La guerre Israël-Hamas va entrer dans son quatrième mois, craintes d'une contagion

Israël poursuit ses bombardements et ses opérations au sol à Gaza vendredi, à l'approche de la date marquant les trois mois du conflit l'opposant au Hamas palestinien. Le bilan humain ne fait que monter (AFP).
Israël poursuit ses bombardements et ses opérations au sol à Gaza vendredi, à l'approche de la date marquant les trois mois du conflit l'opposant au Hamas palestinien. Le bilan humain ne fait que monter (AFP).
Vendredi matin, l'armée israélienne a annoncé "l'élimination d'une cellule terroriste" qui voulait attaquer un de ses chars à Bureij (centre) pendant la nuit, et la destruction, au prix de combats au sol, de plusieurs sites de lancement de roquettes vers Israël. (AFP).
Vendredi matin, l'armée israélienne a annoncé "l'élimination d'une cellule terroriste" qui voulait attaquer un de ses chars à Bureij (centre) pendant la nuit, et la destruction, au prix de combats au sol, de plusieurs sites de lancement de roquettes vers Israël. (AFP).
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Publié le Dimanche 07 janvier 2024

La guerre Israël-Hamas va entrer dans son quatrième mois, craintes d'une contagion

  • Le Premier ministre israélien a juré samedi de poursuivre jusqu'à la «victoire complète» sa guerre contre le Hamas
  • Dans la journée, l'armée de l'air israélienne a mené de nouvelles frappes meurtrières du nord au sud de la bande de Gaza

JÉRUSALEM: Le Premier ministre israélien a juré samedi de poursuivre jusqu'à la "victoire complète" sa guerre contre le Hamas, qui entrera dimanche dans son quatrième mois, transformant Gaza en "lieu de mort" selon l'ONU et alimentant les craintes d'une contagion au Liban voisin.

Dans la journée, l'armée de l'air israélienne a mené de nouvelles frappes meurtrières du nord au sud de la bande de Gaza, où le Hamas a pris le pouvoir en 2007, tandis que la tension est montée à la frontière israélo-libanaise.

"La guerre ne doit pas s'arrêter tant que nous n'aurons pas atteint" tous ses objectifs, qui sont "d'éliminer le Hamas, récupérer les otages et faire en sorte que Gaza ne soit plus une menace pour Israël", a déclaré Benjamin Netanyahu, dans un communiqué concluant trois mois de conflit.

"Nous devons nous assurer que le conflit ne se propage pas" a de son côté souligné le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, lors d'une étape en Crète, avant son arrivée dans la soirée à Amman pour y entamer une tournée dans des pays arabes et en Israël.

"L'une des véritables préoccupations est la frontière entre Israël et le Liban et nous voulons faire tout notre possible pour nous assurer qu'il n'y ait pas d'escalade", a-t-il ajouté.

Le Hezbollah libanais pro-iranien a tiré des dizaines de roquettes vers une base militaire à Meron dans le nord d'Israël, une attaque présentée comme sa première riposte à l'élimination, attribuée à Israël, du numéro deux du Hamas, Saleh al-Arouri, mardi près de Beyrouth.

L'armée israélienne a indiqué avoir frappé en retour "une série de cibles terroristes" du mouvement chiite libanais dans le sud du Liban.

Selon l'Agence nationale d'information libanaise (ANI), des frappes israéliennes ont visé plusieurs villages et villes du sud du Liban, blessant une réfugiée syrienne.

Six combattants ont été tués, selon le Hezbollah, un allié du Hamas.

Israël dit avoir «achevé le démantèlement» militaire du Hamas dans le nord de Gaza

Dans le nord de la bande de Gaza, "il y a encore des terroristes agissant de façon sporadique et sans commandement", a déclaré le général Daniel Hagari, porte-parole de l'armée israélienne lors d'une conférence de presse alors que la guerre entre dimanche dans son quatrième mois.

Mais "désormais [l'armée se concentre] sur le démantèlement du Hamas dans le centre et dans le sud" de ce territoire côtier exigu, a ajouté l'officier.

