Face aux actions coup de poing des agriculteurs, les autorités accusées de mansuétude

Un agriculteur français passe devant des tracteurs alors qu'ils bloquent l'autoroute A16 lors d'une manifestation pour protester contre un certain nombre de problèmes affectant leur secteur, au sud de Beauvais vers Paris, le 25 janvier 2024. (AFP)
Un agriculteur français passe devant des tracteurs alors qu'ils bloquent l'autoroute A16 lors d'une manifestation pour protester contre un certain nombre de problèmes affectant leur secteur, au sud de Beauvais vers Paris, le 25 janvier 2024. (AFP)
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Publié le Jeudi 25 janvier 2024

Face aux actions coup de poing des agriculteurs, les autorités accusées de mansuétude

  • Les actions sont montées d'un cran ces derniers jours, avec notamment des pneus incendiés devant la préfecture d'Agen mercredi devant des CRS impassibles
  • Ces violences n'ont pour l'instant pas été condamnées par le gouvernement

PARIS: Refus du gouvernement d'empêcher les blocages routiers, explosion dans un bâtiment public sans réaction au sommet de l'État... Alors que les agriculteurs multiplient les actions coup de poing, des critiques s'élèvent sur la mansuétude des autorités à leur égard.

Les actions sont montées d'un cran ces derniers jours, avec notamment des pneus incendiés devant la préfecture d'Agen mercredi devant des CRS impassibles.

A Carcassonne, un immeuble de la Direction régionale de l'environnement de l'aménagement et du logement (Dreal), vide et en travaux, a été soufflé par une explosion. Un tag du Comité d'action viticole (CAV) a été retrouvé sur place.

Ces violences n'ont pour l'instant pas été condamnées par le gouvernement.

Il n'est "pas question" d'empêcher les blocages, a souligné mercredi la porte-parole du gouvernement Prisca Thevenot, affirmant qu'ils étaient "organisés dans un cadre légal", en dépit du délit d'entrave à la circulation.

Gérald Darmanin a donné mercredi des consignes de "grande modération" aux préfets.

"On n'envoie pas les CRS sur des gens qui souffrent", avait insisté lundi auprès de l'AFP l'entourage du ministre de l'Intérieur, vivement critiqué en mars 2023 pour avoir qualifié "d'écoterroristes" les participants à la violente manifestation contre les mégabassines de Sainte-Soline.

"Les écologistes feraient le millième de ce qu'il se passe aujourd'hui, ils seraient en prison et condamnés", s'est ainsi indigné mercredi le sénateur EELV Yannick Jadot.

«Pas nouveau»

"Il y a toujours eu une forme de mansuétude de la part des puissances politiques à l'égard des agriculteurs", note le sondeur Jean-Daniel Levy (Harris Interactive). "Ce n'est pas spécifique à ce gouvernement", ajoute-t-il citant l'envahissement du bureau de la ministre de l'Environnement Dominique Voynet en 1999, qui n'avait pas entraîné d'importantes "répercussions".

Mercredi, le blocage de l'autoroute A13 dans l'Eure par une vingtaine de tracteurs a fait réagir Nicolas Hervieu, professeur de droit public.

"Il y a 8 mois, le blocage de la même autoroute avait suscité une réaction très différente", a-t-il relevé sur X. Le préfet avait "fustigé une +action irresponsable+ des Soulèvements de la Terre, saisi le parquet et utilisé des drones". "En janvier 2024, rien", ironise le juriste.

Les militants écologistes "avaient envahi l'A13 par surprise (...) en pleine circulation et à une heure de trafic intense", mettant "en danger leurs vies et celle des automobilistes", s'est justifiée auprès de l'AFP la préfecture de l'Eure.

Les agriculteurs, eux, n'ont investi l'autoroute "qu'après la mise en œuvre de mesures de sécurisation", en lien avec la gendarmerie, a-t-elle ajouté.

Le mouvement des agriculteurs "fait reculer les appels à la violence policière et judiciaire habituelle du pouvoir macroniste comme on les avait constatés face aux gilets jaunes et aux révoltes urbaines", a constaté jeudi le leader LFI Jean-Luc Mélenchon, s'amusant que "la raison et le droit à la dignité des gens commencent à être prioritaires dans la parole publique".

«Une population qui vote»

Les manifestations des agriculteurs sont en général "organisées, préparées, encadrées", avec "des interlocuteurs" souvent en lien par ailleurs avec policiers ou gendarmes locaux, abonde un haut cadre du ministère de l'Intérieur. En outre, "que peuvent faire les policiers ou les gendarmes contre 50 tracteurs à part sécuriser la manifestation et mettre en place une déviation?".

Mais, si le pouvoir politique décide de mettre fin au blocage, les agriculteurs "finissent par partir quand ils voient arriver une dépanneuse", pour ne pas risquer que leur tracteur, outil de travail, soit endommagé, ajoute-t-il.

