Année 2023: Une période de tumultes, de tragédies et de transition au Moyen-Orient

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Publié le Jeudi 28 décembre 2023

Année 2023: Une période de tumultes, de tragédies et de transition au Moyen-Orient

  • 2023 a été marquée par les pires tremblements de terre du siècle et par l'éruption la plus sanglante du conflit israélo-palestinien
  • Elle a également vu des signes encourageants de réconciliation entre les rivaux et des progrès dans la lutte contre le changement climatique

IRBIL, Kurdistan irakien: La région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (MENA) a connu une nouvelle année tumultueuse, marquée par des événements allant du pire tremblement de terre du siècle au chapitre le plus sanglant du conflit israélo-palestinien.

En même temps, l'année a également été marquée par des signes prometteurs de réconciliation entre d'anciens rivaux et ennemis, ainsi que par des progrès dans la lutte contre les causes du changement climatique et l'atténuation de ses effets.

JANVIER

Incendies de Coran

L'incendie d'un exemplaire du Coran par des agitateurs d'extrême droite devant l'ambassade de Turquie dans la capitale suédoise, Stockholm, le 21 janvier, a suscité de vives protestations dans le monde islamique.

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L'incendie d'un exemplaire du Coran en Suède par des agitateurs d'extrême droite a suscité des protestations dans les communautés musulmanes du monde entier, notamment au Moyen-Orient (Photo, AFP).

Alors que les manifestations au Bahreïn, en Jordanie et au Liban se sont déroulées pacifiquement, les partisans du religieux irakien Muqtada al-Sadr se sont heurtés à la police alors qu'ils tentaient d'attaquer l'ambassade de Suède à Bagdad.

Les sadristes ont organisé d'autres manifestations en juillet, à la suite de nouveaux incendies de Coran en Suède et au Danemark, en attaquant l'ambassade de Suède à Bagdad et en essayant de prendre d'assaut la zone verte de la ville pour s'en prendre à l'ambassade du Danemark.

Au début du mois, le Danemark a adopté ce que l'on appelle la loi sur le Coran, qui interdit le «traitement inapproprié» des textes religieux par un vote de 94 à 77. Les contrevenants s'exposent désormais à une amende ou à une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à deux ans.

FÉVRIER

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Un énorme tremblement de terre d'une magnitude de 7,8 a dévasté des parties de la Turquie et de la Syrie, faisant plus de 50 000 morts dans la première et 8 000 dans la seconde (Photo, AFP).

Tremblements de terre en Turquie et en Syrie

Deux tremblements de terre ont causé des dégâts d'une ampleur sans précédent dans le sud de la Turquie et le nord de la Syrie le 6 février, faisant plus de 50 000 morts dans le premier cas et 8 000 dans le second.

Les tremblements de terre, les plus graves que la Turquie ait connus depuis 1939, ont été ressentis jusqu'en Égypte et sur la côte turque de la mer Noire.

Bien que dévastatrice, la catastrophe a contribué à une amélioration notable des relations diplomatiques régionales. À la fin du mois, le ministre égyptien des Affaires étrangères s'est rendu en Syrie et en Turquie pour la première fois depuis plus de dix ans.

Plusieurs gouvernements régionaux ont également fourni une aide humanitaire à la Syrie, ce qui a conduit à un dégel des relations avec le gouvernement de Damas, jusqu'alors isolé.

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Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukri, s'est rendu en Syrie et en Turquie pour la première fois depuis plus de dix ans, signe d'un dégel des relations entre les deux pays. (Photo, AFP)

MARS

Accord entre l'Arabie saoudite et l'Iran

Le 10 mars verra une nouvelle réconciliation dans la région, l'Arabie saoudite et l'Iran acceptant de rétablir leurs relations diplomatiques et de rouvrir leurs ambassades respectives dans le cadre d'un accord négocié par la Chine.

