Libye: une campagne de solidarité met à l'honneur un plat historique pendant le ramadan

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Publié le Jeudi 21 mars 2024

Libye: une campagne de solidarité met à l'honneur un plat historique pendant le ramadan

  • Adolescents ou sexagénaires, les hommes mettent les bouchées doubles dans un local de Tajoura, dans la banlieue est de Tripoli
  • Devant le minuscule magasin de M. Saber, petits et grands attendent leur tour pour emporter leurs beignets chauds enveloppés dans du papier

TAJOURA, Libye: Une trentaine d'hommes, en survêtement et manches retroussées, s'emploient à préparer les 300 repas qu'ils offrent chaque jour pendant le mois de ramadan en Libye, dans le cadre d'une campagne de solidarité qui met à l'honneur un plat libyen historique.

Adolescents ou sexagénaires, les hommes mettent les bouchées doubles dans un local de Tajoura, dans la banlieue est de Tripoli, pour que les repas soient prêts à l'heure de la rupture du jeûne au coucher du soleil.

Leur spécialité, c'est le bazine, un plat historique à base de pâtes à la farine d'orge typique de la Tripolitaine, province occidentale de la Libye, l'un des mets les plus populaires pour les réunions familiales.

A mi-chemin entre la polenta italienne et le foufou d'Afrique de l'ouest, le bazine, un nom d'origine amazighe (berbère), est un symbole de partage. Il se déguste à la main dans un plat unique autour duquel les convives s'assoient à même le sol.

Tradition culinaire des "ancêtres", les familles ont l'habitude de le partager pendant le ramadan.

"Autrefois, ce plat se limitait aux foyers" où il était préparé par les femmes et distribué "aux proches et aux voisins", explique à l'AFP Salem Omrane, chef cuisinier de cette initiative solidaire qui s'est développée après la révolte de 2011 qui a mis fin à la dictature de Kadhafi.

"Nous offrons des repas à tous les gens qui se présentent dans notre local", ajoute le sexagénaire.

A côté, des hommes par groupe de trois, bâtons de pétrissage entre les mains, pivotent autour d'une grosse marmite d'eau bouillante salée pour bien amalgamer la farine d'orge brune et la faire cuire pendant au moins une heure.

Une fois cuite, la pâte est pétrie et divisée en pâtons. Les plus téméraires se chargent de transformer les boules de pâte brûlante en dômes qu'ils placent au centre d'une jatte et arrosent d'une sauce à base de fèves sèches, tomates et épices. La viande, dont le prix s'est récemment envolé, est absente du plat.

"Nous sommes passés de la casserole à la marmite, d'une marmite à deux et servons maintenant entre 300 et 400 plats par jour", dit Issam al-Tayeb, 57 ans, habitant de Tajoura venu prêter main-forte.

«Beignets»

Dans la capitale, c'est une autre tradition culinaire du ramadan qui fait son grand retour après des années d'absence: le Sfinz, un beignet moelleux de pâte levée, frit dans l'huile, qui se consomme fourré d'un oeuf ou trempé dans du miel.

Depuis la chute du dictateur Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est en proie à une instabilité politique qui a souvent dégénéré en conflit armé entre deux camps rivaux basés respectivement à Tripoli (ouest) et dans l'est à Benghazi.

Le niveau de vie des Libyens est directement impacté par cette instabilité malgré une manne pétrolière dans un pays qui détient les réserves d'hydrocarbures les plus abondantes d'Afrique.

Autrefois une spécialité bon marché de la street food qui se mange sur le pouce, le Sfinz est devenu pour beaucoup un luxe face à l'envolée du coût de la vie.

"Les clients achètent selon leurs moyens. (...) Aujourd'hui, un plateau d'œufs coûte 20 dinars (environ 4 euros), ce qui a fait monter le prix des Sfinz à l'oeuf à 3,5 dinars alors que je les vendais autrefois à 10 centimes", explique Mohamad Saber, qui tient une boutique en périphérie de Tripoli.

