En Irak, de vastes terres agricoles contaminées par des écoulements de pétrole

Un fermier irakien s'accroupit et vérifie un déversement de pétrole dans une terre agricole dans la région de Hamrin, au nord de Tikrit, dans la province de Salaheddin, le 19 février 2024. (AFP).
Un fermier irakien s'accroupit et vérifie un déversement de pétrole dans une terre agricole dans la région de Hamrin, au nord de Tikrit, dans la province de Salaheddin, le 19 février 2024. (AFP).
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Publié le Mardi 27 février 2024

En Irak, de vastes terres agricoles contaminées par des écoulements de pétrole

  • Après des décennies de conflits, dans un pays immensément riche en pétrole mais souffrant d'infrastructures en déliquescence et d'une grave crise environnementale
  • Le fléau environnemental, touchant les collines de Hamrine et les champs du village voisin d'al-Meaibdi, illustre l'impuissance des pouvoirs publics à trouver une solution durable pour stopper les fuites

AL MEAIBDI: Au milieu de collines vallonnées du nord de l'Irak, de l'eau noire croupit dans des mares. Ces dernières années, cette région est touchée par des écoulements de pétrole charrié par les pluies hivernales, contaminant des centaines d'hectares de terres agricoles.

Après des décennies de conflits, dans un pays immensément riche en pétrole mais souffrant d'infrastructures en déliquescence et d'une grave crise environnementale, ces marées noires se produisent avec régularité depuis 2016, lors de la saison des pluies dans la province de Salaheddine.

Le fléau environnemental, touchant les collines de Hamrine et les champs du village voisin d'al-Meaibdi, illustre l'impuissance des pouvoirs publics à trouver une solution durable pour stopper les fuites.

"Le pétrole a tué tout ce que la terre donne habituellement", lâche Abdel Majid Saïd, propriétaire de six hectares contaminés. "Les graines plantée ne poussent pas", confie le sexagénaire.

Dans les collines, une boue mêlée de pétrole est visible par endroit. Ailleurs, ce sont des flaques d'eau gluante noirâtre. Un peu plus loin, des pelleteuses érigent des barricades de terre: c'est la solution des autorités locales pour empêcher que les torrents d'eau contaminée ne se déversent vers les champs. Mais le mal est fait.

"La pollution pétrolière a touché environ 5.000 donums (500 hectares de terres), où étaient cultivés du blé et de l'orge", confirme à l'AFP Mohamed Hamad, responsable Environnement dans la province de Salaheddine, après une visite d'inspection.

A l'origine du drame: des pluies importantes mi-février ont charrié des nappes de pétrole "qui se trouvaient dans des grottes" dans les collines de Hamrine, dit-il.

D'où viennent ces nappes? Agriculteurs et responsables locaux pointent du doigt les jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

« Pertes importantes »

Après sa montée en puissance en 2014, l'EI finançait son "califat" autoproclamé notamment via la contrebande d'or noir. A Hamrine, les jihadistes avaient mis la main sur les champs pétroliers d'Ajil et Alass, creusant cuves et réservoirs pour y stocker le pétrole.

Une fois le secteur reconquis --l'EI ayant été mis en déroute en Irak en 2017-- les forces de sécurité ont fermé les cuves artisanales des jihadistes, expliquait l'an dernier un responsable des champs pétroliers de Salaheddine, Amer al-Meheiri, interrogé par l'agence de presse INA.

Mais avec les fortes pluies, le pétrole s'est répandu en dehors, disait-il.

"Les écoulements de pétrole se répètent depuis 2016", indique à l'AFP le responsable du dossier de l'agriculture dans la province de Salaheddine, Abbas Taha.

Financièrement, il s'agit de "pertes importantes" pour les paysans. "Ils ne peuvent pas profiter de la saison hivernale pour planter du blé", souligne-t-il, promettant toutefois que les fermiers seront dédommagés.

Une énième plaie qui s'abat sur les agriculteurs irakiens, frappés déjà par les répercussions du changement climatique: dans un pays enchaînant quatre années de sécheresse consécutive, les autorités réduisent drastiquement les surfaces qu'ils sont autorisés à cultiver, pour économiser les ressources en eau.

« Catastrophe environnementale »

Mohamed Hamad, le responsable Environnement, assure que son ministère a contacté les autorités pétrolières pour "en finir avec ces résidus" pétroliers.

La répétition des fuites "peut avoir un impact sur les nappes phréatiques et les puits" des paysans, met-il en garde. Il y a aussi les "émissions de gaz" libérées par le brut.

Par ailleurs, explique-t-il, "la réhabilitation des sols nécessite de retirer la terre (polluée) et de la remplacer par une nouvelle".

