Le Forum mondial des réfugiés face au plus grand déplacement humain de l'histoire

Des personnes près de tentes dans le camp de fortune Sahlat al-Banat pour les personnes déplacées à l'intérieur du pays, installé à côté d'une décharge à la périphérie de la ville de Raqqa, dans le nord de la Syrie, le 10 juillet 2023 (Photo, AFP).
Des personnes près de tentes dans le camp de fortune Sahlat al-Banat pour les personnes déplacées à l'intérieur du pays, installé à côté d'une décharge à la périphérie de la ville de Raqqa, dans le nord de la Syrie, le 10 juillet 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 15 décembre 2023

Le Forum mondial des réfugiés face au plus grand déplacement humain de l'histoire

  • Avec 114 millions de personnes déplacées dans le monde, les agences d'aide et les pays en développement demandent des actions concrètes au sommet de Genève
  • L'Arabie saoudite a fourni 18,57 milliards de dollars d'aide aux réfugiés dans le pays, déclare Abdallah al-Rabeeah, le superviseur général de KSrelief, lors d'un forum

LONDRES: Avant même que la guerre à Gaza ne provoque le déplacement de quelque 1,9 million de personnes, le monde était déjà en proie à la pire crise de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale, avec des conflits, des crises et des catastrophes climatiques qui forçaient les gens à quitter leur foyer.

Plus de 114 millions de personnes sont actuellement en déplacement dans le monde, contre 75 millions en 2019. Les conflits en Ukraine, en Syrie et au Sahel, la sécheresse dans la Corne de l'Afrique et les crises économiques, du Liban au Venezuela, poussent les gens à rechercher la sécurité.

En réponse à ces immenses défis, qui ont des implications significatives pour les économies des pays d'accueil et de transit, l'ONU a organisé son dernier Forum mondial sur les réfugiés à Genève – son premier depuis la pandémie – qui se déroulé du 13 au 15 décembre.

«Le Forum mondial sur les réfugiés se tient à un moment où les déplacements de population dans le monde atteignent des niveaux inégalés», a déclaré à Arab News, Ezekiel Simperingham, responsable mondial des migrations et des déplacements pour la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Le roi Abdallah II de Jordanie prononce un discours lors du Forum mondial sur les réfugiés, à Genève, le 13 décembre 2023 (Photo, AFP).

«Cette situation est aggravée par le changement climatique, les conflits et les maladies, mais les besoins des réfugiés et des autres personnes déplacées sont urgents et complexes», a indiqué Simperingham.

Les séances d'ouverture du forum, mercredi, ont été dominées par la question de Gaza, où la guerre entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas, qui a débuté le 7 octobre, a entraîné le déplacement d’environ 85% des habitants de la bande de Gaza.

En ouvrant le forum par un appel à un cessez-le-feu immédiat, Filippo Grandi, le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, a prévenu que la poursuite des combats ne ferait qu'augmenter le nombre de personnes déplacées dans le monde.

«Une catastrophe humaine majeure se déroule à Gaza et, jusqu'à présent, le Conseil de sécurité de l'ONU n'a pas réussi à mettre fin à la violence», a prévenu Grandi dans son discours d'ouverture, faisant référence au récent veto de Washington à une motion appelant à un cessez-le-feu.

Il a averti que de nouveaux déplacements dans une région déjà saturée de réfugiés en raison des multiples conflits en cours constituaient une menace majeure pour la sécurité et la stabilité.

Ses commentaires font écho à un tweet qu'il a publié plus tôt dans la semaine et dans lequel il avertissait qu'un «déplacement massif» au-delà des frontières de Gaza serait non seulement «catastrophique pour les Palestiniens, qui connaissent le traumatisme de l'exil», mais aussi impossible à résoudre, ce qui «compromettrait encore davantage toute chance de paix».

Depuis que le Hamas a lancé son attaque transfrontalière sans précédent sur les villes du sud d'Israël le 7 octobre, tuant 1 400 personnes, pour la plupart des civils, et prenant en otage quelque 240 personnes, la bande de Gaza est soumise à des bombardements soutenus de la part des forces de défense israéliennes (FDI).

