Liban : Un haircut « officieux » aux dépens, uniquement, des petits épargnants

La crise économique et financière au Liban provoque des licenciements en masse dans la classe moyenne. C’est aussi celle-ci qui subit le haircut officieux imposé par les établissements bancaires (Photo Patrick BAZ / AFP).
La crise économique et financière au Liban provoque des licenciements en masse dans la classe moyenne. C’est aussi celle-ci qui subit le haircut officieux imposé par les établissements bancaires (Photo Patrick BAZ / AFP).
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Publié le Vendredi 31 juillet 2020

Liban : Un haircut « officieux » aux dépens, uniquement, des petits épargnants

  • Alors que la crise financière sévit dans le pays, c’est la classe moyenne qui en fait les frais en y subissant en silence un « haircut » officieux
  • Actuellement, il n’y a toujours pas de loi sur le contrôle de capitaux : du jamais vu dans le monde en temps de crise

PARIS: Alors que la crise financière au Liban provoque chaque jour un peu plus l’appauvrissement de la population dans son ensemble, c’est surtout la classe moyenne – particulièrement dynamique et productive traditionnellement – qui en ressent le plus durement les effets. 

Ishac Diwan est un expert économique. Ancien de la Banque mondiale, spécialiste du Moyen-Orient, il enseigne actuellement l’économie politique à l’École normale supérieure (Paris).

Crise financière désastreuse

Dans une interview à Arab News en français, il dresse un état des lieux de la situation financière désastreuse du Liban, et affirme qu’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) est plus facile aujourd’hui qu’il y a quelques mois. L’appauvrissement de la population a en effet provoqué la baisse des importations, et de ce fait les besoins en liquidité sont moindres. En outre, l’économiste explique le blocage de l’audit de la banque du Liban (la banque centrale du pays) et l’absence de réglementation sur le contrôle des capitaux par l’implication de l’ensemble de la classe politique libanaise dans les ingénieries financières qui ont été réalisées.

Décrivant la crise financière qui ronge son pays, Diwan affirme que, si le Liban connaît aujourd’hui une pénurie de dollars, c’est en raison d’une crise de la balance des paiements. Dans le passé, les dollars venaient renflouer le capital des banques libanaises et cette devise servait à importer les biens de consommation. 

Le flot s’est arrêté, selon l’économiste, en raison d’une défiance générale de la population libanaise – notamment la diaspora - vis-à-vis de la solvabilité de son pays et de son système bancaire. Les banques libanaises ont placé leur argent en finançant une dette souveraine que l’État n’est pas en mesure de rembourser. C’est la raison pour laquelle il n’y a aujourd’hui dans les organismes bancaires libanais ni liquidités ni dollars.

Amnistie financière ?

Selon Diwan, la grande question reste l’audit de la Banque du Liban car, dit-il, on peut se demander si, pour faire la paix économique, la classe politique libanaise ne chercherait pas une amnistie, comme à la fin de la guerre civile avec l’accord de Taëf. Il se peut que beaucoup de politiciens soient impliqués dans des affaires d’ingénierie financière avec le Liban et qu’ils en aient beaucoup profité. C’est peut-être pour cette raison, selon Diwan, que la situation reste totalement bloquée. Il n’y a toujours pas de loi sur le contrôle de capitaux : du jamais vu dans le monde en temps de crise. 

La solution pour résoudre la crise actuelle est claire, selon Diwan : puisque les banques disposent d’un grand nombre de dépôts mais de trop peu d’actifs pour les équilibrer, il faut assainir leur bilan en divisant les pertes. Ces actifs bancaires sont constitués de prêts que l’État ne peut plus rembourser ; il faut donc réduire et la dette de l’État, et les sommes que les banques doivent à leurs actionnaires et à certains de leurs déposants. Cette stratégie s’appelle le haircut ou le bail in.

