Les positions publiques et privées du Royaume sur Gaza sont identiques, souligne Faisal ben Farhane

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, se trouve à la tête du Comité ministériel arabo-islamique présent à Washington pour appeler à un cessez-le-feu à Gaza. (X: @KSAMOFA)
Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, se trouve à la tête du Comité ministériel arabo-islamique présent à Washington pour appeler à un cessez-le-feu à Gaza. (X: @KSAMOFA)
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Publié le Dimanche 10 décembre 2023

Les positions publiques et privées du Royaume sur Gaza sont identiques, souligne Faisal ben Farhane

  • Le prince Faisal est en désaccord concernant le veto américain sur un cessez-le-feu à Gaza
  • Le prince Faisal a rencontré le secrétaire d'État américain Anthony Blinken pour des entretiens sur Gaza

RIYAD: Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a confirmé, lors d'une interview accordée à PBS NewsHour, que la position du Royaume sur Gaza était la même en public et en privé.

Le prince Faisal réfutait les affirmations du présentateur de PBS, Nick Schifrin, selon lesquelles les appels publics de l'Arabie saoudite ne correspondent pas aux appels privés à détruire le Hamas. « Pourquoi ce double message ? »

Le ministre saoudien des Affaires étrangères a répondu : « Il n'y a pas de double message. Ce que nous disons en privé et en public est exactement pareil, pas seulement pour le royaume mais pour tous les Arabes. »

Il a ajouté : « Je suis très fier que ce que nous disons en public et en privé soit identique. Je ne peux pas en dire autant de certains de nos interlocuteurs occidentaux ».

Le prince Faisal, qui se trouve actuellement à la tête du Comité ministériel arabo-islamique présent à Washington pour appeler à un cessez-le-feu à Gaza, a désapprouvé samedi le veto américain à la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.

Il a également exprimé sa déception face à l’incapacité du Conseil de sécurité à «prendre une position ferme» sur Gaza.

«Nous assistons actuellement à un niveau de carnage sans précédent à Gaza, injustifiable sous aucun prétexte d’autodéfense», a indiqué le prince Faisal.

Le Comité arabo-islamique a également protesté contre le veto américain qui a bloqué la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, lors d'une réunion avec le secrétaire d'État américain Anthony Blinken. Le prince Faisal a indiqué que le comité ferait pression en faveur d'un cessez-le-feu dans le but d’éviter davantage de morts civils.

«Ce degré continu de pertes civiles ne sert les intérêts de personne, y compris les intérêts d’Israël ou sa sécurité.»

Le ministre saoudien des Affaires étrangères a mis en garde contre le risque d’extension de la guerre de Gaza au reste de la région, ainsi que contre la menace croissante de l’extrémisme. «Les gens perdent confiance dans l’argumentation en faveur de la paix dans notre région, mais ils perdent également confiance dans les systèmes internationaux de garanties et de droits», a-t-il soutenu.

Samedi, le prince Farhane a rencontré séparément Blinken à Washington pour discuter de la guerre entre Israël et le Hamas (photo fournie)
Le prince Farhane a rencontré séparément Blinken à Washington pour discuter de la guerre entre Israël et le Hamas (photo fournie)

Samedi, le prince Farhane a rencontré séparément Blinken à Washington pour discuter de la guerre entre Israël et le Hamas.

Les deux responsables ont discuté de « tous les efforts possibles pour réduire le rythme de l'escalade et veiller à ce que la violence ne s'étende pas afin d'éviter ses répercussions dangereuses sur la paix et la sécurité internationales », a rapporté l'agence de presse saoudienne (SPA).

La princesse Reema bint Bandar, ambassadrice saoudienne aux États-Unis, a assisté à la réunion.

