour la mise en oeuvre de l'accord signé en mars, qui était censé intégrer avant fin 2025 les Forces démocratiques syriennes (FDS, à majorité kurde) au sein de l'Etat syrien.