Le Programme historique de Djeddah dévoile les joyaux cachés d’Al-Balad

Le Programme historique de Djeddah, en collaboration avec la Commission du patrimoine, veille à ce que les ressources archéologiques soient documentées, enregistrées et préservées. (Photo AN/Hashim Nadeem)
Le Programme historique de Djeddah, en collaboration avec la Commission du patrimoine, veille à ce que les ressources archéologiques soient documentées, enregistrées et préservées. (Photo AN/Hashim Nadeem)
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Publié le Mardi 06 février 2024

Le Programme historique de Djeddah dévoile les joyaux cachés d’Al-Balad

  • Les objets, qui remontent aux Ier et IIe siècles du calendrier hégirien, mettent en lumière le patrimoine si riche de Djeddah
  • Selon Dania Baeisa, ingénieure principale du projet, déclare à Arab News: «Les découvertes faites sur le site d’Al-Chouna sont des fragments d’objets qui racontent l’Histoire de ce site»

DJEDDAH: Le Programme historique de Djeddah, en collaboration avec la Commission du patrimoine, a fait une annonce très importante concernant la découverte de quelque vingt-cinq mille vestiges d’objets dans quatre sites historiques.

Les objets, qui remontent aux Ier et IIe siècles du calendrier hégirien (ou calendrier islamique), mettent en lumière le patrimoine si riche de Djeddah, ainsi que son importance dans le contexte plus large du commerce, de l’architecture et des échanges culturels.

Cette annonce s’inscrit dans le cadre du projet archéologique supervisé par le Programme historique de Djeddah, qui comprend des sites comme la mosquée Othmane ben Affane, le site d’Al-Chouna, des parties de la tranchée orientale et le mur nord.

La mosquée Othmane ben Affane, considérée comme l’une des plus anciennes de Djeddah, a dévoilé des objets datant des IXe et Xe siècles.

Otto Bagi, gestionnaire principal du projet à la mosquée, explique que l’importance du site est confirmée par le désalignement avec la Kaaba et la découverte d’un pilier octogonal datant du XIXe siècle. Ces résultats renforcent la conviction de l’importance de cette mosquée.

Le Programme historique de Djeddah, en collaboration avec la Commission du patrimoine, veille à ce que les ressources archéologiques soient documentées, enregistrées et préservées (Photo, SPA).

M. Bagi confie à Arab News les secrets de la mosquée Othmane ben Affane.

Il déclare: «Pourquoi pouvons-nous affirmer que cette mosquée est en effet l’une des plus anciennes, voire la plus ancienne qui existe? Selon la tradition locale, elle est considérée comme telle.»

«Nous avons commencé notre travail ici il y a trois ans et certains indices montrent que cette tradition locale pourrait bien être vraie. Il existe des preuves archéologiques qui soutiennent l’affirmation selon laquelle cette mosquée remonterait aux IXe et Xe siècles.»

Le Programme historique de Djeddah, en collaboration avec la Commission du patrimoine, veille à ce que les ressources archéologiques soient documentées, enregistrées et préservées (Photo, SPA).

«Au-delà de la raison initiale que j’ai évoquée, soit le désalignement de la mosquée avec la Kaaba, il y a un autre facteur important à prendre en considération. Lors des fouilles, un pilier a été découvert dans la couche centrale datant du XIXe siècle. En creusant plus profondément, jusqu’aux couches de fondation, nous avons fait une découverte particulière: la base du pilier n’était pas ronde, mais de forme octogonale. Des fouilles plus poussées ont révélé la base octogonale du pilier, située à près de trois à quatre mètres sous la surface. Ces preuves, associées à d’autres découvertes, renforcent notre conviction quant à l’importance historique de la mosquée.»