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

 

 


En Tunisie, des clubs de musique pour redonner de l'espoir à la jeunesse

De jeunes lycéens tunisiens reçoivent une formation au leadership dans les locaux de l'association Enda, financée par le club de musique parascolaire Tunisia 88, à Cité Ettahrir à Tunis le 18 décembre 2023. (AFP).
De jeunes lycéens tunisiens reçoivent une formation au leadership dans les locaux de l'association Enda, financée par le club de musique parascolaire Tunisia 88, à Cité Ettahrir à Tunis le 18 décembre 2023. (AFP).
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  • Bourg agricole de 8.000 habitants, Haffouz se trouve dans la région de Kairouan (centre), en tête des classements nationaux pour la pauvreté
  • Rires et chants s'échappent d'une salle de classe délabrée. Le club de musique Tunisia 88 constitue un rare "lieu d'épanouissement" pour les lycéens de Haffouz, ville emblématique des fléaux qui frappent la jeunesse

HAFFOUZ: Rires et chants s'échappent d'une salle de classe délabrée. Le club de musique Tunisia 88 constitue un rare "lieu d'épanouissement" pour les lycéens de Haffouz, ville emblématique des fléaux qui frappent la jeunesse particulièrement dans les régions déshéritées en Tunisie: décrochage scolaire, chômage et suicides.

Cette catégorie est très touchée par la crise multiforme que traverse la Tunisie, avec plus de 40% de 16-25 ans sans emploi et 100.000 élèves abandonnant leurs études chaque année, dans un pays jusqu'à récemment champion de l'alphabétisation en Afrique du Nord.

Bourg agricole de 8.000 habitants, Haffouz se trouve dans la région de Kairouan (centre), en tête des classements nationaux pour la pauvreté, la montée de l'analphabétisme et même le suicide avec 26 cas et tentatives sur 147 dans le pays en 2023, "un phénomène alarmant qui touche fortement les jeunes", selon Rihab Mabrouki, de l'ONG FTDES.

Parmi les facteurs explicatifs, l'experte cite un déficit "d'installations de base (50.000 personnes sans eau potable), des problèmes de transport scolaire et un manque d'espaces culturels, ce qui accroît un sentiment de frustration et blocage chez les jeunes".

Pour échapper à ce quotidien déprimant, une quinzaine de lycéens de Haffouz se retrouvent chaque vendredi au sein du club périscolaire Tunisia 88.

"C'est l'endroit où s'évader, se libérer du stress des études et acquérir des compétences, comme pour moi résoudre les conflits entre membres", explique à l'AFP Eya Makhloufi, 16 ans, la "leader" du club, en battant le tempo de la chanson que les ados ont créée ainsi qu'un clip vidéo.

Ses parents assistent à la répétition. En cinq ans d'existence du club, le papa d'Eya Makhloufi, Mehrez, 52 ans, enseignant au lycée, a vu ses trois enfants changer mais surtout, "de nombreux élèves sont sortis de leur isolement et ont commencé à croire en leurs capacités, en s'intégrant mieux au groupe".

C'est pour avoir un tel "impact social" dans des zones déshéritées, où le club est souvent "la seule activité offerte aux jeunes", que le musicien américain Kimball Gallagher a créé en 2017 avec l'entrepreneur tunisien Radhi Meddeb, l'association Tunisia 88 (comme les 88 touches du piano) financée par le mécénat.

"Beaucoup de parents nous disent: mon fils était déprimé, passait sa vie dans la rue, maintenant avec le club il est motivé, il a amélioré ses notes, il a des amis, il est plus responsable", explique M. Gallagher, pendant une formation de "leaders" à Tunis.

« Espace protégé »

Peu à peu, Tunisia 88 a réussi à implanter un club dans chaque lycée du pays, soit 593 au total.

M. Gallagher, concertiste international, se dit fier d'offrir aujourd'hui "un lieu d'épanouissement et de liberté" à entre 5.000 et 10.000 jeunes chaque année.

Chaque club "est un espace protégé" avec pour principe pédagogique que les jeunes "prennent en main leur destin", selon M. Gallagher.

Les clubs sont gérés et dirigés par les lycéens. "Pour nous, l'élève n'est pas un verre vide à remplir mais une graine qu'on plante et qui poussera si on lui donne les bonnes conditions", souligne-t-il.

Tunisia 88 fournit des instruments, des profs de musique et des formations en "créativité musicale" et "leadership".

