Comment la région MENA peut-elle relever le défi climatique?

Le parc éolien de Dumat al Jandal dans la province d’Al Jawf, le premier et le plus grand de ce type en Arabie saoudite, est entré en service en 2022, avec 99 turbines produisant 400 MW d'électricité. (Photo, avec l'aimable autorisation de la Vision 2030)
Le parc éolien de Dumat al Jandal dans la province d’Al Jawf, le premier et le plus grand de ce type en Arabie saoudite, est entré en service en 2022, avec 99 turbines produisant 400 MW d'électricité. (Photo, avec l'aimable autorisation de la Vision 2030)
Le projet de la centrale solaire de Sakaka, dans la province d’Al-Jouf, au nord de l'Arabie saoudite, s'étend sur une superficie de 6 kilomètres carrés. La centrale produit 940 000 MWh d'électricité et fournit suffisamment d'énergie propre pour alimenter 75 000 foyers. (Photo, SPA)
Le projet de la centrale solaire de Sakaka, dans la province d’Al-Jouf, au nord de l'Arabie saoudite, s'étend sur une superficie de 6 kilomètres carrés. La centrale produit 940 000 MWh d'électricité et fournit suffisamment d'énergie propre pour alimenter 75 000 foyers. (Photo, SPA)
Short Url
Publié le Samedi 02 mars 2024

Comment la région MENA peut-elle relever le défi climatique?

  • L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis tirent parti des énergies renouvelables et des politiques environnementales pour protéger la croissance et la prospérité futures
  • Si l'on n'agit pas maintenant, certaines parties de la région MENA pourraient être inhabitables d'ici 2050 en raison des températures extrêmes et de la pénurie d'eau

RIYAD/DUBAÏ: La région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord est à la croisée des chemins. Alors que les températures augmentent, que la pénurie d'eau s'intensifie et que la désertification s'étend, l'immense potentiel économique de la région est menacé si des mesures audacieuses ne sont pas prises.

Heureusement, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar ont pris des mesures pour adopter des sources d'énergie renouvelable, non seulement pour respecter leurs propres engagements en matière de réduction des émissions de carbone, mais aussi pour jouer un rôle de premier plan dans la transition énergétique mondiale.

Le projet de la centrale solaire de Sakaka, dans la province d’Al-Jouf, au nord de l'Arabie saoudite, s'étend sur une superficie de 6 kilomètres carrés. La centrale produit 940 000 MWh d'électricité et fournit suffisamment d'énergie propre pour alimenter 75 000 foyers. (Photo, SPA)
Le projet de la centrale solaire de Sakaka, dans la province d’Al-Jouf, au nord de l'Arabie saoudite, s'étend sur une superficie de 6 kilomètres carrés. La centrale produit 940 000 MWh d'électricité et fournit suffisamment d'énergie propre pour alimenter 75 000 foyers. (Photo, SPA)

L'adoption des énergies renouvelables est allée de pair avec un effort régional plus large visant à diversifier les économies en délaissant le pétrole, à investir dans le captage, le stockage et l'utilisation du carbone, et à mettre en œuvre des politiques destinées à protéger les habitats naturels et à étendre les espaces verts.

L'enjeu est de taille pour la région MENA, considérée comme particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique. En effet, plusieurs études indiquent que certaines parties de la région pourraient être inhabitables d'ici 2050 en raison des températures extrêmes et de la pénurie d'eau.

En novembre et décembre derniers, Dubaï a accueilli la conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP28), au cours de laquelle les pays se sont mis d'accord sur un ensemble historique de mesures visant à empêcher les températures moyennes mondiales d'augmenter de 1,5 degré Celsius par rapport aux niveaux préindustrielles.

Des personnes marchent devant Expo City à Dubaï le 12 décembre 2023 lors de la conférence des Nations Unies sur le changement climatique COP28. (Photo, AFP)
Des personnes marchent devant Expo City à Dubaï le 12 décembre 2023 lors de la conférence des Nations Unies sur le changement climatique COP28. (Photo, AFP)

L'accord prévoit une «transition vers l'abandon des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques, d'une manière juste, ordonnée et équitable afin de parvenir à une consommation zéro émission nette d'ici à 2050, conformément aux données scientifiques».