«Un autre moyen d'éradiquer le Hamas»

Israël a juré de détruire le Hamas après son attaque inédite sur le sol israélien le 7 octobre, fatale à environ 1.140 personnes, essentiellement des civils, selon un décompte de l'AFP à partir du bilan israélien. Environ 250 personnes ont été enlevées dont une centaine libérées lors d'une trêve fin novembre.

Des familles des otages israéliens se sont par ailleurs rassemblées à Tel-Aviv dans la soirée, sous le slogan "Nous ne pouvons pas atteindre 100 jours, ramenez les otages maintenant!".

Les opérations israéliennes dans la bande de Gaza ont fait 22.722 morts, majoritairement des femmes, enfants et adolescents, et plus de 58.000 blessés, selon un dernier bilan du ministère de la Santé du Hamas.

"Cette injustice doit cesser", hurle Wali Mamluk, un habitant du quartier al-Rimal de la ville de Gaza, dans le nord du territoire palestinien, où des secouristes rassemblent les corps de plusieurs personnes tuées dans un  bombardement israélien, selon l'AFPTV.

"Où est la communauté internationale? Où sont les Arabes?", s'insurge-t-il.

"Ils ont tué nos enfants, ils ont tué nos proches", se lamente plus au sud une femme, devant l'hôpital européen de Khan Younès, où affluent les corps de victimes, selon des images de l'AFPTV.

Selon des journalistes de l'AFP, des frappes ont aussi ciblé la nuit et tôt samedi Rafah, à la pointe sud de la bande de Gaza où ont afflué des centaines de milliers de Palestiniens fuyant les opérations militaires plus au nord.

L'offensive israélienne a rasé des quartiers entiers de Gaza et déplacé 1,9 million de personnes -  85% de la population d'après l'ONU - qui manquent d'eau, de nourriture, de médicaments et de soins, avec des hôpitaux pour la plupart hors service.

La bande de Gaza est "tout simplement devenue inhabitable", "un lieu de mort et de désespoir" a déploré le coordinateur des affaires humanitaires de l'ONU, Martin Griffiths.

Selon l'Unicef, les combats, la malnutrition et la situation sanitaire menacent "plus de 1,1 million d'enfants" dans ce petit territoire surpeuplé et paupérisé.

"Israël a proclamé son objectif d'éradiquer le Hamas. Il doit y avoir un autre moyen d'éradiquer le Hamas qui ne provoquerait pas autant de morts", a plaidé samedi le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, en visite au Liban.

Il a aussi jugé "absolument nécessaire d'éviter que le Liban ne soit entraîné dans un conflit régional".

Des Palestiniens réenterrent des corps exhumés d'un cimetière

Sur des images tournées dans le cimetière du quartier d'al-Tuffah, des corps exhumés, dans leur sac mortuaire, sont visibles au milieu de monticules de terre. D'autres corps sont encore à moitié ensevelis, au milieu de stèles renversées dans ce petit cimetière entouré d'immeubles et où le sol porte clairement la marque de traces de chenilles.

Au milieu d'une nuée de mouches, une petite dizaines d'hommes, portant des gants et des masques chirurgicaux, s'affairent à les réenterrer.

"Nous avons été surpris de voir les corps exhumés" samedi matin, raconte un des hommes en train d'enterrer les corps, qui se présente comme un membre de la famille Aliwa mais refuse de donner son prénom.

Sans avoir été témoin des faits, il accuse l'armée israélienne d'être passée avec "un bulldozer" sur le cimetière et d'avoir "roulé sur des corps".

"Nous sommes en train de récupérer les corps présents dans le cimetière (...), nous n'en avons identifié que quelques-un", ajoute-t-il, dénonçant des "actes barbares qui ne respectent aucune religion ni droits humains".

«Risque d'embrasement»

Depuis le 8 octobre, les échanges de tirs quasi-quotidiens entre le Hezbollah et les forces israéliennes ont fait 181 morts au Liban, dont 135 combattants du mouvement chiite, selon un décompte de l'AFP.

En Syrie et en Irak, les attaques contre des bases militaires des Etats-Unis se aussi sont multipliées depuis le 7 octobre, tandis que les rebelles Houthis au Yémen perturbent le trafic maritime mondial en mer Rouge en y attaquant des navires, au nom de leur "soutien" aux Palestiniens.

La ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, a elle appelé samedi son homologue iranien, Hossein Amir-Abdollahian, pour exhorter "l'Iran et ses affidés" à cesser "immédiatement" leurs "actions déstabilisatrices" alors que "le risque d'embrasement régional n'a jamais été aussi important".

Dans un message vidéo adressé au chef de la diplomatie américaine, le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, basé au Qatar, a appelé M. Blinken à "se concentrer sur la fin" de l'offensive israélienne et la "fin de l'occupation de l'ensemble de la terre palestinienne".

"L'avenir de la bande de Gaza" sera "déterminé par le peuple palestinien et non par Israël", dont "tous les scénarios (...) ne mèneront qu'à l'échec", a pour sa part déclaré samedi Hussein al-Sheikh, un haut responsable de l'Autorité palestinienne en Cisjordanie occupée, en réponse aux pistes pour l'après-guerre présentées jeudi par le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant.

Ce plan, qui doit encore être examiné par un gouvernement divisé, prône que l'administration de Gaza soit confiée à des "entités palestiniennes" mais excluant le Hamas, classé groupe terroriste par Israël, les Etats-Unis et l'Union européenne.


Le Conseil du Golfe veut participer à toutes les discussions sur la guerre avec l’Iran

Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Al-Budaiwi. (Archive/AFP)
Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Al-Budaiwi. (Archive/AFP)
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  • Le chef du CCG a appelé à un arrêt immédiat des attaques visant les infrastructures énergétiques dans le Golfe
  • Le Conseil du Golfe a indiqué que ses membres souhaitent être impliqués dans toute discussion sur la guerre avec l’Iran

DUBAÏ : Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Al-Budaiwi, a accusé jeudi l’Iran d’alimenter l’escalade régionale et a appelé à un arrêt immédiat des attaques visant les infrastructures énergétiques dans le Golfe, tout en exhortant à inclure les États du Golfe dans tout effort diplomatique visant à résoudre la crise.

Dans une série de déclarations, Jasem Mohamed Al-Budaiwi a affirmé que l’Iran était responsable de la récente escalade et a averti que ses actions constituaient une menace directe pour la stabilité régionale.

Il a indiqué que des attaques iraniennes avaient visé des raffineries de pétrole en Arabie saoudite, au Qatar, aux Émirats arabes unis et au Koweït, qualifiant ces frappes de « systématiques » et dirigées contre des installations énergétiques critiques.

« Nous insistons sur la nécessité d’impliquer les pays du CCG dans toute discussion ou accord visant à résoudre cette crise, de manière à renforcer leur sécurité et leur stabilité », a déclaré Al-Budaiwi dans une allocution télévisée, ajoutant que si les États du Golfe ont le droit de se défendre, ils privilégient la voie diplomatique.

« La communauté internationale doit adresser un message unifié à l’Iran pour qu’il mette fin à ses attaques », a-t-il ajouté, appelant à une pression mondiale coordonnée pour éviter une nouvelle escalade.

Le secrétaire général a également rejeté toute tentative de redessiner la carte de la région après le conflit, mettant en garde contre toute modification des frontières géopolitiques une fois la crise terminée.

Al-Budaiwi a en outre accusé l’Iran d’exiger des paiements de la part des navires transitant par le détroit d’Ormuz, une voie maritime essentielle par laquelle transite une part importante du pétrole mondial.

Le chef du CCG est le premier haut responsable régional à formuler publiquement une telle accusation.

Al-Budaiwi, qui dirige le bloc composé de Bahreïn, du Koweït, d’Oman, du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, a fait ces déclarations lors d’une conférence de presse à Riyad. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Pourquoi Israël bombarde-t-il des ponts strategiques dans le sud du Liban ?