Pour motiver les ados, deux concours annuels sont organisés: celui de la meilleure chanson et celui du plus bel "événement à impact communautaire".

Ils doivent "tout faire tout seuls", y compris chercher des sponsors, détaille Rabaa Mwelhi, 39 ans, coordinatrice des clubs Tunisia 88.

Le but, selon elle, "ce n'est pas la chanson, mais qu'ils travaillent en équipe, dans des délais limités et qu'ils apprennent à gérer le stress".

Et pour M. Gallagher, il n'est pas nécessaire de jouer d'un instrument, toutes les compétences sont les bienvenues: "créer les chansons, les évènements, assurer la cohésion du groupe, communiquer avec les adultes, faire des affiches" ou encore "créer une vidéo" qui accompagne la chanson.


Entre Paris et Alger, un émir du XIXe siècle au coeur du jeu diplomatique

Une sculpture en hommage au héros national algérien Emir Abdelkader, intitulée «Passage Abdelkader», créée par l'artiste Michel Audiard, après avoir été vandalisée avant son inauguration, à Amboise, dans le centre de la France, le 5 février 2022. (AFP)
Une sculpture en hommage au héros national algérien Emir Abdelkader, intitulée «Passage Abdelkader», créée par l'artiste Michel Audiard, après avoir été vandalisée avant son inauguration, à Amboise, dans le centre de la France, le 5 février 2022. (AFP)
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  • Pour qu'Alger obtienne satisfaction, il faut désormais que la France adopte un troisième texte autorisant la restitution de biens culturels
  • L'Algérie fait de la restitution d'un sabre et du burnous de l'émir Abdelkader une des conditions de la visite en France, plusieurs fois repoussée, du chef de l'Etat algérien

AMBOISE: Prisé des rois de France et de Léonard de Vinci, le château d'Amboise compte un singulier prisonnier de guerre parmi ses anciens pensionnaires: l'émir Abdelkader, premier opposant à la colonisation de l'Algérie, qui se retrouve 140 ans après sa mort au coeur du jeu diplomatique entre Paris et Alger.

Entre 1848 et 1852, dans ce château surplombant la Loire, ce chef de guerre et homme de foi (1808-1883) a été retenu en captivité avec une centaine de proches après avoir combattu les troupes françaises en Algérie, aux premières heures de la colonisation. Après quinze ans de guérilla, il renonce aux armes en 1847 en obtenant la promesse d'un exil en Orient... qui ne sera pas respectée par la France.

Cette figure complexe, héros de la résistance algérienne avant d'être décoré de la Légion d'honneur française en 1860, ressurgit aujourd'hui à la faveur des efforts de Paris et d'Alger pour apaiser leurs "mémoires brisées".

L'Algérie fait de la restitution d'un sabre et du burnous de l'émir Abdelkader une des conditions de la visite en France, plusieurs fois repoussée, du chef de l'Etat algérien Abdelmadjid Tebboune.

La restitution de ces objets et d'autres "biens symboliques" de l'émir, comme son Coran ou sa tente, fait également partie des discussions au sein de la commission d'historiens franco-algérienne mise sur pied par les deux pays en 2022.

Fin janvier, les membres algériens de cette commission se sont rendus au château d'Amboise sur les traces, difficilement repérables, de l'émir.

"Il y a très peu de signes qui rendent perceptible sa captivité et cela crée parfois de la frustration chez ceux qui viennent se recueillir", reconnaît Marc Métay, historien et directeur du château. Les pièces du logis où l'émir et sa suite étaient emprisonnés ont ainsi été réagencées pour refléter d'abord l'époque de la royauté.

Dans les jardins, des stèles funéraires en arabe rendent certes hommage à 24 proches de l'émir décédés à Amboise mais le château travaille à différents projets pour mieux expliquer cette captivité, qui n'avait rien d'une sinécure.

"Quand on était petits à l'école, on entendait qu'il vivait une vie de châtelain mais c'était tout à fait le contraire, il était balloté et enfermé, lui qui était habitué aux grandes chevauchées", dit à l'AFP Amar Belkhodja, auteur algérien d'ouvrages sur l'émir.

