Les ministères sommés de communiquer désormais via l'app française Olvid

La Première ministre française Elisabeth Borne assiste à une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale à Paris le 28 novembre 2023 (Photo, AFP).
La Première ministre française Elisabeth Borne assiste à une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale à Paris le 28 novembre 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 30 novembre 2023

Les ministères sommés de communiquer désormais via l'app française Olvid

  • Elisabeth Borne demande de «prendre toutes les dispositions» pour déployer Olvid «pour le 8 décembre 2023 au plus tard»
  • En décembre l'ensemble du gouvernement utilisera @olvid_io, la messagerie instantanée la plus sûre du monde s'est félicité le ministre délégué au Numérique

PARIS: Après TikTok, c'est au tour de WhatsApp et consorts de disparaître pour des raisons de cybersécurité des téléphones des membres de cabinets ministériels français, selon une circulaire révélée mercredi qui préconise l'application inconnue du grand public Olvid.

Dans ce document daté du 22 novembre et repéré par l'hebdomadaire Le Point, Matignon demande aux membres du gouvernement et des cabinets ministériels d'installer ce système sur leurs téléphones et ordinateurs "en remplacement des autres messageries instantanées afin de renforcer la sécurité des échanges".

Selon les services de la Première ministre, "les principales applications de messagerie instantanée grand public" (WhatsApp, Messenger, Telegram, Signal...) "occupent une place grandissante dans nos communications", mais "ne sont pas dénuées de faille de sécurité".

Les messageries sécurisées sont un outil de travail et de communication de plus en plus prisés des politiques et des cabinets, qui raffolent des boucles WhatsApp pour s'adresser aux journalistes notamment.

Depuis la campagne présidentielle de 2017, l'entourage d'Emmanuel Macron est réputé faire un large usage de l'application russe Telegram.

Elisabeth Borne demande de "prendre toutes les dispositions" pour déployer Olvid "pour le 8 décembre 2023 au plus tard".

"L'intégration de cette solution constitue non seulement une prise de conscience en matière de cybersécurité, mais aussi une avancée vers une plus grande souveraineté française", avance-t-elle.

"Nous l'utilisons avec mon équipe depuis juillet 2022. En décembre l'ensemble du gouvernement utilisera @olvid_io, la messagerie instantanée la plus sûre du monde", s'est félicité mercredi le ministre délégué au Numérique Jean-Noël Barrot sur X (anciennement Twitter).

Olvid a été créée en 2019 par des experts français en cybersécurité.

Son innovation: la suppression de l'annuaire centralisé d'utilisateurs, afin d'atteindre une sécurisation maximale des conversations.

Les messages sont chiffrés de bout-en-bout, une pratique désormais courante dans l'industrie, mais sur Olvid, leurs métadonnées (qui parle à qui et à quel moment) le sont également.

Disponible gratuitement sur Android, iPhone et sur ordinateur, l'application ne nécessite pas de numéro de téléphone pour s'inscrire.

Mais contrairement à ses concurrentes comme WhatsApp aux milliards d'utilisateurs, elle reste encore quasiment inconnue du grand public, pour lequel elle ne facilite d'ailleurs pas les choses: faute d'annuaire centralisé, l'ajout d'un contact se fait en scannant un QR code.

Des options payantes sont également disponibles pour passer des appels audio, utiliser plusieurs appareils ou faciliter l'utilisation en entreprise.

Certification

Cette circulaire "va plutôt dans le bon sens", a réagi auprès de l'AFP Baptiste Robert, chercheur en cybersécurité. "Les conversations professionnelles n'ont rien à faire sur des applis comme WhatsApp ou Telegram", ajoute-t-il.

Olvid dispose "depuis plusieurs années d'une bonne emprise dans les milieux étatiques", notamment grâce à la très stricte certification par l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi), qu'elle est la seule messagerie à détenir depuis septembre 2020.

Toutefois, Olvid qui compterait de l'ordre d'une dizaine de milliers d'utilisateurs "ne sera jamais virale comme WhatsApp. Les modèles sont différents", explique l'expert.

Comme les données ne sont pas conservées sur le serveur central, Olvid ne nécessite pas non plus une sécurisation particulière pour les données dites sensibles, précise la circulaire, qui mentionne aussi la possibilité d'utiliser Tchap, une messagerie réservée aux agents de la fonction publique.