"La vie des Libyens est dure maintenant", assure ce Tunisien qui vit et travaille en Libye depuis suffisamment longtemps pour en maîtriser parfaitement le dialecte.

Traditionnellement originaires de Tunisie, pays des fameux "bambalouni", les marchands de Sfinz –les Sanfaz- s'étaient raréfiés ces dernières années mais ils font un retour en force malgré la concurrence des hamburgers et autres shawarmas de la cuisine de rue.

Devant le minuscule magasin de M. Saber, petits et grands attendent leur tour pour emporter leurs beignets chauds enveloppés dans du papier.

"Ça sent très bon (...) mais pour être honnête avec vous, ce n'est pas idéal pour la santé", dit avec une pointe de culpabilité, Mohamad al-Bouechi, un retraité de 69 ans, qui attend que l'on prépare sa commande.


Canicule en Grèce: l'Acropole d'Athènes et d'autres sites archéologiques partiellement fermés

 Plusieurs sites archéologiques en Grèce, dont l'Acropole d'Athènes, ont fermé leurs portes aux heures les plus chaudes de la journée jeudi, selon le ministère de la Culture. (AFP)
 Plusieurs sites archéologiques en Grèce, dont l'Acropole d'Athènes, ont fermé leurs portes aux heures les plus chaudes de la journée jeudi, selon le ministère de la Culture. (AFP)
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  • Les touristes ne pouvaient pas visiter le Parthénon et autres chefs-d’œuvre antiques au sommet de l'Acropole entre 12h00 et 17h00 locales
  • Dans le centre d'Athènes, le thermomètre a grimpé jusqu'à 42°C en milieu de journée

ATHENES: Plusieurs sites archéologiques en Grèce, dont l'Acropole d'Athènes, ont fermé leurs portes aux heures les plus chaudes de la journée jeudi, selon le ministère de la Culture, alors que la première vague de forte chaleur de l'année a vu le thermomètre grimper à plus de 44°C localement.

Pour la seconde journée consécutive, les touristes ne pouvaient pas visiter le Parthénon et autres chefs-d’œuvre antiques au sommet de l'Acropole entre 12h00 et 17h00 locales (09h00 à 14h00 GMT), a précisé le ministère grec de la Culture.

Dans le centre d'Athènes, le thermomètre a grimpé jusqu'à 42°C en milieu de journée.

Des températures encore plus élevées ont été enregistrés sur l'île de Crète (44,5°C près de La Canée) et dans la péninsule du Péloponnèse (43,9°C à Kranidi), selon le site meteo.gr de l'Observatoire national d'Athènes.

Le centre du pays était également écrasé de chaleur alors que les autorités grecques ont invité la population à la plus grande prudence.

"Dans le cadre des mesures de protection contre les dangers" découlant de la chaleur, plusieurs sites archéologiques de Crète, du Dodécanèse (sud-est), des Cyclades, du Péloponnèse (sud-ouest) sont également fermés durant les heures les plus chaudes, selon la même source.

D'autres sites mondialement connus, comme Delphes, Olympie ou Knossos, restent ouverts sans interruption, a précisé le ministère.

La Grèce, pays méditerranéen coutumier des canicules, connaît de fortes chaleurs depuis plusieurs jours qui, si elles se sont répétées ces dernières années, ne sont jamais intervenues aussi tôt dans le mois de juin, selon des météorologues.

Le ministre de la Crise climatique et de la Protection civile, Vassilis Kikilias, a également mis en garde contre les risques d'incendie en raison de vents forts qui pourraient souffler sur une partie de la Grèce.

Il a précisé que la Protection civile était en "état d'alerte".

Le risque d'incendie sera "très élevé" vendredi dans dix régions, dont l'Attique qui entoure Athènes, a également prévenu son ministère.

Les températures devraient toutefois redescendre à partir de vendredi.

La fermeture partielle de l'Acropole a fait des déçus parmi les touristes.

