Comment Dubaï rebondit contre vents et marées

Une photo prise avec un objectif grand angle le 19 juillet 2020 montre Bourj Khalifa à Dubaï, une des plus hautes structure du monde, avant le lancement de la sonde Mars «Hope» des EAU (AFP / Fichier Photo).
Une photo prise avec un objectif grand angle le 19 juillet 2020 montre Bourj Khalifa à Dubaï, une des plus hautes structure du monde, avant le lancement de la sonde Mars «Hope» des EAU (AFP / Fichier Photo).
Short Url
Publié le Lundi 28 décembre 2020

Comment Dubaï rebondit contre vents et marées

  • Dubaï, ville innervée par le commerce, l'aviation et l'hôtellerie, et située dans une région qui dépend des revenus des hydrocarbures pour survivre, pourrait rebondir plus tôt que prévu
  • Les clubs de plage, les hôtels et les restaurants enregistrent une activité florissante alors que les touristes affluent vers la capitale commerciale des EAU

DUBAI: Peu de villes du monde regretteront 2020, l'année de la Covid-19, avec ses confinements et avions cloués au sol. Nombre d’entre elles subissent des déficits budgétaires, et se voient contraintes de fermer leurs portes aux visiteurs. Pour la plupart, remonter la pente sera lent et douloureux, à en croire les avertissements des experts. Mais Dubaï, ville innervée par le commerce, l'aviation et l'hôtellerie, et située dans une région qui dépend des revenus des hydrocarbures pour survivre, pourrait rebondir plus tôt que prévu.

Le secret de la capitale commerciale des Émirats arabes unis qui continue de déjouer le destin faces aux sceptiques est complexe et multifactoriel. Mais quoi qu’il en soit, Dubaï semble se remettre une fois de plus de ses péripéties, alors de nombreuses métropoles luttent parallèlement contre la paralysie économique, conséquence des mesures de confinement successives. Non seulement la «ville bouillonnante de vie» a survécu à la pire année de son histoire récente, elle semble d’ores et déjà prête à reprendre ses couleurs au cours de la nouvelle année, d’autant plus qu’elle ouvre ses portes à l'Exposition universelle à partir du 1er octobre 2021.

Depuis que Dubaï a rouvert ses portes, le 7 juillet, aux voyageurs du monde entier, elle connaît une augmentation constante du nombre de visiteurs, ce qui a rapidement renfloué les coffres de nombreux hôtels et stations balnéaires. Les restaurants, les bars et même les discothèques ont rouvert. Les hôtels qui ont réussi à résister à la récession ont augmenté leurs tarifs, alors que les réservations montent en flèche pendant cette saison, traditionnellement la plus convoitée par les touristes.

Les rendements de la paix jouent aussi un rôle. La normalisation des relations des Émirats arabes unis avec Israël, annoncée dans une déclaration conjointe en août, n’aurait pu se produire à un moment plus opportun. L'hébreu résonne désormais dans les hôtels et les restaurants de Dubaï. Un rapport récent du Times of Israel note que plus de 50000 Israéliens se sont déjà rendus aux EAU depuis la signature de l'accord de paix des Accords d'Abraham le 15 septembre.

Il existe à présent un nombre de vols directs quotidiens entre Tel Aviv et Dubaï, et les deux pays se sont mutuellement déclarés «zones vertes», ce qui élimine la quarantaine à l'arrivée et au retour. Près de 200 hôtels et restaurants aux EAU servent désormais des repas casher.

Un rapport publié en décembre par STR, une société d'analyse de la gestion hôtelière, indique que les principaux marchés hôteliers des Émirats arabes unis ont atteint ou dépassé les 50% d'occupation. Le document y voit une conséquence directe de la forte demande, locale et internationale, avec un pic de 65% d'occupation enregistré dans la semaine du 30 novembre au 6 décembre.

«Les EAU comptent parmi les pays les plus agiles au monde, avec une capacité d’évoluer à un rythme incroyable», affirme Philip Wooller, directeur régional de STR pour le Moyen-Orient et l’Afrique, à Arab News. «Les décisions qui y sont prises en une heures peuvent, dans d’autres pays, prendre des mois, voire des années. Les économies émergentes connaissent naturellement des hauts et des bas, mais si nous prenons le secteur de l'hôtellerie comme indicateur, le rythme de croissance de Dubaï est tout simplement prodigieux».