En mars, le gouvernement français avait déjà tenté d'enrayer l'usage d'applications étrangères et potentiellement non sécurisées par les fonctionnaires.

Emboîtant le pas à de nombreux exécutifs et parlements occidentaux, il leur avait notamment interdit d'installer le réseau social chinois TikTok et plus largement les "applications récréatives".

Pour les experts en sécurité, l'utilisation encore limitée d'Olvid ne permet pas de prouver sa fiabilité lors d'un passage à l'échelle.

L'application n'a pas répondu mercredi aux sollicitations de l'AFP.


Liban: la France triple son soutien humanitaire et envoie 60 tonnes d'aide

Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
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  • "Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes"
  • Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français

PARIS: La France s'apprête à tripler son soutien humanitaire au Liban, en y dépêchant jeudi 60 tonnes d'aide pour les réfugiés quittant le sud du pays où Israël mène des opérations militaires contre le Hezbollah pro-iranien, a annoncé mercredi le chef de la diplomatie française

"Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes, mais aussi un poste sanitaire mobile", a déclaré Jean-Noël Barrot sur TF1.

Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français, selon lui.

Paris s'apprête par ailleurs à fournir "plusieurs dizaines" de véhicules de l'avant-blindé (VAB) aux forces armées libanaises, "dont nous considérons qu'elles sont seules légitimes à assurer la sécurité du Liban", a rappelé le ministre, qui a à nouveau appelé le Hezbollah à "cesser ses attaques sur Israël" et "à rendre ses armes aux autorités libanaises".

Quelque 760.000 personnes ont été déplacées depuis le début de la campagne de frappes, lancée en réponse à des tirs du Hezbollah, selon des chiffres publiés mardi par le gouvernement libanais.

Depuis que le Hezbollah a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël, près de 500 personnes ont été tuées.


Le Hezbollah doit se désarmer, Israël s'abstenir d'une opération d'envergure, selon Paris

 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
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  • La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises"
  • Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations"

PARIS: La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure".

Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations", selon une déclaration du porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Elle appelle en outre Israël "à s'abstenir de toute intervention terrestre ou d'envergure durable au Liban, dont l'intégrité territoriale et la souveraineté doivent être respectées".

La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises", saluant leur décision le 2 mars dernier d'interdire les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah.

La conférence du 5 mars, annulée en raison du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, était destinée à lever des fonds pour renforcer les forces de sécurité intérieures et l'armée libanaise, qui manquent cruellement de moyens financiers et d'équipements.

Cette aide était jugée fondamentale alors que l'armée libanaise était engagée dans un processus de désarmement du Hezbollah.

L'armée libanaise avait indiqué en janvier avoir achevé la première phase de ce plan de désarmement, couvrant la région située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord. La deuxième phase, concernant une zone située au nord du fleuve, devait commencer.

En déplacement au Liban début février, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait jugé positif le processus de désarmement, estimant qu'au sud du fleuve Litani, il n'y avait plus de menaces vers le nord d'Israël.

Il avait aussi demandé à l'Iran de cesser d'être une force déstabilisatrice au Liban alors qu'Israël suspectait le Hezbollah de se réarmer avec l'aide de Téhéran.

Les autorités israéliennes ont constamment jugé insuffisants les progrès dans le désarmement du groupe pro-iranien qui a fini par entraîner le Liban dans la guerre début mars.

 


Moyen-Orient: Macron se pose en leader de la défense européenne, faute de leviers sur le conflit

Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
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  • Le président Emmanuel Macron se rend à Chypre et à bord du porte-avions Charles de Gaulle pour affirmer le rôle de la France comme leader de la défense européenne face à l’escalade au Moyen-Orient
  • Malgré cette démonstration de force et des échanges avec Massoud Pezeshkian, Donald Trump et Benjamin Netanyahu, l’influence diplomatique de Paris reste limitée et les appels à la désescalade n’ont pas encore produit d’effet

A bord du porte-avions Charles de Gaulle: Face au fait accompli de la guerre au Moyen-Orient, et sans grand levier pour influer sur son cours, le président français Emmanuel Macron, en déplacement lundi à Chypre et sur le porte-avions Charles de Gaulle, tente de reprendre l'initiative en traçant le sillon d'une France leader en matière de défense européenne.