Dania Baeisa, ingénieure principale du projet, déclare à Arab News: «Les découvertes faites sur le site d’Al-Chouna sont des fragments d’objets qui racontent l’Histoire de ce site et de son rôle en tant que centre de commerce mondial. La superficie d’Al-Chouna est de près de 5 000 m2

Cette annonce fait suite aux efforts déployés dans le cadre du projet pour restaurer la ville historique de Djeddah. Ce projet, initié par le prince héritier, Mohammed ben Salmane, vise à préserver les monuments nationaux, à mettre en valeur les sites d’importance historique, à renforcer la richesse de Djeddah en tant que centre culturel et à atteindre les objectifs de l’initiative Vision 2030 pour la préservation des sites archéologiques.

Dr Laurence Hapiot, directrice du département d’archéologie au sein du Programme historique de Djeddah. (Photo AN/Hashim Nadeem)

Le site d’Al-Chouna, dont l’Histoire remonte au XIIIe siècle, offre un aperçu unique du passé de Djeddah.

Dr Laurence Hapiot, directrice du département d’archéologie au sein du programme historique de Djeddah, évoque la préservation des vestiges antiques au milieu de la ville moderne. Elle indique que le site, avec ses quatre mètres de dénivelé, comprend des poteries, des ossements d’animaux, des coquillages et même des boulets de canon, mettant en valeur ses diverses fonctions historiques.

Concernant Al-Chouna, Dr Hapiot déclare à Arab News: «Ce que vous voyez ici, c’est l’arrière de la tour et une entrée que nous avons dévoilée en détruisant certaines boutiques modernes en béton qui se trouvaient ici. C’est étonnant, car malgré la vie trépidante à Djeddah et des siècles de développement, ce quartier a été préservé, avec des boutiques modernes construites tout autour, protégeant ainsi ces vestiges historiques. Il s’agit donc d’un site très important, avec quatre mètres de dénivelé au cœur d’une ville si animée.»

Le Programme historique de Djeddah, en collaboration avec la Commission du patrimoine, veille à ce que les ressources archéologiques soient documentées, enregistrées et préservées (Photo, SPA).

Dr Hapiot ajoute: «Sur ce site, nous avons découvert énormément de matériaux, principalement des chaises en terre, mais aussi quelques os d’animaux, des coquillages, des fragments de métal ou de verre, en plus de diverses petites trouvailles. Étonnamment, nous avons également trouvé des boulets de canon en métal et un boulet en pierre.»

«Il est exceptionnellement rare de trouver un site de construction avec des surélévations en plein cœur de la ville.»

Les travaux d’excavation, qui ont commencé en novembre 2020, ont conduit à la découverte de plus de onze mille objets en céramique, d’objets en os d’animaux, de matériaux de coque, de matériaux de construction et d’objets en verre et en métal. Ces objets, d’un poids de 531 kg au total, contribuent largement aux découvertes archéologiques nationales.

Otto Bagi, gestionnaire principal du projet de la mosquée Othmane ben Affane. (Photo AN/Hashim Nadeem)

Des recherches menées à la mosquée Othmane ben Affane ont mis au jour des objets remontant aux Ier et IIe siècles du calendrier hégirien. Les études archéologiques de pièces en ébène mettent en évidence des échanges commerciaux s’étendant jusqu’à Djeddah, notamment à travers des matériaux en provenance du Sri Lanka et de la porcelaine de la province du Jiangxi, en Chine.

Les vestiges architecturaux du site archéologique d’Al-Chouna remontent au moins au XIIIe siècle, avec des éléments datant du Xe siècle. Des résidus de poterie provenant d’Europe, du Japon et de Chine ont été découverts, donnant un aperçu des relations commerciales de Djeddah aux XIIIe et XIVe siècles.

Les cimetières historiques de Djeddah ont révélé des pierres tombales en calcaire, en granit et en marbre, avec des inscriptions remontant aux IIe et IIIe siècles du calendrier hégirien. Ces inscriptions, qui comprennent des noms, des expressions coraniques et des versets, font actuellement l’objet d’études plus approfondies en vue d’une classification précise.

