Repousser les Russes en mer Noire, le pari réussi de l'Ukraine

Une photo montre les dégâts sur le front de mer frappé par la tempête à Sébastopol, la plus grande ville de Crimée, le 27 novembre 2023 (Photo, AFP).
Une photo montre les dégâts sur le front de mer frappé par la tempête à Sébastopol, la plus grande ville de Crimée, le 27 novembre 2023 (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Mardi 26 décembre 2023

Repousser les Russes en mer Noire, le pari réussi de l'Ukraine

  • Mardi, son armée a revendiqué une nouvelle réussite dans la zone en affirmant avoir détruit un navire russe
  • Il s'agit cependant du seul succès militaire majeur de Kiev cette année

AU BORD D’UN PATROUILLEUR UKRAINIEN:  Le patrouilleur ukrainien quitte le port d'Odessa sur la mer Noire, cible régulière d'attaques russes. Debout sur la proue, un garde maritime surveille le ciel, un lance-missiles Stinger sur l'épaule.

Ce bateau fait partie de la stratégie de Kiev visant à écarter la flotte militaire russe des côtes ukrainiennes, dont les premiers résultats ont été loués comme une "grande victoire de l'Ukraine en mer Noire" par Volodymyr Zelensky.

Mardi, son armée a revendiqué une nouvelle réussite dans la zone en affirmant avoir détruit un navire russe.

Malgré la supposée supériorité de la flotte de Moscou, les Ukrainiens sont parvenus à éloigner ses navires du sud-ouest de la mer Noire et à rouvrir un couloir maritime pour exporter des céréales ukrainiennes, faisant fi des menaces russes de bombardements.

"Cet exploit est remarquable car l'Ukraine est pratiquement dépourvue de navires de guerre", souligne une récente tribune publiée par deux experts américains sur le site spécialisé DefenseNews.

Il s'agit cependant du seul succès militaire majeur de Kiev cette année, car après plusieurs retraits importants des Russes en 2022, la ligne de front est restée quasiment inchangée et ces dernières semaines les troupes de Moscou ont encore renforcé la pression sur les fronts Est et Sud.

Pour le porte-parole de la Marine ukrainienne Dmytro Pletentchouk, la Russie est désormais "sur la défensive" en mer Noire contrairement "à sa présence arrogante au large de la région d'Odessa au début de son invasion" en février 2022 quand Moscou avait de facto privé Kiev d'accès à la mer.

Le patrouilleur a ainsi une mission clé: sécuriser le couloir mis en place depuis août entre des ports ukrainiens de la région d'Odessa et le détroit du Bosphore, après que Moscou a claqué la porte d'un accord céréalier international.

«Douze bateaux» russes détruits 

La mer Noire représente un enjeu essentiel pour les exportations de céréales ukrainiennes, le pays étant un des grands producteurs mondiaux. Elle est également un enjeu stratégique pour la Russie.

Dans la partie nord s'y trouve la Crimée, péninsule annexée par Moscou en 2014 et au cœur du dispositif militaire russe, à la fois pour approvisionner les troupes occupant le Sud ukrainien et pour mener des frappes pour toucher en profondeur l'Ukraine.

De son côté, Kiev y a multiplié les attaques contre des installations militaires, notamment une frappe spectaculaire contre le siège de la flotte russe à Sébastopol, forçant Moscou à éloigner ses navires vers Novorossiïsk et Touapsé.

"L'arme qui a changé les règles du jeu c'était des systèmes de missiles anti-navire" de fabrication américaine Harpoon et ukrainienne Neptune, les deux d'une portée d'environ 300 kilomètres, assure M. Pletentchouk à l'AFP.

Selon lui, l'Ukraine s'est également dotée d'une nouvelle brigade ultra-secrète spécialisée dans l'utilisation de drones "marins et sous-marins" qui servent au "déminage, au renseignement et aux frappes" contre de cibles russes.

Cet arsenal a permis aux Ukrainiens de détruire "12 bateaux russes" et d'en endommager 22 autres depuis le début de l'invasion, assure-t-il.