Bien que l'objectif déclaré des FDI soit de détruire le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis 2007, la campagne militaire israélienne a coûté la vie à quelque 17 000 personnes, dont une majorité de femmes et d'enfants, selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas.

Certains pays arabes, dont l'Égypte et la Jordanie, ont accusé Israël d'essayer de chasser les Palestiniens de la bande de Gaza dans une répétition de la Nakba, ou la catastrophe, de 1948, qui a vu la population chassée de ses maisons pour faire place au nouvel État israélien.

Plus de 114 millions de personnes sont aujourd'hui en déplacement dans le monde (Photo, AFP).

Si les deux millions d'habitants de Gaza devaient se réfugier en Égypte et dans d'autres pays voisins, il est probable qu'ils ne seraient jamais autorisés à revenir, ce qui rendrait encore plus improbable la possibilité d'un État palestinien indépendant aux côtés d'Israël.

Une telle vague de personnes dépossédées placerait également un immense fardeau sur les épaules des pays voisins, qui accueillent déjà un grand nombre de Palestiniens ainsi que des millions de personnes déplacées par la guerre en Syrie.

S'exprimant mercredi lors du Forum mondial sur les réfugiés, le roi Abdallah II de Jordanie a déclaré que le monde ne devait pas tourner le dos aux personnes déplacées ni aux pays d'accueil, avertissant que l'inaction risquait de «laisser derrière elle une génération perdue».

«Au lieu de progresser dans la résolution de cette crise des réfugiés qui ne cesse d'évoluer et de s'étendre, et alors même que de nouvelles crises de déplacement apparaissent, nous constatons que l'attention se relâche. Nous ne pouvons pas nous permettre que cela continue», a-t-il signalé, citant les 1,4 million de Syriens, dont 650 000 réfugiés accueillis par la Jordanie.

Abdallah a évoqué ce qu'il a appelé un modèle de «soutien fluctuant» de la part des gouvernements en Europe et dans le monde occidental en général, où les réfugiés ont parfois été accueillis, comme dans le cas des Ukrainiens, et parfois refusés.

La vice-présidente de la Colombie, Francia Elena Marquez Mina, s'est également exprimée lors du forum mercredi, appelant à un plus grand soutien de la part des pays occidentaux. Son pays, situé au carrefour de l'Amérique du Sud et de l'Amérique centrale, a accueilli des millions de Vénézuéliens et d'autres nationalités fuyant les difficultés et les persécutions.

Robinah Nabbanja, Première ministre de l'Ouganda, qui accueille la quatrième plus grande population de réfugiés au monde, a également déclaré que «nos maigres ressources économiques ont été mises à rude épreuve» par la crise des déplacements, un fardeau qui n'a pas été partagé par les pays les plus riches.

En réponse à ces appels, Yoko Kamikawa, ministre des Affaires étrangères du Japon, a déclaré qu'il était temps que le monde adopte «une approche plus prospective» de la question des déplacements.

«Nous ne pouvons pas améliorer la situation en nous contentant de fournir de la nourriture, de l'eau et des abris», a-t-elle précisé lors du forum. «Je pense que nous devons tous envisager un avenir où chaque réfugié et chaque personne déplacée pourra parler de ses rêves et aura la possibilité de travailler dur pour les réaliser.»

Soulignant la nécessité urgente de résoudre le conflit, Yoko a indiqué que l'agence des Nations unies pour les réfugiés, le HCR, pouvait contribuer à atténuer certaines souffrances, mais qu'elle ne pouvait pas s'attaquer aux causes sous-jacentes.

L'ONU accueille son récent Forum mondial sur les réfugiés à Genève du 13 au 15 décembre (Photo, AFP).

«Le HCR peut aider à sauver des vies et à atténuer certaines souffrances, mais il ne peut pas résoudre les conflits. C'est la responsabilité des hommes politiques comme moi et beaucoup d'autres ici aujourd'hui», a-t-elle déclaré.