FMI et CEDRE, un lien intrinsèque

Mais il est aussi nécessaire, pour que l’économie fonctionne, qu’elle dispose de davantage de dollars. Le problème doit donc être résolu très rapidement pour rétablir la confiance et attirer de nouveau les fonds des Libanais à l’étranger. Mais distribuer de telles pertes prend du temps… Et celles-ci sont colossales : elles s’élèveraient, selon un rapport gouvernemental, à 90 milliards de dollars, soit trois fois le revenu du pays ! Diwan précise que ce chiffre, validé par le FMI, a été contesté par la Commission des finances du Parlement libanais, sous la pression des banques.

Dans un premier temps, explique Diwan, le gouvernement a émis en février dernier des propositions de réformes, puis a entamé des discussions avec le FMI. Les banques ont alors réagi, pensant qu’elles allaient devoir assumer de lourdes pertes. Elles ont proposé un autre plan avec des pertes estimées plus basses – de moitié – et ont recommandé qu’une partie de ces dettes soit épongée par des actifs de l’État plutôt que par les banques elles-mêmes. Autrement dit, l’État rembourserait une partie de ces prêts en vendant des compagnies nationales telles que les téléphones, le port, l’aéroport, le casino du Liban ou des terres maritimes.

Si les discussions avec le Fonds monétaire international aboutissaient, estime Diwan, des liquidités – plusieurs milliards de dollars que le FMI apporterait assez rapidement – réapparaîtraient rapidement sur le marché libanais. L’inflation serait alors stoppée, ainsi que la dévaluation de la livre libanaise. 

En revanche, souligne-t-il, le FMI imposera des conditions très dures sur la réduction des déficits de l’État et sur la restructuration rapide des banques, refusée par les banquiers. Cela ne sera qu’à cette condition que le FMI injectera des dollars dans les réserves libanaises, ce qui permettra de surcroît l’ouverture des coffres des donateurs de CEDRE (Conférence économique pour le développement du Liban par les réformes et avec les entreprises), qui pourront ainsi venir en aide au Liban.

En revanche, indique Diwan, si les négociations avec le FMI n’aboutissaient pas, deux hypothèses se dessineraient : soit accepter des pertes très fortes pour rétablir la confiance, dans le but de faire revenir l’argent des Libanais, ce qui apparaît bien peu plausible aujourd’hui ; soit poursuivre la politique actuelle qui consiste à prélever directement l’argent des déposants des banques en leur proposant de retirer des livres libanaises de leurs comptes-dépôts en dollars à un taux extrêmement désavantageux. 

Un haircut des petits déposants

Plus concrètement, il est permis au déposant d’un compte en dollars de retirer jusqu’à 2 000 $ par mois au taux de 3 800 LBP (livre libanaise), alors que le taux du marché est de plus de 9 000 livres libanaises pour un dollar. On ne distribue donc les pertes qu’entre les gens qui ont besoin de retirer de l’argent, ceux qui ne pourraient pas survivre s’ils n’en retiraient pas, et qui sont obligés de le faire en dépit de la décote. Les plus riches souffriront moins dans la mesure où ils peuvent vivre autrement, bénéficiant de fonds qu’ils possèdent à l’étranger, pouvant ainsi garder leur argent dans leurs banques en attendant que le problème soit résolu grâce aux sacrifices de la classe moyenne. 

Ce qui se passe depuis quelques mois, c’est un haircut des petits déposants. Cela peut continuer, mais au détriment des petits déposants, explique Diwan, et le Liban restera dans une situation dans laquelle l’économie se porte très mal, sans crédits, sans accès aux dollars pendant plusieurs années : deux, trois, voire quatre ans. C’est malheureusement le scénario qui est privilégié pour le moment. 

« Il faut que les déficits cessent »

La source du problème, précise Diwan, c’est que l’État libanais accumule de lourds déficits, creusant la dette avec le temps. On ne peut résoudre ce problème sans boucher ce trou, il faut que ces déficits cessent. Les conditions du Fonds monétaire international sont claires et passent justement par l’arrêt de ces déficits ; cela suppose une meilleure collecte des impôts, une lutte efficace contre la corruption, de la transparence dans les contrats publics. Ces sujets peuvent bien sûr concerner de près le Hezbollah, qui contrôle les frontières et le port de Beyrouth, mais aussi tous les partis libanais traditionnels qui ont utilisé les fonds de l’État de manière inépuisable à des fins de clientélisme et de patronage. 