Il a également appelé à la création d'un fonds pour aider les pays vulnérables à payer les dommages liés au climat, et à la publication d'évaluations historiques sur les progrès réalisés dans le monde en matière d'atténuation des effets du changement climatique.

En outre, il a appelé à un triplement de la capacité des énergies renouvelables dans le monde d'ici 2030, à l'accélération des efforts pour réduire l'utilisation du charbon et à l'adoption de technologies pour le captage, le stockage et l'utilisation du carbone.

Bien que toutes les nations ne soient pas satisfaites du texte de l'accord, celui-ci marque une avancée importante, en s'appuyant sur les ambitions énoncées dans l'accord de Paris de 2015.

S'exprimant au siège parisien de l'Agence internationale de l'énergie le 20 février, le président de la COP28, Sultan al-Jaber, a déclaré que la réalisation des objectifs convenus dans le cadre du «consensus des Émirats arabes unis» nécessiterait une «action sans précédent» de la part des parties prenantes mondiales.

«La solidarité a surmonté la polarisation, l'inclusivité a prévalu sur les accusations et l'esprit de partenariat a rassemblé le meilleur de l'humanité», a-t-il indiqué à propos du sommet de la COP28.

«Afin de préserver cet esprit et de tirer parti de l'élan donné par la COP28, le consensus des Émirats arabes unis a défini une nouvelle orientation et un changement de cap clair. Nous devons maintenant transformer un accord sans précédent en une action sans précédent. Le moment est venu pour toutes les parties prenantes de passer à l'action», a-t-il souligné.

Le président de la COP28, sultan Ahmed al-Jaber, est vu sur un écran alors qu'il s'exprime lors d'une table ronde de haut niveau sur les engagements énergétiques et climatiques de la COP organisée par l'Agence internationale de l'énergie à son siège à Paris, le 20 février 2024. (Photo, AFP)
Le président de la COP28, sultan Ahmed al-Jaber, est vu sur un écran alors qu'il s'exprime lors d'une table ronde de haut niveau sur les engagements énergétiques et climatiques de la COP organisée par l'Agence internationale de l'énergie à son siège à Paris, le 20 février 2024. (Photo, AFP)

Alors que de nombreux pays occidentaux semblent revenir sur leurs engagements en matière de climat, la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord a relevé le défi.

L'Initiative verte saoudienne, lancée par le prince héritier, Mohammed ben Salmane, en 2021 pour protéger l'environnement du Royaume, préserver la faune et la flore et planter des milliards d'arbres, tout en permettant une croissance économique durable, en est un exemple audacieux.

«Depuis sa création, l’Initiative verte saoudienne a mis en œuvre une série d'initiatives visant à protéger et à conserver les écosystèmes vitaux de l’Arabie saoudite», a déclaré à Arab News, Osama Ibrahim Faqeeha, ministre adjoint de l'Environnement, de l'Eau et de l'Agriculture.

Osama Ibrahim Faqeeha, ministre adjoint de l'Environnement, de l'Eau et de l'Agriculture. (Photo fournie)
Osama Ibrahim Faqeeha, ministre adjoint de l'Environnement, de l'Eau et de l'Agriculture. (Photo fournie)

«Par exemple, le Programme national d’écologisation, qui stimule les efforts de plantation d’arbres à l’échelle nationale en Arabie saoudite et repose sur deux principes directeurs clés: premièrement, maintenir l’équilibre des écosystèmes et, deuxièmement, utiliser des ressources en eau renouvelables.»

«Le programme adopte une approche de régénération basée sur la nature afin de permettre à ses écosystèmes de prospérer au fil du temps.»

Faqeeha a déclaré que plusieurs initiatives dédiées dans le cadre de l’Initiative verte saoudienne sont mises en œuvre pour protéger les points chauds de la biodiversité par la désignation de zones protégées.