Consciente de sa responsabilité d'aider les communautés vulnérables, l'Arabie saoudite a fourni plus de 18,57 milliards de dollars (1 dollar américain = 0,91 euro) d'aide aux réfugiés dans le pays à ce jour, selon Abdallah al-Rabeeah, superviseur général de l'agence d'aide saoudienne KSrelief.

S'exprimant lors du forum, Al-Rabeeah a déclaré que l’Arabie saoudite accueille 1,07 million de réfugiés, qui représentent 5,5% de la population nationale, et leur fournit des soins de santé gratuits, des possibilités d'éducation et de l'aide pour s'intégrer dans leurs nouvelles communautés.

L'Arabie saoudite a également fourni 1,15 milliard de dollars d'aide aux réfugiés dans d'autres pays d'accueil à travers le monde, a ajouté Al-Rabeeah, révélant que son pays prévoit de lancer plusieurs nouveaux projets d'une valeur de 170 millions de dollars, notamment la fourniture d'une aide de 40 millions de dollars pour les réfugiés palestiniens à Gaza et de 10 millions de dollars pour le Fonds islamique mondial pour les réfugiés.

Malgré ces efforts, de nombreuses personnes travaillant dans le secteur humanitaire se sont inquiétées du manque de volonté des autres pays développés de joindre le geste à la parole.

Des Palestiniens brandissent leur carte d'identité alors qu'ils se rassemblent pour recevoir des rations de farine pour leurs familles devant un entrepôt de l'Unrwa à Rafah (Photo, AFP).

Prenant le Royaume-Uni comme exemple de cette tendance, Sile Reynolds, responsable de la défense du droit d'asile à Freedom from Torture, a constaté un écart entre le soutien humanitaire apporté par le gouvernement aux enfants et son objectif politique d'expulser les demandeurs d'asile vers le Rwanda.

«Alors que la délégation britannique défend son ambitieux programme au forum, ses collègues au Royaume-Uni célèbrent le succès douteux de l'adoption en deuxième lecture d'un projet de loi qui met le feu aux engagements internationaux du Royaume-Uni en matière de protection des réfugiés», a déclaré Reynolds à Arab News.

«Pourquoi un pays prendrait-il au sérieux les promesses du Royaume-Uni de partager la responsabilité d'assurer la protection et le bien-être des réfugiés?», a-t-elle demandé.

«Le même gouvernement britannique conspire et complote pour envoyer des enfants, fuyant exactement le même conflit et la même persécution que ceux qui font l'objet des ambitions louables du Forum mondial sur les réfugiés, vers un avenir incertain au Rwanda», a-t-elle ajouté.

En 2019, le Forum mondial sur les réfugiés a recueilli plus de 1 400 initiatives et promesses de soutien aux personnes déplacées et aux pays d'accueil. Toutefois, à ce jour, moins d'un tiers d'entre elles ont été concrétisées.

Carenza Arnold, porte-parole de l'organisation caritative britannique Women for Refugee Women, a déclaré que si le forum représentait «une excellente occasion» de faire avancer les initiatives visant à soutenir les personnes en quête de sécurité dans le monde, il est essentiel que ces initiatives soient mises en œuvre.

EN CHIFFRES

- 114 millions de réfugiés dans le monde en 2023.

- 43,3 millions d'enfants réfugiés dans le monde.

- 4,4 millions de personnes considérées comme apatrides.

- 69% des réfugiés vivent dans des pays voisins de leur pays d'origine.

(HCR)

«Nous savons qu'il y a de plus en plus de personnes qui sont forcées de fuir leur maison pour sauver leur vie chaque année», a déclaré Arnold à Arab News.

«Il est toutefois essentiel que des initiatives soient mises en place afin d’aider les gens à se déplacer en toute sécurité lorsqu'ils en ont besoin, à se remettre des traumatismes qu'ils ont subis et à reconstruire leur vie dans la dignité», a-t-elle insisté.

Pour Adhieu Achuil Dhieu, réfugié du Sud-Soudan, qui s'est adressé au forum mercredi, l'un des éléments essentiels pour remédier à la baisse d'intérêt est d'offrir aux réfugiés une plate-forme pour partager leurs histoires.