M. Diwan considère dans le même temps que la classe politique n’a plus vraiment le choix : elle ne peut vivre d’une économie rentière comme autrefois, puisqu’il n’y a plus d’argent qui rentre dans le pays. Selon l’économiste, le programme du FMI s’imposera tôt ou tard.

L’économiste pense par ailleurs que la négociation avec le FMI sera plus facile aujourd’hui qu’il y a quelques mois, car une partie du problème a été résolue avec l’appauvrissement de la population. Celle-ci n’a donc plus de motifs pour s’opposer a un quelconque plan d’austérité qui aurait été proposé par le FMI.  Le Liban importe de fait beaucoup moins, le déficit de la balance extérieure a beaucoup baissé ; il est donc possible de rétablir l’économie avec l’injection de 4 ou 5 milliards de dollars, quand plus de 10 milliards auraient été nécessaires il y a quelques mois, à des conditions plus difficiles.  Le tout reste de savoir si la classe politique va accepter les conditions posées par le FMI ou si, pour tenter de continuer de se nourrir de système, celle-ci va opter pour une attitude de plus en plus suicidaire sur le long terme.


Des pourparlers entre Israël et le Liban prévus la semaine prochaine à Washington

Des secouristes libanais déblayent les décombres jeudi sur le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé un immeuble la veille à Beyrouth. (AFP)
Des secouristes libanais déblayent les décombres jeudi sur le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé un immeuble la veille à Beyrouth. (AFP)
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  • Des négociations inédites entre le Liban et Israël sont prévues à Washington, mais restent fragiles en raison des désaccords (cessez-le-feu exigé par le Liban, rejet du Hezbollah)
  • La situation demeure tendue avec la poursuite des frappes israéliennes au Liban malgré les appels internationaux à la retenue, menaçant la trêve régionale

JERUSALEM: Des pourparlers entre le Liban et Israël sont prévus la semaine prochaine à Washington, a dit un responsable américain jeudi, après des frappes meurtrières de l'armée israélienne sur le pays voisin qui font peser un risque sur la trêve précaire conclue entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer que le département d'Etat accueillera une réunion la semaine prochaine pour discuter des négociations de cessez-le-feu avec Israël et le Liban", a dit ce responsable à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

Après un appel à la retenue de Donald Trump, Benjamin Netanyahu a annoncé jeudi avoir ordonné à son cabinet d'engager des "négociations directes" avec le Liban.

Selon le Premier ministre israélien, ces négociations, inédites depuis des décennies, "porteront sur le désarmement du Hezbollah" et sur "l'établissement de relations de paix" entre les deux pays, toujours techniquement en état de guerre.

Le Liban veut cependant "un cessez-le-feu avant tout début de négociations", a déclaré à l'AFP un responsable libanais requérant l'anonymat.

De son côté le Hezbollah pro-iranien a rejeté toute négociation directe entre le Liban et Israël, appelant au "retrait israélien" du sud du pays.

- Retenue -

Benjamin Netanyahu a toutefois averti auparavant que les frappes contre le Hezbollah se poursuivraient pour rétablir la "sécurité pour les habitants du nord" d'Israël.

Dans la soirée, l'armée israélienne a annoncé ainsi avoir commencé à frapper des "sites de tir" du Hezbollah au Liban.

Après deux jours de cessez-le-feu, la communauté internationale redoute que celui-ci ne soit compromis par la poursuite de la campagne israélienne au Liban.

A Beyrouth, l'heure était encore à la recherche de victimes après les frappes menées simultanément par Israël sur plusieurs régions mercredi, qui ont fait plus de 300 morts et un millier de blessés.

Dans le quartier résidentiel d'Ain el Mreisseh, proche de la mer, des corps gisent encore sous l'amas de pierres et de métal d'où émergent, ici un bulletin de notes, là une peluche.

"Regardez, ce sont des cahiers, des cours, des livres! Où est le Hezbollah ici?" s'est insurgé Khaled Salam, sur place.