Après avoir rompu leurs relations en 2016, les deux pays ont marqué un tournant important avec cette décision, en particulier compte tenu du soutien de longue date apporté par Téhéran aux milices mandataires dans toute la région, notamment les Houthis au Yémen.

Cette évolution a ravivé l'espoir que de nombreux conflits persistants au Moyen-Orient, impliquant des armées mandataires, pourraient enfin trouver une solution pacifique.

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Dans le cadre d'un accord historique négocié par la Chine, l'Iran et l'Arabie saoudite ont accepté de rouvrir leurs ambassades et de reprendre leurs relations diplomatiques, rompues depuis janvier 2016 (Photo, AFP).

AVRIL

Conflit au Soudan

Après des années d'instabilité suite au renversement du président de longue date Omar el-Bechir en 2019, le Soudan a sombré dans la guerre civile le 15 avril lors d'affrontements entre les forces armées soudanaises rivales et les forces paramilitaires de soutien rapide.

La guerre en cours a coûté la vie à environ 10 000 personnes, déplacé des millions d'autres et dévasté la capitale, Khartoum. Elle a également ravivé les craintes d'un nouveau génocide dans la région troublée du Darfour.

Alors que les pourparlers de cessez-le-feu ne progressent guère et que l'attention mondiale est focalisée sur les guerres en Ukraine et à Gaza, le conflit au Soudan est devenu une crise négligée qui menace pourtant la sécurité régionale au sens large.

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La guerre civile a éclaté au Soudan entre les forces armées soudanaises rivales et les forces paramilitaires de soutien rapide (Photo, AFP).

MAI

La Syrie revient dans le giron arabe

Les ministres des Affaires étrangères des États membres de la Ligue arabe se sont réunis le 8 mai au siège de l'organisation, au Caire, et ont voté en faveur de la réintégration de la Syrie, un pays qui a longtemps été exclu de la scène internationale.

L'adhésion de la Syrie à la Ligue arabe a été révoquée à la suite d'une répression meurtrière du régime contre les manifestants antigouvernementaux en 2011, qui s'est ensuite transformée en une véritable guerre civile.

Bien que le conflit ne soit pas encore totalement résolu, le dégel marque une étape importante vers la reconstruction des infrastructures détruites et la fin des souffrances de millions de Syriens déplacés.

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Les ministres des Affaires étrangères des États membres de la Ligue arabe votent le rétablissement de l'adhésion de la Syrie à l'organisation lors d'une réunion au siège de l'organisation au Caire, le 8 mai 2023 (Photo, AFP).

JUIN

Le conflit entre la Turquie et le PKK s'intensifie

Le 13 juin, le Parti des travailleurs du Kurdistan, plus connu sous l'acronyme PKK, a mis fin au cessez-le-feu unilatéral qu'il avait instauré avec l'État turc à la suite des tremblements de terre de février.

En réponse, la Turquie a considérablement intensifié les frappes contre les cachettes du groupe dans le Kurdistan irakien, ainsi que les assassinats ciblés contre ses dirigeants.

Ce groupe de guérilla de gauche mène depuis des décennies une insurrection contre l'État turc en vue de créer un État kurde semi-autonome dans le sud-est de la Turquie.

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Le 13 juin, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a mis fin au cessez-le-feu unilatéral avec la Turquie qu'il avait mis en place après le tremblement de terre de février (Photo, AFP).

JUILLET

Manifestations en Israël

Le Parlement israélien, la Knesset, a adopté le 24 juillet le premier projet de loi de la réforme judiciaire controversée proposée par le Premier ministre, Benjamin Netanyahou.

La ratification du projet de loi est intervenue en dépit des nombreuses protestations internes en Israël depuis le début de l'année et des appels du président américain, Joe Biden, à la reporter.

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Le Parlement israélien, la Knesset, a adopté le premier projet de loi de la réforme judiciaire controversée proposée par le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, ce qui a déclenché des manifestations de masse (Photo, AFP).

