L'Ukraine ne hissera «  jamais » le drapeau blanc, répond Kiev au pape

Des parents et amis de prisonniers de guerre ukrainiens de la Brigade Azov et de ses sous-unités tiennent des pancartes lors d'un rassemblement dans le centre de Kiev le 10 mars 2024, appelant à leur échange avec des prisonniers russes, dans le contexte de l'invasion russe en Ukraine. (AFP).
Des parents et amis de prisonniers de guerre ukrainiens de la Brigade Azov et de ses sous-unités tiennent des pancartes lors d'un rassemblement dans le centre de Kiev le 10 mars 2024, appelant à leur échange avec des prisonniers russes, dans le contexte de l'invasion russe en Ukraine. (AFP).
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Publié le Lundi 11 mars 2024

L'Ukraine ne hissera «  jamais » le drapeau blanc, répond Kiev au pape

  • L'Ukraine a répondu vertement dimanche au Pape François, jurant de ne "jamais" se rendre face à la Russie
  • Il a néanmoins dit espérer que le souverain pontife "trouvera l'occasion d'effectuer une visite canonique en Ukraine"

KIEV: L'Ukraine a répondu vertement dimanche au Pape François, jurant de ne "jamais" se rendre face à la Russie en réaction à un appel du souverain pontife à avoir "le courage de hisser le drapeau blanc et de négocier".

"Les assassins et les bourreaux russes ne pénètrent pas plus avant en Europe uniquement parce qu'ils sont repoussés par les Ukrainiens les armes à la main et sous le drapeau bleu et jaune" de l'Ukraine, a déclaré le président Volodymyr Zelensky dans son message vidéo quotidien.

Saluant le rôle des aumôniers de l'armée ukrainienne, il a poursuivi : "C'est là que doit être l'Eglise - avec le peuple. Et non à 2.500 kilomètres de là, avec une médiation virtuelle entre quelqu'un qui veut vivre et quelqu'un qui veut vous détruire", ajouté M. Zelensky, sans prononcer le nom du pape François.

Son ministre des Affaires étrangères Dmytro Kuleba avait réagi avant lui dans un message sur X (ex-Twitter).

"Notre drapeau est jaune et bleu. C'est le drapeau pour lequel nous vivons, nous mourrons et triomphons. Nous ne hisserons jamais d'autres drapeaux", avait répondu au pape le chef de la diplomatie ukrainienne.

« La stratégie du Vatican »

"Quand il s'agit de drapeau blanc, nous connaissons la stratégie du Vatican lors de la première partie du XXe siècle. J'appelle à éviter de répéter les erreurs du passé et à soutenir l'Ukraine et son peuple dans son combat pour la vie", a-t-il ajouté, visiblement en référence à la période de la Seconde guerre mondiale et aux relations de l'Eglise avec l'Allemagne nazie.

Il a néanmoins dit espérer que le souverain pontife "trouvera l'occasion d'effectuer une visite canonique en Ukraine".

Dans une interview à la télévision publique RTS datant de début février et diffusée samedi, le pape François, interrogé sur la situation de l'Ukraine, a appelé Kiev à ne pas avoir "honte de négocier avant que les choses n'empirent".

"Je crois que les plus forts sont ceux qui voient la situation, pensent aux gens et ont le courage de hisser le drapeau blanc et de négocier", a-t-il estimé.

François, à la tête de l'Eglise catholique depuis 2013, s'était déjà attiré des critiques dans les premiers mois de l'invasion russe en Ukraine en ne désignant pas clairement la Russie comme l'agresseur.

L'année dernière, il a nommé un cardinal comme médiateur pour oeuvrer à des négociations de paix. Ce dernier s'est déjà rendu à Moscou, Kiev, Washington et Pékin.

Mise au point du Vatican 

Dès samedi soir, le Vatican a cherché à corriger le tir en insistant dans un communiqué sur le fait que la formule "drapeau blanc" signifiait ici "une cessation des hostilités, un trêve obtenue avec le courage de négocier" plutôt qu'une reddition.

Après  la prière de l'Angelus, dimanche, le pape François a aussi appelé à la paix "dans l'Ukraine martyrisée".

Mais d'autres officiels ont mal pris ses propos. L'ambassadeur de Kiev au Vatican, Andriï Iourach, a comparé cette suggestion à des négociations avec Hitler pendant la Seconde guerre mondiale.

"Si nous voulons finir la guerre, nous devons tout faire pour tuer le Dragon!", a-t-il écrit sur X.

Le primat de l’Eglise grecque-catholique ukrainienne, qui compte officiellement plus de 5 millions de membres en Ukraine, a lui-aussi réagi, sans toutefois mentionner clairement le pape.

"Croyez-moi, personne n’a dans la tête l’idée de se rendre, même là où les combats se déroulent aujourd'hui — écoutez nos gens dans les régions de Kherson, Zaporijjia, Odessa, Kharkov, Soumy!", a déclaré Sviatoslav Chevtchouk, samedi, lors d’une messe dans une église de New York où il se trouvait en déplacement.

Edgars Rinkēvičs, le président de la Lettonie, ex-république soviétique qui a des relations tendues avec Moscou et craint une agression russe, a lui appelé sur X "à ne pas capituler face au mal" mais à le "vaincre" pour que ce soit lui qui "hisse le drapeau blanc".