Drones navals «uniques»

Les services ukrainiens de sécurité (SBU) ont indiqué à l'AFP avoir développé des drones navals "uniques" capables de transporter jusqu'à "800 kilogrammes d'explosifs à 800 kilomètres dans les conditions d'une tempête modérée".

Baptisés "Sea Baby", ces appareils ont notamment servi à frapper le pont reliant la Crimée à la Russie en juillet dernier et lors d'attaques pendant lesquelles dix bateaux russes ont été touchés en octobre 2022 et en 2023, a affirmé le SBU.

Sur le patrouilleur de l'unité maritime des gardes-frontières d'Ukraine, à bord duquel une équipe de l'AFP a pu monter, l'équipage repère aux jumelles un premier cargo entré dans les eaux territoriales ukrainiennes après avoir longé les côtes de la Bulgarie et de la Roumanie.

Arrivés à proximité du navire, les gardes-frontières ukrainiens se préparent à monter à bord en tenue de combat.

Leur but est de "détecter des armes, munitions, explosifs" à bord, explique à l'AFP Oleksandre Iakovenko, assistant du commandant du détachement d'Odessa de la Garde maritime.

Danger de mines 

Leur inspection terminée, les hommes descendent du cargo comme des équilibristes, par une petite échelle de corde, posée à même la coque et instable sous l'effet de la houle.

Depuis les début de l'année, la garde maritime a inspecté plus de 2.200 vaisseaux, selon M. Iakovenko.

Une équipe peut en faire une quinzaine par jour, "un travail assez difficile et minutieux" qui nécessite "une bonne forme physique, de l'endurance" et qui se fait sur fond de risque permanent d'attaques russes, ajoute-t-il.

Le danger provient des missiles, drones et mines russes, flottantes ou lancées depuis des avions dans le couloir céréalier, relève M. Pletentchouk, qui déplore la domination de l'ennemi dans les airs.

Deux cargos civils ont été légèrement endommagés par des mines dans l'eau mais ont pu continuer leur route, ajoute-t-il. Si ces incidents n'ont pas fait de victimes, "le danger est présent", dit-il.

La garde maritime ukrainienne et les forces navales des forces armées ukrainiennes patrouillent sur quelque 200 kilomètres de côtes, ainsi que dans les ports de Pivdenny, Odessa et Tchornomorsk, ainsi qu'à Izmaïl et Reni sur le Danube, plus au sud.

Et malgré les menaces russes de représailles sur les navires civils circulant dans la zone et les "attaques systématiques contre les infrastructures portuaires", l'Ukraine a pu exporter "10 millions de tonnes de produits via ce corridor par 302 navires vers 24 pays" depuis août, s'est félicité mardi le ministre ukrainien des Infrastructures, Oleksandre Koubrakov.

 


Téhéran veut garder le contrôle d'Ormuz, fin du round de négociations

Téhéran a répété mardi vouloir garder le contrôle sur le détroit d'Ormuz, tandis que s'est achevé le round de négociations avec les Américains débuté ce week-end en Suisse pour tenter de mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Téhéran a répété mardi vouloir garder le contrôle sur le détroit d'Ormuz, tandis que s'est achevé le round de négociations avec les Américains débuté ce week-end en Suisse pour tenter de mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
  • Le responsable américain, ainsi que le négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, ont quitté lundi le complexe hôtelier du Bürgenstock, dans les Alpes suisses, au terme d'un marathon de 18 heures
  • En attendant, M. Ghalibaf a réaffirmé que les conditions dans le détroit d'Ormuz ne retourneraient pas à celles d'avant-guerre et que la voie resterait "administrée" par son pays, selon des propos rapportés mardi par Irna

BURGENSTOCK: Téhéran a répété mardi vouloir garder le contrôle sur le détroit d'Ormuz, tandis que s'est achevé le round de négociations avec les Américains débuté ce week-end en Suisse pour tenter de mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

Ces discussions ont permis de poser des "bases très solides pour aboutir à un accord final réussi", s'est félicité lundi le vice-président américain JD Vance, les Etats-Unis annonçant dans la foulée une suspension de deux mois des sanctions sur le pétrole iranien.

