Les principaux événements de l'année 2023 en France

Un manifestant saute à côté d'un incendie de conteneurs à déchets lors d'une manifestation, une semaine après que le gouvernement a fait adopter une réforme des retraites par le Parlement sans vote, en utilisant l'article 49.3 de la Constitution, à Toulouse, dans le sud-ouest de la France, le 23 mars 2023. (AFP)
Un manifestant saute à côté d'un incendie de conteneurs à déchets lors d'une manifestation, une semaine après que le gouvernement a fait adopter une réforme des retraites par le Parlement sans vote, en utilisant l'article 49.3 de la Constitution, à Toulouse, dans le sud-ouest de la France, le 23 mars 2023. (AFP)
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Publié le Mercredi 27 décembre 2023

Les principaux événements de l'année 2023 en France

  • Le 10 janvier, la Première ministre Elisabeth Borne présente une réforme prévoyant un report de l'âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans à l'horizon 2030
  • La Ligue des droits de l'Homme et un rapporteur de l'ONU dénoncent un usage "disproportionné" de la force du côté des gendarmes

PARIS: Un climat chamboulé, une réforme des retraites vivement contestée et adoptée sans vote au Parlement, des cités qui s'embrasent sur fond de méthodes policières contestées, ainsi qu'une alerte "Urgence attentat" après le meurtre d'un enseignant ont marqué l'année 2023 en France.

 

Chaleur, crues et tempêtes

Le 1er janvier 2023 est la quatrième journée la plus chaude dans l'hexagone depuis 1947, avec des records battus aussi bien à Dax (24 degrés) qu'à Besançon (18,6). Le 17 février, la France est à sec depuis 27 jours, "du jamais vu en hiver", selon Météo-France.

Début novembre, les tempêtes Ciaran et Domingos font trois morts, privant plus d'un million de foyers d'électricité, surtout en Bretagne, et occasionnant des dommages estimés à 1,3 milliard d'euros.

Le Nord et surtout le Pas-de-Calais sont touchés peu après par des inondations dues à des crues historiques. Plus de 240 communes sont classées en catastrophe naturelle.

Réforme des retraites : la colère

Le 10 janvier, la Première ministre Elisabeth Borne présente une réforme prévoyant un report de l'âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans à l'horizon 2030. Très impopulaire, elle donne lieu à une mobilisation de plus de trois mois, avec des défilés dépassant trois fois 1,2 million de personnes, selon la police.

Les forces de l'ordre se voient reprocher un "usage excessif de la force" et des "arrestations abusives", selon Amnesty international. Reporters sans frontières (RSF) dénonce aussi des "agressions" de leur part sur des journalistes.

Le 1er avril, le tribunal administratif de Paris annule un arrêté du préfet de police interdisant des rassemblements, jugeant qu'il porte atteinte à la liberté de manifester.

Des raffineries, transports, et ports sont bloqués, des concerts de casseroles rythment les sorties présidentielles. Prévue en mars, la première visite officielle en France du roi Charles III, qui aurait dû être sa première visite en tant que roi à l'étranger, est reportée à septembre, alors que des milliers de tonnes d'ordures non ramassées jonchent les trottoirs parisiens.

Onze 49.3 pour faire passer la loi

Le Conseil constitutionnel valide l'essentiel de la réforme et rejette la demande de la gauche d'un référendum d'initiative partagée (RIP). La loi est promulguée le 15 avril.

Pour cela, outre une procédure législative accélérée, Elisabeth Borne a dû actionner pas moins de onze fois l'article 49.3, qui permet de faire adopter sans vote un projet de loi, et faire face aux motions de censure et milliers d'amendements d'un hémicycle survolté.

Pour le Conseil de l'Europe, ce recours massif français au 49.3 "soulève des interrogations au regard de la séparation des pouvoirs".

Pierre Palmade : des vies fracassées

Le 10 février, Pierre Palmade, sous l'emprise de la drogue, percute sur une route départementale de Seine-et-Marne un véhicule venant en face. Outre l'humoriste de 54 ans, l'accident fait trois blessés graves: un homme, son jeune fils, et sa belle-sœur, qui perd le bébé qu'elle attendait.

