Soldats tués en Jordanie: La réponse américaine se précise

Le président américain Joe Biden s'adresse aux journalistes avant de monter à bord de Marine One sur la pelouse sud de la Maison Blanche à Washington, DC, le 30 janvier 2024. Joe Biden se rend en Floride pour prendre la parole lors de réceptions organisées dans le cadre de sa campagne électorale. (Photo, AFP)
Le président américain Joe Biden s'adresse aux journalistes avant de monter à bord de Marine One sur la pelouse sud de la Maison Blanche à Washington, DC, le 30 janvier 2024. Joe Biden se rend en Floride pour prendre la parole lors de réceptions organisées dans le cadre de sa campagne électorale. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 31 janvier 2024

Soldats tués en Jordanie: La réponse américaine se précise

  • Interrogé au sujet de l'Iran, le président américain a dit: «Je les tiens pour responsables dans la mesure où ils fournissent les armes aux gens qui ont fait ça»
  • La veille, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken avait évoqué des représailles «à plusieurs niveaux, menées par étapes et étalées dans le temps»

WASHINGTON: Joe Biden a déclaré mardi qu'il avait décidé comment riposter après l'attaque qui a tué trois militaires américains au Moyen-Orient, une réponse qui prendra probablement la forme de représailles "multiples".

Interrogé au sujet de l'Iran, le président américain a dit: "Je les tiens pour responsables dans la mesure où ils fournissent les armes aux gens qui ont fait ça", en l'occurrence les combattants ayant mené cette attaque meurtrière dimanche en Jordanie, tout près de la frontière syrienne.

En pleine année électorale, le démocrate de 81 ans, qui fait face à une intense pression de ses adversaires républicains pour répondre fermement à Téhéran, n'a pas donné plus de détails lors d'un échange rapide avec les journalistes à la Maison Blanche, avant de partir faire campagne en Floride (sud-est).

"Il est très possible que vous assistiez à une réponse graduée, pas une seule action mais potentiellement de multiples actions," a ensuite assuré le porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, John Kirby, à bord de l'avion présidentiel.

La veille, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken avait évoqué des représailles "à plusieurs niveaux, menées par étapes et étalées dans le temps."

Dans ce contexte de tension liée à la guerre entre Israël et le Hamas palestinien à Gaza, les Brigades du Hezbollah, un influent groupe armé pro-Iran en Irak, ont annoncé mardi "suspendre" leurs opérations militaires contre les troupes américaines.

Réagissant à cette annonce, le porte-parole du Pentagone Pat Ryder a estimé que "les actions parlent plus fort que les mots".

«Forcer l'Iran à changer»

Avant de partir pour la Floride, où il doit lever des fonds pour sa campagne, Joe Biden s'est entretenu avec les familles des trois soldats tués.

C'est avec leur accord qu'il se rendra, selon John Kirby, à la base de Dover (nord-est) vendredi pour assister à une cérémonie à l'occasion du rapatriement des dépouilles.

Le président américain a aussi répété mardi qu'il ne voulait pas d'une "guerre plus étendue au Moyen-Orient", un leitmotiv des Américains depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, le 7 octobre.

L'attaque au drone dimanche a visé une base logistique américaine située en plein désert jordanien, à la frontière avec l'Irak et la Syrie. Elle a fait trois morts et plusieurs dizaines de blessés, selon l'armée américaine.

De quoi raviver les critiques de la droite américaine sur la stratégie de Joe Biden envers l'Iran, qu'elle juge bien trop complaisante.

L'ancien président Donald Trump, ultra favori pour décrocher l'investiture du parti républicain pour la présidentielle, avait réagi dès dimanche en critiquant la "faiblesse" de son successeur.

Le chef de file des sénateurs républicains, Mitch McConnell, a pour sa part déclaré: "Le monde entier attend de voir si le président se décide enfin à utiliser la puissance américaine pour forcer l'Iran à changer de comportement".

«Très alarmant»

Les Etats-Unis ont essuyé de nombreuses frappes contre des positions au Moyen-Orient depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas mais n'avaient jusqu'à dimanche pas déploré de pertes humaines.

L'armée américaine a déjà répliqué, de manière ciblée, contre des groupes pro-Iran en Irak et en Syrie, tout comme elle a frappé au Yémen les rebelles Houthis, soutenus par Téhéran et qui multiplient les attaques contre des navires en mer Rouge et dans le Golfe d'Aden.

Joe Biden ne veut surtout pas, en pleine année électorale, être entraîné dans un conflit régional étendu.

Il s'est jusqu'ici gardé de frapper directement l'Iran - que ce soit en visant son territoire ou de hauts responsables militaires.

Le président américain, qui se présente comme un garant de l'ordre et de la démocratie au niveau international, doit, en plus des critiques de ses adversaires politiques, encaisser les appels au calme des grandes rivales de l'Amérique, la Russie et la Chine.