«L’Initiative verte saoudienne vise également à promouvoir la durabilité en sensibilisant et en réduisant l'impact négatif des secteurs économiques sur les écosystèmes, en menant tous ces efforts en engageant toutes les parties prenantes concernées des secteurs public, privé et tertiaire», a-t-il signalé.

Le programme national d'écologisation de l'Arabie saoudite bat son plein depuis 2021. (Photo, SPA)
Le programme national d'écologisation de l'Arabie saoudite bat son plein depuis 2021. (Photo, SPA)

Parmi les autres mesures importantes prises par l’Arabie saoudite pour sauvegarder la biodiversité, on peut citer la mise en place d'un cadre environnemental national spécifique, étayé par la loi nationale sur l'environnement.

Plusieurs agences ont été créées pour mener à bien ce travail, notamment le Centre national pour la faune, le Centre national pour la couverture végétale, le Centre national pour la conformité environnementale et le Centre national pour la gestion des déchets.

Faqeeha a expliqué que sous la supervision de son ministère, ces agences «réglementent et surveillent les domaines environnementaux essentiels liés à la conservation de la biodiversité, tels que les écosystèmes terrestres, marins et côtiers, la couverture végétale et terrestre, les milieux environnementaux, la gestion des déchets, et soulignent l'engagement en faveur de la conservation de la biodiversité dans le Royaume».

La situation est similaire aux Émirats arabes unis. Dans le cadre de la politique générale de l'environnement de 2021, les autorités s'efforcent de préserver les écosystèmes, de promouvoir la diversification et la prospérité économique, d'intégrer les considérations relatives au changement climatique et à la biodiversité dans divers secteurs et de soutenir la réalisation des objectifs de développement durable de l'ONU à l'horizon 2030.

La propreté constante des eaux marines fait partie des objectifs de développement durable des Émirats arabes unis. (Photo fournie)
La propreté constante des eaux marines fait partie des objectifs de développement durable des Émirats arabes unis. (Photo fournie)

Tous ces plans sont essentiels si les pays de la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord espèrent faire face aux effets du changement climatique, qui ont déjà une incidence sur les régimes de précipitations, provoquent une pénurie d'eau et nuisent à l'agriculture, menaçant ainsi les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire.

Dans les États du Golfe, en particulier, le changement climatique contribue déjà à l'augmentation de la salinité des eaux souterraines. Selon un rapport de l'Institut des États arabes du Golfe à Washington, les réserves d'eau du Golfe seront soumises à des pressions supplémentaires au cours des 20 prochaines années à cause de l'explosion démographique de la région et de la rareté des précipitations.

Les responsables de ces pays estiment donc qu'il est essentiel de planifier dès maintenant afin d'atténuer ces défis et de s'y adapter s'ils veulent protéger la croissance et la prospérité futures.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Gaza: une évacuation des civils de Rafah «  pas possible » actuellement, selon un responsable du CICR

Une évacuation de plus d'un million de civils de Rafah n'est "pas possible" dans les conditions actuelles, a prévenu mardi un responsable du CICR, alors qu'Israël menace de lancer une offensive terrestre contre cette ville de la bande de Gaza. (AFP).
Une évacuation de plus d'un million de civils de Rafah n'est "pas possible" dans les conditions actuelles, a prévenu mardi un responsable du CICR, alors qu'Israël menace de lancer une offensive terrestre contre cette ville de la bande de Gaza. (AFP).
Short Url
  • De nombreuses capitales étrangères et organisations humanitaires s'inquiètent des préparatifs en cours pour cette opération sur Rafah, dans le sud du territoire palestinien assiégé, considérée par Israël comme le dernier grand bastion du Hamas
  • "Quand on voit le niveau de destruction dans le secteur central (de Gaza) et dans le nord, on ne voit pas très bien vers où les gens pourraient être déplacés et où ils pourraient avoir des abris décents et des services de base"

DUBAI: Une évacuation de plus d'un million de civils de Rafah n'est "pas possible" dans les conditions actuelles, a prévenu mardi un responsable du CICR, alors qu'Israël menace de lancer une offensive terrestre contre cette ville de la bande de Gaza.