Après une frappe aérienne israélienne qui a visé le pont de Qasmiyeh, situé sur une route principale reliant des villages du district de Tyr à d'autres plus au nord, Israël ayant déclaré que le pont était utilisé par le Hezbollah, dans le sud du Liban. (AFP)
Après une frappe aérienne israélienne qui a visé le pont de Qasmiyeh, situé sur une route principale reliant des villages du district de Tyr à d'autres plus au nord, Israël ayant déclaré que le pont était utilisé par le Hezbollah, dans le sud du Liban. (AFP)
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  • Des responsables libanais et des sources militaires estiment que les frappes sur les principaux points de passage visent à créer une division géographique qui isolerait une grande partie du sud du pays
  • Ces dernières semaines, les opérations israéliennes sont passées de l'émission d'ordres d'évacuation pour les villages situés au sud du Litani à l'avertissement des résidents avant les frappes sur les ponts et les routes principales

BEYROUTH : Le ciblage systématique par Israël des ponts sur le Litani marque une escalade significative dans sa campagne militaire au Liban, qui passe des frappes aériennes et des avertissements d'évacuation à la coupure délibérée du Sud-Liban du reste du pays.

Des responsables libanais et des sources militaires estiment que les frappes sur les principaux points de passage reliant les zones situées au nord et au sud du Litani visaient à créer une division géographique qui isolerait de grandes parties du sud, perturberait les opérations d'aide et de secours et restreindrait les déplacements dans la région.

Ces dernières semaines, les opérations israéliennes sont passées de l'émission d'ordres d'évacuation pour les villages situés au sud du Litani à l'avertissement des résidents avant les frappes sur les ponts et les routes principales.

Le ministre israélien de la défense, Israël Katz, a déclaré qu'il avait ordonné à l'armée de détruire tous les ponts qui enjambent le fleuve reliant le sud à Beyrouth et à la région de la Bekaa, car ils étaient utilisés pour transporter des armes vers le Hezbollah.

Pourquoi les ponts sont-ils si importants ?

Le Litani, le plus long fleuve du Liban (environ 170 km), prend sa source à l'ouest de Baalbek et traverse la vallée de la Bekaa. Il se situe entre 6 et 30 km de la frontière israélo-libanaise, ses points les plus proches se trouvant dans le secteur oriental et le district de Nabatieh.

Les zones situées au sud de la rivière sont connues sous le nom de "frontière sud". Elles comprennent des parties des gouvernorats du Sud et de Nabatieh, notamment les districts de Tyr, de Bint Jbeil et de Marjayoun.

L'armée israélienne a identifié au moins 15 ponts et ponceaux, s'étendant de la région côtière à la Bekaa occidentale, comme cibles à détruire.

Parmi les plus importants figurent les ponts de Qasmiyeh, Tayr Falsay et Khardali, dont la perte couperait des voies de transport essentielles reliant le Sud-Liban au reste du pays et isolerait effectivement les régions situées au sud du fleuve.

Les frappes sur les ponts interviennent dans un contexte d'intensification des combats entre Israël et le Hezbollah dans des villes frontalières comme Khiam et Naqoura et d'une augmentation des démolitions, par les forces israéliennes, de maisons dans les villages de la ligne de front - des mesures qui, selon les observateurs, pourraient préparer le terrain pour une incursion terrestre plus large.

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre contre l'Iran le 2 mars en lançant six roquettes sur un site militaire dans le nord d'Israël. Cette action répondait à ce que le groupe militant décrit comme la poursuite des attaques israéliennes contre le Liban, malgré l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024 et l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le même jour, Israël a lancé une nouvelle offensive contre le Liban, menant des frappes aériennes sur la banlieue sud de Beyrouth ainsi que sur des zones situées au sud et à l'est du Liban. Le lendemain, il entame une incursion terrestre limitée dans le sud.

Quel est l'impact des bombardements sur les ponts ?

Le pont d'Al-Qasmiyeh, qui a été visé dimanche par des frappes aériennes israéliennes intensives, est l'un des points de passage les plus importants. Situé près de l'endroit où le fleuve rencontre la mer Méditerranée, il fait partie de la principale route côtière reliant Sidon et Tyr et est utilisé par les piétons, les voitures et les camions.

Sa destruction a gravement perturbé la principale artère reliant le sud du pays à la capitale.

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié le bombardement des ponts d'"escalade dangereuse et de violation flagrante de la souveraineté libanaise", de "prélude à une invasion terrestre" et de "tentative de rompre le lien géographique entre la région méridionale du Litani et le reste du territoire libanais".

Une source militaire a déclaré à Arab News qu'Israël avait jusqu'à présent visé 70 % des ponts.

"D'un point de vue militaire, l'objectif est de couper les lignes d'approvisionnement du Hezbollah.