Donald Trump a confirmé jeudi à NBC News avoir plaidé la retenue auprès de Benjamin Netanyahu, après que le site d'information Axios a fait part d'échanges téléphoniques mercredi entre les deux hommes et l'émissaire américain Steve Witkoff.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a lui jugé "inacceptable" la poursuite des attaques d'Israël contre le Liban lors d'une tournée dans le Golfe.

- Obstacles -

Le Pakistan, médiateur dans le conflit, avait relevé en annonçant le cessez-le-feu que celui-ci s'appliquait "partout, y compris au Liban" -- ce que démentent Israël et Washington.

Le pays doit accueillir à partir de vendredi des négociations entre Iraniens et Américains, ces dernières étant menées par le vice-président JD Vance.

Mais avant même le début des négociations, les obstacles s'amoncellent, d'autant plus après le message sur X du ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, qui a qualifié Israël de "diabolique" et de "malédiction sur l'humanité", l'accusant de commettre un génocide au Liban.

Un message que les services du Premier ministre israélien ont qualifié de "honteux".

"Ce ne sont pas des déclarations qui peuvent être tolérées de la part de n'importe quel gouvernement, particulièrement d'un qui se revendique comme médiateur neutre pour la paix", ont-ils répondu sur X.

Auprès de NBC News, Donald Trump s'est dit "très optimiste" sur la possibilité de conclure un accord de paix, malgré l'écart entre les positions des deux pays.

- "Mauvais boulot" -

Le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique a lui exclu d'emblée toute restriction du programme d'enrichissement d'uranium de son pays, une demande fondamentale des Etats-Unis et d'Israël qui accusent l'Iran de vouloir se doter de la bombe atomique - ce que Téhéran nie.

Un pétrolier non-iranien, le premier depuis le cessez-le-feu, a franchi jeudi le détroit d'Ormuz, dont la réouverture était une condition du cessez-le-feu.

Mais le trafic via cette voie maritime essentielle au commerce mondial est encore loin d'un retour à la normale, et Donald Trump a mis en garde l'Iran jeudi contre toute volonté de mettre en place un péage.

Le président américain a fait état dans un message sur sa plateforme Truth Social "d'informations selon lesquelles l'Iran fait payer des frais aux pétroliers traversant le détroit d'Ormuz".

"Ils ont intérêt à ne pas le faire, et si c'est le cas, ils feraient mieux d'arrêter maintenant!", a-t-il ajouté, accusant l'Iran de faire "vraiment du mauvais boulot, indigne certains diraient, pour permettre au pétrole de traverser le détroit d'Ormuz".


« Le Hezbollah doit choisir entre le Liban et l’Iran », affirme Jean-Yves Le Drian

Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
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  • Les frappes massives sur Beyrouth marquent une escalade majeure malgré une trêve censée s’appliquer à toute la région
  • Jean-Yves Le Drian met en avant la coopération étroite entre la France et l’Arabie saoudite en matière de sécurité régionale, illustrée par des échanges réguliers au plus haut niveau entre le président français et le prince héritier saoudien

DUBAÏ : Au lendemain de frappes israéliennes inédite sur Beyrouth, la communauté internationale s’inquiète d’une nouvelle phase d’escalade au Proche-Orient. En dix minutes, une centaine de frappes ont visé la capitale libanaise, sans avertissement, causant des centaines de morts et de blessés.

Pour Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères, la violence de l’attaque marque un seuil critique, lors d’un entretien accordé à Arab News en français.

Il évoque « un carnage effrayant » et juge ces frappes « intolérable[s] », rappelant qu’elles interviennent alors même qu’une trêve venait d’être acceptée par les principales parties, notamment les États-Unis et l’Iran.

Au cœur de la crise, la trêve apparaît à la fois essentielle et déjà compromise. Selon l’ancien ministre, celle-ci est « claire dans ses principes, sans ambiguïté, et devait s’appliquer à l’ensemble de la région, incluant le Liban ».