De nombreuses capitales étrangères et organisations humanitaires s'inquiètent des préparatifs en cours pour cette opération sur Rafah, dans le sud du territoire palestinien assiégé, considérée par Israël comme le dernier grand bastion du mouvement islamiste Hamas contre lequel il est en guerre.

"On ne voit pour l'instant aucun plan d'évacuation pour les civils" de Rafah, a déclaré Fabrizio Carboni, directeur du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), en marge d'une conférence d'aide à Dubaï, aux Emirats arabes unis.

Rafah accueille un million et demi de personnes, habitants et déplacés, confrontés à une situation humanitaire dramatique.

"Quand on voit le niveau de destruction dans le secteur central (de Gaza) et dans le nord, on ne voit pas très bien vers où les gens pourraient être déplacés et où ils pourraient avoir des abris décents et des services de base", a-t-il ajouté.

"Donc aujourd'hui, avec les informations dont on dispose (...), on ne considère pas possible une évacuation massive".

« Conséquences humanitaires dévastatrices »

Une guerre oppose depuis le 7 octobre dans la bande de Gaza Israël au Hamas, déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste sur le sol israélien qui a entraîné la mort de 1.170 personnes, essentiellement des civils, selon un bilan de l'AFP établi à partir de données officielles israéliennes.

En riposte, Israël a promis de détruire le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007, et mène une offensive militaire qui a fait plus de 34.000 morts, majoritairement des civils, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Après avoir mené des bombardements aériens, l'armée israélienne a lancé fin octobre une offensive terrestre dans ce territoire, allant du nord au sud, mais elle n'est pas encore entrée à Rafah, à l'extrême sud du territoire, bombardée cependant quotidiennement par les airs.

Selon des responsables égyptiens, cités par le Wall Street Journal, en prévision à l'offensive Israël se prépare à déplacer les civils de Rafah vers la ville proche de Khan Younès, notamment, où il prévoit d'installer des abris et des centres de distribution de nourriture.

Cette opération d'évacuation durerait deux à trois semaines et serait menée en coordination avec les Etats-Unis, l'Egypte et d'autres pays arabes tels que les Emirats arabes unis, selon ces responsables.

Le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant a fait savoir qu'il étudiait une "série de mesures à prendre en préparation des opérations à Rafah, en particulier sur l'évacuation des civils".

"Une opération militaire (à Rafah) ne peut en aucun cas être menée sans conséquences humanitaires dévastatrices", a déclaré mardi à l'AFP M. Carboni lors de la Conférence internationale de Dubaï sur le développement et l'aide humanitaire (Dihad).

"Vu le niveau de destruction, la fatigue des gens, certains étant blessés ou malades, et l'accès limité à la nourriture et aux services de base, je vois (cette évacuation) comme extrêmement difficile", a-t-il ajouté.

« Aucune consultation »

Pour Jan Egeland, secrétaire général de l'ONG Norwegian Refugee Council (NRC), une offensive terrestre sur Rafah, "le plus grand camp de déplacés sur terre," conduirait à une "situation apocalyptique".

"Il n'y a aucune information (sur l'évacuation), aucune consultation avec les humanitaires", a-t-il dit à l'AFP lors de la Dihad.

Ce que les humanitaires entendent, "c'est que Netanyahu dit qu'il va attaquer mais pas de plan sur où les civils doivent aller, comment l'aide peut être fournie ou comment son acheminement peut être sécurisé".

"Il n'y a pas de stocks, il n'y a pas de carburant et plus important, il n'y a pas de liquidité. Il n'y a pas d'argent, on ne peut pas payer nos salariés", a en outre déploré le patron de NRC.

Pour les Palestiniens qui sont retournés dans des secteurs du nord de la bande de Gaza ces dernières semaines, "ce qui les attend, ce sont des ruines (...) des engins non explosés, et dans de nombreux cas davantage de bombardements", selon M. Egeland.

"Il n'y a aucun endroit sûr à Gaza si les gens quittent Rafah".