Dans un geste sans précédent, des milliers de réservistes de l'armée israélienne ont averti qu'ils cesseraient de se présenter au travail si le projet de loi était adopté.

Cependant, la détermination apparente du gouvernement à poursuivre sa réforme controversée a été tempérée par l'attentat du 7 octobre.

AOÛT

Nouvelles manifestations en Syrie

Si l'année 2023 a vu la réintégration progressive du gouvernement syrien dans le giron arabe, la situation dans le pays est restée désastreuse pour de nombreux citoyens.

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Les Syriens de Soueïda, ville à majorité druze située dans le sud du pays, ont commencé à protester contre la situation économique débilitantes du pays et l'inflation record (Photo, AFP).

Le 17 août, les Syriens de Soueïda, ville du sud à majorité druze, ont commencé à manifester contre les conditions économiques débilitantes du pays et l'inflation record.

Les manifestations se sont rapidement propagées, entraînant de nouveaux appels à la destitution du président, Bachar el-Assad. Il s'agit de la critique la plus ouverte de son régime depuis le soulèvement de 2011.

Le mois d'août a également été marqué par des affrontements sans précédent dans l'est de la Syrie, après l'arrestation d'un leader arabe du Conseil militaire de Deir ez-Zor par les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes.

Les affrontements ont eu lieu après des mois de protestations de tribus arabes contre les politiques des FDS et le manque de services essentiels dans la province riche en pétrole, exposant la vulnérabilité de la région semi-autonome, alliée aux États-Unis.

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Des affrontements ont éclaté dans la province de Deir ez-Zor, à majorité arabe, dans l'est de la Syrie, le 27 août 2023, après que les Forces démocratiques syriennes dirigées par les Kurdes ont arrêté un leader arabe du Conseil militaire de Deir ez-Zor (Photo, AFP).

SEPTEMBRE

Maroc et Libye

Le mois de septembre a été particulièrement tragique pour l'Afrique du Nord. Le 8 septembre, un tremblement de terre a dévasté la région marocaine de Marrakech-Safi, tuant près de 3 000 personnes et détruisant plusieurs sites historiques de Marrakech.

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Une vue des décombres dans le village d'Imin Tala, au centre du Maroc, le 5 octobre 2023 (Photo, AFP).

Il s'agit du deuxième tremblement de terre le plus meurtrier de l'année, après ceux de février en Turquie et en Syrie.

Puis, le 9 septembre, la tempête Daniel a traversé l'est de la Libye, provoquant des inondations dévastatrices qui ont entraîné l'effondrement de deux barrages le 11 septembre, envoyant 1 milliard de pieds cubes (30 millions de mètres cubes) d'eau dans des zones déjà inondées.

Derna, dans l'est de la Libye, où vivent environ 90 000 personnes, a subi les pires dégâts, 25% de la ville ayant disparu dans la mer Méditerranée.

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Une inondation de la taille d'un tsunami a dévasté la ville côtière libyenne de Derna le 10 septembre 2023, entraînant la mort de milliers de personnes (Photo, AFP).

OCTOBRE-DÉCEMBRE

Guerre Israël-Hamas

Le mois d'octobre a vu le début de la guerre la plus destructrice entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas dans la bande de Gaza.

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Une inondation de la taille d'un tsunami a dévasté la ville côtière libyenne de Derna le 10 septembre 2023, entraînant la mort de milliers de personnes (Photo, AFP).

Le 7 octobre, le Hamas a lancé une attaque transfrontalière sans précédent contre le sud d'Israël, tuant plus de 1 200 Israéliens, pour la plupart des civils, et enlevant 240 israéliens et ressortissants étrangers.

Israël a réagi par une opération militaire dévastatrice, qui a tué plus de 20 000 Palestiniens à ce jour, dont une majorité de femmes et d'enfants. L'offensive israélienne a provoqué des déplacements massifs de civils et l'une des plus grandes catastrophes humanitaires de mémoire récente.

