Arabie saoudite: Donner aux femmes les moyens d'agir pour une planète prospère et saine

Les efforts en faveur de l’égalité des sexes sont considérés comme un élément essentiel visant à éliminer la pauvreté (Photo, Reuters).
Les efforts en faveur de l’égalité des sexes sont considérés comme un élément essentiel visant à éliminer la pauvreté (Photo, Reuters).
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Publié le Vendredi 08 mars 2024

Arabie saoudite: Donner aux femmes les moyens d'agir pour une planète prospère et saine

  • L'égalité entre les hommes et les femmes est considérée comme un élément essentiel de l'effort visant à éliminer la pauvreté et à passer à des économies plus vertes
  • Malgré les progrès accomplis, les experts affirment que les femmes continuent de faire les frais de la crise du coût de la vie et les perturbations du marché du travail

DUBAI: Bien que le monde arabe ait encore un long chemin à parcourir avant d'atteindre la parité hommes-femmes, de récentes réformes en Arabie saoudite ont déjà transformé la participation des femmes à la main-d'œuvre, aux affaires et au leadership, tout en promouvant la croissance économique et le développement durable.

La poursuite de l'égalité des sexes comme moyen de favoriser des économies prospères et une planète saine est le thème de la Journée internationale de la femme de cette année, la journée annuelle des Nations unies pour célébrer l'autonomisation des femmes et des filles.

«Aucun pays au monde n'a pris de mesures aussi radicales et n'a connu de changements aussi spectaculaires pour améliorer le sort des femmes», a déclaré à Arab News, Maria al-Zahrani, une Saoudienne résidant à Riyad et travaillant comme consultante pour WeBuild Ventures.

Atteindre la parité hommes-femmes et exploiter tout le potentiel des femmes et des filles est un élément fondamental du plan de réforme sociale et de diversification économique, la Vision 2030 du Royaume, lancé en 2016 par le prince héritier, Mohammed ben Salmane.

«Nos détracteurs peuvent pontifier autant qu'ils veulent, mais les chiffres ne mentent pas», a signalé Al-Zahrani. «Les femmes représentent aujourd'hui plus de 36% de la population active.»

La poursuite de l'égalité des sexes comme moyen de favoriser des économies prospères et une planète saine (Photo, Initiative verte saoudienne).

En 2019, l’Arabie saoudite a mis en œuvre des réformes qui ont permis aux femmes de voyager à l’étranger de manière indépendante, de s’enregistrer pour le mariage ou le divorce et de demander des documents officiels sans l’autorisation d’un tuteur masculin.

Faisal al-Ibrahim, ministre saoudien de l'Économie, a déclaré que le Royaume avait par conséquent été témoin d'une augmentation significative de la participation des femmes dans le secteur privé.

«L'égalité des sexes est une pierre angulaire de notre engagement en faveur du développement durable», a-t-il déclaré à l'initiative sur les capacités humaines à Riyad en février. «L'augmentation de la représentation des femmes est un macro-objectif essentiel soutenu par une multitude d'initiatives.»

«Les femmes occupent désormais 20% des sièges du Conseil saoudien de la Choura et des postes clés dans les ministères et les organismes gouvernementaux. 29% des postes de cadres moyens et supérieurs du secteur privé sont occupés par des femmes, et 45% des PME du Royaume sont dirigées par des femmes», a-t-il précisé.

Marriam Mossalli est un exemple vivant de cette transformation.

«Les femmes contrôlent plus de 31 800 milliards de dollars (1 dollar américain = 0,91 euro) de dépenses dans le monde et dépensent en fait plus que les hommes au quotidien», a déclaré à Arab News, Mossalli, femme entrepreneur saoudienne et fondatrice de l'agence de communication Niche Arabia.

Mossalli a récemment lancé C-Suite Advisory, une société de conseil qui aide les jeunes start-ups et les firmes internationales à investir et à pénétrer les marchés du Conseil de coopération du Golfe. Elle souhaite voir beaucoup plus de femmes se lancer dans les affaires.

«Nous avons besoin de plus de femmes à des postes de direction», a-t-elle indiqué. «C'est pourquoi j'investis personnellement dans des entreprises détenues par des femmes qui partagent les mêmes valeurs, et c'est pourquoi j'ai créé Powder Beauty, la première plate-forme de produits de beauté propres de la région», a-t-elle expliqué.