Frappes sur Gaza, le Sénat américain approuve l'aide à Israël

Cette aide à Israël "est un gage clair de la force de notre alliance et elle envoie un message fort à tous nos ennemis". Ici, Joe Biden et Benjamin Netanyahou à Jerusalem. (AFP).
Cette aide à Israël "est un gage clair de la force de notre alliance et elle envoie un message fort à tous nos ennemis". Ici, Joe Biden et Benjamin Netanyahou à Jerusalem. (AFP).
Short Url
  • Tôt mercredi, des sources hospitalières et sécuritaires à Gaza ont fait état de frappes aériennes israéliennes dans les secteurs de Nousseirat (centre) et de Rafah
  • A Washington, le Sénat américain a approuvé une aide de 13 milliards de dollars d'assistance militaire à Israël, afin notamment de renforcer son bouclier antimissile "Dôme de fer" déployé à ses frontières

TERRITOIRES PALESITNIENS: Après plus de 200 jours d'affrontements, la guerre à Gaza ne donne aucun signe de répit mercredi avec des frappes dans le territoire palestinien pendant que le Sénat américain donnait son feu vert à des milliards en aide militaire à Israël en lutte contre le Hamas.

Tôt mercredi, des sources hospitalières et sécuritaires à Gaza ont fait état de frappes aériennes israéliennes dans les secteurs de Nousseirat (centre) et de Rafah, "dernier" grand bastion du Hamas selon Israël, situé à la pointe sud du territoire, près de l'Egypte.

A Washington, le Sénat américain a approuvé une aide de 13 milliards de dollars d'assistance militaire à Israël, afin notamment de renforcer son bouclier antimissile "Dôme de fer" déployé à ses frontières.

Cette aide à Israël "est un gage clair de la force de notre alliance et elle envoie un message fort à tous nos ennemis", une référence au Hamas, mais aussi à l'Iran et au Hezbollah libanais, a réagi sur X le chef de la diplomatie israélienne Israel Katz.

Le plan américain comporte aussi plus de neuf milliards de dollars pour "répondre au besoin urgent d'aide humanitaire à Gaza et à d'autres populations vulnérables dans le monde", notamment au Soudan, en guerre aussi depuis plus d'un an, confirmant ainsi un vote ce week-end de la chambre des Représentants, autre branche du Congrès.

Cette aide intervient sur fond de manifestations pro-palestiniennes sur des campus américains et à l'heure de craintes de capitales étrangères, y compris de Washington, sur une éventuelle opération terrestre à Rafah, où s'entassent environ 1,5 million de Palestiniens.

« Apocalyptique »

Selon des responsables égyptiens, cités par le Wall Street Journal, Israël se prépare à déplacer les civils vers la ville proche de Khan Younès, notamment, où il prévoit d'installer des abris et des centres de distribution de nourriture.

Cette opération d'évacuation durerait deux à trois semaines et serait menée en coordination avec les Etats-Unis, l'Egypte et d'autres pays arabes tels que les Emirats arabes unis, selon ces responsables.

Le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant a fait savoir qu'il étudiait une "série de mesures à prendre en préparation des opérations à Rafah, en particulier sur l'évacuation des civils".

"On ne voit pour l'instant aucun plan d'évacuation pour les civils" de Rafah, a déclaré mardi à l'AFP Fabrizio Carboni, directeur du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), pour qui une évacuation massive n'est "pas possible" dans les conditions actuelles.

Pour Jan Egeland, le secrétaire général de l'ONG Norwegian Refugee Council (NRC), une offensive sur Rafah, "le plus grand camp de déplacés sur terre," conduirait à une "situation apocalyptique".

« Sans horizon »

"Après 200 jours, l'ennemi reste piégé dans les sables de Gaza. Sans but, sans horizon, sans l'illusion de la victoire ou de la libération des prisonniers", a affirmé le porte-parole de la branche armée du Hamas, Abou Obeida. "Nous continuerons à frapper et à résister tant que l'agression de l'occupation se poursuivra sur un seul centimètre de notre terre", a-t-il ajouté.

