En Europe, la vieille industrie de l'acier bousculée par le climat et la guerre

Une usine d’Arcelor Mittal à Tarente, dans le sud de l’Italie (Photo, AFP).
Une usine d’Arcelor Mittal à Tarente, dans le sud de l’Italie (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 29 février 2024

En Europe, la vieille industrie de l'acier bousculée par le climat et la guerre

  • Au Royaume-Uni, berceau de la révolution industrielle au 19e siècle, la sidérurgie n'est plus que l'ombre d'elle-même
  • Au total, l'Union Européenne a déjà annoncé 9 milliards d'euros d'aides publiques pour financer la décarbonation et la modernisation de sa sidérurgie

PARIS: Projet de construction de cinq usines neuves d'acier "vert" en Scandinavie, France et Espagne, fermeture de deux haut fourneaux au Royaume-Uni et menaces sur la pérennité de la sidérurgie italienne: la transition énergétique et la guerre en Ukraine bousculent la vieille industrie européenne de l'acier.

Au Royaume-Uni, berceau de la révolution industrielle au 19e siècle, la sidérurgie n'est plus que l'ombre d'elle-même avec l'annonce récente de la fermeture des deux derniers hauts fourneaux de Tata Steel à Port Talbot au Pays de Galles, et l'incertitude qui règne sur l'avenir de ceux de British Steel appartenant au chinois Jingye, à Scunthorpe (nord de l'Angleterre).

En Italie, le gouvernement vient de reprendre à Arcelor Mittal le contrôle des vieux hauts fourneaux Ilva de Tarente (sud), en état de quasi-faillite, dans l'espoir de trouver des repreneurs.

"En Grande-Bretagne comme en Italie, il s'agit d'usines qui ont été très mal entretenues dans le passé et très coûteuses à rénover", analyse Marcel Genet, expert en sidérurgie et fondateur de la société Laplace Conseil.

Selon lui, il faudrait "entre 1,5 et 2 milliards d'euros" pour moderniser Port Talbot en rénovant les laminoirs en aval "en piteux état", et pratiquement autant pour l'évolution des hauts fourneaux italiens à des standards climatiques acceptables.

«Prendre les risques»

Au total, l'Union Européenne a déjà annoncé 9 milliards d'euros d'aides publiques pour financer la décarbonation et la modernisation de sa sidérurgie.

Avec le ciment, l'aluminium, les engrais et la pétrochimie, l'acier est l'une des industries qui contribue le plus fortement au réchauffement climatique.

Ce métal est responsable de près de 8% des émissions mondiales de CO2 en raison de l'utilisation du charbon: chaque tonne d'acier produite dans un haut-fourneau traditionnel émet près de 2 tonnes de CO2.

Des aides massives ont été allouées à ArcelorMittal en France, en Belgique et en Espagne notamment, aux allemands ThyssenKrupp, Saltzgitter et Dilligen et à l'autrichien Voestalpine pour faire évoluer leurs procédés.

Ces sidérurgistes se sont engagés dans de vastes plans de verdissement avec l'objectif d'abandonner le charbon, tout en continuant de produire en Europe.

Dans un premier temps, ils parient sur des fours à arc électrique qui fondent et recyclent des ferrailles. Ensuite, sur des fours dits à réduction directe (DRI) qui désoxydent et fondent le minerai de fer avec du gaz, puis avec de l'hydrogène lorsque les capacités d'électrolyse le permettront.

Mais les montants gigantesques à investir sont difficiles à réunir sur fonds de hausse des coûts de l'énergie, de niveau record des taux d'intérêt et de la forte baisse des prix de certains matériaux. Thyssenkrupp vient ainsi d'annoncer une nouvelle perte importante au premier trimestre, plombé par les difficultés de sa branche acier.

A côté de la restructuration de la vieille sidérurgie, au moins cinq usines d'acier plus vert totalement neuves sont annoncées dans les prochaines années: trois en Scandinavie, une en France et une en Espagne.

"Hybrit, H2 Green Steel, et Blastr en Suède et Norvège, Gravithy à Fos-sur-Mer en France, et Hydnum en Castille en Espagne sont des unités nouvelles qui vont renouveler la totalité du procédé de fabrication de l'acier avec des fours électriques, une coulée continue et un laminage à chaud", souligne M. Genet.