L'acteur est hospitalisé, mis en examen, puis placé sous contrôle judiciaire avec obligation de soins.

Sainte-Soline et les "bassines"

Le 25 mars, 6.000 personnes selon les autorités, 30.000 selon les organisateurs, manifestent contre un réservoir d'eau puisée dans les nappes phréatiques en hiver pour irriguer les terres agricoles en été, en construction à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), à l'appel de la Confédération paysanne et des Soulèvements de la Terre (SLT), qui dénoncent un "accaparement" de l'eau par l'agro-industrie.

Interdite, la mobilisation écologiste fait environ 200 blessés parmi les manifestants, dont deux comas. La Ligue des droits de l'Homme et un rapporteur de l'ONU dénoncent un usage "disproportionné" de la force du côté des gendarmes.

La dissolution des SLT, prononcée par décret le 21 juin, est annulée par le Conseil d'Etat le 9 novembre au nom de "la liberté d'association".

Le 3 octobre, deux autres projets de "mégabassines", en Poitou-Charentes, sont annulés par la justice administrative qui souligne leur inadaptation aux effets du changement climatique.

Sophie Binet, première femme à la tête de la CGT

Le 31 mars, Sophie Binet, 41 ans, est élue à la surprise générale lors du congrès de la CGT, marqué par un vote de défiance vis-à-vis de la direction sortante. C'est la première femme à diriger le syndicat depuis sa création en 1895.

Drames du harcèlement scolaire

Le 12 mai, Lindsay, 13 ans, se suicide après avoir subi des mois de harcèlement scolaire dans son collège de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Quatre mineurs et une personne majeure sont mis en examen. La famille dépose plainte contre l'établissement et le rectorat.

Le 5 septembre, Nicolas, 15 ans, également victime de harcèlement scolaire, se suicide à Poissy (Yvelines).

Les deux familles dénoncent un soutien très défaillant des autorités scolaires quand leur enfant allait mal. Celle de Nicolas rend public un courrier du rectorat de Versailles au ton menaçant. "Une honte", réagit le ministre de l'Education Gabriel Attal, favorable à "une procédure disciplinaire" à l'encontre de l'ancienne rectrice.

Le 27, le gouvernement officialise un plan interministériel de lutte contre le harcèlement scolaire.

Sarkozy sous les feux de la justice

L'ancien président Nicolas Sarkozy est condamné le 17 mai en appel à trois ans d'emprisonnement, dont un an ferme à purger sous bracelet électronique, pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire dite "des écoutes". Il se pourvoit en cassation.

Il est par ailleurs mis en examen le 6 octobre dans l'enquête sur des accusations de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007.

Enfin, dans l'affaire Bygmalion, qui concerne le financement illégal de sa campagne de 2012 et pour laquelle M. Sarkozy a été condamné en 2021 à un an de prison ferme, le parquet requiert en appel le 30 novembre un an d'emprisonnement avec sursis. Décision le 14 février 2024.

Attaque isolée à Annecy

Le 8 juin, un homme poignarde quatre très jeunes enfants et deux adultes dans un parc d'Annecy. L'assaillant, un réfugié syrien sans "motivation terroriste" selon la procureure, est mis en examen pour tentatives d'assassinat.

JDD: la longue grève

Le 22 juin, la rédaction du Journal du dimanche, entame au nom de son indépendance une grève de 40 jours, mobilisation inédite dans la presse française depuis 1975. Elle tente en vain d'empêcher l'arrivée à la tête du journal - en passe d'être contrôlé par Vincent Bolloré - de Geoffroy Lejeune, ancien de Valeurs Actuelles, marqué à l'extrême droite.

M. Lejeune prend ses fonctions le 1er août. Une majorité de la rédaction quitte le journal.

Mort de Nahel, l'embrasement

Le 27 juin, des violences urbaines éclatent dans le pays après la mort à Nanterre (Hauts-de-Seine) de Nahel, 17 ans, tué par un policier après un refus d'obtempérer en voiture.