La guerre a été déclenchée le 7 octobre par une attaque sans précédent menée depuis Gaza contre Israël par des commandos du Hamas, qui a entraîné la mort de 1.170 personnes, essentiellement des civils, selon un bilan de l'AFP établi à partir de données officielles israéliennes.

Plus de 250 personnes ont été enlevées et 129 restent captives à Gaza, dont 34 sont mortes selon des responsables israéliens.

En riposte à l'attaque, Israël a promis de détruire le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007, et lancé une vaste opération militaire qui a fait jusqu'à présent 34.183 morts, majoritairement des civils, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Avant une éventuelle opération sur Rafah, l'armée israélienne s'était déployée dans la ville de Gaza (nord), puis à Khan Younès.

« Climat d'impunité »

Or l'ONU a réclamé mardi une enquête internationale sur des fosses communes découvertes dans les deux principaux hôpitaux de ces villes, al-Chifa à Gaza et Nasser à Khan Younès, soulignant la nécessité de mettre fin au "climat d'impunité" actuel.

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits humains, Volker Türk, s'est dit "horrifié par les destructions" de ces deux hôpitaux "et par la découverte annoncée de fosses communes dans et autour de ces sites".

La Défense civile de Gaza a affirmé avoir exhumé depuis samedi 340 corps de personnes tuées et enterrées par les forces israéliennes dans des fosses communes à l'intérieur de l'hôpital Nasser.

Or l'armée a nié mardi avoir enterré des corps, disant avoir, lors de ses opérations dans cet hôpital, examiné des corps "enterrés par des Palestiniens" pour déterminer si des otages se trouvaient parmi eux.

Dans les ruines de l'hôpital al-Chifa, un médecin, Amjad Alewah, est venu montrer mardi à un correspondant de l'AFP l'accueil des urgences, calciné et partiellement vidé de son mobilier. "Au bout de 200 jours de guerre, nous sommes maintenant au milieu des décombres de ce grand hôpital (...) Nous recevions des milliers de blessés chaque jour", se souvient-il.

Par mer et terre 

Outre le lourd bilan humain et les destructions massives, la population de Gaza est confrontée selon l'ONU à un risque de famine.

Les Etats-Unis vont débuter "très prochainement" la construction d'une jetée à Gaza pour faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire dans le territoire palestinien bombardé et assiégé par Israël, a déclaré mardi le Pentagone.

Au cours des derniers jours, Israël, qui contrôle l'entrée des marchandises dans la bande de Gaza, a augmenté le nombre de camions d'aide autorisés à pénétrer dans le territoire.

Israël et l'ONU ne s'accordent pas toujours sur le décompte de ces camions d'aide, mais le patron de l'Agence onusienne pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), Philippe Lazzarini, s'est félicité d'un nombre record de camions entrés le territoire en une seule journée.

"Où il y a une volonté, il y a un chemin", a-t-il écrit mardi soir sur X, après avoir demandé au Conseil de sécurité de l'ONU une enquête indépendante "sur les 180 employés de l'UNRWA tués" dans la guerre. Le Conseil doit d'ailleurs discuter mercredi de l'aide à Gaza.


Unrwa: Israël n'a jamais exprimé de préoccupations au sujet du personnel de l’agence au cours des 13 dernières années

Israël affirme qu'au moins 12 membres du personnel de l'UNWRA ont participé aux attaques du 7 octobre et qu'ils ont utilisé des véhicules de l'ONU. (AFP)
Israël affirme qu'au moins 12 membres du personnel de l'UNWRA ont participé aux attaques du 7 octobre et qu'ils ont utilisé des véhicules de l'ONU. (AFP)
Short Url
  • L’examen indépendant, commandé par le secrétaire général de l’ONU, ajoute qu’Israël n’a fourni aucune preuve permettant d’étayer les allégations selon lesquelles douze employés de l'Unrwa auraient participé aux attaques du 7 octobre
  • Les conclusions de l’enquête, menée par l’ancienne ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, figurent dans un rapport de 48 pages publié lundi

NEW YORK: Israël n’a pas encore fourni de preuves permettant d’étayer les accusations selon lesquelles des membres du personnel de l’Office de secours et de travaux des nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa) seraient affiliés à des groupes terroristes, révèle un examen indépendant dirigé par l’ancienne ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna.