Pourquoi Israël veut-il isoler le Sud-Liban ?

La source a déclaré que l'incursion dans le Sud-Liban et l'isolement de cette région avaient pour but d'accroître les gains d'Israël sur le terrain afin de renforcer sa position dans les négociations.

"L'impact que la supériorité israélienne imposera au Liban dans les étapes à venir reste incertain", a déclaré la source.

"Nous savons seulement qu'elle possède des capacités militaires supérieures et redoutables, inégalées par toute autre force au Moyen-Orient, ainsi qu'une importante supériorité aérienne et technologique.

"En revanche, le Hezbollah ne dispose d'aucune ligne de ravitaillement, ni depuis la Syrie ni depuis l'Irak, et l'armée libanaise est confrontée à d'importantes limitations en termes de capacités et de ressources, s'efforçant de maintenir sa présence militaire par tous les moyens possibles."

La source a indiqué que, sur la base d'informations fournies par des unités de l'armée libanaise stationnées au sud du Litani, à environ 10 km de la frontière, les forces israéliennes étaient entrées dans la ville de Khiam, sans que l'on connaisse l'ampleur de l'incursion.

L'analyste politique Ali Al-Amin a déclaré à Arab News que les opérations menées par le Hezbollah dans le sud du Liban n'empêcheraient pas les Israéliens d'avancer, mais qu'elles en augmenteraient le coût.

"L'objectif d'Israël était d'établir une zone tampon, ce dont il avait déjà discuté lors de la dernière guerre, sur une région vidée de sa population, de ses installations résidentielles et agricoles et de ses infrastructures.

La zone tampon s'étendrait probablement sur une profondeur de 3 à 5 km.

"L'armée israélienne pourrait pénétrer plus loin, mais je pense que l'opération se limitera à des incursions et à des retraits sans maintenir une présence permanente.

Sur la base de ses précédentes guerres au Sud-Liban, Israël a compris qu'une occupation terrestre serait coûteuse, a déclaré M. Al-Amin.

"Grâce à sa supériorité technologique, il n'a pas besoin d'occuper un territoire. Il a déjà forcé des gens à quitter leurs maisons par des menaces et des barrages routiers aériens, sans avoir besoin de troupes au sol."

Il a ajouté qu'il pensait que les Israéliens poursuivraient leurs destructions et chercheraient à relier les zones méridionales à Hasbaya, Arqoub et aux villages chrétiens - des zones qui n'ont pas été détruites, contrairement aux villages chiites.

Les habitants de ces zones pourraient être contraints d'évacuer après avoir perdu l'accès aux routes d'approvisionnement en nourriture ou de recourir aux provisions israéliennes, a-t-il ajouté.

"Toutefois, cela ne signifie pas un retour à la bande frontalière que le Liban a connue dans les années 1970. Elle pourrait au contraire devenir une bande frontalière sans chiites, car ceux-ci seraient empêchés de reconstruire leurs villages ou d'y retourner.

"Si des négociations devaient s'ouvrir entre le Liban et Israël, la situation changerait alors, car Israël, disposant d'un levier important, serait en mesure d'imposer ses conditions", a-t-il ajouté.

Quel est le coût de cette nouvelle escalade ?

Il n'existe pas encore d'estimation officielle des pertes résultant de la destruction des ponts dans le sud du Liban.

La Banque mondiale a déjà estimé le coût de la réhabilitation des infrastructures libanaises à plusieurs milliards de dollars. La reconstruction des ponts ne ferait qu'alourdir les dépenses.

Le bilan humanitaire est également lourd : plus de 1 070 personnes ont été tuées et plus d'un million ont été déplacées, soit environ 14 % de la population, selon l'unité de gestion des risques de catastrophes du bureau du Premier ministre et du ministère des Affaires sociales.


Le Hezbollah refuse toute négociation «sous le feu» avec Israël

Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban. (AFP)
Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban. (AFP)
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  • Dans un communiqué retransmis par la chaîne du Hezbollah, le chef du groupe, Naïm Qassem, a affirmé que toute négociation "sous le feu" avec Israël était une "capitulation"
  • Il a demandé aux autorités libanaises de revenir sur leur décision de "criminaliser" l'action militaire de sa formation, que Beyrouth a décidé d'interdire début mars.