Par ailleurs, les agriculteurs ne "font pas de faute" dans leurs actions pour l'instant, estime une source policière. "Ce sont des opérations de visibilisation, de com', avec des péages gratuits, neutralisations des radars automatiques". De quoi permettre à ce mouvement, qui touche "au-delà des agriculteurs" sur le thème de la "ruralité délaissée", de garder une dimension "populaire" à ce stade.

"Les agriculteurs sont la population professionnelle qui vote le plus", rappelle aussi le politologue Xavier Crettiez. "Une population qui vote est une population qu'on va beaucoup plus écouter, moins malmener".

Un choix politique également bien vu dans les rangs des forces de l'ordre où les agriculteurs bénéficient, comme dans le reste du pays, d'un capital sympathie. "Il y a une forme de respect dans l'expression de la colère des agriculteurs, tout le monde sait qu'ils bossent beaucoup. On ne doit pas les traiter comme des délinquants", dit à l'AFP l'ex-CRS Grégory Joron, du syndicat Unité-SGP.


Budget: "Il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement" dans ce contexte international, affirme Wauquiez

Le président du groupe parlementaire Droite républicaine, Laurent Wauquiez, s'exprime lors d'un débat parlementaire sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 31 octobre 2025. (AFP)
Le président du groupe parlementaire Droite républicaine, Laurent Wauquiez, s'exprime lors d'un débat parlementaire sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 31 octobre 2025. (AFP)
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  • Laurent Wauquiez exclut toute censure du gouvernement, estimant qu’elle serait irresponsable dans le contexte international et budgétaire actuel
  • Le chef des députés LR juge le budget imparfait mais non idéologique, tout en critiquant le manque d’économies et la pression sur les grandes entreprises

PARIS: Le patron des députés LR Laurent Wauquiez a affirmé mercredi qu'il "ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement" dans le contexte international actuel, écartant une censure de l'exécutif de Sébastien Lecornu de la part de la cinquantaine de députés LR.

"Dans le contexte international de danger qui est celui de la France et de menace d'une guerre commerciale, il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement et de laisser la France sans budget", a déclaré Laurent Wauquiez devant l'Association des journalistes parlementaires (AJP).

Le patron des députés LR a nié que ce budget soit "socialiste" comme l'a affirmé le patron de son parti Bruno Retailleau.

"Ce n'est pas un budget socialiste, ce n'est pas un budget de droite. C'est un budget qui est le fruit d'une situation politique pleine de tempêtes dans laquelle il n'y a pas de majorité dans notre Assemblée nationale", a-t-il expliqué.

Laurent Wauquiez a estimé que le travail parlementaire de la droite a permis d'éviter "l'hérésie fiscale" du projet de budget initial, tout en reconnaissant que la version adoptée par 49.3 est "imparfaite".

A ses yeux, le "gros point de noir de ce budget" est le manque d'économies sur les dépenses et le "poids mis sur les grandes entreprises".

Laurent Wauquiez a sévèrement taclé David Lisnard, le maire libéral de Cannes, qui a appelé mardi les élus de droite à faire tomber le gouvernement et dont la députée Alexandra Martin, qui porte les couleurs de son parti Nouvelle Energie au sein du groupe LR, a promis de voter la censure.

"Ceux qui veulent censurer ou ne pas censurer, la meilleure façon c'est d'avoir le courage de se présenter aux élections législatives", a affirmé le député de Haute-Loire, en allusion au patron de l'Association des maires de France (AMF). David Lisnard est candidat à sa réélection à Cannes en mars et il a annoncé qu'il se présenterait à la présidentielle l'an prochain, si la primaire à droite qu'il souhaite n'est pas organisée.


La France demande «un exercice de l'Otan» au Groenland, se dit «prête à y contribuer»

Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez". (AFP)
Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez". (AFP)
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  • "La France demande un exercice de l'OTAN au Groenland et est prête à y contribuer", a fait savoir la présidence française
  • Plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, ont déjà envoyé du personnel militaire sur ce territoire pour une mission de reconnaissance en vue d'un exercice danois organisé avec des alliés de l'Otan

PARIS: La France veut un "exercice de l'Otan" au Groenland et est "prête à y contribuer", a indiqué mercredi l'Elysée, alors que le président américain Donald Trump répète qu'il veut s'emparer de ce territoire autonome danois.

Ses menaces concernant le Groenland ont jeté un froid dans les relations déjà complexes entre le président américain, qui doit s'exprimer mercredi au Forum de Davos, et les puissances européennes.

"La France demande un exercice de l'OTAN au Groenland et est prête à y contribuer", a fait savoir la présidence française.

Plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, ont déjà envoyé du personnel militaire sur ce territoire pour une mission de reconnaissance en vue d'un exercice danois organisé avec des alliés de l'Otan, mais en dehors du cadre de l'alliance atlantique et donc sans l'implication des Etats-Unis.