"Nous considérons que le niveau de tension est très alarmant et que le moment est venu de prendre des mesures pour désamorcer les tensions", a déclaré mardi le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, à la presse qui l'interrogeait sur le risque de représailles américaines contre l'Iran, un allié de Moscou.

Pékin a de son côté appelé "toutes les parties concernées" au "calme et à la retenue".


Trump dit ne pas penser que le guide suprême iranien soit mort

Mojtaba Khamenei a été blessé dans la première salve de frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février, qui ont tué son père Ali Khamenei. (AFP)
Mojtaba Khamenei a été blessé dans la première salve de frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février, qui ont tué son père Ali Khamenei. (AFP)
Short Url
  • Mojtaba Khamenei a été blessé dans la première salve de frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février, qui ont tué son père Ali Khamenei
  • Il n'est pas apparu publiquement depuis et s'exprime par des communiqués qui lui sont attribués.

WASHINGTON: Donald Trump a dit mercredi qu'il "ne pensait pas" que le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei, qui n'a pas été vu en public depuis fin février, "soit mort".

"Il a été très sérieusement blessé mais je ne pense pas qu'il soit mort", a dit le président américain pendant un entretien avec un animateur conservateur, Glenn Beck.

Mojtaba Khamenei a été blessé dans la première salve de frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février, qui ont tué son père Ali Khamenei.

Il n'est pas apparu publiquement depuis et s'exprime par des communiqués qui lui sont attribués.

Cette discrétion, en plein conflit régional, a donné lieu à des spéculations à la fois sur son état de santé et sur ses relations avec d'autres hauts responsables iraniens.


Oman et Téhéran négocient la régulation du détroit d'Ormuz sans déblocage en vue

Short Url
  • Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi, a dit sur X espérer "annoncer bientôt" un nouveau couloir de navigation, ainsi "que des modalités pratiques afin de rétablir une navigation sûre"
  • Des négociations se poursuivront pour établir un couloir "permanent" et définir "la future gestion du détroit", ainsi qu'un mécanisme de "fourniture des services de navigation et de sécurité nécessaires", ajoute le texte

TEHERAN: Oman et Téhéran discutent d'un "couloir temporaire" de navigation dans le détroit d'Ormuz et de son déminage mais les autorités iraniennes ont prévenu mercredi que le passage stratégique ne serait pas ouvert avant que les Etats-Unis ne mettent fin à la guerre.

Les deux pays riverains du détroit cherchent à réguler la navigation dans cette voie maritime, toujours verrouillée par Téhéran, qui est au cœur de la guerre au Moyen-Orient.

Alors que le conflit dure depuis près de six mois, Washington a intensifié la pression économique avec un nouveau train de sanctions "secondaires" annoncé cette semaine, touchant non pas directement l'Iran mais ses partenaires commerciaux, sur l'or, la technologie, les actifs numériques, l'aviation et le transport maritime.

A Mascate, les ministres iranien et omanais des Affaires étrangères ont discuté mardi d'un accord-cadre établissant un "couloir temporaire" et prévoyant une opération de déminage, selon un communiqué conjoint.

Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi, a dit sur X espérer "annoncer bientôt" un nouveau couloir de navigation, ainsi "que des modalités pratiques afin de rétablir une navigation sûre".

Des négociations se poursuivront pour établir un couloir "permanent" et définir "la future gestion du détroit", ainsi qu'un mécanisme de "fourniture des services de navigation et de sécurité nécessaires", ajoute le texte.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a souligné mardi sur X que lors de négociations avec les partenaires omanais et pakistanais, "l'accent a été mis sur des solutions régionales". "Le cadre proposé pour un nouveau corridor, le déminage conjoint et la gestion future du détroit d'Ormuz en sont une parfaite illustration".

Mais le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a prévenu Washington tôt mercredi sur X: "Avant toute action visant à rouvrir le détroit d'Ormuz, les Etats-Unis doivent mettre pleinement en œuvre l'ensemble des engagements qu'ils ont violés".

"Le détroit d'Ormuz ne sera rouvert qu'en échange de la fin de la guerre sur tous les fronts, de la levée du blocus et d'un règlement de la situation au Yémen."

Il a ajouté que la réponse de l'Iran aux sanctions américaines serait de "viser leurs intérêts économiques".

"Mines retirées", selon Trump 

Sur son réseau social, Donald Trump avait, lui, affirmé que, selon la marine américaine, "toutes les mines avaient été retirées et/ou détruites dans les eaux internationales du détroit d'Ormuz".

"L'Iran a été informé que tout navire ou bateau posant de nouvelles mines (serait) (...) détruit", a-t-il ajouté.

Plus tôt, il avait assuré que le détroit était sous contrôle américain - ce que Téhéran a démenti - et menacé Oman de bombardements si le sultanat se mettait "en travers" de la route des Etats-Unis sur Ormuz.

Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a dit lundi la volonté de Washington de "couper toutes les ressources économiques" de l'Iran

En Iran, déjà éprouvé par des décennies de sanctions internationales, de nombreux automobilistes et motards se sont pressés mardi dans les stations-service de Téhéran.