BEYROUTH: Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban.

Les frappes israéliennes ont tué 1.094 personnes, dont 121 enfants, fait plus de 3.000 blessés et plus d'un million de déplacés depuis le 2 mars, selon un nouveau bilan mercredi du ministère de la Santé.

Dans un communiqué retransmis par la chaîne du Hezbollah, le chef du groupe, Naïm Qassem, a affirmé que toute négociation "sous le feu" avec Israël était une "capitulation", alors que le gouvernement libanais appelle à des pourparlers avec le pays ennemi.

Il a demandé aux autorités libanaises de revenir sur leur décision de "criminaliser" l'action militaire de sa formation, que Beyrouth a décidé d'interdire début mars.

Sur le terrain, le Hezbollah a affirmé avoir mené mercredi plus de 80 attaques contre des positions de l'armée israélienne et des localités en Israël, le nombre d'attaques en un jour le plus élevé depuis le début de la guerre avec Israël.

La formation pro-iranienne a aussi affirmé avoir visé des troupes israéliennes dans neuf villages libanais à la frontière.

Le groupe a aussi revendiqué une série d'attaques contre des localités du nord d'Israël, notamment Kiryat Shmona, qui n'ont pas fait de victimes selon les autorités israéliennes.

"Transformer en profondeur" 

Selon une vidéo diffusée par son bureau, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui affirmé en soirée qu'Israël était en train d'élargir la "zone tampon" au Liban pour "éloigner la menace des missiles" du Hezbollah. "Nous sommes résolus à transformer en profondeur la situation", a-t-il dit.

La veille, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, avait affirmé que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.

Dans le même temps, l'aviation israélienne avait mené une frappe dans la nuit de mardi à mercredi contre la banlieue sud de la capitale, selon l'agence libanaise ANI.

Israël avait ordonné mardi aux habitants de sept quartiers de cette banlieue qu'il considère comme un fief du Hezbollah d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Un correspondant de l'AFP a vu une rue jonchée de débris, de morceaux de ciment et de métal tordu, et un appartement endommagé, après une frappe tôt mercredi matin.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, Israël pilonne la banlieue sud de Beyrouth, vidée de la majorité de ses habitants qui ont fui.

Huit personnes tuées 

Huit personnes ont par ailleurs été tuées dans les frappes israéliennes dans le sud du Liban, selon le ministère libanais de la Santé.

A Nabatiyeh, dans le sud, deux secouristes, vêtus de leur uniforme et qui circulaient sur un scooter, ont été tués par une frappe israélienne mardi, a indiqué mercredi le ministère, portant à 42 le nombre de soignants libanais tués par Israël.

Celui-ci a dénoncé dans un communiqué "une obstruction délibérée des opérations de sauvetage et une violation flagrante du droit international humanitaire".

L'armée israélienne a déclaré de son côté mercredi matin avoir visé "un centre de commandement" du Hezbollah dans la banlieue sud, ainsi que des stations essence de l'entreprise Al-Amana dont elle dit qu'elles appartiennent au mouvement et le financent.

Israël avait aussi annoncé avoir, au cours de son opération terrestre dans le sud du Liban, "démantelé des centres de commandement du Hezbollah" ainsi qu'un dépôt d'armes, et avoir tué plusieurs combattants de la formation, sans en préciser le nombre.

"Le Hezbollah doit cesser de lancer des attaques contre Israël. Et Israël doit cesser ses opérations militaires et ses frappes contre le Liban, où les civils sont le plus touchés", a pour sa part plaidé mercredi le secrétaire général de l'ONU. "Le modèle de Gaza ne doit pas être reproduit au Liban", a insisté Antonio Guterres.

Dans la ville millénaire de Tyr, à une vingtaine de km de la frontière israélienne, environ 20.000 personnes dont quelque 15.000 déplacés des villages environnants s'entassent dans le quartier chrétien - le seul encore épargné par les frappes - et dans quelques écoles.

"Nous n'abandonnerons pas notre terre, nos cœurs sont ici", a affirmé Khalil, l'un de ceux qui ont décider de rester dans la ville, désormais très isolée.