Une vidéo montre que le motard de la police tenait le jeune conducteur en joue quand il a tiré à bout portant. M. Macron évoque un acte "inexcusable".

Face aux émeutes, destructions ou pillages qui suivent dans le pays, 45.000 policiers sont mobilisés cinq nuits de suite et près de 4.000 personnes interpellées. Le policier est mis en examen pour homicide volontaire et écroué. Une marche blanche en hommage à Nahel rassemble plus de 6.000 personnes.

Le 4 juillet une désescalade se confirme au terme d'une 7e nuit d'émeutes marquée par une attaque à la voiture-bélier du domicile du maire de L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne).

Un policier de la Bac de Marseille (Bouches-du-Rhône) soupçonné d'avoir blessé grièvement au crâne Hedi, 22 ans, en marge des émeutes, est placé en détention provisoire le 21 juillet, entraînant un mouvement de protestation dans la police.

En réponse aux émeutes, Elisabeth Borne annonce le 26 octobre envisager un "encadrement des délinquants", souvent mineurs, par des militaires" et des "stages de responsabilité parentale" ou des peines de travaux d'intérêt général pour leurs parents.

Mini-remaniement

Le 21 juillet, huit nouveaux ministres entrent au gouvernement après qu'Emmanuel Macron a renouvelé sa confiance à Mme Borne.

Gabriel Attal, 34 ans, remplace Pap Ndiaye à l'Education et annonce le 28 août, au nom de la laïcité, l'interdiction du port à l'école de l'abaya, longue robe portée par certaines élèves musulmanes.

Epinglée pour sa gestion opaque du "Fonds Marianne", Marlène Schiappa doit quitter le gouvernement.

Aurélien Rousseau prend la Santé, au moment où dans les hôpitaux des soignants crient leur épuisement.

Restos du coeur : le cri d'alarme

En pleine inflation, les Restos du Coeur, qui assurent 35% de l'aide alimentaire en France, lancent le 3 septembre un cri d'alarme face à une "très forte hausse" des demandes qu'ils ne vont pas pouvoir satisfaire.

Comme ses bénéficiaires, l'association voit son budget grevé par une hausse du prix des produits alimentaires de plus de 11% en un an.

Le gouvernement promet une aide et présente le 18 une nouvelle stratégie de lutte contre la pauvreté, jugée insuffisante. "Ça craque de partout", répète le 10 octobre la FAS, fédération regroupant quelque 800 associations de lutte contre la précarité, au moment où plus de neuf millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Elle s'aggrave chez les femmes et les enfants, selon le Secours catholique.

La drogue et ses violences

Le 21 septembre, un collectif d'élus appelle à "un plan national et européen" contre le trafic de drogue, soulignant que "plus de 70 victimes liées au trafic de drogue" ont déjà été recensées en France depuis début 2023.

Les homicides ou tentatives d'homicides liés au trafic de drogue ont augmenté de 57% en un an, selon la police.

Des victimes souvent très jeunes et parfois victimes collatérales de règlements de comptes entre gangs, à l'instar de Fayed, 10 ans, mortellement atteint par une balle perdue le 21 août à Nimes (Gard) ou d'un homme de 55 ans tué dans son lit le 26 novembre à Dijon (Côte d'Or) par des tirs visant un point de deal situé en dessous de son logement.

A Marseille, le pape et les migrants

Le 24 septembre, le pape François conclut lors d'une messe géante réunissant 60.000 fidèles, dont le couple présidentiel, une visite de deux jours à Marseille dominée par la dénonciation du sort réservé aux migrants. "Ceux qui risquent leur vie en mer n'envahissent pas, ils cherchent hospitalité", souligne-t-il.

"Urgence attentat" après le meurtre d'un professeur

Le 13 octobre, trois ans après le meurtre de Samuel Paty, Dominique Bernard, 57 ans, professeur de français au collège-lycée d'Arras (Pas-de-Calais), est poignardé à mort dans la cour par un ancien élève de l'établissement, âgé de 20 ans fiché pour radicalisation islamiste. Trois autres personnes sont blessées dans l'attentat.