Le pétrole représente 90% des revenus de l'Irak. Deuxième pays exportateur de l'Opep, Bagdad produit en moyenne 4 millions de barils de brut par jour.

Avec ses réserves, Bagdad pourrait continuer à exploiter l'or noir au même rendement pendant encore 96 ans, selon la Banque mondiale.

"Nous avons interpellé le Premier ministre, les ministres de l'Agriculture et du Pétrole pour dédommager les paysans affectés par cette catastrophe environnementale. Rien n'a été fait", accuse l'agriculteur Ahmed Chalach, 53 ans et propriétaire de cinq hectares.

Certains fermiers ont porté plainte contre l'Etat pour obtenir des compensations, dit-il. A ce jour, ils restent perdus dans les méandres de la justice irakienne.


Qatar: Les attaques contre les installations énergétiques au Moyen-Orient auront des «répercussions à travers le monde» 

Plusieurs fortes explosions ont été entendues mardi à Doha, capitale du Qatar, ont rapporté des journalistes de l'AFP, l'Iran poursuivant ses attaques de représailles contre ses voisins du Golfe abritant des bases militaires américaines. (AFP)
Plusieurs fortes explosions ont été entendues mardi à Doha, capitale du Qatar, ont rapporté des journalistes de l'AFP, l'Iran poursuivant ses attaques de représailles contre ses voisins du Golfe abritant des bases militaires américaines. (AFP)
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  • "Les attaques contre les installations énergétiques qui ont eu lieu, des deux côtés, constituent un précédent dangereux (...) elles auront des répercussions à travers le monde"
  • Dans un communiqué publié sur X, le ministère de la Défense a dit avoir "intercepté une attaque de missile". Le ministère de l'Intérieur a de son côté fait état d'un "niveau de menace sécuritaire élevé"

DOHA: Le Qatar a mis en garde mardi contre les conséquences économiques mondiales des attaques contre les infrastructures énergétiques, au onzième jour de la guerre au Moyen-Orient.

"Les attaques contre les installations énergétiques qui ont eu lieu, des deux côtés, constituent un précédent dangereux (...) elles auront des répercussions à travers le monde", a affirmé le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, lors d'une conférence de presse à Doha.

 

 


L'Iran défie les Etats-Unis, menace Donald Trump

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  • "Les forces armées iraniennes (...) n'autoriseront pas l'exportation d'un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu'à nouvel ordre", a déclaré Ali Mohammad Naini, porte-parole des Gardiens de la Révolution
  • Le pouvoir iranien contrôle de facto le très stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL)

TEHERAN: L'Iran a menacé mardi le président américain, en rejetant ses avertissements de la veille et en promettant que plus aucune goutte de pétrole ne sortirait du Moyen-Orient "jusqu'à nouvel ordre".

"L'Iran n'a pas peur de vos menaces vides. Des plus puissants que vous ont essayé d'éliminer la nation iranienne et n'ont pas réussi. Faites attention à ne pas être éliminé vous-même!", a écrit Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, sur X.

La République islamique a balayé les propos lundi de Donald Trump, qui parlait de guerre "quasiment" terminée et jurait de frapper "plus fort" si Téhéran continuait de paralyser la circulation du pétrole dans la région.

Une perspective qui angoisse les marchés, face à un conflit qui embrase le Moyen-Orient depuis le 28 février.

"Les forces armées iraniennes (...) n'autoriseront pas l'exportation d'un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu'à nouvel ordre", a déclaré Ali Mohammad Naini, porte-parole des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique.

Le pouvoir iranien contrôle de facto le très stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).

Et il affiche sa détermination après avoir désigné dimanche l'ayatollah Mojtaba Khamenei nouveau guide suprême, dix jours après la mort de son père par des frappes israélo-américaines dans lesquelles il a lui même été blessé.

Les efforts "pour réduire et contrôler le prix du pétrole et du gaz seront ponctuels et vains. En temps de guerre, le commerce est tributaire de la sécurité régionale", a assuré le porte-parole des Gardiens, selon l'agence de presse Tasnim.

Ces derniers ont même promis de laisser transiter par le précieux passage "tout pays arabe ou européen qui expulserait les ambassadeurs israélien et américain de son territoire".

Des propos qui tranchent singulièrement avec ceux de Donald Trump la veille. "La guerre va se terminer bientôt", avait-il assuré, pour sa première conférence de presse depuis le début du conflit.

Laissant, comme souvent, planer le doute sur ses projets, il a menacé de frapper l'Iran "beaucoup plus fort" si Téhéran "prenait le monde en otage" en bloquant le détroit d'Ormuz.