Wooller résume ainsi l’évolution de l’émirat: «Il y a à peine quelques années, Dubaï ne comptait qu’une poignée d’hôtels et ne recevait que quelques visiteurs. La pandémie mise de côté, cette même ville est aujourd’hui la quatrième ville la plus visitée au monde, avec l'un des plus grands marchés hôteliers, et un répertoire croissant d’installations de calibre mondial».

Et bien entendu, les règles de distanciation sociale restent en vigueur, le port du masque est obligatoire, même sur les plages, et les rassemblements de plus de cinq personnes sont interdits, à l'exception des membres d'une même famille. Les mesures de précaution restent clairement en place tant que les autorités le jugent nécessaires.

 

Dubaï EN CHIFFRES
200 000 - Voyageurs visitent l'émirat pour les vacances de Noël et du Nouvel An.
30% - Hausse du cours des actions de Damac Properties Dubai Co. en décembre.
2021 - La ville accueillera l'Exposition universelle du 1er octobre.

 

En même temps, si une reprise est effectivement en cours, elle n’en est qu’à ses premiers pas. Avant même que la pandémie ne frappe, Dubaï connaissait un ralentissement général de l'activité économique. Le rythme des départs d'expatriés s’accélérait, et de nombreux magasins, commerces et entreprises avaient du mal à rester à flot dans une ville habituée à une croissance quasi continue depuis premier puits de pétrole.

Le retour des résidents de longue date dans leur pays d’origine ne laissaient présager rien de bon par rapport à l’avenir de ce modèle économique fondé sur la présence des expatriés. Ceux-là représentent près de 90% de la population de Dubaï.

Le début de la pandémie marque la chute des cours de pétrole, avec l'effondrement de la demande d'énergie dans le monde. Les prix du brut atteignent ainsi leurs niveaux les plus bas depuis deux décennies. Les ministres des Finances des pays du Golfe ont sonné l'alarme, et les gouverneurs des banques centrales ont dû prendre des mesures exceptionnelles en prévision d'une nouvelle récession mondiale. Les images des cols bleus sud-asiatiques et philippins qui embarquaient sur les vols de rapatriement on fait le tour du globe.

Pour Dubaï, les problèmes économiques ont été exacerbés par l'impact de la crise du coronavirus sur l'industrie mondiale du voyage et du tourisme, freinée à une vitesse ahurissante. Un confinement strict en avril a forcé les entreprises, au bilan déjà boiteux, à fermer ou à licencier du personnel.

Les travailleurs migrants étrangers ont été les plus touchés par les mesures de réduction des coûts, et nombre d'entre eux ont vu leurs salaires réduits, différés ou gelés. Oxford Economics estime que pas moins de 900 000 emplois auraient été perdus aux EAU, et 10% de ses habitants déracinés.

L'anxiété étouffait doucement Dubaï, cette ville cosmopolite, capitale de l’énergie entrepreneuriale, aux ambitions sans bornes et aux occasions de shopping illimitées. A partir du mois de mars, deux des plus grandes forces de l’émirat, les secteurs de l’aviation et de l’hôtellerie, sont devenus les deux maillons faibles de l’économie, rongés un virus extrêmement contagieux et potentiellement mortel.

photo

Cette photo prise le 8 juillet 2020 à Dubaï montre une vue aérienne de l'Atlantis The Palm, un hôtel de luxe situé à la pointe de l'archipel artificiel de Palm Jumeirah, au large de l'émirat du golfe (Photo, AFP/Fichier Photo).

Pourtant, avec le lancement de la campagne de vaccination aux EAU, les jours sombres de Dubaï pourraient devenir chose du passé. Les hôtels adaptent leurs stratégies commerciales au nouveau flux de de visiteurs. Le groupe Jumeirah, qui gère le célèbre hôtel Burj Al-Arab, a mis en place une série d'expériences éphémères du style pop-up, comme SAL, un nouveau club de piscine et de plage chic considéré comme un concept avant-gardiste.

«L’essence même Dubaï est dans l’entreprenariat, cette ville peut prendre des virages radicaux pour s’adapter aux dunes changeantes, et cette qualité lui permet de braver la crise pour en ressortir plus forte», affirme Danielle Wilson Naqvi, propriétaire de l’agence de voyage locale Unique Family Travels, à Arab News.