«Probablement contraintes de fermer»

"Leur financement est assuré, les technologies sont prouvées, ce qui fait que les usines sidérurgiques les plus anciennes et les plus fragiles en Europe vont probablement être contraintes de fermer", affirme-t-il.

Mais le climat n'est pas le seul élément perturbateur de la sidérurgie européenne.

La guerre en Ukraine, démarrée il y a deux ans, joue aussi un rôle imprévu dans la restructuration du secteur.

Le pays envahi par la Russie a perdu le contrôle opérationnel de deux aciéries, "les usines Azovstal et Ilych, qui avaient produit au total environ 8,6 millions de tonnes d'acier brut en 2021", a indiqué le PDG du groupe sidérurgique ukrainien Metinvest, Yuriy Ryzhenkov, dans une interview au quotidien français Les Echos en décembre.

Or il a besoin d'acier pour remplacer les rails de chemin de fer endommagés, fabriquer des armes ou des obus.

Metinvest, dont le siège est à Donetsk, a signé un protocole d'accord mi-janvier en Italie pour relancer l'aciérie de Piombino (centre).

Son PDG a aussi déclaré au Corriere della Sera qu'il pourrait étudier une "opportunité à Tarente", où le gouvernement cherche des investisseurs après la sortie d'ArcelorMittal.


Rubio met en garde contre le «chaos total» en cas de péage à Ormuz

"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn). (AFP)
"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn). (AFP)
  • L'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre, auxquels les Etats-Unis sont radicalement opposés
  • C'est l'un des principaux points d'achoppement entre les deux pays qui ont récemment signé un protocole d'accord pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient

MANAMA: Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, en tournée dans le Golfe, a mis en garde jeudi contre le "chaos total" que pourrait engendrer la mise en place par l'Iran de frais dont devraient s'acquitter les navires dans le détroit d'Ormuz.

Plus tôt jeudi, Téhéran avait menacé de "mesures appropriées" contre tout bateau s'aventurant à franchir le détroit sans leur autorisation, semblant répondre à l'aonnonce par Oman de l'ouverture d'un "corridor maritime temporaire" présenté comme une intiative concertée avec l'ONU.

Ormuz est une étroite voie navigable d'une trentaine de kilomètres de large qui sépare l'Iran et Oman, mais le seul passage autorisé par l'Iran se fait dans un couloir qui longe ses côtes.

L'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre, auxquels les Etats-Unis sont radicalement opposés - c'est l'un des principaux points d'achoppement entre les deux pays qui ont récemment signé un protocole d'accord pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn).

Le chef de la diplomatie américaine, venu rassurer ses alliés du Golfe largement ciblés par Téhéran pendant la guerre en représailles des frappes israélo-américaines sur l'Iran, a ajouté que les Etats-Unis souhaitaient un accord de paix, mais pas "à n'importe quel prix".

"Nous voulons un accord qui soit bon, nous voulons un accord qui soit réel, nous voulons un accord qui soit vérifiable, et nous voulons un accord qui soit respecté", a poursuivi M. Rubio.

Le responsable, qui s'est rendu aux Emirats arabes unis, au Koweït et à Bahreïn, a également donné l'assurance que les intérêts des pays du Golfe seraient pris en compte.

"Nous voulons nous assurer qu'aucune partie de cet accord ne porte atteinte, de quelque manière que ce soit, à la sécurité, à la stabilité ou à la prospérité de l'un de nos partenaires de la région du Golfe", a-t-il souligné.

Son homologue de Bahreïn, Abdoullatif ben Rachid Al Zayani, a lui mis en avant les "incertitudes" affectant ces pays.

Les monarchies du Golfe ont payé un lourd tribut à l'offensive américano-israélienne lancée le 28 février contre l'Iran. Elles accueillent des bases militaires américaines et ont été visées par des missiles et drones iraniens en représailles.


Double séisme au Venezuela: au moins 32 morts et plus de 700 blessés

Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués. (AFP)
Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués. (AFP)
  • Au pied d'un bâtiment de 22 étages entièrement détruit dans le quartier d'Altamira, une journaliste de l'AFP a vu des gens crier les noms de leurs proches enfouis sous les décombres
  • Signe de la gravité de la situation, les Etats-Unis ont annoncé l'envoi immédiat de secouristes et d'aide humanitaire au Venezuela

CARACAS: Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués.