Il a fait une visite express à Paphos, sur l'île méditerranéenne touchée par un drone de fabrication iranienne après le début du conflit déclenché le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran.

Message central: "lorsque Chypre est attaquée, c'est l'Europe qui est attaquée". Et la France répond présent pour la protéger, comme elle le fait pour ses partenaires du Golfe visés par des représailles iraniennes. Il a d'ailleurs évoqué, sans plus de précisions, de nouvelles "interceptions" de frappes qui se sont poursuivies ces derniers jours.

Dans la foulée, détour par le porte-avions Charles de Gaulle, désormais au large de la Crète, en Grèce, dans le cadre d'un important déploiement militaire décidé par Paris face à l'embrasement moyen-oriental.

"Ce qui est très important, et habile, dans ces déplacements, c'est qu'ils lui permettent de reprendre l'initiative alors que, depuis le début de la guerre, tous les Européens étaient placés devant le fait accompli", dit à l'AFP Cyrille Bret, chercheur à l'Institut Montaigne.

- "Montrer les muscles" -

"La position d'Emmanuel Macron est vraiment de montrer les muscles", en déployant "un effort capacitaire considérable", ajoute-t-il.

Le Charles de Gaulle est en Méditerranée orientale dans le cadre d'un important dispositif aéronaval appelé aussi à mobiliser huit frégates et deux portes-hélicoptères amphibies dans une vaste zone incluant également la mer Rouge et le détroit d'Ormuz dans le Golfe.

Même si les autorités françaises martèlent qu'il s'agit d'une posture strictement "défensive", et pas d'une participation directe au conflit, "l'engagement d'un groupe aéronaval d'une telle ampleur, c'est un vrai risque", estime cet expert: "ça rend la France encore plus une cible dans la région".

En étant le premier dirigeant à se rendre à Chypre, et en ayant dépêché ces moyens militaires en coordination avec plusieurs pays, dont l'Italie et l'Espagne, Emmanuel Macron tente de conforter son rôle de leader de la défense européenne, une semaine après avoir mis la France au centre du jeu en proposant une dissuasion nucléaire "avancée" au service de l'Europe.

"Votre présence aujourd'hui démontre la puissance de la France, celle d'une puissance d'équilibre, de paix aux côtés de ses amis", a-t-il lancé lundi aux marins du Charles de Gaulle.

"Celle aussi d'une puissance européenne qui sait organiser autour d'elle et orchestrer la présence de plusieurs autres européens", a ajouté celui qui plaide depuis plusieurs années pour une autonomie stratégique du Vieux Continent.

- "Où est la voix de la France?" -

Par contraste, le Royaume-Uni est critiqué pour son déploiement plus poussif, alors même que c'est une base britannique qui a été touchée à Chypre.

"Pour l'instant la réaction de la France est plutôt la bonne", a d'ailleurs reconnu l'un de ses principaux opposants, le président du Rassemblement national (extrême droite) Jordan Bardella.

Sur le front diplomatique, toutefois, d'autres voix critiquent un certain embarras du chef de l'Etat, qui semble vouloir ménager les Etats-Unis et Israël, sans pour autant approuver leur opération ni y participer plus directement.

"Où est la voix de l'Europe, où est la voix de la France?", a interrogé dimanche, sur la même chaîne, l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin, qui prépare une candidature à la présidentielle de 2027. "C'est Pedro Sanchez qui sauve l'honneur de l'Europe", a-t-il estimé, saluant l'opposition plus résolue à cette guerre de la part du chef du gouvernement espagnol.

Si Emmanuel Macron a été dimanche le premier dirigeant occidental à s'entretenir au téléphone avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian depuis le début du conflit, et s'il a parlé à plusieurs reprises à Donald Trump et au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ses leviers diplomatiques sont limités.

Pour l'instant, ses appels à la désescalade sont restés sans effet. Il n'a pu convaincre Israël de ne pas étendre le conflit au Liban en riposte à des tirs du Hezbollah pro-iranien, même s'il constate que l'armée israélienne n'a pas, à ce stade, lancé d'offensive terrestre d'ampleur.