Basmah Abdelaziz al-Mayman, directrice de l'Organisation mondiale du tourisme des Nations unies pour la région du Moyen-Orient, estime que le développement de l'industrie touristique de la région en particulier a offert aux femmes des possibilités de participation et d'avancement économiques.

Les femmes représentent désormais plus de 36% de la population active (Photo, AFP).

«Bien que la proportion de femmes engagées dans le secteur du tourisme dans le monde arabe soit encore faible», a déclaré Al-Mayman à Arab News, «on peut espérer qu'elle s'améliorera, d'autant plus que des progrès vers l'égalité des sexes dans le secteur ont été observés, en particulier dans le secteur public. Tout cela grâce à des actions politiques concrètes qui ont commencé à porter leurs fruits et où la représentation des femmes dans les rôles de leadership a augmenté pour atteindre des niveaux similaires à ceux connus dans le monde entier.»

En 2020, l'OMT et le ministère saoudien du Tourisme ont publié conjointement le Rapport régional sur les femmes dans le tourisme au Moyen-Orient à l'occasion de la présidence saoudienne du G20.

Le rapport examine les opportunités et les défis pour les femmes dans des domaines considérés comme essentiels pour l'autonomisation des femmes: l'emploi, l’entrepreneuriat, l'éducation et la formation. Il s'est également penché sur le leadership, la prise de décision et l'élaboration de politiques, ainsi que sur la communauté.

«Le tourisme est depuis longtemps considéré comme un moteur de l'émancipation économique des femmes, plus que d'autres secteurs de l'économie», a mentionné Al-Mayman.

«Le tourisme peut offrir davantage d'opportunités pour la participation des femmes à la population active, à l'entreprenariat et au leadership féminin. En tant que tel, le secteur du tourisme peut apporter des contributions importantes à la réalisation de l'ODD 5 sur l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes, ainsi qu'aux objectifs liés au genre et à d’autres domaines concernés par le développement durable», a-t-elle ajouté.

Al-Mayman a indiqué que les gouvernements arabes avaient un rôle crucial à jouer «dans la création d'un monde plus équitable par le biais de changements délibérés et d'actions visant à garantir que les femmes et les groupes marginalisés aient accès aux ressources, au soutien et aux opportunités».

Œuvrer à l’égalité des sexes est considéré comme un élément essentiel des efforts visant à éliminer la pauvreté, à stimuler le financement tenant compte de l'égalité des sexes, à faire la transition vers des économies plus vertes et à soutenir les femmes qui contribuent au changement.

Rana Almimoni, une Saoudienne de 30 ans passionnée de course automobile, pose pour une photo au parc automobile de Dirab, dans la banlieue de Riyad (Photo, AFP).

Il est toutefois important de noter qu'aucun pays au monde n'a atteint la parité hommes-femmes, selon l'Initiative mondiale pour la croissance verte. La région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord est l'une de celles qui ont encore un long chemin à parcourir.

Le monde arabe présente le deuxième plus grand écart entre les sexes dans le monde après l’Asie du Sud, tel que mesuré par l'indice de développement du genre, les femmes étant à la traîne en matière de revenus et de participation au marché du travail.

En raison de ces inégalités entre les sexes, les femmes et les filles dans les pays arabes ont atteint en moyenne 14,4% de moins que les hommes en termes de développement humain au cours des vingt dernières années.

Selon le Global Gender Gap Report 2023 du Forum économique mondial, par rapport aux autres régions, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord restent les plus éloignés de la parité des sexes, avec un score de 62,6%.

Cela représente une baisse de 0,9 point de pourcentage de la parité depuis la dernière édition du rapport pour la région, basée sur l'échantillon constant de pays couverts depuis 2006.

EN CHIFFRES

  • Les États arabes ont le deuxième écart le plus important entre les hommes et les femmes dans le monde (IDG).

 

  • 131 Nombre d'années nécessaires pour atteindre la parité hommes-femmes au niveau mondial (FEM).

 

  • < 50%  de femmes actives sur le marché du travail mondial, contre 72% d'hommes (FMI).

Selon le rapport, les Émirats arabes unis (71,2%), Israël (70%) et le Bahreïn (66,6%) ont atteint la parité la plus élevée de la région, tandis que cinq pays, menés par le Bahreïn, le Koweït et le Qatar, ont augmenté leur parité de 0,5% ou plus.