Le Programme historique de Djeddah, en collaboration avec la Commission du patrimoine, veille à ce que les ressources archéologiques soient documentées, enregistrées et préservées (Photo, SPA).

Lors des travaux de fouille sur le site d’Al-Kidwa (Bab Makkah), des parties de la tranchée orientale, qui remontent probablement à la fin du XIIe siècle du calendrier hégirien (fin du XVIIIe siècle), ont été mises au jour.

Les études archéologiques des quatre sites historiques comprenaient des fouilles, des analyses d’échantillons de carbone radioactif, des analyses de sols et des études géophysiques et scientifiques des matériaux découverts. Plus de deux cent cinquante échantillons de bois provenant de cinquante-deux bâtiments archéologiques ont été transportés vers des laboratoires internationaux spécialisés pour les identifier et en déterminer l’âge.

Ils feront également l’objet de recherches plus approfondies dans les archives internationales qui ont rassemblé plus de neuf cent quatre-vingt-quatre documents historiques sur Djeddah, notamment des cartes et des dessins des murs historiques de Djeddah, d’Al-Chouna et d’autres sites archéologiques, qui ont été scientifiquement étudiés.

Le Programme historique de Djeddah, en collaboration avec la Commission du patrimoine, assure la documentation, l’enregistrement et la préservation des matériaux archéologiques. Le Registre national des antiquités et une base de données scientifique enregistrent ces trésors historiques, avec des documents et des photos archivés par des équipes saoudiennes spécialisées.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


AlUla: l’exposition « Arduna », fonde un socle de dialogue et de culture

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  • AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO
  • Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures

PARIS: Au cœur du nord-ouest de l’Arabie saoudite, à plus de 1 100 kilomètres de Riyad, l’oasis d’AlUla s’impose progressivement comme l’un des laboratoires culturels les plus ambitieux du Moyen-Orient.

Territoire aux paysages spectaculaires et au patrimoine plurimillénaire, marqué par les civilisations lihyanite et nabatéenne, AlUla n’est plus seulement un site archéologique d’exception, mais devient un véritable projet de civilisation.

arduna

L’exposition « Arduna » (Notre terre), présentée dans le cadre de la 5ᵉ édition du Festival des arts d’AlUla, en est aujourd’hui l’une des expressions les plus abouties.

Organisée dans les espaces préfigurateurs du futur musée d’art contemporain saoudien, l’exposition incarne une coopération culturelle structurante entre la France et l’Arabie saoudite, portée conjointement par l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA) et la Commission royale pour AlUla (RCU), avec le concours du Centre Pompidou.

Plus qu’un événement artistique, « Arduna » s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à faire de l’art un pilier du développement territorial, social et symbolique d’AlUla.

Un dialogue entre patrimoine et création contemporaine

AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures.

C’est dans le cadre de cet héritage que s’inscrit aujourd’hui la politique culturelle conduite par la Commission royale pour AlUla, en lien étroit avec AFALULA, fer de lance de la coopération franco-saoudienne.

L’objectif est clair : préserver le patrimoine tout en l’inscrivant dans le présent, relier l’histoire longue du territoire à la création contemporaine internationale et faire d’AlUla un espace vivant, habité et partagé.

Depuis cinq ans, le Festival des arts d’AlUla joue un rôle central dans cette transformation. Il a progressivement installé la région comme un foyer de création et de rencontres artistiques, en dialogue constant avec le paysage, les habitants et l’histoire du lieu.

Dans ce contexte, l’exposition « Arduna » marque une étape décisive. Conçue par deux commissaires — Anna Hiddleston, du Centre Pompidou, et Candida Pestana, cheffe des commissaires pour les arts contemporains à la RCU —, elle repose sur un principe fort : le dialogue entre les œuvres, les cultures et les récits.

L’exposition est structurée en six sections, chacune mettant en regard des artistes d’horizons différents.