Le responsable américain, ainsi que le négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, ont quitté lundi le complexe hôtelier du Bürgenstock, dans les Alpes suisses, au terme d'un marathon de 18 heures, laissant à des diplomates le soin de poursuivre des discussions "techniques" sur place.

Celles-ci se sont également achevées et les pourparlers se poursuivront ultérieurement au sein de groupes de travail, a indiqué mardi la diplomatie iranienne à l'agence officielle Irna.

En attendant, M. Ghalibaf a réaffirmé que les conditions dans le détroit d'Ormuz ne retourneraient pas à celles d'avant-guerre et que la voie resterait "administrée" par son pays, selon des propos rapportés mardi par Irna.

Le passage par Ormuz, où transite en temps normal 20% du pétrole et du GNL mondial, était libre de tout contrôle avant le déclenchement par les Etats-Unis et Israël le 28 février de la guerre contre l'Iran.

Mais "l'administration du détroit d'Ormuz ne redeviendra jamais ce qu'elle était avant la guerre", a assuré M. Ghalibaf, martelant que "l'Iran administrera" celui-ci.

L'Iran a par ailleurs indiqué mardi avoir conclu en Suisse avec les Américains un accord pour le déblocage "immédiat" de 12 milliards d'avoirs iraniens gelés.

Ceux-ci seront libérés "en deux tranches de 6 milliards", a détaillé auprès d'Irna le chef de la délégation iranienne chargé des discussions techniques, le vice-ministre de Affaires étrangères Kazem Gharibabadi.

M. Vance avait souligné que son pays s'assurerait qu'un éventuel déblocage d'avoirs iraniens "ne servirait pas à financer le terrorisme".

Ghalibaf à Oman 

Le cycle de négociations entamé ce week-end en Suisse nourrit les espoirs d'un règlement durable du conflit et a fait retomber le cours du baril de Brent de la mer du Nord sous la barre des 78 dollars, loin des plus de 126 dollars atteints au paroxysme de la guerre.

Les négociations, où le Pakistan et le Qatar jouent un rôle de médiation, doivent aboutir à un document final sous un délai de 60 jours renouvelables.

Dans ce cadre, le président iranien, Massoud Pezeshkian, doit effectuer une visite d'Etat à Islamabad mardi, selon la diplomatie pakistanaise.

Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio est pour sa part attendu de mardi à jeudi aux Emirats arabes unis, à Bahreïn et au Koweït, selon son ministère.

Et l'équipe de négociateurs iraniens, emmenée par M. Ghalibaf, s'est rendue de son côté à Oman pour parler précisément de la gestion du détroit d'Ormuz, selon Irna.

Pressé de mettre un terme à un conflit qui pèse sur le pouvoir d'achat de ses citoyens, Washington a multiplié les gestes envers Téhéran.

Concernant le pétrole, principale ressource de la République islamique, "toutes les transactions" concernant la production, la vente et le transport d'hydrocarbures d'origine iranienne "sont autorisées jusqu'au 21 août", a détaillé le ministère américain des Finances.

Selon M. Vance, Téhéran a accepté d'inviter à nouveau des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), ce que l'Iran n'a pas confirmé.

"Premier test réel" 

Mises en place par l'accord de 2015 déchiré par M. Trump en 2018, ces inspections avaient été suspendues par l'Iran après les bombardements israélo-américains de ses installations en juin 2025.

Les inspecteurs de l'AIEA n'ont depuis pas pu visiter les sites touchés, laissant planer le doute sur l'état des stocks d'uranium hautement enrichi de la République islamique, un point de contentieux majeur avec Washington.

Téhéran a toujours nié chercher à se doter de l'arme nucléaire, tout en restant inflexible sur son droit à exploiter une filière nucléaire civile complète.

Sur le front libanais, que Téhéran a insisté pour associer aux discussions, une "cellule de gestion des conflits" va être mise en place pour faire cesser les combats entre Israël et le mouvement pro-iranien Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre début mars.

Lundi, le président libanais Joseph Aoun a ainsi fait savoir avoir reçu un appel de M. Vance au sujet de "la consolidation du cessez-le-feu au Liban, l'arrêt de l'escalade militaire israélienne et les mesures à prendre à cet égard".