NOVEMBRE-DÉCEMBRE

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Les dirigeants et délégués du monde entier posent pour une photo de famille lors du sommet climatique des Nations unies COP28 à Dubaï, le 1er décembre 2023 (Photo, AFP).

COP28

La 28e conférence des Nations unies sur le changement climatique – COP28 – s'est tenue à Dubaï du 28 novembre au 12 décembre, accueillant près de 80 000 délégués et invités du monde entier pour discuter et chercher des solutions aux défis urgents posés par le changement climatique.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Des pourparlers entre Israël et le Liban prévus la semaine prochaine à Washington

Des secouristes libanais déblayent les décombres jeudi sur le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé un immeuble la veille à Beyrouth. (AFP)
Des secouristes libanais déblayent les décombres jeudi sur le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé un immeuble la veille à Beyrouth. (AFP)
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  • Des négociations inédites entre le Liban et Israël sont prévues à Washington, mais restent fragiles en raison des désaccords (cessez-le-feu exigé par le Liban, rejet du Hezbollah)
  • La situation demeure tendue avec la poursuite des frappes israéliennes au Liban malgré les appels internationaux à la retenue, menaçant la trêve régionale

JERUSALEM: Des pourparlers entre le Liban et Israël sont prévus la semaine prochaine à Washington, a dit un responsable américain jeudi, après des frappes meurtrières de l'armée israélienne sur le pays voisin qui font peser un risque sur la trêve précaire conclue entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer que le département d'Etat accueillera une réunion la semaine prochaine pour discuter des négociations de cessez-le-feu avec Israël et le Liban", a dit ce responsable à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

Après un appel à la retenue de Donald Trump, Benjamin Netanyahu a annoncé jeudi avoir ordonné à son cabinet d'engager des "négociations directes" avec le Liban.

Selon le Premier ministre israélien, ces négociations, inédites depuis des décennies, "porteront sur le désarmement du Hezbollah" et sur "l'établissement de relations de paix" entre les deux pays, toujours techniquement en état de guerre.

Le Liban veut cependant "un cessez-le-feu avant tout début de négociations", a déclaré à l'AFP un responsable libanais requérant l'anonymat.

De son côté le Hezbollah pro-iranien a rejeté toute négociation directe entre le Liban et Israël, appelant au "retrait israélien" du sud du pays.

- Retenue -

Benjamin Netanyahu a toutefois averti auparavant que les frappes contre le Hezbollah se poursuivraient pour rétablir la "sécurité pour les habitants du nord" d'Israël.

Dans la soirée, l'armée israélienne a annoncé ainsi avoir commencé à frapper des "sites de tir" du Hezbollah au Liban.

Après deux jours de cessez-le-feu, la communauté internationale redoute que celui-ci ne soit compromis par la poursuite de la campagne israélienne au Liban.

A Beyrouth, l'heure était encore à la recherche de victimes après les frappes menées simultanément par Israël sur plusieurs régions mercredi, qui ont fait plus de 300 morts et un millier de blessés.

Dans le quartier résidentiel d'Ain el Mreisseh, proche de la mer, des corps gisent encore sous l'amas de pierres et de métal d'où émergent, ici un bulletin de notes, là une peluche.

"Regardez, ce sont des cahiers, des cours, des livres! Où est le Hezbollah ici?" s'est insurgé Khaled Salam, sur place.

Donald Trump a confirmé jeudi à NBC News avoir plaidé la retenue auprès de Benjamin Netanyahu, après que le site d'information Axios a fait part d'échanges téléphoniques mercredi entre les deux hommes et l'émissaire américain Steve Witkoff.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a lui jugé "inacceptable" la poursuite des attaques d'Israël contre le Liban lors d'une tournée dans le Golfe.