Et pourtant, selon l'ONU, la région dans son ensemble a progressé à un rythme bien plus lent que la moyenne mondiale au cours de la dernière décennie. Elle affirme que les inégalités entre les sexes empêchent le monde arabe de réaliser les 17 Objectifs de développement durable (ODD) de l'Agenda 2030.

Bien entendu, la mission de parvenir à la parité entre les sexes dépasse largement la région arabe. Il s'agit d'une préoccupation internationale majeure.

Une Saoudienne conduit un train à grande vitesse transportant des pèlerins vers La Mecque (Photo, AFP).

Selon le Global Gender Gap Report 2023 du Forum économique mondial (FEM), l'écart mondial s'est réduit de 0,3 point de pourcentage par rapport à l'année précédente. Sur la base de ce taux de progression, la parité ne sera atteinte qu'en 2154, soit la même prévision que dans le rapport 2022 du FEM.

Le peu de progrès réalisé est dû à l’amélioration de l’éducation, 117 des 146 pays indexés ayant maintenant comblé au moins 95% de l’écart. Le déficit de participation économique et d’opportunités a également progressé, se rapprochant de 60,1%.

Toutefois, selon le Fonds monétaire international (FMI), moins de la moitié des femmes participent activement au marché du travail mondial, contre 72% des hommes. Cette situation a un impact direct sur des questions telles que la réduction de la pauvreté et la nutrition.

Selon les Nations unies, un quart des femmes et des filles dans le monde devraient souffrir d'une insécurité alimentaire modérée ou grave d'ici à 2030. Si les écarts entre les sexes dans les systèmes agroalimentaires sont comblés, cela pourrait réduire l'insécurité alimentaire et augmenter le produit intérieur brut mondial de 1 000 milliards de dollars.

«Bien qu'il y ait eu des signes encourageants de reprise vers les niveaux d'avant la pandémie, les femmes continuent de supporter le poids de la crise actuelle du coût de la vie et des perturbations du marché du travail», a écrit Saadia Zahidi, directrice générale du FEM, dans le rapport.

La reprise de l'économie mondiale nécessitera «toute la puissance de la créativité et de la diversité des idées et des compétences», a-t-elle estimé. «Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre notre élan en ce qui concerne la participation et les possibilités économiques des femmes.»

Une employée vérifie les marchandises dans un hypermarché à Djeddah (Photo, AFP).

Bien qu'il reste sans aucun doute un long chemin à parcourir, même pour les nations les plus proactives de la région comme l'Arabie saoudite, la Journée internationale de la femme offre l'occasion de faire le point sur les progrès accomplis en matière d'émancipation des femmes en un laps de temps relativement court.

Il y a cinq ans à peine, «on ne voyait guère de femmes travailler nulle part», a souligné Al-Zahrani, consultante basée à Riyad.

«Puis, tout d'un coup, elles ont commencé à travailler dans des hôtels, dans des magasins au centre commercial, et à conduire. Je n'aurais jamais pensé être aussi fière de voir des femmes à l'épicerie prendre les paiements des clients aux caisses», a-t-elle soutenu.

Al-Zahrani a conclu «Je suis fier de nos dirigeants et je suis fier de ce qu'ils ont fait pour tout le monde afin de créer un avenir plus productif et plus prospère pour le pays.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'Iran affirme contrôler le détroit d'Ormuz après les déclarations de Trump sur un contrôle américain

Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
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  • Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder"
  • Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens

TEHERAN: Un haut responsable iranien a affirmé jeudi que le détroit d'Ormuz restait sous le contrôle de l'Iran, après que le président américain Donald Trump a revendiqué la veille le contrôle américain de ce détroit stratégique.

"Aujourd'hui, vous voyez que le détroit d'Ormuz est sous la gestion et le contrôle de la République islamique, et que notre pays poursuit sa trajectoire en toute sécurité", a déclaré selon la télévision d'Etat Hossein Taeb, chef des forces paramilitaires du Bassidj, affiliées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder".

Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Les hostilités ont repris entre les deux pays début juillet, quand le protocole d'accord conclu en juin pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient a volé en éclat.