Dans la capitale de ce pays d'Amérique latine de près de 30 millions d'habitants régulièrement frappé par des séismes, des photographes de l'AFP ont vu des secouristes et des habitants fouiller des immeubles réduits à des gravats. Des personnes étaient extirpées des décombres puis emmenées sur des brancards.

Au pied d'un bâtiment de 22 étages entièrement détruit dans le quartier d'Altamira, une journaliste de l'AFP a vu des gens crier les noms de leurs proches enfouis sous les décombres. "Nous avons besoin de lampes torches !", lance l'un d'eux dans la nuit noire.

"A l'heure actuelle, nous avons reçu des informations faisant état de 32 morts" et "de plus de 700 blessés", a déclaré la présidente par intérim Delcy Rodriguez dans un message à la nation, après avoir déclaré l'état d'urgence.

Elle a précisé ne pas encore disposer de données concernant l'Etat de La Guaira, situé à proximité de la capitale et qui est selon elle la région la plus touchée. L'aéroport de Caracas, gravement endommagé selon elle, a été fermé.

Signe de la gravité de la situation, les Etats-Unis ont annoncé l'envoi immédiat de secouristes et d'aide humanitaire au Venezuela. "Nous serons aux côtés de nos nouveaux et formidables amis", a assuré le président américain Donald Trump, tandis que Mme Rodriguez a indiqué s'être entretenue au téléphone avec le secrétaire d'Etat Marco Rubio.

Cette initiative américaine, un acte diplomatique fort après des années de tensions, s'inscrit dans le cadre du rétablissement des relations entre les deux pays depuis que les forces américaines ont capturé le président déchu Nicolas Maduro, aujourd'hui incarcéré aux Etats-Unis.

La Chine et l'Inde ont elles aussi proposé leur aide, et plusieurs pays d'Amérique latine ont fait de même et exprimé leur solidarité, parfois au-delà de leurs divergences politiques. 


L'Iran accuse l'Otan de «complicité» dans la guerre menée contre lui

Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël. (AFP)
Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël. (AFP)
  • M. Baghaï a réagi à des propos sur Fox News du secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, selon qui "500 avions américains ont décollé de bases américaines en Italie" pour soutenir l'opération militaire israélo-américaine "Epic Fury"
  • "Il s'agit là d'un aveu clair et accablant de la complicité active de l'Otan dans une guerre d'agression illégale menée contre un Etat membre souverain de l'ONU", a écrit M. Baghaï sur X

TEHERAN: Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël.

M. Baghaï a réagi à des propos sur Fox News du secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, selon qui "500 avions américains ont décollé de bases américaines en Italie" pour soutenir l'opération militaire israélo-américaine "Epic Fury" lancée contre l'Iran le 28 février.

M. Rutte a également affirmé que l'aéroport de Bucarest avait réduit ses vols commerciaux pour laisser la place aux avions de ravitaillement utilisés dans le cadre de cette opération, et qu'entre 4.000 et 5.000 sorties d'avions américains avaient été effectuées depuis des bases européennes pendant le conflit.

"Il s'agit là d'un aveu clair et accablant de la complicité active de l'Otan dans une guerre d'agression illégale menée contre un Etat membre souverain de l'ONU", a écrit M. Baghaï sur X.

"Le secrétaire général de l'Otan a explicitement désigné l'Italie et la Roumanie comme ayant participé à l'agression contre l'Iran", a souligné le porte-parole du ministère iranien.

"Ces pays, ainsi que tous les autres pays européens ayant apporté leur soutien à l'agression américano-israélienne contre l'Iran, doivent expliquer à leur propre population et au monde entier pourquoi ils ont choisi de se rendre complices de cet acte d'agression flagrant et de la perpétration d'atrocités de masse contre les populations iraniennes", a-t-il ajouté.

En Italie, le ministère de la Défense a condamné mercredi les propos de M. Rutte, estimant qu'ils avaient envoyé "un message complètement trompeur", Rome n'ayant permis aux Etats-Unis d'utiliser ses bases que pour des vols techniques et logistiques, et non des missions de combat.