"Il faut regarder l'histoire de sa captivité en face", complète M. Métay, "même s'il peut y avoir des difficultés liées à l'hypersensibilité du sujet".

En Algérie, des historiens redoutent que l'émir ne soit figé en France dans sa posture de "perdant magnifique" au détriment de sa fibre insurrectionnelle. Et en France, la célébration d'un héros algérien et musulman a fait des remous, comme en témoigne la dégradation en 2022 à Amboise d'une oeuvre qui venait d'être érigée à sa mémoire.

Loi en attente 

La restitution de ses objets relève par ailleurs du casse-tête.

Le sabre et le burnous réclamés par Alger appartiennent au musée français de l'Armée, qui affirme à l'AFP être entré en leur possession de manière régulière: le premier aurait été remis par l'émir en 1847 et le second offert par son fils.

"Les œuvres considérées (burnous, sabre…) ont été acquises légalement par l'Etat français par don de la famille d'Abdelkader", estimait Jean-Luc Martinez, l'ex-directeur du Louvre, dans un rapport de 2021 qui a abouti à l'adoption de deux lois-cadres permettant de déroger à l'"inaliénabilité" des collections publiques pour restituer des biens spoliés par les nazis et des restes humains.

Pour qu'Alger obtienne satisfaction, il faut désormais que la France adopte un troisième texte autorisant la restitution de biens culturels. Fin janvier, la ministre de la Culture Rachida Dati a assuré qu'elle serait "fière de porter" cette loi mais aucun calendrier n'a été rendu public.

En attendant, la circulation en France des objets liés à l'émir est surveillée de près.

En octobre, les autorités algériennes ont découvert qu'un de ses sabres allait être mis aux enchères en France et en ont fait l'acquisition. La vente aux enchères d'un manuscrit islamique, qui aurait été pris à l'émir par l'armée française en 1842, a elle été annulée après une mobilisation de la communauté algérienne.

"Ce manuscrit était dans le garage d'une famille dont les aïeux étaient en Algérie", affirme à l'AFP le commissaire priseur Jack-Philippe Ruellan qui a annulé la vente du document, finalement cédé aux autorités algériennes. "C'est important que ces objets reviennent dans les meilleures mains possibles".


Mer Rouge: pour les navires, les coûts des assurances flambent aussi

Le coût d'un voyage entre l'Asie et l'Europe du Nord-Ouest a augmenté de 35% pour un grand navire porte-conteneurs, et jusqu'à 110% pour un pétrolier de type aframax (tankers d'une capacité comprise entre 80.000 et 120.000 tonnes), selon un rapport de LSEG Shipping Research. (AFP).
Le coût d'un voyage entre l'Asie et l'Europe du Nord-Ouest a augmenté de 35% pour un grand navire porte-conteneurs, et jusqu'à 110% pour un pétrolier de type aframax (tankers d'une capacité comprise entre 80.000 et 120.000 tonnes), selon un rapport de LSEG Shipping Research. (AFP).
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  • Les bateaux commerciaux nécessitent d'être protégés sur trois fronts: l'assurance corps de navire, pour les dommages causés au bateau, l'assurance de la cargaison, et enfin l'assurance protection et indemnisation
  • Or, dans ces conditions, les primes d'assurance pour risque de guerre du navire comme de la cargaison "ont beaucoup augmenté"

LONDRES: Les attaques de rebelles houthis contre des navires commerciaux en mer Rouge ont fait flamber les coûts d'assurance maritime, avec des primes de risque de guerre, qui s'ajoutent à la remontée brutale des taux de fret et la désorganisation des chaînes d'approvisionnement.

Depuis novembre, les rebelles houthis mènent sans relâche des attaques contre des navires commerciaux transitant par la mer rouge, disant agir en solidarité avec les Palestiniens dans la bande de Gaza, où Israël mène une guerre contre le Hamas en représailles à l'attaque sans précédent du 7 octobre sur le sol israélien.

Selon le FMI, le transport maritime de conteneurs par la mer Rouge a chuté de près de 30% sur un an. Avant le conflit, entre 12 et 15% du trafic mondial transitait par cet axe, d'après des chiffres de l'Union européenne.