- Obstacles -

Le Pakistan, médiateur dans le conflit, avait relevé en annonçant le cessez-le-feu que celui-ci s'appliquait "partout, y compris au Liban" -- ce que démentent Israël et Washington.

Le pays doit accueillir à partir de vendredi des négociations entre Iraniens et Américains, ces dernières étant menées par le vice-président JD Vance.

Mais avant même le début des négociations, les obstacles s'amoncellent, d'autant plus après le message sur X du ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, qui a qualifié Israël de "diabolique" et de "malédiction sur l'humanité", l'accusant de commettre un génocide au Liban.

Un message que les services du Premier ministre israélien ont qualifié de "honteux".

"Ce ne sont pas des déclarations qui peuvent être tolérées de la part de n'importe quel gouvernement, particulièrement d'un qui se revendique comme médiateur neutre pour la paix", ont-ils répondu sur X.

Auprès de NBC News, Donald Trump s'est dit "très optimiste" sur la possibilité de conclure un accord de paix, malgré l'écart entre les positions des deux pays.

- "Mauvais boulot" -

Le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique a lui exclu d'emblée toute restriction du programme d'enrichissement d'uranium de son pays, une demande fondamentale des Etats-Unis et d'Israël qui accusent l'Iran de vouloir se doter de la bombe atomique - ce que Téhéran nie.

Un pétrolier non-iranien, le premier depuis le cessez-le-feu, a franchi jeudi le détroit d'Ormuz, dont la réouverture était une condition du cessez-le-feu.

Mais le trafic via cette voie maritime essentielle au commerce mondial est encore loin d'un retour à la normale, et Donald Trump a mis en garde l'Iran jeudi contre toute volonté de mettre en place un péage.

Le président américain a fait état dans un message sur sa plateforme Truth Social "d'informations selon lesquelles l'Iran fait payer des frais aux pétroliers traversant le détroit d'Ormuz".

"Ils ont intérêt à ne pas le faire, et si c'est le cas, ils feraient mieux d'arrêter maintenant!", a-t-il ajouté, accusant l'Iran de faire "vraiment du mauvais boulot, indigne certains diraient, pour permettre au pétrole de traverser le détroit d'Ormuz".


« Le Hezbollah doit choisir entre le Liban et l’Iran », affirme Jean-Yves Le Drian

Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
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  • Les frappes massives sur Beyrouth marquent une escalade majeure malgré une trêve censée s’appliquer à toute la région
  • Jean-Yves Le Drian met en avant la coopération étroite entre la France et l’Arabie saoudite en matière de sécurité régionale, illustrée par des échanges réguliers au plus haut niveau entre le président français et le prince héritier saoudien

DUBAÏ : Au lendemain de frappes israéliennes inédite sur Beyrouth, la communauté internationale s’inquiète d’une nouvelle phase d’escalade au Proche-Orient. En dix minutes, une centaine de frappes ont visé la capitale libanaise, sans avertissement, causant des centaines de morts et de blessés.

Pour Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères, la violence de l’attaque marque un seuil critique, lors d’un entretien accordé à Arab News en français.

Il évoque « un carnage effrayant » et juge ces frappes « intolérable[s] », rappelant qu’elles interviennent alors même qu’une trêve venait d’être acceptée par les principales parties, notamment les États-Unis et l’Iran.

Au cœur de la crise, la trêve apparaît à la fois essentielle et déjà compromise. Selon l’ancien ministre, celle-ci est « claire dans ses principes, sans ambiguïté, et devait s’appliquer à l’ensemble de la région, incluant le Liban ».

Mais la poursuite des opérations militaires en vide largement la portée. En frappant Beyrouth, Israël agit, selon lui, à rebours de la dynamique diplomatique qui avait permis l’instauration de ce cessez-le-feu. Une contradiction qui rend la situation « extrêmement grave » et alimente une méfiance généralisée entre les acteurs.