Mais la poursuite des opérations militaires en vide largement la portée. En frappant Beyrouth, Israël agit, selon lui, à rebours de la dynamique diplomatique qui avait permis l’instauration de ce cessez-le-feu. Une contradiction qui rend la situation « extrêmement grave » et alimente une méfiance généralisée entre les acteurs.

Dans ce contexte, le Liban apparaît comme un théâtre secondaire d’un affrontement régional qui le dépasse. Jean-Yves Le Drian insiste sur ce point : les combats se poursuivent sur le sol libanais alors même que les protagonistes principaux ne sont pas directement liés au pays.

Cette situation met en péril des éléments fondamentaux de l’État libanais. « Ce qui est en cause aujourd'hui, c'est l'intégrité et la souveraineté du Liban », souligne-t-il, décrivant un pays pris au piège d’une confrontation extérieure.

Malgré ses failles, la trêve reste, selon lui, une nécessité stratégique. Elle devait permettre de stopper une spirale jugée « inacceptable », tant pour la stabilité régionale que pour l’économie mondiale.

Mais sa fragilité est évidente. « Chacun suspecte l'autre de mensonge, de mauvaise interprétation ou de cacher son jeu », explique M. Le Drian, ajoutant que la poursuite des frappes sur le Liban empêche toute stabilisation réelle.

Dans cette crise, Jean-Yves Le Drian désigne clairement le rôle du Hezbollah, qu’il considère comme à l’origine de l’engrenage initial des frappes contre Israël, en lien avec l’Iran. Mais il dénonce simultanément la riposte israélienne, qu’il juge « complètement disproportionnée ».

Cette dynamique crée une situation paradoxale : loin d’affaiblir le Hezbollah, l’intensification des frappes pourrait renforcer son influence.

« L'aggravation des tensions aujourd'hui et l'aggravation du conflit renforcent indirectement le rôle du Hezbollah qui est en train de s'ériger en protecteur de la nation », ajoute M. Le Drian.

C’est dans ce contexte qu’il formule une mise en garde centrale : « Il faut que le Hezbollah choisisse ou c'est le Liban, ou c'est l'Iran. Il n'y a pas d'alternative. » Un choix qu’il espère voir tranché en faveur de l’État libanais, notamment par une partie de la population chiite.

Il souligne toutefois que le Liban dispose aujourd’hui d’un « gouvernement de qualité », qu’il décrit comme responsable et engagé dans le renforcement de l’État. Celui-ci a notamment affirmé que « seul l'État a le monopole des armes ».

Mais « ce gouvernement est aujourd'hui en difficulté face à l'aggravation de la crise », explique M. Le Drian, insistant sur la nécessité de le soutenir, notamment par les partenaires internationaux et les pays du Golfe.

Malgré l’intensité des combats, une voie politique demeure envisageable. Le gouvernement libanais a récemment proposé l’ouverture de discussions directes avec Israël, une initiative que Jean-Yves Le Drian qualifie d’effort « considérable ».

Il y voit une opportunité rare, estimant que cette initiative pourrait constituer un tournant si elle était saisie. Dans un contexte où la guerre ne produit pas de solution durable, il insiste sur la nécessité de redonner toute sa place à la négociation.

Les pays du Golfe apparaissent également comme des acteurs clés dans cette tentative de désescalade. Indirectement affectés par le conflit, ils ont soutenu les efforts de médiation.

« Il y a eu une offre de négociation […] avec le soutien de plusieurs pays du Golfe, en particulier avec le soutien de l'Arabie saoudite », explique M. Le Drian. 

Depuis le début de la crise, la France continue à soutenir l’Arabie saoudite dans sa défense, souligne M. le Drian. « Nous aidons les Saoudiens à assurer leur propre sécurité et le président français parle très souvent avec Son Altesse le prince héritier pour travailler dans cette direction-là », ajoute-t-il, insistant sur la continuité du dialogue franco-saoudien sur les questions de sécurité régionale. 

Pour Jean-Yves Le Drian, cette implication ouvre la voie à une redéfinition plus large de la sécurité régionale, fondée sur « une sécurité collective ».