Avant de tuer, l'assaillant, né en Russie, a revendiqué son geste dans une vidéo au nom de l'organisation Etat islamique (EI).

La France est placée en alerte "urgence attentat".

Auparavant, le 22 février, la communauté éducative avait déjà été éprouvée par la mort d'Agnès Lassalle, une professeure d'espagnol de 52 ans poignardée par un élève de 16 ans dans sa classe d'un lycée catholique à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques). L'élève dira avoir entendu "une petite voix" lui "suggérant de commettre un assassinat".

En décembre, six ex-collégiens impliqués dans l'assassinat de Samuel Paty sont  condamnés  à des peines de 14 mois de prison avec sursis à six mois de prison ferme, aménagés sous bracelet électronique.

La Nupes se déchire

La coalition de gauche Nupes (LFI, EELV, PCF, PS, Générations) démarre unie son combat contre la réforme des retraites, mais menace d'imploser au fil des mois sous le poids de déchirements internes, échouant à bâtir des listes uniques aux élections sénatoriales et aux Européennes à venir.

Le PCF parle d'une "impasse", tandis que le PS suspend sa participation à l'intergroupe le 17 octobre, en reprochant à Jean-Luc Mélenchon (LFI) de ne pas avoir désigné le Hamas comme une organisation "terroriste" après son attaque meurtrière contre Israël le 7 octobre.

Marche contre l'antisémitisme

Le 12 novembre, alors que le ministère de l'Intérieur fait état d'une forte hausse des "actes ou propos" antisémites, des manifestations contre l'antisémitisme, à l'appel des présidents du Sénat et de l'Assemblée nationale, réunissent plus de 180.000 personnes en France. La participation du Rassemblement national (RN) est vivement dénoncée par certains.

Mort de Thomas à Crépol

Thomas, un lycéen de 16 ans, est mortellement blessé en marge d'un bal de village à Crépol (Drôme) dans la nuit de 18 au 19 novembre. Neuf jeunes, dont trois mineurs, sont mis en examen.

Des groupes néonazis se mobilisent alors que droite et extrême droite multiplient tweets et déclarations faisant le lien entre ce meurtre, aux circonstances encore non établies, et l'immigration.

Le 28, Gérald Darmanin demande la dissolution de trois groupuscules d'ultradroite après une expédition punitive de militants à Romans-sur-Isère, d'où sont originaires certains prévenus.

Des ministres en exercice poursuivis

Menacé d'un an de prison avec sursis lors d'un procès inédit pour un ministre de la Justice en exercice, Eric Dupond-Moretti est relaxé le 29 novembre par la Cour de justice de la République (CJR). Selon la CJR, le garde des Sceaux s'est bien placé en situation de conflit d'intérêts en ouvrant des enquêtes administratives contre quatre magistrats qu'il avait critiqués quand il était avocat, mais il ne peut être reconnu coupable, faute d'élément "intentionnel".

Jugé également fin novembre, le ministre du Travail Olivier Dussopt risque lui 10 mois d’emprisonnement avec sursis pour des soupçons de favoritisme dans un marché public quand il était maire. Verdict le 17 janvier.

Attentat mortel au couteau à Paris

Le 2 décembre, non loin de la tour Eiffel, un touriste germano-philippin de 23 ans est mortellement agressé à coups de marteau et de couteau par un Franco-Iranien de 26 ans fiché pour radicalisation islamiste. Il blesse deux autres passants avant d'être interpellé.

Déjà condamné pour un projet d'attentat, l'assaillant dit avoir agi en "réaction à la persécution des musulmans dans le monde". Il souffrait de troubles psychiatriques, ce qui relance la question du suivi médical des ex-détenus radicalisés et nourrit les inquiétudes sur la sécurité, à huit mois des Jeux olympiques de Paris et dans un contexte alourdi par le conflit entre Israël et le Hamas.  Il est mis en examen et écroué le 6.