Son enquête, qui a duré neuf semaines, a commencé après qu’Israël a accusé, en janvier, douze employés de l’Unrwa d’avoir participé aux attaques du Hamas contre Israël, le 7 octobre. Les enquêteurs ont également constaté qu’Israël n’avait jamais exprimé de préoccupations au sujet des personnes figurant sur les listes de personnel de l’agence qu’il recevait depuis 2011.

«En l’absence d’une solution politique entre Israël et les Palestiniens, l’Unrwa continue de jouer un rôle central dans la fourniture d’une aide humanitaire vitale et de services sociaux essentiels, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation, aux réfugiés palestiniens à Gaza, en Jordanie, au Liban, en Syrie et en Cisjordanie», souligne le rapport de quarante-huit pages publié lundi et consulté par Arab News.

«Ainsi, l’Unrwa est irremplaçable et indispensable au développement humain et économique des Palestiniens. En outre, nombreux sont ceux qui considèrent l’Unrwa comme une bouée de sauvetage humanitaire.»

L’agence, qui fournit de l’aide et des services aux réfugiés palestiniens à Gaza et dans toute la région, a été plongée dans une crise à la suite des allégations israéliennes. En réaction, les États-Unis, principal bailleur de fonds de l’Unrwa, et plusieurs autres donateurs importants ont suspendu leur financement de l’organisation. Au total, seize États membres de l’ONU ont suspendu ou interrompu leurs dons, tandis que d’autres ont imposé des conditions, ce qui a semé le doute sur l’avenir de l’agence.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, en concertation avec le commissaire général de l’Unrwa, Philippe Lazzarini, a ordonné un examen indépendant des allégations afin d’évaluer l’adhésion de l’agence au principe de neutralité et sa réponse aux accusations de non-respect de ce principe, en particulier dans le contexte difficile de la situation à Gaza.

Par ailleurs, M. Guterres a ouvert une enquête distincte menée par le Bureau des services de contrôle interne de l’ONU afin de déterminer l’exactitude des allégations formulées contre le personnel de l’Unrwa. L’agence a également rompu ses liens avec les travailleurs nommés par Israël.

Selon le rapport Colonna, le montant des sommes retenues pendant les interruptions de financement s’élevait à près de 450 millions de dollars (1 dollar = 0,93 euro). À la suite des mesures prises par l’ONU en réponse aux allégations israéliennes, plusieurs États membres ont rétabli leur financement. Ils ont toutefois demandé des précisions sur les événements en question et ils ont appelé au renforcement des mécanismes et procédures de l’Unrwa pour garantir la neutralité de ses travailleurs, notamment en ce qui concerne le contrôle et la surveillance du personnel.

Le groupe chargé de l’examen avait pour mission de «déterminer si l’Unrwa fait tout ce qui est en son pouvoir pour garantir la neutralité et répondre aux allégations graves de non-respect du principe de neutralité lorsqu’elles sont formulées».

«Toutes les parties ont fait preuve d’une excellente coopération, y compris le gouvernement israélien», déclare Mme Colonna à Arab News.

Son rapport rappelle que «l’Unrwa et son personnel ont l’obligation fondamentale de rester neutres afin de garantir l’intégrité de la mission de l’agence et l’efficacité de ses opérations.»

«La neutralité fait partie des engagements de l’ONU. Il s’agit de l’un des quatre principes humanitaires officiellement adoptés par l’Assemblée générale et soutenus par d’autres agences de l’ONU lorsqu’elles opèrent dans des contextes humanitaires. La neutralité signifie que les acteurs humanitaires ne doivent pas prendre parti dans les hostilités ou être impliqués dans des controverses de nature politique, raciale, religieuse ou idéologique.»