Les grandes entreprises ne sont pas seules à parier sur un avenir meilleur. Les premiers bourgeons d’une reprise, quoique anecdotiques, peuvent être repérés dans l'humeur optimiste de nombreux propriétaires de petites entreprises qui ont connu le stress et l'incertitude du confinement.

«Malgré les mois difficiles qui ont précédé l'été, nous réalisons nos meilleures ventes en ce moment», se réjouit Haider Madani, propriétaire et co-fondateur de Cassette DXB, un café-restaurant ouvert en février 2019. «Avec la hausse du nombre de clients, nous avons pu élargir notre équipe. D’une part nous aidons les gens à réintégrer le marché du travail, et d’autre part nous élargissons notre offre de produits alimentaires et de boissons».

ngrf
Une photo prise avec un objectif grand angle le 19 juillet 2020 montre Burj Khalifa à Dubaï avant le lancement de la sonde émiratie «Hope» vers Mars (Photo, AFP/Fichier Photo).

Seul le temps dira à quel point la reprise est durable, mais Dubaï aura réussi le cas échéant à éviter à temps un plongeon dans le néant. «Avant la pandémie, Dubaï faisait face à des défis économiques, son secteur immobilier et hôtelier était peut-être surchargé», a déclaré Wooller. «La pandémie aura en quelque sorte permis à Dubaï de faire le point sur la situation, et a fourni l'occasion de changer de cap».

«Je crois qu'il est trop tôt pour parler d'un deuxième boom, mais Dubaï respire bien en ce moment. La gestion de la pandémie a également été un honneur pour l’émirat, et je m'attends à une consolidation de cette performance en 2021».

Au cours des deux derniers mois, le gouvernement des Émirats arabes unis a adopté une série de mesures afin de stimuler l'économie et à attirer des compétences du monde entier. Une modification révolutionnaire de la loi sur les sociétés des Émirats arabes unis en particulier autorise désormais la propriété commerciale étrangère à 100%. Jusque-là, EAU exigeaient une participation émiratie de 51% dans les entreprises opérant en dehors des zones franches.

En novembre, une refonte majeure des lois relatives au statut personnel a permis aux couples non mariés de cohabiter, en plus d’assouplir les restrictions en matière d’alcool. Pour sa part, Dubaï a lancé en octobre un programme de travail à distance qui permet aux travailleurs nomades numériques et à leurs familles de s'installer dans l'émirat, sur une base annuelle, pour seulement 287 dollars et les frais d’une assurance médicale.

kjf
Un rapport récent du Times of Israel note que plus de 50000 Israéliens se sont déjà rendus aux EAU depuis la signature de l'accord de paix des Accords d'Abraham le 15 septembre (Photo, AFP/Fichier Photo).

L’amendement faisait suite à l’approbation en octobre par Dubaï d’un plan de relance économique supplémentaire de 136 millions de dollars (500 millions AED) pour soutenir l’économie locale, ce qui porte le total des mesures de relance de l’année à 1,8 milliard de dollars.

Les courtiers immobiliers espèrent bien que ces petites fluctuations du marché immobilier de Dubaï présagent la reprise très attendue. Selon l'UBS Global Real Estate Bubble Index, toutes les grandes villes ont connu des hausses de prix à l'exception de Dubaï en 2020, dont le marché a décliné pendant la pandémie en raison d'un manque de liquidités, et se place donc «à sa juste valeur» du point de vue de l'investissement.

«Cela s'ajoutait à un marché immobilier déjà sous-évalué», explique à Arab News Taufiq Rahim, chercheur principal basé aux EAU au New America Research Institute. «Les actifs de Dubaï étaient déjà révisés à la baisse, et ont dû s’ajuster à une baisse supplémentaire. A présent, nous observons une augmentation du nombre de visiteurs, de futurs résidents à la recherche d'une propriété».

kf

Cette photo prise le 8 juillet 2020 montre une vue aérienne du monument Dubai Frame dans l'émirat du golfe (Photo, AFP/Fichier Photo).

Dubaï Land Department (DLD), en coopération avec Property Finder, a publié fin novembre la septième édition de Mo’asher, l’indice officiel des prix de vente dans l’émirat. Il indique que la demande de villas et de pavillons se retrouve de nouveau à un niveau record, avec une croissance de plus de 500% enregistrée depuis mai 2020.