La France fixe une nouvelle doctrine d'intervention en mer contre les traversées clandestines vers l'Angleterre

Un bateau de la Gendarmerie maritime française navigue à proximité de bateaux de passeurs transportant des migrants qui tentent de traverser la Manche au large de la plage de Gravelines, dans le nord de la France, le 27 septembre 2025. (AFP)
Un bateau de la Gendarmerie maritime française navigue à proximité de bateaux de passeurs transportant des migrants qui tentent de traverser la Manche au large de la plage de Gravelines, dans le nord de la France, le 27 septembre 2025. (AFP)
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  • La France prévoit de lancer prochainement des opérations en mer pour intercepter les “taxi-boats” transportant clandestinement des migrants vers l’Angleterre
  • Cette initiative intervient après une hausse des traversées de la Manche, avec plus de 39 000 arrivées en 2025

LILLE: Après des mois de discussions, la France a annoncé vendredi qu'elle allait débuter "prochainement" des opérations visant à intercepter en mer des petits bateaux clandestins en chemin vers l'Angleterre, avant qu'ils n'embarquent des groupes de migrants.

Ce changement de doctrine engagé par Paris sous pression de Londres était en gestation depuis plusieurs mois.

Les forces de l'ordre françaises peinent à trouver la parade face aux "taxi-boats", un mode d'action des passeurs consistant à faire partir une embarcation d'un point éloigné des principales plages de départ où sont rassemblés les migrants.

Le taxi-boat s'approche ensuite du rivage et vient récupérer des passagers directement dans l'eau, avant de poursuivre sa route vers l'Angleterre.

"La Gendarmerie maritime sera bientôt en mesure d'effectuer des opérations de contrôle et d'intervention en mer, sur des embarcations soupçonnées d'être des taxi-boats", a déclaré à l'AFP la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord (Prémar), confirmant des informations du journal Le Monde.

Le quotidien évoque un document signé par le préfet maritime mais aussi ceux du Nord, de la Somme et du Pas-de-Calais.

Le ministère de l'Intérieur français n'a pas souhaité réagir.

Côté britannique, un porte-parole du gouvernement a simplement rappelé vendredi à l'AFP que Londres a "déjà travaillé à s'assurer que les autorités en France réforment leurs tactiques en mer afin qu'elles puissent intervenir dans les eaux peu profondes".

- Pas de filets à ce stade -

Actuellement, une fois une embarcation clandestine en mer, seul le dispositif de secours intervient en cas de besoin, en raison des risques que présentent ce type d'opérations, comme prévu par les conventions internationales.

Désormais, il pourra aussi y avoir des "opérations de contrôle et d'intervention (...) issues d'études menées par l'ensemble des services de l’État concernés", a précisé la Prémar. Elles "comportent des dispositions prenant en compte la primauté de la sauvegarde de la vie humaine".

Ces futures opérations de la gendarmerie maritime sont prévues en amont de l'embarquement de passagers, pour ne pas mettre leurs vies en péril, selon une source proche du dossier.

"L'ensemble des travaux sur le sujet se fait en lien avec les parquets concernés", a souligné à l'AFP la procureure de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), Cécile Gressier.

En outre, la Prémar précise que "l'emploi de filets visant à stopper le taxi-boat n'est pas envisagé à ce stade".

Cette méthode, mentionnée la semaine dernière dans la presse, avait soulevé l'indignation d'associations d'aide aux migrants et d'ONG comme Amnesty International.

Pour le professeur de droit international Thibaut Fleury-Graff, "les interceptions sont susceptibles d'être contraires au droit de quitter tout pays" inscrit dans le Pacte de l'ONU sur les droits civils et politiques, et doivent respecter "l'ensemble des droits de la personne humaine".

Les taxi-boats embarquent leurs passagers sur une ou plusieurs haltes et repartent en direction de l'Angleterre surchargés, transportant régulièrement plus de 70 candidats à l'exil dans des conditions périlleuses.

Au moins 27 migrants sont morts cette année lors de ces dangereuses tentatives de traversées de la Manche, selon un décompte de l'AFP.

Après le pire naufrage dans la Manche, qui a fait 31 morts en novembre 2021, le parquet de Paris a demandé vendredi un procès en correctionnelle pour 14 hommes, nés pour la plupart en Afghanistan et en Irak, soupçonnés d'être impliqués dans des réseaux de passeurs à l'origine du drame.