Le rapport Colonna propose plus de cinquante recommandations en vue d’améliorer les efforts visant à garantir la neutralité des trente-deux mille employés de l’Unrwa, notamment le développement du service de contrôle interne, l’augmentation du nombre de formations en présentiel et le renforcement du soutien des pays donateurs. Le rapport reconnaît toutefois que les mesures actuelles de l’Unrwa sont déjà plus strictes que celles de nombreuses organisations similaires.

«Les défis de l’Unrwa en matière de neutralité diffèrent de ceux d’autres organisations internationales en raison de l’ampleur de ses opérations, la plupart du personnel étant recruté localement et bénéficiant des services de l’Unrwa», note le rapport.

M. Guterres a indiqué qu’il acceptait les conclusions du rapport de Mme Colonna et qu’il était d’accord avec M. Lazzarini pour que l’Unrwa «établisse un plan d’action pour mettre en œuvre les recommandations figurant dans le rapport final».

Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général, a précisé que M. Guterres «compte sur la communauté des donateurs, les pays hôtes et le personnel pour coopérer pleinement à la mise en œuvre des recommandations».

«Le secrétaire général appelle toutes les parties prenantes à soutenir activement l’Unrwa, qui est une bouée de sauvetage pour les réfugiés palestiniens dans la région.»

Mme Colonna a déclaré lundi à New York que «la communauté internationale a la responsabilité d’aider et de soutenir l’Unrwa dans ses efforts pour résoudre les problèmes relatifs à la neutralité».

Au cours des neuf semaines d’enquête, son groupe a minutieusement examiné les mécanismes et protocoles existants de l’agence pour maintenir la neutralité et faire face aux violations potentielles. Les membres du groupe ont visité le siège et les bureaux de l’Unrwa à Amman, à Jérusalem et en Cisjordanie, et se sont entretenus avec diverses parties prenantes, notamment des responsables de l’agence et des représentants des États donateurs, des pays hôtes, d’Israël, de l’Autorité palestinienne, de l’Égypte, d’autres agences de l’ONU et d’organisations non gouvernementales.

Au total, le groupe chargé de l’examen a rencontré ou interrogé plus de 200 personnes, dont plusieurs membres du personnel de l’Unrwa à Gaza. Des contacts directs ont été établis avec des responsables de 47 pays et organisations.

L’examen révèle que l’Unrwa a mis en place un nombre important de mécanismes et de procédures pour garantir le respect des principes humanitaires, en mettant l’accent sur la neutralité, et qu’il a adopté une approche plus développée de la question de la neutralité que beaucoup d’autres agences similaires de l’ONU ou d’organisations non gouvernementales.

Malgré ces efforts considérables, des problèmes relatifs à la neutralité de l’agence et de son personnel persistent. Plusieurs allégations de violation des règles de neutralité ont été formulées et des mesures disciplinaires ont été prises en conséquence, note le rapport. Cependant, aucune des allégations antérieures n’était aussi grave que celles formulées par les autorités israéliennes en janvier de cette année.

Israël reproche souvent à l’Unrwa d’utiliser dans les écoles de la région des manuels de l’Autorité palestinienne dont le contenu serait antisémite. Toutefois, des études internationales n’ont trouvé que peu de preuves à l’appui de ces allégations.

«Trois évaluations internationales des manuels scolaires de l’Autorité palestinienne réalisées ces dernières années donnent une vision nuancée», indique le rapport. «Deux d’entre elles ont identifié la présence de préjugés et de contenus antagonistes, mais elles n’ont pas fourni de preuves d’un contenu antisémite. La troisième évaluation, réalisée par l’Institut Georg Eckert (basé en Allemagne), a étudié cent cinquante-six manuels scolaires de l’Autorité palestinienne et en a identifié deux qui, selon elle, présentaient des motifs antisémites. Elle a cependant noté que l’un de ces manuels avait déjà été retiré et que l’autre avait été modifié.»

Selon un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, le rapport de Mme Colonna est «insuffisant», ne tient pas compte de la gravité du problème et propose des solutions cosmétiques qui ne tiennent pas compte de l’ampleur de l’infiltration de l’Unrwa par le Hamas.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com