Malgré les menaces de Téhéran, les discussions continuent "à un rythme rapide" selon Trump

Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
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  • Les pourparlers États-Unis–Iran sont fragiles, entre annonces d’accords et suspension du dialogue.
  • Malgré les discussions, les frappes et menaces d’escalade régionale se poursuivent, alimentant l’instabilité

TEHERAN: Donald Trump a assuré lundi que les négociations avec Téhéran pour mettre un terme à la guerre au Moyen-Orient se poursuivaient "à un rythme rapide" et qu'une détente se profilait au Liban, comme exigé par la partie iranienne.

Un peu plus tôt, l'agence de presse iranienne Tasnim avait affirmé que les négociateurs du pays avaient "suspendu" le dialogue indirect avec Washington à cause des "crimes" qu'Israël "continue à commettre", sans que cette information ne soit confirmée de source officielle iranienne.

"Les Etats-Unis sont directement responsables d'une violation du cessez-le-feu contre l'Iran, et d'une violation du cessez-le-feu par le régime israélien contre le Liban", a estimé le ministère iranien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont estimé que "les lignes rouges franchies" à Gaza et au Liban équivalaient "à une guerre directe", en référence aux frappes quasi quotidiennes d'Israël dans le territoire palestinien et à son offensive dans le pays voisin.

"En réponse", l'Iran "est déterminé à mener des opérations défensives" et à "ouvrir de nouveaux fronts", ont averti les Gardiens.

Mais Donald Trump a annoncé avoir obtenu auprès du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, l'engagement de ne pas envoyer de troupes à Beyrouth, et auprès du Hezbollah pro-iranien celui de "cesser totalement le feu".

"Israël ne les attaquera pas et ils n'attaqueront pas Israël", a-t-il écrit.

Peu après, l'ambassade du Liban aux Etats-Unis a confirmé que le Hezbollah avait accepté une proposition américaine de "cessation mutuelle des attaques" avec Israël.

- Le pétrole fébrile -

Les négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par une attaque conjointe israélo-américaine, patinent depuis des semaines.

D'autant que Téhéran a redit lundi que le nucléaire iranien ne faisait pas partie "à ce stade" des discussions, contrairement aux attentes de Donald Trump, qui a affirmé dimanche soir qu'un protocole d'accord devrait stipuler "très clairement que l'Iran n'aura(it) pas d'arme nucléaire".

Autre dossier clé des discussions, la navigation maritime. Selon Tasnim, l'Iran compte continuer à verrouiller le détroit d'Ormuz, et envisage de perturber le trafic dans celui de Bab el-Mandeb, de l'autre côté de la péninsule arabique - ce qui bloquerait l'accès au canal de Suez via la mer Rouge et contraindrait les navires à d'énormes détours.

Un navire a été touché par un projectile dans le Golfe qui a déclenché une forte explosion, a indiqué sans plus de détails l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.

Dans ce contexte, le cours du Brent de la mer du Nord, référence mondiale du pétrole brut, est brutalement reparti à la hausse (jusqu'à environ +7%) avant de ralentir quelque peu et de terminer la séance en hausse de 4,24% à 94,98 dollars.

- Washington défend des frappes "défensives" -

L'Iran avait plus tôt dans la journée accusé les Etats-Unis de violer à nouveau le fragile cessez-le-feu conclu le 8 avril, après des frappes américaines ce week-end suivies de représailles militaires iraniennes.

L'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine.

Ces bombardements ont visé des systèmes de radar et de contrôle de drones dans la ville de Goruk et l'île de Qeshm dans le détroit d'Ormuz, a précisé le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Les Gardiens iraniens avaient dit avoir riposté en attaquant une base utilisée par l'armée américaine pour des frappes contre son territoire, sans nommer le pays visé - mais le Koweït a intercepté des missiles et drones "hostiles" et les a attribués à l'Iran.

La guerre a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et ébranle l'économie mondiale.


L'UE appelle Israël à cesser son « escalade militaire» au Liban

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  • Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays
  • "Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne"

BRUXELLES: Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays, où les autorités israéliennes envisagent d'établir dans le sud une zone sous contrôle militaire, a affirmé lundi un porte-parole de l'Union européenne.

"Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne", a affirmé ce porte-parole, Anouar El Anouni.

 

 


Trump a renvoyé une proposition d'accord plus stricte à l'Iran 

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  • D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran
  • Selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens

WASHINGTON: Donald Trump a renvoyé une nouvelle proposition d'accord plus stricte à l'Iran pour mettre fin à la guerre, alors qu'une entente semblait se rapprocher ces derniers jours, affirment samedi des médias américain.

D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran.

Le média américain n'est pas en mesure de préciser les changements apportés par le républicain. Mais selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens.

M. Trump a maintes fois répété qu'il était exclu que Téhéran se dote de l'arme atomique, et exige que son stock d'uranium hautement enrichi soit détruit.

La question du nucléaire est l'un des principaux points de friction dans les négociations pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive israélo-américaine contre la République islamique.

Parmi les autres priorités du président figurent la réouverture et le déminage du détroit d'Ormuz par l'Iran, qui en bloquant cette voie d'eau perturbe gravement les approvisionnements en carburant et l'économie mondiale en général.

Les modifications apportées par Donald Trump pourraient encore prolonger les négociations. Des sources américaines ont indiqué à l'AFP que le président n'avait pas décidé de signer la proposition sur son bureau vendredi, après une réunion de crise à la Maison Blanche.

Dans la soirée, un responsable de la présidence avait affirmé que Donald Trump ne signerait un accord "que s'il est bon pour l'Amérique et que ses lignes rouges sont satisfaites".