Reconnaissant la «participation accrue» des personnes déplacées aux dialogues stratégiques depuis le forum de 2019, Dhieu a souligné: «Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant de parvenir à un véritable leadership des réfugiés.»

«Il doit y avoir des changements concrets menés par les personnes déplacées et les apatrides, afin de garantir notre place légitime dans les processus de prise de décision qui ont un impact sur nos vies», a-t-il expliqué.

Ajoutant que «le déplacement est un défi temporaire, pas une condition permanente». Dhieu a ainsi spécifié que les gouvernements devaient augmenter leur financement pour les organisations dirigées par des réfugiés, rappelant aux dirigeants mondiaux que l'escalade de la crise des réfugiés est «une responsabilité partagée».

Le roi Abdallah II de Jordanie (à gauche) s'entretient avec le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi (à droite), lors du Forum mondial sur les réfugiés, à Genève (Photo, AFP).

Najwa al-Abdallah, directrice générale d'Amna, anciennement Refugee Trauma Initiative, partage le même point de vue de Dhieu.

«Notre vision des réfugiés qui déterminent leur avenir, sans être limités par l'impact des conflits et des déplacements, et notre mission qui consiste à encourager la joie et l'appartenance, ce qui s'alignent sur le message du forum», a déclaré Al-Abdallah à Arab News.

«Ce message a jusqu'à présent mis l'accent sur le leadership des réfugiés, sur des solutions tenant compte des traumatismes et sur la communauté comme réponse à un problème complexe», a-t-elle ajouté.

«La communauté mondiale ne peut prospérer si ses membres les plus vulnérables sont laissés pour compte. Faisons-en sorte que ce forum soit pris en compte», a-t-elle soutenu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


L'armée iranienne prévient qu'elle «ouvrira de nouveaux fronts» en cas de nouvelle attaque américaine

Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
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  • Téhéran continue de contrôler le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, tandis que l'armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens
  • La quasi-paralysie du détroit a secoué l'économie mondiale, faisant flamber les cours du pétrole

TEHERAN: L'armée iranienne a averti mardi dans un communiqué qu'elle "ouvrira de nouveaux fronts" si les Etats-Unis reprennent leurs attaques contre l'Iran, interrompues depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 8 avril.

"Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui", a déclaré le porte-parole de l'armée Mohammad Akraminia, cité par l'agence de presse iranienne Isna.

Lundi, le président américain Donald Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.

Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant ce lundi et un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une nouvelle offensive à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord.

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes, des tractations sont en cours pour tenter de trouver un accord mais les positions des deux parties restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire.

Une seule session de discussions entre représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, se soldant par un échec.

Lundi matin, la diplomatie iranienne avait déclaré avoir répondu à une nouvelle proposition des Etats-Unis visant à sortir de l'impasse diplomatique et à mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

Elle a réitéré ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie.

Lundi, M. Trump avait estimé devant la presse qu'il avait "de très bonnes chances" de s'entendre avec l'Iran, disant observer une évolution "très positive" des tractations avec Téhéran, mais sans fournir aucun détail sur leur contenu.

Il avait toutefois assuré que les Etats-Unis se tenaient prêts à lancer une "attaque totale et à grande échelle contre l'Iran à tout moment, si un accord acceptable n'était pas trouvé" avec Téhéran.

Le chef du commandement des forces armées iraniennes, Ali Abdollahi, avait répondu en mettant en garde "les Etats-Unis et leurs alliés" contre toute nouvelle "erreur stratégique et de calcul".

L'accord en question doit assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire, a écrit Donald Trump sur son réseau.

Des médias iraniens avaient déjà dénoncé les "conditions excessives" imposées par les Etats-Unis dans leur dernière offre.

Selon l'agence Fars, Washington exige que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis.

Washington a également refusé de débloquer "ne serait-ce que 25%" des avoirs ou de verser des compensations pour les dommages subis par l'Iran pendant la guerre, selon la même source.