Le dirigeant américain a aussi annoncé qu'il allait lever certaines sanctions sur le pétrole "afin de réduire les prix" qui se sont envolés ces derniers jours. Sans préciser pour autant de quelles sanctions il s'agissait, ni quels pays étaient concernés.

Volatilité "rare" des marchés 

De fait, l'or noir était sur toutes les lèvres mardi.

La reprise du trafic dans le détroit d'Ormuz est "absolument cruciale", a affirmé le PDG de la compagnie pétrolière saoudienne Aramco, mettant en garde contre de potentielles "conséquences catastrophiques" d'un blocage prolongé sur les marchés pétroliers.

Le Qatar a dénoncé des attaques contre les installations énergétiques "des deux côtés", qui constituent selon lui "un précédent dangereux".

L'Inde a fait le même constat de la perturbation de l'acheminement du gaz et décidé de l'affecter en priorité à la consommation des ménages et aux transports.

En attendant d'y voir plus clair, les marchés mondiaux ont fait volte-face après la panique de lundi. Les prix du pétrole ont reculé de 5% en fin d'échanges asiatiques et le gaz européen a perdu 15%.

Les Bourses européennes, au diapason, se sont redressées à l'ouverture. Paris, Francfort et Londres ont repris entre 1,29 et 2,04%, dans la foulée du regain des bourses asiatiques (Séoul +5,35%, Tokyo +2,88%).

Les analystes ont pourtant du mal à s'y retrouver, entre déclarations contradictoires et frappes tous azimuts. "Il est rare que les marchés connaissent une telle volatilité", constate Ipek Ozkardeskaya, analyste pour Swissquote Bank.

Les propos de Donald Trump ont permis d'enrayer la chute des marchés. Mais le conflit se poursuit "à plein régime (...) et les intentions des Etats-Unis dans cette guerre restent floues".

"Briser les os" 

Israël "brisera les os" du pouvoir iranien, mais n'en a "pas encore fini" avec lui, a déclaré de son côté le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Son armée a annoncé une nouvelle série de frappes sur Téhéran, où des journalistes de l'AFP ont entendu peu après des explosions.

Elle frappe aussi toujours le Liban, disant viser les fiefs du mouvement pro-iranien Hezbollah dans le sud et l'est du pays, victime collatérale de la guerre avec l'Iran.

Les forces israéliennes ont prévenu de frappes sur Tyr et Saïda (sud) contre le mouvement, appelant les habitants de plusieurs immeubles à évacuer leur logement.

Un scénario désormais courant, notamment pour Beyrouth, dont la banlieue sud a été quasiment vidée. Plus de 667.000 personnes ont été déplacées par les frappes israéliennes sur son voisin, dont 100.000 en 24 heures, selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Les monarchies du Golfe tentent elles tant bien que mal de protéger des infrastructures d'hydrocarbures constamment visées.

Les Emirats arabes unis ont indiqué qu'une attaque de drone avait provoqué un incendie dans une zone industrielle. Koweït et Arabie saoudite ont dit avoir eux même abattu des aéronefs sans pilote, omniprésents dans le conflit. Et Bahreïn a déploré deux morts dans la frappe d'un immeuble résidentiel.

Dernier avatar en date du risque d'extension régionale du conflit, un second missile iranien a été intercepté lundi au-dessus de la Turquie. Le président iranien Massoud Pezeshkian a proposé à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan qu'une "équipe conjointe" enquête sur ces incidents, selon les médias iraniens.

Sans confirmer, la Turquie a annoncé le déploiement d'un système de défense antiaérien Patriot dans le centre du pays "pour soutenir la protection de (son) espace aérien".


L'Iran poursuivra ses attaques «aussi longtemps que nécessaire»

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé mardi qu'Israël "brisait les os" du pouvoir iranien lors de son offensive et n'en avait "pas encore fini". (AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé mardi qu'Israël "brisait les os" du pouvoir iranien lors de son offensive et n'en avait "pas encore fini". (AFP)
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  • Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé mardi qu'il était prêt à se battre "aussi longtemps que nécessaire" contre les Etats-Unis et Israël
  • Une explosion a été entendue mardi matin à Jérusalem, où les sirènes d'alerte ont retenti après une alerte aux missiles iraniens de l'armée israélienne, ont rapporté des journalistes de l'AFP

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé mardi qu'il était prêt à se battre "aussi longtemps que nécessaire" contre les Etats-Unis et Israël, contredisant le président américain Donald Trump qui avait assuré la veille que la guerre allait "se terminer bientôt".

"Nous sommes prêts à poursuivre les frappes de missiles contre eux aussi longtemps que nécessaire et chaque fois que cela sera nécessaire", a déclaré le ministre iranien à la chaîne américaine PBS News, ajoutant que des négociations avec Washington "ne sont plus à l'ordre du jour".