Depuis le 1er janvier, plus de 39.000 personnes sont arrivées sur les côtes anglaises à bord de petites embarcations, selon les données britanniques, soit plus que sur la totalité de 2024.

Plus de la moitié des personnes arrivées clandestinement au Royaume-Uni entre septembre 2024 et septembre 2025 sont de cinq nationalités: Érythréens (la nationalité la plus représentée), Afghans, Iraniens, Soudanais et Somaliens.

Le gouvernement travailliste britannique, sous pression de l'extrême-droite, a annoncé ce mois-ci une réforme qui durcit fortement sa politique d'asile et d'immigration, espérant ainsi décourager les arrivées irrégulières de migrants sur ces "small boats", qu'il peine à endiguer.


France: des ONG inquiètes d'une baisse de l'aide au développement

Le docteur Bertrand Chatelain (à gauche), de l'ONG Médecins du Monde (MdM), examine un réfugié lors d'une opération de maraudage dans le camp de migrants du quartier Stalingrad à Paris, le 12 juillet 2023. (AFP)
Le docteur Bertrand Chatelain (à gauche), de l'ONG Médecins du Monde (MdM), examine un réfugié lors d'une opération de maraudage dans le camp de migrants du quartier Stalingrad à Paris, le 12 juillet 2023. (AFP)
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  • Plusieurs ONG françaises alertent sur un désengagement de la France en matière d’aide au développement, dans un contexte mondial déjà marqué par une baisse générale de la solidarité internationale
  • Les organisations humanitaires redoutent des conséquences majeures pour des millions de personnes

PARIS: Plusieurs ONG françaises, dont Médecins du Monde, ont critiqué vendredi un "désengagement croissant" de Paris envers la solidarité internationale, le gouvernement entendant amputer, dans le prochain budget, l'aide au développement de 700 millions d'euros, dans un contexte international tendu.

Sandrine Simon, directrice santé et plaidoyer de Médecins du Monde, critique une décision qui va "à l'encontre des engagements" de la France dans ce secteur. Elle évoque sa "grande inquiétude" et son "incompréhension".

En France, où l'aide publique au développement a été réduite ces dernières années, les coupes envisagées dans le projet de loi de finances 2026 s'élèvent à 700 millions d'euros, pour un montant alloué de 3,7 milliards d'euros.

"A chaque fois qu'il y a ne serait-ce qu'un million d'euros qui est coupé, on sait qu'il y a des milliers, voire des millions de personnes derrière qui sont affectées", alerte Anne Bideau, directrice générale de Plan International France, rappelant une "tendance à la baisse de l'aide publique au développement un peu partout dans le monde".

"on sait que les conséquences vont être dramatiques, donc on est extrêmement inquiets", ajoute Mme Bideau auprès de l'AFP.

Début 2025, le démantèlement de l'Agence américaine pour le développement international (USAID), sous l'impulsion du président républicain Donald Trump, avait provoqué une onde de choc internationale.

Mais la fin de l'USAID avait mis en exergue une tendance de fond: le montant accordé par 32 pays riches de l'OCDE et l'Union européenne à l'aide au développement a diminué en 2024 de 7,1% (en terme réel) à 212,1 milliards de dollars, selon une estimation de l'OCDE, une première en six ans.

"On a des crises à répétition, le Soudan, Gaza etc. Il y a une augmentation des besoins et il y a une réduction de l'aide", déplore pour sa part Stéphane Doyon, de Médecins Sans Frontières, ONG qui n'est pas financée par le gouvernement français.

En France, cette coupe est justifiée "par l'effort nécessaire sur les finances publiques - et pas pour des raisons idéologiques comme aux Etats-Unis", affirme une source diplomatique à l'AFP, rappelant qu'elle n'a pas encore été votée.

"Entre la loi de finances 2024 et le projet de loi de finances 2026, on aurait une baisse de moitié de l'aide publique au développement", a calculé la Coordination Sud, qui regroupe des associations françaises de solidarité internationale.