"J'ai essayé de chercher des informations, il y avait la police heureusement qui nous a dit que c'était à cause de la canicule", expliquait mercredi Massimo Martina, un marchand d'art italien, en visite. "Nous essaierons probablement de venir tôt (demain) matin et j'espère que nous pourrons" entrer, a-t-il ajouté.

L'Acropole d'Athènes, le site le plus visité de Grèce avec près de 4 millions de visiteurs en 2023, avait déjà dû fermer ses portes en juillet 2023 lors d'un épisode caniculaire de deux semaines, inédit dans sa durée.

La Grèce avait alors été frappée par des incendies ravageurs qui ont détruit 175.000 hectares.


Jean-Paul Gaultier dévoile ses premiers pas dans le cinéma d'animation

Les premières images, des ébauches pas encore animées, laissent apparaître l'influence Gaultier: dans les tenues bien sûr, mais aussi les personnages. (AFP).
Les premières images, des ébauches pas encore animées, laissent apparaître l'influence Gaultier: dans les tenues bien sûr, mais aussi les personnages. (AFP).
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  • "J'ai été flatté qu'on pense à moi": l'idée a séduit immédiatement le couturier de 72 ans, retiré des podiums depuis 2020, lorsque le studio franco-belge nWave l'a abordé pour lui proposer de collaborer sur un film d'animation  
  • "Dans l'animation on peut rendre tout, même l'impossible, c'est ça qui est formidable", confie Jean-Paul Gaultier à l'AFP en marge du Festival international d'Annecy, rendez-vous incontournable de la profession

ANNECY: On le savait cinéphile, costumier pour le 7e art, Jean-Paul Gaultier fait son entrée dans le cinéma d'animation, en tant que directeur artistique d'un long métrage, dont de premiers visuels ont été dévoilés jeudi au Festival d'Annecy.

"J'ai été flatté qu'on pense à moi": l'idée a séduit immédiatement le couturier de 72 ans, retiré des podiums depuis 2020, lorsque le studio franco-belge nWave l'a abordé pour lui proposer de collaborer sur un film d'animation  qui plonge le spectateur dans le monde de la mode.

"Dans l'animation on peut rendre tout, même l'impossible, c'est ça qui est formidable", confie Jean-Paul Gaultier à l'AFP en marge du Festival international d'Annecy, rendez-vous incontournable de la profession.

"L'approche du trait, une silhouette, une ligne": cette technique cinématographique "correspond plus à ce que je connais" par rapport aux films en prise de vues réelles, ajoute le "directeur artistique" de ce projet lors de sa présentation au public.

Le travail, sous la direction du réalisateur Benoît Philippon, a commencé il y a environ un an et demi et en est encore dans ses débuts: le film, qui n'a pas encore de titre, est annoncé pour début 2027.

Matthieu Zeller, président du studio nWave ("Le Voyage extraordinaire de Samy", "Bigfoot Family", "Les Inséparables") a raconté comment, lors de leurs premières rencontres, Jean-Paul Gaultier a très vite imaginé pouvoir "faire le défilé dont (il a) toujours rêvé dans la vraie vie".

C'est lui qui présente alors à Jean-Paul Gaultier le scénario de l'écrivaine Emilie Frèche: l'histoire d'une mite qui rêve de faire de la haute couture, loin de son destin de faiseuse de trous dans les pulls. Un univers à la fois réaliste, contemporain, et mêlant le monde des humains et des insectes.

« Fantaisiste »

"Il amène énormément, non seulement des idées visuelles et graphiques, mais aussi un esprit, une vision de la mode qui est formidable, qui est très cinématographique et aussi très accessible", se réjouit M. Zeller, dont le studio, spécialiste reconnu de la 3D numérique, fête ses 30 ans cette année.

Les premières images, des ébauches pas encore animées, laissent apparaître l'influence Gaultier: dans les tenues bien sûr, mais aussi les personnages. L'un est par exemple inspiré par l'actrice Rossy de Palma, qui fut une des muses du créateur, un autre par l'homme à la marinière lui-même, sous les traits d'un "mythe" de la mode installé Avenue Montaigne à Paris. La capitale où monte l'héroïne pour tenter de réaliser ses rêves.