Les frappes se sont depuis atténuées, Donald Trump assurant que des négociations étaient en cours avec l'Iran, qui a démenti, assurant de son côté ne parler qu'avec Oman d'un futur itinéraire pour franchir le détroit d'Ormuz.


Une colonie de Cisjordanie, démantelée en 2005, à nouveau inaugurée par Israël

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim.  (AFP)
Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. (AFP)
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  • À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations
  • Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement

GANIM, TERRITOIRES PALESTINIENS: Plus de vingt ans après son retrait de la colonie de Ganim, en Cisjordanie occupée, Israël l'a officiellement inaugurée à nouveau jeudi, selon des journalistes de l'AFP sur place, dans une nouvelle illustration de la politique d'intensification de la colonisation menée par le gouvernement Netanyahu.

"Nous sommes revenus à Ganim  - et nous sommes revenus pour y rester", a affirmé le ministre de la Défense israélien Israël Katz, présent pour la cérémonie.

Sur l'unique rue récemment aménagée, l'odeur de l'asphalte fraîchement coulé flotte dans l'air. De nouveaux résidents et leurs proches, venus les aider à s'installer, sourient à la vue de leurs caravanes flambant neuves.

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. Leur emplacement isolé, dans le nord de la Cisjordanie, près de la ville palestinienne de Jénine, avait notamment motivé leur démantèlement.

Trois d'entre elles ont désormais été reconstruites sous l'actuel gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur fond de forte accélération de la création de nouvelles colonies, et de légalisation d'avant-postes (souvent constitués de quelques caravanes ou préfabriqués construits sans l'aval du gouvernement israélien, et destinés à créer des faits accomplis).

À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations.

Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement.

De part et d'autre de la route reliant Israël à la nouvelle colonie, l'armée a démoli ces derniers jours des commerces et bloqué plusieurs chemins de terre menant aux villages palestiniens, y amoncelant des gravats.

Une centaine de personnes ont assisté à Ganim à la cérémonie d'inauguration, venus d'Israël ou d'autres colonies de Cisjordanie, dont des députés et deux ministres.

Yossi Dagan, le président du Conseil régional, chargé des colonies de ce secteur a parlé "moment historique".

Il a rappelé qu'un plan de construction de 19 nouvelles colonies dans cette zone avait été lancé, avec le soutien du gouvernement.

"Aujourd'hui, nous revenons à Ganim et nous la reconstruisons. Nous ne sommes pas seulement revenus dans les quatre localités qui avaient été évacuées : nous multiplions par deux et par trois la présence juive dans le nord de la Samarie", a-t-il déclaré, utilisant le nom israélien de la Cisjordanie occupée.


La condamnation à mort de Bachar al-Assad par la Syrie : un pas vers la justice ?

La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
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  • Ce jugement constitue la première condamnation nationale prononcée à l’encontre du président déchu et marque une tentative sans précédent de demander des comptes aux dirigeants de l’ancien régime
  • Assad bénéficie toujours de la protection de la Russie, tandis que des experts juridiques avertissent que la peine de mort pourrait compliquer les efforts visant à l’extrader et à le faire comparaître en personne devant un tribunal syrien

LONDRES : Pendant près d’un quart de siècle, Bachar al-Assad s’est tenu à la tête d’un État syrien dans lequel le président semblait hors d’atteinte de ses tribunaux.

Mardi, cette situation s’est radicalement inversée.

La quatrième chambre pénale du tribunal de Damas a condamné le président déchu à mort par contumace après l’avoir reconnu coupable de crimes incluant « l’assassinat prémédité et intentionnel de plusieurs personnes, dont des enfants », ainsi que « la torture, les arrestations arbitraires et les crimes contre l’humanité » commis au cours du long conflit qui a ravagé le pays.

Il s’agit de la première condamnation prononcée à l’encontre d’Assad par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie.

Son frère Maher, ancien commandant de la redoutable quatrième division blindée, et Atef Najib, ancien chef de la sécurité à Deraa dont le traitement réservé aux manifestants adolescents avait contribué à déclencher le soulèvement de 2011, figuraient parmi les personnes également condamnées à mort.

Najib, arrêté en Syrie l’année dernière, était le seul haut responsable présent à l’audience.
Pour de nombreux Syriens, le symbolisme était indéniable.