L'Iran met en garde contre toute nouvelle attaque américaine après les propos de Trump

 M. Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.  Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord. (AFP)
M. Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran. Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord. (AFP)
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  • "Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui"
  • Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des EAU

TEHERAN: L'armée iranienne a averti mardi qu'elle "ouvrira de nouveaux fronts" si les Etats-Unis reprennent leurs attaques contre la République islamique, après que le président Donald Trump a dit avoir suspendu une nouvelle offensive.

Dans le même temps, le Qatar a appelé mardi à donner "plus de temps" à la diplomatie pour tenter de trouver un règlement, au-delà du fragile cessez-le feu, à ce conflit qui a fait des milliers de morts et gravement perturbé l'économie mondiale.

La veille, M. Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.

Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord.

"Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui", a répondu mardi le porte-parole de l'armée iranienne, Mohammad Akraminia, cité par l'agence de presse iranienne Isna.

Positions éloignées 

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes lancées le 28 février par les Etats-Unis et Israël, des tractations sont en cours pour tenter de trouver un accord, mais les positions de Washington et Téhéran restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire.

Une seule session de discussions entre représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, se soldant par un échec.

Lundi matin, la diplomatie iranienne avait déclaré avoir répondu à une nouvelle proposition des Etats-Unis visant à sortir de l'impasse diplomatique. Elle a réitéré ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie.

Lundi, M. Trump avait estimé devant la presse qu'il avait "de très bonnes chances" de s'entendre avec l'Iran, disant observer une évolution "très positive" des tractations, mais sans fournir aucun détail sur leur contenu.

Il avait toutefois assuré que les Etats-Unis se tenaient prêts à lancer une "attaque totale et à grande échelle contre l'Iran à tout moment, si un accord acceptable n'était pas trouvé".

Pétrole en repli 

L'accord en question doit assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire, a prévenu le président américain.

Des médias iraniens avaient déjà dénoncé les "conditions excessives" formulées par les Etats-Unis dans leur dernière offre. Selon l'agence Fars, Washington exige que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis.

Mardi, le Qatar a affirmé que les négociations entre les Etats-Unis et l'Iran avaient besoin de "plus de temps" pour aboutir.

"Nous soutenons les efforts diplomatiques menés par le Pakistan (...) pour rapprocher les parties et trouver une solution, et nous pensons qu'ils nécessitent plus de temps", a affirmé le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, lors d'une conférence de presse à Doha.

"Nous voulons protéger les populations de la région, qui seraient les principales perdantes" en cas d'escalade, a-t-il ajouté.

Dans le Golfe, Téhéran continue de contrôler le détroit d'Ormuz, stratégique pour les commerce mondial d'hydrocarbures, tandis que l'armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens.

La quasi-paralysie du détroit a secoué l'économie mondiale et fait flamber les cours du pétrole. Toujours à un niveau élevé, ceux-ci se sont toutefois calmés mardi, les marchés préférant retenir les déclarations optimistes de M. Trump: vers 09H40 GMT (11H40 à Paris), le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en juillet, perdait 1,55% à 110,36 dollars.

 


Cuba prévient d'un «bain de sang» en cas d'attaque américaine, nouvelles sanctions de Washington

La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d'une intervention militaire contre l'île, qui, si elle se matérialisait, "provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables", a dénoncé sur X M. Diaz-Canel. (AFP)
La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d'une intervention militaire contre l'île, qui, si elle se matérialisait, "provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables", a dénoncé sur X M. Diaz-Canel. (AFP)
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  • Cuba a acquis plus de 300 drones militaires et évalue de possibles scénarios de leur utilisation près de la base américaine de Guantanamo, dans l'est de l'île
  • Selon Axios, ces informations ont suscité des inquiétudes à Washington, où des responsables mettent en garde contre une "menace croissante" du fait de la proximité de ces capacités

LA HAVANE: Le président de Cuba, Miguel Diaz-Canel, a averti lundi qu'une attaque américaine contre l'île provoquerait "un bain de sang", tandis que Washington a annoncé avoir sanctionné le renseignement cubain et une dizaine de hauts responsables de l'île communiste.