Ainsi, une œuvre de Vassily Kandinsky dialogue avec celles de l’artiste syro-libanaise Etel Adnan, tandis qu’un échange visuel et conceptuel s’opère entre le photographe palestinien Tarek Al-Ghoussein et l’artiste français Cyprien Gaillard.

À ces confrontations s’ajoutent des installations créées spécifiquement pour AlUla par cinq artistes contemporains : Renaud Auguste-Dormeuil, Dana Awartani, Tarek Atoui, Tavares Strachan et Ayman Zedani.

Ces œuvres inédites ancrent l’exposition dans le territoire même d’AlUla, renforçant son caractère non itinérant et profondément contextuel.

« Arduna » constitue une première majeure à plusieurs titres : il s’agit de la première exposition de cette ampleur organisée à AlUla en co-commissariat avec une grande institution internationale, et de la première exportation temporaire d’un ensemble significatif d’œuvres du Centre Pompidou depuis sa fermeture pour rénovation.

Un modèle culturel fondé sur la co-construction

Contrairement à de nombreux projets culturels dans le Golfe fondés sur la simple importation de contenus occidentaux, le modèle retenu ici privilégie la co-construction.

Sur les 75 œuvres présentées, une partie provient de prêts internationaux, tandis qu’une autre appartient à la collection constituée ces dernières années par la Commission royale pour AlUla, reflétant une politique affirmée d’acquisition et de souveraineté culturelle.

La durée de trois mois (du 31 janvier au 15 avril), conforme aux standards internationaux, permet de toucher un public local, régional et international, dans un territoire encore en phase de montée en puissance touristique, mais dont la fréquentation progresse rapidement, notamment grâce à des équipements culturels et de loisirs déjà largement fréquentés par les habitants.

Au-delà de l’exposition elle-même, « Arduna » s’inscrit dans une compétition culturelle internationale intense, alors que des artistes américains, britanniques, italiens, mais aussi de plus en plus chinois, déploient des moyens considérables en Arabie saoudite.

Pour les responsables du projet, l’horizon est clairement fixé à 2030, en cohérence avec les grandes échéances saoudiennes, dont l’Exposition universelle de Riyad. Leur ambition est de créer un pont entre AlUla, les grands sites patrimoniaux, le futur musée d’art contemporain et les grands rendez-vous internationaux, afin de faire rayonner l’oasis bien au-delà de ses frontières.

En préfigurant le futur musée d’art contemporain, « Arduna » dépasse ainsi le cadre d’une exposition temporaire et propose un nouveau modèle culturel, fondé sur le temps long, la création partagée et l’ancrage territorial.

Ce modèle fait de l’art non pas un simple outil d’attractivité touristique, mais un vecteur de sens, de dialogue et de transformation sociale.


Haute couture: ode à la nature pour les premiers pas de Matthieu Blazy chez Chanel

Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
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  • Débuts très attendus de Matthieu Blazy chez Chanel : une première collection haute couture poétique et aérienne, célébrant la nature à travers transparences, plumes et motifs de champignons, sous la verrière du Grand Palais
  • Une semaine marquée par le renouveau des grandes maisons : Jonathan Anderson chez Dior, Armani sans Giorgio pour la première fois, et des défilés spectaculaires signés Rolland et Fournié, illustrant un vaste mercato qui redessine la haute couture

PARIS: Des oiseaux, des champignons et beaucoup de légèreté: Matthieu Blazy a fait mardi à Paris ses débuts en haute couture chez Chanel avec une collection toute en transparence, délicatesse et plumes, véritable ode à la nature et à la poésie.

Sous la verrière du Grand Palais, métamorphosée pour l'occasion en une forêt onirique peuplée de champignons géants et de saules pleureurs roses, le créateur franco-belge de 41 ans a voulu, à travers ce premier vestiaire, "sonder et explorer le coeur de Chanel", explique un communiqué.

Matthieu Blazy réinvente ainsi une nouvelle fois l'emblématique tailleur de la maison dans une superposition de mousseline de soie transparente aux couleurs pastel et aux broderies en forme de champignons, sous laquelle se dessinent d'élégants sous-vêtements.