Cela avait provoqué la colère de Donald Trump, qui avait menacé ses alliés participant à ces manœuvres d'imposer de nouveaux droits de douane allant jusqu'à 25%.

Le dirigeant martèle que le Groenland, par ailleurs riche en minéraux, est vital pour la sécurité des Etats-Unis et de l'Otan face à la Russie et à la Chine. Un exercice de l'Otan à proprement parler permettrait d'impliquer Washington et d'afficher le fait que la sécurité en Arctique est prise au sérieux par les Européens, juge-t-on à Paris.

Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez".

"Je pense qu'il va se passer quelque chose qui sera très positif pour tout le monde", a-t-il assuré.


G7, Groenland, Russie: Macron face au défi de ne pas rompre le fil avec Trump

Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
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  • "Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain
  • "Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il

PARIS: Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements.

"Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain.

"Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il.

Il propose d'"organiser une réunion du G7 à Paris jeudi après-midi", et se dit prêt, "en marge" de ce sommet, à "inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et les Russes".

Une présence officielle de dirigeants russes à Paris serait inédite depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine il y a bientôt quatre ans. La Russie a été expulsée du G8, redevenu G7, à la suite de l'annexion de la Crimée par Moscou en 2014, même si Donald Trump a plusieurs fois exprimé le vœu de la réintégrer.

La réponse du président américain n'a pas été rendue publique, et rien ne dit à ce stade que ce sommet se fera. Le Kremlin a assuré n'avoir reçu aucune invitation.

Emmanuel Macron estime avoir appris à gérer sa relation avec Donald Trump lors du premier mandat à la Maison Blanche et depuis son retour il y a un an.

Face à des tensions à nouveau au plus haut en raison de la volonté américaine de s'emparer du Groenland, territoire autonome danois, et des menaces de taxes douanières accrues contre les Etats européens qui s'y opposent, le président français tente de jouer sur les codes de la diplomatie disruptive de son homologue.

"Le président Trump aime faire des opérations. J'ai un peu le même tempérament, donc je comprends très bien", avait reconnu Emmanuel Macron en octobre au sujet de ses "coups" qui sèment souvent la sidération.

Accusé d'être trop accommodant il y a deux semaines sur le Venezuela, le chef de l'Etat français est monté en première ligne pour défendre la souveraineté du Danemark et du Groenland, en dépêchant des militaires sur l'île arctique aux côtés de l'Allemagne notamment.

Puis il a été le plus ferme des dirigeants de l'UE à s'élever contre les menaces douanières, en demandant d'activer son "instrument anti-coercition", considéré comme le "bazooka" en cas de guerre commerciale.

Parallèlement, Paris a été le premier grand pays à dire clairement "non" à l'invitation américaine à un "Conseil de la paix" qui ressemble à un substitut de l'ONU, mais totalement à la main de Donald Trump.

Fin de mandat 

Ce dernier a réagi à ce refus en moquant son homologue français, dont "personne ne veut car il va bientôt terminer son mandat", et en agitant le spectre de droits de douane de 200% sur les vins et champagnes.

Hasard du calendrier, cette séquence intervient le jour de la diffusion, prévue mardi sur la chaîne France 2, d'un documentaire dans lequel on voit Emmanuel Macron appeler le dirigeant américain en mai depuis Kiev pour lui dire que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accepté sa proposition de cessez-le-feu. "Prix Nobel pour ça!", "tu es le meilleur", répond l'intéressé.

Les deux hommes, qui avaient cassé les codes, chacun à sa manière, pour arriver aux affaires en 2017, avaient d'abord noué une relation particulière, entre séduction et rapport de forces. Mais la vraie-fausse idylle a depuis connu des hauts mais aussi beaucoup de bas.

A tel point qu'Emmanuel Macron est régulièrement accusé, en France et parfois en Europe, d'en faire trop pour plaire à Donald Trump.

L'ex-président François Hollande a estimé que son successeur à l'Elysée avait tort de vouloir ménager l'Américain "pour essayer de l'influencer" et de "tout faire pour garder Donald Trump sur le terrain européen".

C'est bien la stratégie d'Emmanuel Macron: "garder Trump au plus près de nous" lorsque les intérêts européens sont en cause, sur l'Ukraine, le Groenland ou le commerce. "Gérer ses à-coups" et les poussées de tensions, quitte à avaler des couleuvres, quand monter au créneau serait peine perdue.

"Il pense qu'il faut choisir ses batailles", analyse Célia Belin, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales. "C'est un principe de réalité: quand la gesticulation ne sert à rien, ça nous rend à la limite plus faibles", dit-elle à l'AFP.

Selon elle, "l'Europe a besoin que la France", pays doté de l'arme nucléaire et porteuse par tradition gaulliste d'une voix à part, "se mette plus en avant dans la confrontation avec Trump".