Aux bonnes nouvelles s’ajoute la réception la semaine dernière du premier lot de vaccins de Pfizer-BioNTech, transportés aux Émirats par Emirates SkyCargo pour le compte de L’autorité sanitaire de Dubaï. Saluant la «gestion efficace de la pandémie par les dirigeants visionnaires de Dubaï», Nabil Sultan, un cadre supérieur du transporteur, assure qu’en « transportant les vaccins contre la Covid-19 à travers notre vaste réseau, nous sommes impatients d'aider les gens du monde entier à se relever après les effets dévastateurs de la pandémie».

L’heure dans l’émirat est à l’optimisme prudent et à la confiance. «Il faut être très courageux pour affronter Dubaï», a déclaré Wooller, de la société d'analyse de la gestion hôtelière STR, à Arab News. «C'est une ville extrêmement rapide».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: nouvelles frappes israéliennes malgré la prolongation de la trêve

Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
Short Url
  • Israël a mené de nouvelles frappes dans le sud du Liban après avoir ordonné l’évacuation de plusieurs villages, malgré la prolongation récente de la trêve entre les deux pays lors de négociations à Washington
  • Les violences continuent d’aggraver la crise humanitaire : plus de 400 personnes ont été tuées depuis le début de la trêve et près d’un million de personnes ont été déplacées au Liban depuis le début du conflit régional

BEYROUTH: Israël mène de nouvelles frappes sur le sud du Liban samedi après avoir ordonné aux habitants de neuf villages d'évacuer, malgré la prolongation d'un mois et demi de la trêve lors de négociations entre les deux pays la veille à Washington.

"Les forces de défense israéliennes ont commencé à frapper des infrastructures du Hezbollah dans plusieurs zones du sud du Liban", a affirmé l'armée israélienne dans un communiqué.

L'Agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle) a rapporté des frappes sur au moins cinq villages du sud, précédées un mouvement d'exode des habitants vers Saïda, la grande ville du sud, et Beyrouth.

L'armée israélienne avait auparavant ordonné aux habitants de neuf villages des régions de Saïda et Nabatiyé de les évacuer en prévision de frappes.

Ces frappes sur le sud dévasté se poursuivent malgré l'annonce vendredi soir de la prolongation d'une trêve entrée en vigueur le 17 avril entre les deux pays, et qui devait expirer dimanche.

Israël et le Liban mènent des négociations à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques.

Le Hezbollah pro-iranien est opposé à ces négociations et continue de revendiquer des attaques contre l'armée israélienne qui occupe désormais une partie du sud du pays, et épisodiquement contre le nord d'Israël.

Plus de 400 personnes ont été tuées dans les frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Le Liban a été entraîné dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars et près de 3.000 personnes ont été tuées et plus d'un million déplacées depuis, selon les chiffres officiels.


"J'aurais voulu passer le bac": déception après l'annulation des examens au Moyen-Orient et au Mali

Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Short Url
  • Le ministère français de l’Éducation a annulé les épreuves du brevet et du baccalauréat dans plusieurs pays du Moyen-Orient et au Mali en raison de la situation sécuritaire, remplaçant les examens par les moyennes annuelles des élèves
  • De nombreux élèves et enseignants au Liban expriment leur déception, estimant que le bac représentait une récompense symbolique pour leurs années de travail et craignant une perte du prestige du diplôme français

BEYROUTH: "J'aurais voulu passer le bac comme une récompense de mon travail": des élèves et professeurs expriment leur déception après la récente annonce de l'annulation des épreuves écrites et orales du brevet et du bac dans les établissements français de pays du Moyen-Orient et au Mali.

Cette année, les candidats scolarisés dans les établissements français homologués du Bahreïn, des Émirats arabes unis, d'Irak, d'Iran, d'Israël, du Koweït, du Liban, du Qatar et du Mali, ainsi que ceux inscrits en classes réglementées auprès du Centre national d'enseignement à distance (Cned), "se verront attribuer leur moyenne annuelle dans les enseignements concernés", a indiqué mardi le ministère français de l'Education nationale.

Cette mesure, liée à la guerre au Moyen-Orient et à la situation sécuritaire critique au Mali, concerne les épreuves écrites du diplôme national du brevet, les épreuves anticipées de français, à l'écrit comme à l'oral, et de mathématiques du baccalauréat général et technologique, ainsi que les épreuves de spécialité et de philosophie et le grand oral en classe de Terminale.