"Jean-Paul nous amène des anecdotes drôles, des idées qui sont hyper adaptées à l'animation", souligne Matthieu Zeller auprès de l'AFP. "On ne pourrait pas faire ce film avec quelqu'un d'autre que lui, et son regard libre, fantaisiste, pas sérieux", qui se prête parfaitement à l'animation grand public.

Jeau-Paul Gaultier a eu "une espèce de coup de foudre" pour le projet. "J'essaye de m'adapter, et de voir, d'après les techniques possibles, jusqu'où on peut aller" dans l'animation, dit-il. Il se reconnait aussi dans le récit initiatique et de comédie d'aventure.

"Dans le scénario, il y avait des tas de choses qui me correspondaient, dans la vision de montrer les différents types de beauté, les différences. Ca me concerne et c'est ce que j'ai toujours un peu fait dans mes défilés", souligne-t-il.


Le photojournaliste Mohammed Salem revient sur sa photo primée, Une femme palestinienne serrant dans ses bras le corps de sa nièce

Le photojournaliste Mohammed Salem revient sur la photo qui lui a valu le prix World Press Photo of the Year 2024. (Fournie)
Le photojournaliste Mohammed Salem revient sur la photo qui lui a valu le prix World Press Photo of the Year 2024. (Fournie)
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  • «Comme mes trois frères, j’aime la photographie depuis que je suis tout petit et je rêvais de devenir photographe»
  • «Comme mes trois frères, j’aime la photographie depuis que je suis tout petit et je rêvais de devenir photographe»

DUBAÏ: Le photojournaliste Mohammed Salem revient sur la photo qui lui a valu le prix World Press Photo of the Year 2024. 

«Je suis né à Gaza et je travaille dans le domaine du journalisme depuis vingt ans. Comme mes trois frères, j’aime la photographie depuis que je suis tout petit et je rêvais de devenir photographe. Dans des périodes comme celle que nous traversons aujourd’hui, cet art nous permet de partager notre message au monde. Il permet aux gens de nous voir et de voir ce qui nous arrive. 

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Le photojournaliste Mohammed Salem revient sur la photo qui lui a valu le prix World Press Photo of the Year 2024. (Fournie)

Je considère que la guerre actuelle à Gaza est sans précédent. Je ne saurais concevoir qu’il nous arrive quelque chose de plus difficile. Rien n’a été épargné: pas un rocher, pas un arbre, pas un être humain, pas un enfant. Les difficultés que nous avons endurées sont inimaginables. 

Je travaillais lorsque j’ai appris que mon frère, mon pilier, avait été martyrisé. La plupart de mes cousins ont subi le même sort et les maisons de mes frères ont été détruites. La mort était tellement proche de nous. 

Cette photo a été prise à l’hôpital Nasser à Khan Younès. Je vivais dans cet établissement, car j’avais été déplacé. Enveloppée dans un tissu blanc, l’enfant tuée que vous voyez est étreinte par sa tante. Elle est venue à l’hôpital pour voir qui dans sa famille était encore en vie. Il y avait beaucoup de sang sur le sol et elle courait dans tous les sens, folle de rage. Lorsqu’elle a trouvé l’enfant, elle l’a portée dans un coin de la pièce et l’a serrée très fort dans ses bras. Je n’avais jamais vu une étreinte aussi forte. Il me semblait que c’était le grand amour entre elles deux. 

De nombreuses images violentes de Gaza ont été diffusées, mais une image comme celle-là touche le cœur des gens. Quand on la regarde, on a mal au cœur. Le prix m’a été décerné alors que j’éprouvais de la tristesse: je n’étais pas heureux, car je n’avais pas le temps de l’être compte tenu de l’environnement dans lequel je me trouvais. Mais ma plus grande joie est que cette image a été vue par des gens du monde entier.» 

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com