L'offensive au Liban, destinée selon Israël à empêcher les attaques du Hezbollah, a fait plus de 4.100 morts selon les autorités et plus d'un million de déplacés.

Pour le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, le respect de ce cessez-le-feu sera "le premier test réel" de la solidité du protocole d'accord américano-iranien.


Pourparlers Iran-Etats-Unis : «des bases très solides» en vue d'un accord final, selon JD Vance

Les pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis tenus dimanche en Suisse pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient ont permis d'établir des "bases très solides" en vue d'un accord final, a affirmé lundi le vice-président américain JD Vance. (AFP)
Les pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis tenus dimanche en Suisse pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient ont permis d'établir des "bases très solides" en vue d'un accord final, a affirmé lundi le vice-président américain JD Vance. (AFP)
  • "Nous avons réalisé de nombreux progrès satisfaisants. Nous avons fait exactement ce que nous voulions faire", a assuré JD Vance, qui va rentrer aux Etats-Unis
  • Côté iranien, l'équipe conduite par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, a quitté le Burgenstock, à l'issue de "18 heures d'intenses discussions", selon l'agence de presse Irna

BURGENSTOCK: Les pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis tenus dimanche en Suisse pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient ont permis d'établir des "bases très solides" en vue d'un accord final, a affirmé lundi le vice-président américain JD Vance.

"Nous avons posé des bases très solides pour aboutir à un accord final réussi. L'accord final, c'est la maison. Nous en avons posé les fondations. Nous n'avons pas encore construit la maison, mais nous avons posé des bases solides pour atteindre une issue favorable pour le peuple américain", a-t-il déclaré aux journalistes.

Après la signature d'un protocole d'accord la semaine dernière et un démarrage dans le chaos, ces négociations, lancées dimanche dans le complexe hôtelier du Burgenstock, dans les Alpes suisses, doivent aboutir, sous un délai de 60 jours renouvelables, à un document final.

"Nous avons réalisé de nombreux progrès satisfaisants. Nous avons fait exactement ce que nous voulions faire", a assuré JD Vance, qui va rentrer aux Etats-Unis.

Côté iranien, l'équipe conduite par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, a quitté le Burgenstock, à l'issue de "18 heures d'intenses discussions", selon l'agence de presse Irna.

Des négociations vont toutefois se poursuivre au niveau technique.

"Nos équipes, en collaboration avec les Iraniens, les Qataris et les Pakistanais, ont réalisé d'importants progrès hier. Elles continueront à travailler au niveau technique avec les équipes présentes ici au Burgenstock", a indiqué JD Vance.

"Ces négociations techniques se poursuivront ensuite au cours des semaines et des jours à venir. Nous voulions mettre en place une structure pour garantir une supervision politique adéquate", a-t-il ajouté.


Iran et Etats-Unis s'accordent sur une feuille de route pour un accord définitif sous 60 jours

Les délégations se sont "mises d'accord sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, jetant ainsi les bases d'un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques" qui se poursuivront cette semaine en Suisse, ont écrit les gouvernements pakistanais et qatari dans un communiqué conjoint. (AFP)
Les délégations se sont "mises d'accord sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, jetant ainsi les bases d'un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques" qui se poursuivront cette semaine en Suisse, ont écrit les gouvernements pakistanais et qatari dans un communiqué conjoint. (AFP)
Short Url
  • Les Etats-Unis et l'Iran se sont entendus sur une "feuille de route" pour conclure dans les 60 jours un accord définitif pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient
  • "La médiation pakistanaise et qatarie a permis des progrès majeurs afin de mettre un terme à la guerre au Liban"

BURGENSTOCK: Les Etats-Unis et l'Iran se sont entendus sur une "feuille de route" pour conclure dans les 60 jours un accord définitif pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, lors de leur première séance de négociations en Suisse, ont annoncé lundi les médiateurs pakistanais et qatari.

Les délégations se sont "mises d'accord sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, jetant ainsi les bases d'un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques" qui se poursuivront cette semaine en Suisse, ont écrit les gouvernements pakistanais et qatari dans un communiqué conjoint.