"Les candidats se présentant sous statut individuel pourront se présenter à la session de remplacement prévue en septembre 2026", tant pour le brevet que pour le baccalauréat, a précisé le ministère.

"J'aurais voulu faire le bac honnêtement, donc j'étais un peu triste d'apprendre qu'ils vont l'annuler", a réagi Yana Abdallah, 18 ans, élève du Collège des Saints-Coeurs Kfarhbab, au Liban.

Pour cette élève, qui affiche entre 16 et 17/20 de moyenne, se confronter à l'examen aurait marqué symboliquement la fin d'un cycle: "Nous avons travaillé pour le bac depuis notre entrée à l'école", rappelle-t-elle. Le passer aurait été comme une "récompense pour toute la fatigue que m'a valu mon travail".

Son école, qui se basera sur les notes du contrôle continu, n'a pas exclu la possibilité d'organiser un second bac blanc pour ne pas léser les élèves.

Les examens organisés "étaient jusqu'à présent comme une préparation mais sans que les élèves n'y mettent toute leur concentration", souligne Yana Abdallah, jugeant que son établissement essaye de les aider "autant que possible".

- "Suite désastreuse" -

Selon les chiffres de l'ambassade de France, le Liban compte en Terminale 3.166 élèves dans des établissements officiellement reconnus par les autorités et 402 élèves en candidats libres.

"Je suis contre l'annulation de ce diplôme, chaque fois que le bac a été annulé, la suite a été désastreuse", a témoigné auprès de l'AFP Hyam Merheb, 73 ans, à la retraite, ancienne enseignante de français pendant 45 ans au Liban.

"Le bac français a gardé son prestige malgré tous les événements par lesquels on est passé", juge-t-elle. "C'est la seule image encore positive que l'on peut avoir de notre pays et de l'enseignement tel qu'il était auparavant".

La décision du gouvernement est "incompréhensible", "tout le monde était prêt" pour faire passer les épreuves, avec des aménagements (moins de textes à préparer pour l'oral de français, par exemple), a aussi réagi auprès de l'AFP une enseignante et représentante syndicale du Grand lycée franco-libanais de Beyrouth, qui souhaite rester anonyme.

"Personne ne s'attendait à cette décision, les élèves de terminale avaient reçu leur convocation ce (mardi) matin", a-t-elle rapporté, déplorant avoir appris la nouvelle par la presse.

A Bamako au Mali, l’école française "Liberté" comptait à la rentrée de septembre 1.380 élèves, dont 600 en classe d'examens. "Mais, nous en avons perdu 80 en cours d'année, partis à cause de l’insécurité", a appris l'AFP auprès de membres de l’association des parents d’élèves de l’établissement.

"Notre combat est de faire en sorte que le lycée puisse ouvrir à la rentrée de septembre prochain", poursuit-on de même source.

En raison de la situation sécuritaire critique, les cours sont désormais assurés uniquement en ligne.

Selon le ministère, des mesures d'aménagement pourront également être décidées dans d'autres pays, jusqu'à 15 jours avant le début des épreuves, si les conditions locales ne permettent pas leur organisation.

Le coup d'envoi du baccalauréat sera donné le 11 juin avec l'épreuve écrite anticipée de français pour les élèves de Première.


Le Liban et Israël prolongent leur cessez-le-feu de 45 jours

Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
Short Url
  • Le Liban et Israël ont accepté de prolonger leur cessez-le-feu de 45 jours après des discussions jugées « positives » à Washington
  • Malgré la trêve entrée en vigueur le 17 avril, les frappes israéliennes contre le Hezbollah au Liban ont continué, causant des centaines de morts selon les autorités libanaises

WASHINGTON: Israël et le Liban ont donné leur accord à une prolongation d'un mois et demi du cessez-le-feu pendant de nouvelles négociations entre les deux pays à Washington, même si de nouvelles frappes israéliennes ont visé le sud du Liban vendredi.

Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a dit avoir "reçu des messages" de Washington en faveur de la reprise des négociations pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient, ajoutant être ouvert à une aide de Pékin.

Le cessez-le-feu israélo-libanais, qui arrivait à expiration dimanche, "va être prolongé de 45 jours afin de permettre de nouveaux progrès", a annoncé la diplomatie américaine après une nouvelle session de négociations directes entre des représentants d'Israël et du Liban jeudi et vendredi.