Avec des conséquences concrètes pour les ONG qui comptent sur le soutien de l'Etat.

"Nous espérions recevoir de l'argent de l'Agence française de développement qui vient de nous annoncer qu'ils ne nous soutiendraient pas l'année prochaine", explique Sandrine Simon, de Médecins du Monde, au moment où l'ONG elle-même programme avec "un niveau d'incertitudes très important ce budget 2026, bien au-delà des années passées."

Dans le pire des scénarios, avec des coupes budgétaires massives, plus de 22 millions de personnes pourraient mourir de causes évitables d'ici à 2030, selon une étude menée par des chercheurs espagnols, brésiliens et mozambicains.


Le budget de la Sécurité sociale de retour à l'Assemblée pour un examen express en commission

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (à gauche) à l'Assemblée nationale, avant une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 25 novembre 2025. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (à gauche) à l'Assemblée nationale, avant une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 25 novembre 2025. (AFP)
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  • Le budget de la Sécurité sociale revient à l’Assemblée avec un calendrier très serré : près de 500 amendements doivent être examinés avant une deuxième lecture décisive la semaine prochaine
  • Les négociations portent sur plusieurs points sensibles et l’adoption du texte serait un test politique majeur pour la suite du budget de l’État

PARIS: Le budget de la Sécurité sociale revient à l'Assemblée samedi, où il sera examiné en commission par les députés durant une seule journée, avant une semaine qui s'annonce cruciale pour le texte comme pour la méthode du gouvernement Lecornu.

Du fait du calendrier serré, les députés de la commission des Affaires sociales devront se presser samedi pour aller au bout des quelque 500 amendements déposés.

Mais cette étape n'est qu'un tour de chauffe avant l'examen en séance, qui doit commencer mardi en deuxième lecture, avec l'objectif d'y construire un texte qui puisse être adopté par une majorité... très difficile à trouver.

Dans l'hémicycle, les députés repartiront du texte adopté par le Sénat, qui l'a largement remanié en y supprimant notamment la suspension de la réforme des retraites.

Les tractations se poursuivront tout le week-end sur les compromis possibles. Car si après une deuxième lecture au Sénat, le dernier mot est donné à l'Assemblée, la copie soumise au vote final ne pourra que très peu différer de celle négociée la semaine prochaine.

Et l'enjeu dépasse celui de ce seul texte. Pour beaucoup, le budget de la Sécu sera un "juge de paix" qui pourrait enclencher une dynamique positive également pour le budget de l'Etat.

Si le budget de la Sécu est adopté, "vous avez fait la moitié du chemin. (...) l'histoire n'est pas la même derrière, c'est absolument majeur", confie une ministre.

En commission, le rapporteur du texte Thibault Bazin (LR) espère aller "le plus loin possible", et discuter notamment des nombreux nouveaux articles ajoutés par le Sénat.

Parmi eux, une mesure des sénateurs socialistes pour soumettre aux cotisations sociales certains compléments de salaire (primes d'intéressement...) lorsqu'ils dépassent 6.000 euros par an, pour les salaires supérieurs à trois Smic.

Avec l'augmentation de la CSG sur les revenus du capital, également portée à gauche, c'est l'une des pistes pour réduire le déficit de la Sécu en 2026. Mais elle est visée par un amendement de suppression du chef des députés LR Laurent Wauquiez.

"On va vraiment rentrer dans le dur" la semaine prochaine, estime le socialiste Jerôme Guedj.

Tenir l'objectif d'un déficit ne dépassant pas 20 milliards d'euros, comme souhaité par le gouvernement, sera extrêmement difficile alors qu'il était évalué à 24 milliards en sortie de première lecture à l'Assemblée.

Autre clé des négociations: le gel des prestations sociales et pensions de retraites, habituellement indexées sur l'inflation. Un compromis pourra-t-il être trouvé pour réindexer les petites retraites uniquement, alors que les députés les avaient toutes dégelées en première lecture?

Sans parler des discussions inflammables sur les franchises médicales, que le gouvernement souhaite doubler, et élargir à certains dispositifs.

Le vote des députés sur le texte est prévu le 9 décembre.