Des foules se sont rassemblées devant le palais de justice de Damas et ont célébré la nouvelle à Deraa, où le soulèvement contre Assad avait commencé après que les forces de sécurité eurent arrêté et torturé des adolescents accusés d’avoir écrit des graffitis antigouvernementaux.

Pour Rahaf Aldoughli, maître de conférences en études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’université de Lancaster, ce verdict revêt une « importance symbolique considérable ».

« Pendant des décennies, l’une des caractéristiques déterminantes du système Assad a été l’impunité : l’idée que les plus hauts responsables de l’État ne pourraient jamais être tenus légalement pour responsables », a-t-elle déclaré à Arab News.

« Un tribunal syrien qui reconnaît officiellement la responsabilité pénale de Bachar al-Assad rompt donc, au moins symboliquement, avec cet héritage. »

Elle a toutefois mis en garde contre une interprétation excessive de cet événement.
« Nous devons veiller à ne pas assimiler la condamnation d’Assad à la justice transitionnelle. La justice transitionnelle ne peut se réduire à la sanction d’un seul individu, aussi central qu’il ait pu être au sein du système. »

Ce verdict confronte également les nouvelles autorités syriennes à une question plus épineuse : condamner Assad à mort le rapproche-t-il de la justice, ou rend-il encore plus lointaine la perspective de le juger un jour en personne — ainsi que ceux qui ont permis le fonctionnement de son appareil ?

« Dans l’ensemble, il s’agit d’une avancée significative, mais il ne faut pas en exagérer l’importance », a déclaré à Arab News Robert Pinfold, maître de conférences en sécurité internationale au King’s College de Londres. « Cela reste largement symbolique — notamment parce qu’Assad se trouve en Russie. »

Si la poursuite des relations chaleureuses entre Damas et Moscou pourrait théoriquement constituer un « coup de théâtre », a-t-il ajouté, il est raisonnable de supposer que les avoirs d’Assad et de sa famille resteront hors d’atteinte à court terme.

« Quant à la condamnation à mort elle-même, la plupart des Syriens y seront globalement favorables », a déclaré M. Pinfold. « Très peu de gens aujourd’hui — y compris certains de ses anciens partisans et des alaouites qui estiment qu’il les a trahis en s’enfuyant — soutiennent encore Bachar al-Assad. Il ne s’agit donc pas d’une décision controversée.

« Mais la capacité du gouvernement à réellement l’appliquer est limitée, puisque Assad se trouve hors du pays. »

Il a fait valoir que, alors que Damas est confrontée à des demandes croissantes de vérité, de réconciliation et de responsabilisation, elle doit mener ces processus avec prudence afin d’éviter de donner l’impression que les communautés minoritaires sont collectivement tenues pour responsables des exactions de l’ancien régime, même si les Syriens continuent de réclamer justice.

Assad est devenu, contre toute attente, le dirigeant de la Syrie de 2000 à décembre 2024, succédant à son père Hafez Assad et présidant un système dominé par la présidence, les services de sécurité et l’establishment militaire.

Lorsque des manifestations pacifiques ont éclaté en 2011, les forces gouvernementales ont réagi par la force meurtrière. Le soulèvement s’est rapidement transformé en une guerre qui a fait plus de 580 000 morts, déplacé plus de 13 millions de personnes et donné lieu à des allégations de torture systématique, de disparitions forcées, d’attaques aveugles et d’autres violations graves.

Pendant des années, les tentatives visant à établir les responsabilités se sont principalement déroulées en dehors de la Syrie. Les tribunaux européens ont eu recours à la compétence universelle et à d’autres mécanismes juridiques pour poursuivre d’anciens agents des services de renseignement syriens et d’autres suspects qui avaient atteint leur territoire.

Les tribunaux français ont également poursuivi Bachar al-Assad lui-même. En 2025, des juges d’instruction français ont émis un mandat d’arrêt à son encontre en lien avec le bombardement, en 2012, d’un centre de presse à Homs qui a coûté la vie aux journalistes Marie Colvin et Rémi Ochlik.

La décision rendue mardi revêt une importance particulière car elle a été prononcée en Syrie, inscrivant officiellement Assad au casier judiciaire du pays en tant que prévenu condamné, et non plus simplement comme faisant l’objet d’enquêtes, d’allégations ou de sanctions étrangères.