Dans ce contexte, le Liban apparaît comme un théâtre secondaire d’un affrontement régional qui le dépasse. Jean-Yves Le Drian insiste sur ce point : les combats se poursuivent sur le sol libanais alors même que les protagonistes principaux ne sont pas directement liés au pays.

Cette situation met en péril des éléments fondamentaux de l’État libanais. « Ce qui est en cause aujourd'hui, c'est l'intégrité et la souveraineté du Liban », souligne-t-il, décrivant un pays pris au piège d’une confrontation extérieure.

Malgré ses failles, la trêve reste, selon lui, une nécessité stratégique. Elle devait permettre de stopper une spirale jugée « inacceptable », tant pour la stabilité régionale que pour l’économie mondiale.

Mais sa fragilité est évidente. « Chacun suspecte l'autre de mensonge, de mauvaise interprétation ou de cacher son jeu », explique M. Le Drian, ajoutant que la poursuite des frappes sur le Liban empêche toute stabilisation réelle.

Dans cette crise, Jean-Yves Le Drian désigne clairement le rôle du Hezbollah, qu’il considère comme à l’origine de l’engrenage initial des frappes contre Israël, en lien avec l’Iran. Mais il dénonce simultanément la riposte israélienne, qu’il juge « complètement disproportionnée ».

Cette dynamique crée une situation paradoxale : loin d’affaiblir le Hezbollah, l’intensification des frappes pourrait renforcer son influence.

« L'aggravation des tensions aujourd'hui et l'aggravation du conflit renforcent indirectement le rôle du Hezbollah qui est en train de s'ériger en protecteur de la nation », ajoute M. Le Drian.

C’est dans ce contexte qu’il formule une mise en garde centrale : « Il faut que le Hezbollah choisisse ou c'est le Liban, ou c'est l'Iran. Il n'y a pas d'alternative. » Un choix qu’il espère voir tranché en faveur de l’État libanais, notamment par une partie de la population chiite.

Il souligne toutefois que le Liban dispose aujourd’hui d’un « gouvernement de qualité », qu’il décrit comme responsable et engagé dans le renforcement de l’État. Celui-ci a notamment affirmé que « seul l'État a le monopole des armes ».

Mais « ce gouvernement est aujourd'hui en difficulté face à l'aggravation de la crise », explique M. Le Drian, insistant sur la nécessité de le soutenir, notamment par les partenaires internationaux et les pays du Golfe.

Malgré l’intensité des combats, une voie politique demeure envisageable. Le gouvernement libanais a récemment proposé l’ouverture de discussions directes avec Israël, une initiative que Jean-Yves Le Drian qualifie d’effort « considérable ».

Il y voit une opportunité rare, estimant que cette initiative pourrait constituer un tournant si elle était saisie. Dans un contexte où la guerre ne produit pas de solution durable, il insiste sur la nécessité de redonner toute sa place à la négociation.

Les pays du Golfe apparaissent également comme des acteurs clés dans cette tentative de désescalade. Indirectement affectés par le conflit, ils ont soutenu les efforts de médiation.

« Il y a eu une offre de négociation […] avec le soutien de plusieurs pays du Golfe, en particulier avec le soutien de l'Arabie saoudite », explique M. Le Drian. 

Depuis le début de la crise, la France continue à soutenir l’Arabie saoudite dans sa défense, souligne M. le Drian. « Nous aidons les Saoudiens à assurer leur propre sécurité et le président français parle très souvent avec Son Altesse le prince héritier pour travailler dans cette direction-là », ajoute-t-il, insistant sur la continuité du dialogue franco-saoudien sur les questions de sécurité régionale. 

Pour Jean-Yves Le Drian, cette implication ouvre la voie à une redéfinition plus large de la sécurité régionale, fondée sur « une sécurité collective ».

Concernant les opérations israéliennes dans le sud du Liban, M. Le Drian met en garde : « toute intervention d'occupation de la part d'Israël sur le Liban est contraire au droit international. »

Il rappelle que les précédentes opérations de ce type ont favorisé le renforcement du Hezbollah, une dynamique qu’il estime à ne pas reproduire.