Le champignon, envoyé sous forme de pendentif en guise d'invitation, se décline dans les talons de certains escarpins.

La transparence et la légèreté s'invitent également dans des robes vaporeuses et des ensembles débardeurs et jupes, assortis d'écharpes qui traînent jusqu'au sol, et même sur un pantalon en jean.

Progressivement, les matières gagnent en densité: les tissus s’épaississent, se structurent, et la collection bascule vers des tailleurs et des manteaux en tweed, dont les extrémités s'ornent de plumes légères.

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Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)

Ces plumes, d'abord discrètes, finissent par s'imposer. Elles encerclent les ourlets des robes, soulignent les lignes d'une jupe ou d'un top, avant d'envahir entièrement certains tailleurs et silhouettes du soir, transformant les mannequins en femmes-oiseaux.

Le défilé s'est conclu par la traditionnelle mariée en ensemble jupe et haut à manches longues, entièrement rebrodé comme une nuée de minuscules plumes blanches.

Une première incursion dans la haute couture qui a attiré un parterre de stars, de Nicole Kidman à Dua Lipa, en passant par Penelope Cruz et Tilda Swinton.

- Mercato -

Ce premier défilé était l'un des plus attendus de cette semaine de la haute couture, avec celui de Jonathan Anderson lundi chez Dior.

Le créateur nord-irlandais de 41 ans avait également mis la nature à l'honneur, mais à travers des silhouettes très fleuries à la fois sculpturales et aériennes.

La nomination, ces derniers mois, de ces deux quadragénaires à la tête de deux des plus prestigieuses maisons a été le point d'orgue du vaste mercato qui agite la mode depuis près de deux ans.

Débauché de Bottega Veneta en décembre 2024, Matthieu Blazy avait déjà créé l’événement. Lors de son premier défilé de prêt‑à‑porter en octobre, le créateur avait revisité les codes fondateurs de Chanel en jouant sur les contrastes — tweeds effilochés, mailles colorées, tailleurs déhanchés et jupes en plumes — un passage ovationné et salué par une critique unanime.

- Armani sans Giorgio -

Autre temps fort de cette journée, Armani a présenté en début de soirée la première collection haute couture de la maison italienne sans la supervision de son fondateur Giorgio, décédé début septembre à l'âge de 91 ans.

Cette collection est signée par sa nièce Silvana Armani, qui avait travaillé à ses côtés sur le prêt-à-porter féminin et signe ses premiers pas en haute couture.

Un premier vestiaire, que l'Italienne a voulu "comme du Armani classique, mais avec une touche d'originalité", dans lequel se déclinaient de nombreux tailleurs pantalons souples et satinés, de somptueuses robes du soir scintillantes et des blouses rebrodées de perles, dans une palette noire, blanche, rose nude et vert d'eau.

De son côté, le couturier Stéphane Rolland a investi le Cirque d'hiver pour présenter une nouvelle collection aux silhouettes toujours très structurées, entre robes de soirée, combinaisons ajustées ou aux pantalons bouffants, dans ses couleurs fétiches que sont le rouge, le noir et le blanc.

Incarné par les mannequins Adriana Karembeu et Coco Rocha, le show s'est achevé par un lâcher de colombes et la performance aérienne d'une acrobate, le tout sous le regard de la première dame Brigitte Macron, du chanteur Marc Lavoine et du cinéaste Claude Lelouch.

Julien Fournié a de son côté dévoilé un vestiaire mêlant robes de soirée aux jupes volumineuses, pièces richement ornées de strass et de broderies – parfois inspirées du graffiti, des mangas ou du cinéma de genre – ainsi que des ensembles associant vestes en jean et transparences constellées de strass façon tatouage.