Miguel Diaz-Canel a aussi souligné le droit "légitime" de son pays à riposter à une éventuelle agression des Etats-Unis, sur fond de fortes tensions entre La Havane et Washington.

Cuba a acquis plus de 300 drones militaires et évalue de possibles scénarios de leur utilisation près de la base américaine de Guantanamo, dans l'est de l'île, a affirmé dimanche le média américain Axios, en citant des renseignements classifiés.

Selon Axios, ces informations ont suscité des inquiétudes à Washington, où des responsables mettent en garde contre une "menace croissante" du fait de la proximité de ces capacités.

Le dirigeant cubain a réaffirmé que son pays "ne représent(ait) pas une menace et n'a(vait) ni plans ni intentions agressives" envers d'autres nations.

La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d'une intervention militaire contre l'île, qui, si elle se matérialisait, "provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables", a dénoncé sur X M. Diaz-Canel.

Sans directement évoquer la détention présumée de drones par son pays, le chef de l'Etat a revendiqué "le droit absolu et légitime de se défendre face à une offensive militaire".

Dans le même temps, le ministère américain des Finances a annoncé lundi avoir ajouté le principal service de renseignement cubain, la Direccion de Inteligencia, ainsi qu'une dizaine de hauts responsables du pays à sa liste des entités et personnes sous sanction.

Le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) a précisé que le président de l'Assemblée nationale cubaine et du Conseil d'Etat, Estaban Lazo, ainsi que trois ministres, de la Justice, de l'Energie et des Communications, sont visés.

Quatre généraux cubains, dont le chef du contre-espionnage militaire, Jose Miguel Gomez del Vallin, également député, font aussi partie des nouvelles personnes inscrites sur la liste.

Une inscription à la liste de l'OFAC interdit à toute personne ou entreprise américaine, ou ayant une filiale aux Etats-Unis, de commercer ou faire des affaires avec les personnes ou entreprises sanctionnées.

Cela s'applique également aux entreprises ou citoyens étrangers dès lors que les échanges sont réalisés en dollar. Elle entraîne par ailleurs le gel de l'ensemble des avoirs détenus directement ou indirectement aux Etats-Unis.

Aide mexicaine 

Outre l'embargo américain en vigueur depuis 1962, Washington - qui ne cache pas son souhait de voir un changement de régime à La Havane - impose à l'île depuis janvier un blocus pétrolier total, ayant autorisé l'arrivée d'un seul pétrolier russe.

Début mai, M. Trump a aussi approuvé un nouveau paquet de sanctions contre l'île.

Près de quatre mois après la mise en place du blocus, la situation économique et énergétique de l'île s'est fortement dégradée.

La semaine dernière, le gouvernement a reconnu qu'il n'avait plus de diesel ni de fioul pour alimenter les groupes électrogènes qui complètent la production électrique des sept centrales thermoélectriques du pays.

Cette situation a encore aggravé les délestages électriques, avec des coupures qui peuvent dépasser la vingtaine d'heures par jour dans la capitale et durer des journées entières en province.

Ces interminables coupures ont provoqué des manifestations de mécontentement dans plusieurs quartiers de La Havane.

Dans ce contexte particulièrement tendu, une nouvelle cargaison d'aide humanitaire en provenance du Mexique est arrivée lundi à Cuba. Il s'agit du cinquième envoi d'aide humanitaire par Mexico depuis février.

La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, avait annoncé cet envoi la semaine dernière, en précisant que le chargement ne comprenait pas de pétrole.

Le président Donald Trump considère que l'île communiste, située à 150 kilomètres des côtes de la Floride, constitue "une menace exceptionnelle" pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Il a multiplié les menaces de "prendre le contrôle" de Cuba et a même évoqué l'envoi d'un porte-avions.

Dans ce contexte, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s'est rendu jeudi à La Havane pour une rencontre exceptionnelle avec de hauts responsables cubains, alors que les deux pays poursuivent leurs discussions, à l'un des moments les plus tendus de leurs relations bilatérales.