Au-delà des enjeux stratégiques, la situation humanitaire se dégrade rapidement. « L'intervention israélienne a mis sur la rue quasiment un million de déplacés qui aujourd'hui survivent », explique M. Le Drian.

Jean-Yves Le Drian alerte sur le risque d’une aggravation rapide, avec des conséquences potentiellement graves pour la cohésion interne du pays.

Face à cette crise, la France maintient son engagement. Elle soutient les forces armées libanaises, notamment par la livraison récente de véhicules blindés, et poursuit son action humanitaire.

L’objectif est clair : renforcer l’État libanais dans ses fonctions régaliennes, en particulier sa capacité à assurer le monopole de la force.

Pour Jean-Yves Le Drian, la poursuite du conflit ne peut mener qu’à une impasse. Tous les acteurs en sont conscients, estime-t-il, ce qui rend d’autant plus urgente la reprise des discussions.

Il réaffirme la nécessité d’une solution diplomatique : « La France a toujours considéré qu'il fallait régler les conflits par la voie de la négociation. »

Les paramètres d’un accord existent déjà : « C'est sur la table, il faut en discuter. »

Dans ce contexte, il élargit la réflexion aux enjeux régionaux et internationaux, en particulier la liberté de circulation maritime. « La libre circulation maritime dans le détroit d'Ormuz est essentielle », explique-t-il, avertissant que toute perturbation engendre « des difficultés considérables pour l'économie mondiale ».

Il souligne enfin que des initiatives sont déjà envisagées pour sécuriser cette zone stratégique, notamment par des dispositifs d’escorte maritime, une fois la désescalade suffisamment engagée. À cet égard, le président français, Emmanuel Macron, et le Premier ministre britannique, Keir Starmer, ont permis de mobiliser un ensemble de pays volontaires pour accompagner la sécurisation du trafic maritime dans le Golfe.

Dans une région sous tension, le Liban apparaît ainsi à un moment décisif de son histoire — entre effondrement et sortie de crise par la diplomatie, sur fond d’équilibres régionaux et économiques encore fragiles.


Le prince héritier saoudien et le Premier ministre britannique discutent des développements régionaux

Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
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  • Le prince héritier Mohammed ben Salmane a rencontré le Premier ministre britannique Keir Starmer pour renforcer la coopération stratégique entre leurs deux pays
  • Les discussions ont porté sur les enjeux régionaux, avec un soutien commun à la stabilité et à un cessez-le-feu durable, notamment concernant l’Iran et le détroit d’Ormuz

RIYAD : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a reçu mercredi à Djeddah le Premier ministre britannique Keir Starmer.

Au cours de la rencontre, ils ont passé en revue les relations entre leurs deux pays et examiné les moyens de renforcer davantage leur partenariat stratégique dans divers domaines.

Ils ont également abordé les derniers développements régionaux et internationaux, notamment les évolutions dans la région ainsi que leurs implications en matière de sécurité et d’économie.

Les deux parties ont affirmé leur soutien à tous les efforts visant à renforcer la sécurité et la stabilité de la région. Plusieurs questions d’intérêt commun ont également été discutées.

Keir Starmer est arrivé dans le Royaume plus tôt dans la journée, où il a été accueilli à l’aéroport de Djeddah par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, selon des photos diffusées par l’Agence de presse saoudienne.

Lors de sa visite, Starmer a salué le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, tout en soulignant qu’il restait « beaucoup de travail à faire » pour garantir sa pérennité.

« Il reste également beaucoup à faire concernant le détroit d’Ormuz, qui a un impact à l’échelle mondiale », a-t-il ajouté. 

À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, a rapporté l’Agence de presse saoudienne. Les ambassadeurs respectifs des deux pays étaient également présents.

*Avec SPA, Reuters 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com