Concernant les opérations israéliennes dans le sud du Liban, M. Le Drian met en garde : « toute intervention d'occupation de la part d'Israël sur le Liban est contraire au droit international. »

Il rappelle que les précédentes opérations de ce type ont favorisé le renforcement du Hezbollah, une dynamique qu’il estime à ne pas reproduire.

Au-delà des enjeux stratégiques, la situation humanitaire se dégrade rapidement. « L'intervention israélienne a mis sur la rue quasiment un million de déplacés qui aujourd'hui survivent », explique M. Le Drian.

Jean-Yves Le Drian alerte sur le risque d’une aggravation rapide, avec des conséquences potentiellement graves pour la cohésion interne du pays.

Face à cette crise, la France maintient son engagement. Elle soutient les forces armées libanaises, notamment par la livraison récente de véhicules blindés, et poursuit son action humanitaire.

L’objectif est clair : renforcer l’État libanais dans ses fonctions régaliennes, en particulier sa capacité à assurer le monopole de la force.

Pour Jean-Yves Le Drian, la poursuite du conflit ne peut mener qu’à une impasse. Tous les acteurs en sont conscients, estime-t-il, ce qui rend d’autant plus urgente la reprise des discussions.

Il réaffirme la nécessité d’une solution diplomatique : « La France a toujours considéré qu'il fallait régler les conflits par la voie de la négociation. »

Les paramètres d’un accord existent déjà : « C'est sur la table, il faut en discuter. »

Dans ce contexte, il élargit la réflexion aux enjeux régionaux et internationaux, en particulier la liberté de circulation maritime. « La libre circulation maritime dans le détroit d'Ormuz est essentielle », explique-t-il, avertissant que toute perturbation engendre « des difficultés considérables pour l'économie mondiale ».

Il souligne enfin que des initiatives sont déjà envisagées pour sécuriser cette zone stratégique, notamment par des dispositifs d’escorte maritime, une fois la désescalade suffisamment engagée. À cet égard, le président français, Emmanuel Macron, et le Premier ministre britannique, Keir Starmer, ont permis de mobiliser un ensemble de pays volontaires pour accompagner la sécurisation du trafic maritime dans le Golfe.

Dans une région sous tension, le Liban apparaît ainsi à un moment décisif de son histoire — entre effondrement et sortie de crise par la diplomatie, sur fond d’équilibres régionaux et économiques encore fragiles.


Le prince héritier saoudien et le Premier ministre britannique discutent des développements régionaux

Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
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  • Le prince héritier Mohammed ben Salmane a rencontré le Premier ministre britannique Keir Starmer pour renforcer la coopération stratégique entre leurs deux pays
  • Les discussions ont porté sur les enjeux régionaux, avec un soutien commun à la stabilité et à un cessez-le-feu durable, notamment concernant l’Iran et le détroit d’Ormuz

RIYAD : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a reçu mercredi à Djeddah le Premier ministre britannique Keir Starmer.

Au cours de la rencontre, ils ont passé en revue les relations entre leurs deux pays et examiné les moyens de renforcer davantage leur partenariat stratégique dans divers domaines.

Ils ont également abordé les derniers développements régionaux et internationaux, notamment les évolutions dans la région ainsi que leurs implications en matière de sécurité et d’économie.

Les deux parties ont affirmé leur soutien à tous les efforts visant à renforcer la sécurité et la stabilité de la région. Plusieurs questions d’intérêt commun ont également été discutées.

Keir Starmer est arrivé dans le Royaume plus tôt dans la journée, où il a été accueilli à l’aéroport de Djeddah par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, selon des photos diffusées par l’Agence de presse saoudienne.

Lors de sa visite, Starmer a salué le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, tout en soulignant qu’il restait « beaucoup de travail à faire » pour garantir sa pérennité.

« Il reste également beaucoup à faire concernant le détroit d’Ormuz, qui a un impact à l’échelle mondiale », a-t-il ajouté. 

À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, a rapporté l’Agence de presse saoudienne. Les ambassadeurs respectifs des deux pays étaient également présents.

*Avec SPA, Reuters 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com