Le département d'Etat américain a précisé qu'il organiserait un nouveau cycle de discussions les 2 et 3 juin. D'ici là, le Pentagone réunira des délégations militaires des deux pays le 29 mai.

L'ambassadeur d'Israël à Washington, Yechiel Leiter, a déclaré à l'issue des pourparlers qu'il serait essentiel de garantir la sécurité de son pays.

"Il y aura des hauts et des bas, mais les chances de réussite sont grandes ", a-t-il écrit sur le réseau X.

La délégation libanaise a salué de son côté une prolongation qui ouvre la voie "à une stabilité durable", mais insisté sur la nécessité d'un "processus par étapes et vérifiable", soutenu par Washington.

- "Irresponsable" -

S'exprimant depuis le Liban, le Premier ministre Nawaf Salam a accusé le Hezbollah pro-iranien d'avoir entraîné le pays dans une nouvelle guerre "irresponsable".

"Assez de ces aventures irresponsables servant des projets ou intérêts étrangers", a-t-il lancé, appelant au soutien des pays arabes, et plus largement de la communauté internationale, dans les négociations avec Israël.

Malgré l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 17 avril, Israël poursuit ses frappes au Liban, disant viser le Hezbollah, et le mouvement chiite continue de tirer des roquettes sur des positions israéliennes.

Le Liban a annoncé la mort de six personnes, dont trois secouristes du Comité islamique de santé, affilié au Hezbollah, dans un bombardement israélien dans le sud du pays.

Plus de 400 personnes ont péri dans des frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Au moment des discussions à Washington vendredi, l'armée israélienne a émis des ordres d'évacuation pour une dizaine de secteurs dans le sud du Liban et annoncé "mener des frappes contre l'infrastructure du Hezbollah dans la région de Tyr".

- "Des femmes et enfants" -

"Il n'y a ici que des femmes, des enfants et des personnes âgées. Cette frappe cause de nouveaux déplacements de personnes", a déclaré à l'AFP Hafez Ramadan, qui vit près de l'immeuble visé par la frappe, qui abritait selon lui surtout des déplacés.

Les frappes à Tyr ont fait 37 blessés, dont six membres du personnel médical de l'hôpital, quatre enfants et neuf femmes, selon le ministère de la Santé.

Le Hezbollah a revendiqué des attaques de drones contre des casernes dans le nord d'Israël, ainsi que d'autres contre les forces israéliennes positionnées dans plusieurs localités libanaises frontalières. L'armée israélienne est déployée dans cette zone pour pouvoir, selon elle, protéger la population du nord d'Israël des tirs du mouvement pro-iranien.

Israël, comme les Etats-Unis, appelle Beyrouth à désarmer le Hezbollah.

"Le Liban négocie pour un avenir dans lequel ses frontières seront respectées (et) sa souveraineté assurée seulement" par son armée,  a souligné aussi la délégation libanaise à Washington.

Un des hauts responsables du mouvement pro-iranien, Mahmoud Qomati, a qualifié les négociations avec Israël "d'humiliantes" et dénoncé "un complot contre le pays".

- "Bonnes intentions" -

Du côté de Téhéran, le ministre des Affaires étrangères, en visite en Inde, s'est dit ouvert à une aide de la Chine pour mettre fin au conflit, au lendemain de propos à Pékin de Donald Trump, selon qui son homologue chinois Xi Jinping a proposé d'aider à rouvrir le détroit d'Ormuz.

"Nous savons que (les) Chinois ont de bonnes intentions. Toute initiative de leur part susceptible de soutenir la diplomatie serait donc la bienvenue", a déclaré M. Araghchi.

Les Gardiens de la Révolution iraniens permettent désormais à davantage de navires de passer par le détroit, quasi paralysé par Téhéran depuis le début de la guerre, a affirmé la télévision publique.

La veille, la chaîne avait fait état de plus de 30 navires autorisés à transiter par le détroit, qui voit passer d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

De son côté, le porte-avions français Charles-De-Gaulle et son escorte sont arrivés "sur zone" au large de la péninsule arabique où ils sont prépositionnés en cas de déclenchement d'une mission "neutre" pour rétablir la navigation dans le détroit d'Ormuz, a annoncé la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo.