En France, regain de mobilisation propalestinienne après les bombardements à Rafah

Un manifestant tenant une marionnette couverte de faux sang fait face à des policiers anti-émeutes français lors d'un rassemblement dans le centre de Paris le 29 mai 2024 pour protester contre une frappe israélienne contre un camp de Palestiniens déplacés à Rafah. (AFP)
Un manifestant tenant une marionnette couverte de faux sang fait face à des policiers anti-émeutes français lors d'un rassemblement dans le centre de Paris le 29 mai 2024 pour protester contre une frappe israélienne contre un camp de Palestiniens déplacés à Rafah. (AFP)
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Publié le Vendredi 31 mai 2024

En France, regain de mobilisation propalestinienne après les bombardements à Rafah

  • «Il y a de l'indignation. Du dégoût», estime de son côté Pierre Abecassis, un membre de l'Union juive française pour la paix (UJFP)
  • Dans ce climat tendu, les voix propalestiniennes sont accusées de complaisance vis-à-vis du Hamas, d'antisionisme virulent, voire d'antisémitisme

PARIS: Des milliers de personnes, en majorité des jeunes, se réunissent depuis lundi en France pour scander : "Nous sommes tous des enfants de Gaza." Les bombardements par l'armée israélienne de Rafah ont provoqué un regain de mobilisation propalestinienne dans le pays.

Ils étaient 10.000 à Paris lundi soir, et encore 4.500 mardi et mercredi, alors que des milliers d'autres personnes étaient réunies dans plusieurs autres grandes villes françaises.

Jeudi deux cortèges de plusieurs centaines de personnes étaient encore recensés dans la capitale, et 2.500 personnes ont protesté devant le siège de TF1 parce que sa filiale LCI diffusait une interview du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Un niveau de participation rarement atteint, s'il l'a jamais été, depuis le début de la guerre à Gaza.

Le récent bombardement d'un camp de déplacés à Rafah fut "la goutte d'eau" faisant déborder le vase pour nombre de manifestants, témoignait mercredi Haïfa à l'AFP, grands yeux noirs maquillés, la pluie ruisselant sur son visage. "Il faut arrêter le massacre."

L'offensive israélienne contre cette ville du sud de la bande de Gaza, dans laquelle plus d'un million de Palestiniens sont réfugiés, était redoutée par la communauté internationale, qui avait appelé Israël à y renoncer.

Une frappe dans la nuit de dimanche à lundi contre un camp de déplacés y a tué des dizaines de personnes, des habitants décrivant à des correspondants de l'AFP sur place une nuit d'enfer et des "gens qui n'ont été ni blessés ni tués: ils ont brûlé".

Plusieurs manifestants en France ont raconté à l'AFP leur désespoir lorsqu'ils ont visionné sur les réseaux sociaux les images de tentes de ce camp en flamme, particulièrement la vidéo d'un homme tenant à bout de bras "un enfant décapité".

Indignation

"Peut-être qu'il y a un niveau d'atrocité à partir duquel ça devient tellement insupportable et intolérable que des gens qui n'ont pas l'habitude de descendre dans la rue le font", estimait mardi Azza, 42 ans.

"Des images atroces sur les réseaux sociaux, ça fait huit mois qu'on en voit, mais là c'est probablement le truc en trop", ajoutait cette sympathisante de la cause palestinienne.

"Il y a de l'indignation. Du dégoût", estime de son côté Pierre Abecassis, un membre de l'Union juive française pour la paix (UJFP), co-organisatrice de la manifestations parisienne mardi.

A Dijon, où il habite, ce médecin retraité explique avoir vu "cent jeunes, qu'on ne connaissait pas" participer lundi à 18H00 à un rassemblement de 150 personnes qui n'avait été convoqué que trois heures plus tôt. "Les jeunes sont beaucoup sur les réseaux sociaux. Mais là ils sont sortis. Il fallait qu'ils s'expriment", dit-il.

Même son de cloche à l'Association France Palestine solidarité (AFPS), également co-organisatrice, dont la présidente Anne Tuaillon raconte sa "surprise heureuse" face à "la détermination et (au) dynamisme" des manifestants, mais surtout leur nombre.

L'assaut sanglant du Hamas le 7 octobre contre Israël et la guerre dévastatrice de représailles d'Israël à Gaza ont exacerbé le débat autour du conflit du Proche-Orient en France et attisé les rancœurs entre deux camps irréconciliables.

Cette attaque sans précédent du Hamas a entraîné la mort de plus de 1 189 personnes, essentiellement des civils, selon un bilan de l'AFP établi à partir de données officielles israéliennes. En représailles, Israël a promis de détruire le mouvement palestinien, classé organisation terroriste par Israël, les Etats-Unis et l'UE notamment.

Sur les 252 personnes emmenées comme otages pendant l'attaque, 121 sont toujours retenues à Gaza, dont 37 sont mortes selon l'armée.

Discrédit

Sa vaste opération militaire dans la bande de Gaza a fait depuis plus de 36.000 morts, majoritairement civils, selon le Hamas.

Dans ce climat tendu, alors que des dérapages ont été constatés lors de manifestations, les voix propalestiniennes sont accusées de complaisance vis-à-vis du Hamas, d'antisionisme virulent, voire d'antisémitisme.

En France, pays européen comptant les plus grandes communautés juive et musulmane, où les autorités redoutent une importation du conflit, les mesures se sont multipliées : manifestations pro-palestiniennes prohibées, conférences annulées et convocation policière de responsables politiques de gauche radicale pour "apologie du terrorisme".

"Les interdictions, la répression et le discrédit porté sur nous a dû freiner des gens. Jusqu'au moment où ça les freine plus et où ils sortent parce que c'est insupportable", estime Anne Tuaillon.

Les rassemblements, fréquentés par les élus de gauche radicale, sont aussi l'occasion d'une critique acerbe du président français Emmanuel Macron, accusé d'être "complice" du régime israélien. Son gouvernement ne souhaite pas reconnaître l'Etat de Palestine, contrairement à d'autres pays européens voulant mettre la pression sur Israël pour que son armée stoppe son offensive à Gaza.

"Ce qui s'est passé le 7 octobre c'est horrible, affirme Samia. Mais depuis le 7 octobre c'est tous les jours qu'il y a des morts palestiniens", poursuivait mercredi cette trentenaire, venue manifester pour la première fois.


Liban: la France triple son soutien humanitaire et envoie 60 tonnes d'aide

Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
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  • "Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes"
  • Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français

PARIS: La France s'apprête à tripler son soutien humanitaire au Liban, en y dépêchant jeudi 60 tonnes d'aide pour les réfugiés quittant le sud du pays où Israël mène des opérations militaires contre le Hezbollah pro-iranien, a annoncé mercredi le chef de la diplomatie française

"Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes, mais aussi un poste sanitaire mobile", a déclaré Jean-Noël Barrot sur TF1.

Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français, selon lui.

Paris s'apprête par ailleurs à fournir "plusieurs dizaines" de véhicules de l'avant-blindé (VAB) aux forces armées libanaises, "dont nous considérons qu'elles sont seules légitimes à assurer la sécurité du Liban", a rappelé le ministre, qui a à nouveau appelé le Hezbollah à "cesser ses attaques sur Israël" et "à rendre ses armes aux autorités libanaises".

Quelque 760.000 personnes ont été déplacées depuis le début de la campagne de frappes, lancée en réponse à des tirs du Hezbollah, selon des chiffres publiés mardi par le gouvernement libanais.

Depuis que le Hezbollah a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël, près de 500 personnes ont été tuées.


Le Hezbollah doit se désarmer, Israël s'abstenir d'une opération d'envergure, selon Paris

 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
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  • La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises"
  • Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations"

PARIS: La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure".

Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations", selon une déclaration du porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Elle appelle en outre Israël "à s'abstenir de toute intervention terrestre ou d'envergure durable au Liban, dont l'intégrité territoriale et la souveraineté doivent être respectées".

La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises", saluant leur décision le 2 mars dernier d'interdire les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah.

La conférence du 5 mars, annulée en raison du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, était destinée à lever des fonds pour renforcer les forces de sécurité intérieures et l'armée libanaise, qui manquent cruellement de moyens financiers et d'équipements.

Cette aide était jugée fondamentale alors que l'armée libanaise était engagée dans un processus de désarmement du Hezbollah.

L'armée libanaise avait indiqué en janvier avoir achevé la première phase de ce plan de désarmement, couvrant la région située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord. La deuxième phase, concernant une zone située au nord du fleuve, devait commencer.

En déplacement au Liban début février, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait jugé positif le processus de désarmement, estimant qu'au sud du fleuve Litani, il n'y avait plus de menaces vers le nord d'Israël.

Il avait aussi demandé à l'Iran de cesser d'être une force déstabilisatrice au Liban alors qu'Israël suspectait le Hezbollah de se réarmer avec l'aide de Téhéran.