Mais la condamnation à mort ne constitue pas nécessairement une issue juridique définitive. Assad a été jugé par contumace et, selon le droit procédural syrien, le verdict pourrait être annulé et la procédure rouverte s’il se rendait ou s’il était arrêté et traduit en justice, d’après l’analyse du Réseau syrien pour les droits de l’homme.

« Le fait qu’il s’agisse également d’une condamnation à mort complique en outre les traités d’extradition avec d’autres pays qui ont pu ou non accorder l’asile à des responsables du régime syrien », a déclaré Samy Akil, conseiller principal chez The Syria Report, à Arab News.

« Je pense que l’UE et la CPI s’opposent à l’extradition vers un pays où une peine de mort a été prononcée à l’encontre d’une personne jugée par contumace. Je pense que c’est un aspect dont les responsables syriens n’ont pas vraiment tenu compte. »

Une question juridique plus large se pose également. Le droit syrien ne définit pas les « crimes de guerre » ni les « crimes contre l’humanité » comme des infractions distinctes. Ces affaires sont donc généralement jugées en vertu des dispositions pénales ordinaires, notamment celles relatives au meurtre, à la torture et à la détention illégale.

Les procureurs ont cherché à combler cette lacune en invoquant des principes juridiques internationaux, bien que la Syrie ne soit pas partie à la Convention des Nations unies de 1968 sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Ces procédures contribueront donc à établir le cadre juridique pour de futures affaires visant à établir les responsabilités.

« Le cadre juridique et le système judiciaire syriens ne sont pas suffisamment adaptés pour traiter l’ampleur, la portée et la nature des massacres qui ont été perpétrés en Syrie — qu’il s’agisse de crimes de guerre, de torture ou de toutes les questions pertinentes qui doivent être abordées », a déclaré Akil.

« Le fait qu’ils se soient largement appuyés sur le code pénal existant — malgré plus d’un an et demi de travail sur une loi de justice transitionnelle, un projet de texte et le plaidoyer de nombreux groupes de la société civile — sape le processus de transition (aujourd’hui) et pour l’avenir.

« En fin de compte, il faut un système judiciaire indépendant et opérationnel pour traiter d’autres affaires (similaires) qui sont peut-être moins médiatisées, comme celles concernant des commandants de division ayant commis des massacres sur ordre des échelons supérieurs de la chaîne de commandement.

« L’absence d’une loi claire sur la justice transitionnelle est, à mon sens, la principale préoccupation, mais en fin de compte, cette décision constitue évidemment une victoire symbolique. »

Pour l’instant, il est peu probable qu’Assad purge la peine qui lui a été infligée. Il se trouve toujours en Russie, qui ne devrait pas l’extrader, tandis que la peine de mort pourrait compliquer toute tentative visant à obtenir son extradition depuis un autre pays.

Pour autant, considérer ce jugement comme purement symbolique reviendrait à en négliger l’importance.


Pour la première fois, un tribunal syrien a formellement établi la responsabilité pénale de la figure la plus puissante de l’ancien régime — un homme qui incarnait autrefois l’autorité de l’État syrien, mais qui est désormais fiché comme un fugitif condamné pour des crimes graves.

« À court terme, cette condamnation n’aboutira probablement pas à l’emprisonnement ou à l’exécution d’Assad tant qu’il restera sous la protection de la Russie et que Moscou refusera de l’extrader », a déclaré M. Aldoughli.

« Son impact immédiat est donc avant tout juridique et symbolique, plutôt que coercitif. Mais cela ne la rend pas pour autant dénuée de sens. »

La condamnation d’Assad clôt un chapitre des relations entre la Syrie et son ancien dirigeant. La question la plus importante est de savoir si elle marquera le début d’un processus de justice transitionnelle complet et impartial, ou si elle restera un jugement historique qui ne pourra jamais être appliqué.

« Peut-être que l’importance la plus grande réside dans le fait qu’Assad, qui a gouverné la Syrie pendant plus de deux décennies avec un pouvoir pratiquement illimité, est désormais un fugitif recherché par la justice syrienne », a déclaré M. Aldoughli.

« Pour de nombreux Syriens, ce revirement aura en soi une portée symbolique considérable. Mais le véritable test de la transition syrienne sera de savoir si ce moment marquera le début d’un processus judiciaire complet et impartial, plutôt que son aboutissement. »