«American Doctor», ou la brutalité de la guerre à Gaza vue par des médecins

Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer. (AFP)
Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer. (AFP)
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  • Le film de Teng suit Mark Perlmutter et deux autres médecins américains, l'un américano-palestinien et l'autre zoroastrien non pratiquant, face à l'indicible brutalité infligée à une population majoritairement civile à Gaza
  • Le film montre les médecins travaillant avec leurs collègues palestiniens, portant secours à des blessés aux membres sectionnés et souffrant de plaies ouvertes.

PARK CITY: Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer.

Teng craint de devoir flouter la scène pour protéger la dignité des enfants. Mais sa décision fait débat.

"On ne leur rend pas justice à moins de laisser leur mémoire, leurs corps, raconter l'histoire de ce traumatisme, de ce génocide. On ne leur rend pas service en ne les montrant pas ", estime le médecin juif américain Mark Perlmutter au Festival du film de Sundance, où le film a été présenté en avant-première vendredi.

"Voilà ce que mes impôts ont fait. Voilà ce que vos impôts ont fait. Voilà ce que les impôts de mon voisin ont fait. Les gens ont le droit de connaître la vérité", souligne-t-il.

"Vous avez la responsabilité, comme moi, de dire la vérité. Si vous floutez cela, c'est une faute professionnelle journalistique".

Malgré un cessez-le-feu fragile, les violences se poursuivent entre les forces israéliennes et le Hamas, faisant des victimes parmi les non combattants dont des dizaines d'enfants, selon l'Unicef.

Des enquêteurs de l'ONU ont accusé Israël de commettre un génocide à Gaza, accusation qu'Israël a qualifiée de "déformée et fausse", tout en taxant ses auteurs d'antisémitisme.

Contrebande d'antibiotiques 

Le film de Teng suit Mark Perlmutter et deux autres médecins américains, l'un américano-palestinien et l'autre zoroastrien non pratiquant, face à l'indicible brutalité infligée à une population majoritairement civile à Gaza depuis qu'Israël a répondu à l'attaque du Hamas, le 7 octobre 2023.

Le film montre les médecins travaillant avec leurs collègues palestiniens, portant secours à des blessés aux membres sectionnés et souffrant de plaies ouvertes. On les voit également en d'autres occasions dans les couloirs du pouvoir à Washington et dans les médias israéliens et américains.

Le documentaire montre aussi les difficultés pratiques auxquelles ils sont confrontés, les blouses chirurgicales et les antibiotiques qu'ils doivent faire passer en contrebande à travers la frontière pour contourner le blocus israélien. Et les refus de dernière minute des autorités israéliennes de les laisser entrer.

Le film décrit le courage d'hommes qui vont volontairement travailler dans des hôpitaux frappés à plusieurs reprises par l'armée israélienne. Comme l'hôpital Nasser de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, cible d'une double frappe en août 2025.

Israël affirme viser des "terroristes" dans ces établissements et soutient que des combattants du Hamas sont retranchés dans des tunnels sous les hôpitaux.

"Complices du meurtre d'enfants" 

Feroze Sidwha, peut-être le plus loquace des trois médecins, répète n'avoir jamais vu de tunnels. Et de toute façon, insiste-t-il, même la présence de combattants blessés dans un hôpital n'en fait pas une cible légitime.

"Les Américains méritent de savoir ce qui se passe, à quoi sert leur argent, et tout simplement de pouvoir décider", dit-il. "Voulez-vous vraiment qu'on fasse cela?", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Je suis à peu près sûr que la réponse est +non+. Je veux juste continuer à m'exprimer et à faire savoir aux gens qu'ils n'ont pas à être complices du meurtre d'enfants. Nous le sommes tous, à l'heure actuelle".

Le film est dédié aux quelque 1.700 soignants tués dans la bande de Gaza depuis le début de la guerre en octobre 2023.

Selon Reporters sans frontières (RSF), près de 220 journalistes ont également été tués, faisant d'Israël le plus grand tueur de journalistes dans le monde pour la troisième année consécutive.

Le Festival de Sundance se tient jusqu'au 1er février.