Malgré les informations toujours contradictoires, les opérateurs ont poussé le pétrole en baisse de plus de 2% mercredi dans un regain d'optimisme, le Brent s'installant sous les 90 dollars.

La guerre a été déclenchée fin février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran, qui a riposté en frappant des pays alliés de Washington dans la région et en verrouillant le détroit d'Ormuz.

Au cœur du conflit, le stratégique détroit, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures mondiaux, est verrouillé par Téhéran quasiment sans interruption depuis six mois, ce qui a entraîné une envolée des prix du pétrole et une pression accrue sur Donald Trump aux Etats-Unis, à l'approche des élections de mi-mandat de novembre.

Washington mène en retour un blocus des ports iraniens.

Téhéran a exclu tout retour à la situation d'avant-guerre dans le détroit.


Un député israélien tente de détruire un mémorial palestinien en Cisjordanie

Le député israélien d'extrême droite Zvi Soukot a tenté mardi de détruire un mémorial à la mémoire de "martyrs" palestiniens dans un village en Cisjordanie occupée, affirmant qu'il s'agissait de "terroristes", un acte condamné par l'armée et la classe politique. (AFP)
Le député israélien d'extrême droite Zvi Soukot a tenté mardi de détruire un mémorial à la mémoire de "martyrs" palestiniens dans un village en Cisjordanie occupée, affirmant qu'il s'agissait de "terroristes", un acte condamné par l'armée et la classe politique. (AFP)
Short Url
  • L'armée israélienne qui accompagnait le député lors de cette visite dans des villages palestiniens du nord de la Cisjordanie a dénoncé "la manière trompeuse et manipulatrice" dont elle a été utilisée par M. Soukot
  • "Des soldats de Tsahal affectés à des missions opérationnelles dans le secteur ont été détournés de ces missions pour cette tâche et exposés à des risques inutiles, alors que Tsahal opère dans un contexte de forte pression"

RAMALLAH: Le député israélien d'extrême droite Zvi Soukot a tenté mardi de détruire un mémorial à la mémoire de "martyrs" palestiniens dans un village en Cisjordanie occupée, affirmant qu'il s'agissait de "terroristes", un acte condamné par l'armée et la classe politique.

"Il y a quelques jours, j'ai demandé à l'armée d'agir pour retirer les monuments commémorant des terroristes responsables d'attaques contre des Israéliens dans les villages de Madama et de Burin. Malheureusement, ils sont restés en place. Je m'y suis donc rendu moi-même et j'ai pris des mesures pour les retirer", a affirmé M. Soukot dans une vidéo le montrant avec un marteau tentant de détruire le mémorial.

L'armée israélienne qui accompagnait le député lors de cette visite dans des villages palestiniens du nord de la Cisjordanie a dénoncé "la manière trompeuse et manipulatrice" dont elle a été utilisée par M. Soukot.

"Des soldats de Tsahal affectés à des missions opérationnelles dans le secteur ont été détournés de ces missions pour cette tâche et exposés à des risques inutiles, alors que Tsahal opère dans un contexte de forte pression", a dit l'armée dans un communiqué.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que l'armée est "l'autorité souveraine en Judée-Samarie (nom israélien de la Cisjordanie)".

"Se faire justice soi-même, en particulier lorsqu'il s’agit de personnalités publiques, est une pratique répréhensible qui empêche Tsahal de se concentrer sur ses missions de lutte contre le terrorisme et l'incitation à la violence", a dit M. Netanyahu selon un communiqué de son bureau.

Le principal rival de M. Netanyahu pour les prochaines élections, Gadi Eizenkot, a réagi sur X en accusant le Premier ministre "qui permet à des anarchistes comme Zvi Soukot et ses semblables de faire tout ce qui leur plaît, mettant en danger la sécurité des localités israéliennes et portant atteinte à la position d'Israël dans le monde".

Rami Nassar, chef du conseil du village de Madama, a déclaré à l'AFP que "le monument porte les noms des martyrs du village tombés lors de la bataille de Karameh (en 1968, NDLR), des première et deuxième Intifada (soulèvement palestinien), ainsi que jusqu'à aujourd'hui", qualifiant l'acte du député israélien de "terrorisme".

M. Nassar a affirmé que le nom d'"un agriculteur du village tué alors qu'il travaillait sa terre, sans qu'aucun affrontement n'ait eu lieu" était notamment inscrit sur le mémorial.

Dans sa vidéo, M. Soukot a affirmé que parmi les noms mentionnés sur le mémorial figurait celui de Yamen Faredj, membre du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), recherché pour sa participation à des attentats en Israël pendant la seconde Intifada et qui avait été tué en 2004 à Naplouse par l'armée israélienne.

Les violences ont explosé dans le territoire palestinien, occupé depuis 1967, depuis l'attaque du mouvement islamiste Hamas en Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.