Les bateaux commerciaux nécessitent d'être protégés sur trois fronts: l'assurance corps de navire, pour les dommages causés au bateau, l'assurance de la cargaison, et enfin l'assurance protection et indemnisation (P&I), qui comprend une couverture illimitée des dommages causés à des tiers.

Or, dans ces conditions, les primes d'assurance pour risque de guerre du navire comme de la cargaison "ont beaucoup augmenté", reconnait Frédéric Denèfle, directeur général du groupement Garex, spécialiste de l'assurance des risques liés aux conflits. Et ce, de façon "proportionnelle aux menaces".

« Zone classée »

"La mer Rouge est une zone classée, ce qui signifie que les navires qui prévoient d'y entrer doivent en informer leurs assureurs", explique à l'AFP Neil Roberts, responsable de la marine et de l'aviation pour la Lloyd's Market Association (LMA).

Les assureurs ont alors la possibilité de modifier les termes de leur contrat d'assurance. Cela inclut des primes supplémentaires pour risque de guerre, vendues en complément des garanties de base.

Mais cette nouvelle couverture "n'est valable que pour sept jours, normalement, pour tenir compte du fait que les hostilités peuvent s'aggraver", précise à l'AFP Marcus Baker, responsable international de l'assurance transport des marchandises pour Marsh.

Claire Hamonic, Directrice générale d'Ascoma International, estime que les taux d'assurance "ont été multipliés par 5 à 10, tant pour la garantie des navires que celle des marchandises qui transitent par la mer Rouge".

Selon plusieurs sources interrogées par l'AFP, le taux actuel de la prime de risque se situe entre 0,6 et 1% de la valeur du navire.

Des chiffres considérables, car sur les routes de la mer Rouge, les bateaux commerciaux (de gros porte-conteneurs ou pétroliers) sont souvent évalués à plus de 100 millions d'euros.

La nationalité des bateaux entre aussi en ligne de compte. "Les Houthis ont spécifiquement indiqué qu'ils ciblaient les navires américains et britanniques", ou tout pavillon lié à Israël en solidarité avec les Palestiniens dans la bande de Gaza, souligne ainsi Munro Anderson, expert en sécurité maritime au sein de Vessel Protect.

"Un certain nombre de navires battent pavillon ou sont associés à des pays qui n'ont tout simplement pas le même profil de risque", poursuit-il, comme par exemple les navires chinois, très nombreux à transiter par cette zone, et moins susceptibles d'être visés par des attaques. Pour ces bateaux, la prime de risque de guerre est moins élevée.

S'il y a certes "une surprime importante des assureurs et réassureurs", Mme Hamonic souligne qu'il n'y a "pas de refus de garantie", "une bonne chose pour les assurés".

Coûts supplémentaires 

Les navires qui choisissent quant à eux d'éviter la mer Rouge en naviguant par un itinéraire alternatif autour du cap sud-africain de Bonne-Espérance font face à d'autres coûts du fait de l'allongement du voyage.

Il faut en effet compter 10 à 15 jours supplémentaires par cet itinéraire, voire 20 en fonction de la vitesse du navire.

Les armateurs économisent certes les importants frais de péage sur la mer Rouge, mais "il y a un surcoût carburant" et de main-d'oeuvre avec les frais d'équipage, note M. Denèfle.

Le coût d'un voyage entre l'Asie et l'Europe du Nord-Ouest a ainsi augmenté de 35% pour un grand navire porte-conteneurs, et jusqu'à 110% pour un pétrolier de type aframax (tankers d'une capacité comprise entre 80.000 et 120.000 tonnes), selon un rapport de LSEG Shipping Research.

En outre, d'autres risques existent. Le déroutement de nombreux navires par le cap de Bonne-Espérance pourrait en effet "très probablement aboutir à une recrudescence de la piraterie dans l'océan Indien", met en garde Claire Hamonic, qui avertit: "Le risque s'étend en dessous de la mer Rouge vers les côtes somaliennes".