Les autorités israéliennes ont constamment jugé insuffisants les progrès dans le désarmement du groupe pro-iranien qui a fini par entraîner le Liban dans la guerre début mars.

 


Moyen-Orient: Macron se pose en leader de la défense européenne, faute de leviers sur le conflit

Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
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  • Le président Emmanuel Macron se rend à Chypre et à bord du porte-avions Charles de Gaulle pour affirmer le rôle de la France comme leader de la défense européenne face à l’escalade au Moyen-Orient
  • Malgré cette démonstration de force et des échanges avec Massoud Pezeshkian, Donald Trump et Benjamin Netanyahu, l’influence diplomatique de Paris reste limitée et les appels à la désescalade n’ont pas encore produit d’effet

A bord du porte-avions Charles de Gaulle: Face au fait accompli de la guerre au Moyen-Orient, et sans grand levier pour influer sur son cours, le président français Emmanuel Macron, en déplacement lundi à Chypre et sur le porte-avions Charles de Gaulle, tente de reprendre l'initiative en traçant le sillon d'une France leader en matière de défense européenne.

Il a fait une visite express à Paphos, sur l'île méditerranéenne touchée par un drone de fabrication iranienne après le début du conflit déclenché le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran.

Message central: "lorsque Chypre est attaquée, c'est l'Europe qui est attaquée". Et la France répond présent pour la protéger, comme elle le fait pour ses partenaires du Golfe visés par des représailles iraniennes. Il a d'ailleurs évoqué, sans plus de précisions, de nouvelles "interceptions" de frappes qui se sont poursuivies ces derniers jours.

Dans la foulée, détour par le porte-avions Charles de Gaulle, désormais au large de la Crète, en Grèce, dans le cadre d'un important déploiement militaire décidé par Paris face à l'embrasement moyen-oriental.

"Ce qui est très important, et habile, dans ces déplacements, c'est qu'ils lui permettent de reprendre l'initiative alors que, depuis le début de la guerre, tous les Européens étaient placés devant le fait accompli", dit à l'AFP Cyrille Bret, chercheur à l'Institut Montaigne.

- "Montrer les muscles" -

"La position d'Emmanuel Macron est vraiment de montrer les muscles", en déployant "un effort capacitaire considérable", ajoute-t-il.

Le Charles de Gaulle est en Méditerranée orientale dans le cadre d'un important dispositif aéronaval appelé aussi à mobiliser huit frégates et deux portes-hélicoptères amphibies dans une vaste zone incluant également la mer Rouge et le détroit d'Ormuz dans le Golfe.

Même si les autorités françaises martèlent qu'il s'agit d'une posture strictement "défensive", et pas d'une participation directe au conflit, "l'engagement d'un groupe aéronaval d'une telle ampleur, c'est un vrai risque", estime cet expert: "ça rend la France encore plus une cible dans la région".

En étant le premier dirigeant à se rendre à Chypre, et en ayant dépêché ces moyens militaires en coordination avec plusieurs pays, dont l'Italie et l'Espagne, Emmanuel Macron tente de conforter son rôle de leader de la défense européenne, une semaine après avoir mis la France au centre du jeu en proposant une dissuasion nucléaire "avancée" au service de l'Europe.

"Votre présence aujourd'hui démontre la puissance de la France, celle d'une puissance d'équilibre, de paix aux côtés de ses amis", a-t-il lancé lundi aux marins du Charles de Gaulle.

"Celle aussi d'une puissance européenne qui sait organiser autour d'elle et orchestrer la présence de plusieurs autres européens", a ajouté celui qui plaide depuis plusieurs années pour une autonomie stratégique du Vieux Continent.

- "Où est la voix de la France?" -

Par contraste, le Royaume-Uni est critiqué pour son déploiement plus poussif, alors même que c'est une base britannique qui a été touchée à Chypre.

"Pour l'instant la réaction de la France est plutôt la bonne", a d'ailleurs reconnu l'un de ses principaux opposants, le président du Rassemblement national (extrême droite) Jordan Bardella.

Sur le front diplomatique, toutefois, d'autres voix critiquent un certain embarras du chef de l'Etat, qui semble vouloir ménager les Etats-Unis et Israël, sans pour autant approuver leur opération ni y participer plus directement.

"Où est la voix de l'Europe, où est la voix de la France?", a interrogé dimanche, sur la même chaîne, l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin, qui prépare une candidature à la présidentielle de 2027. "C'est Pedro Sanchez qui sauve l'honneur de l'Europe", a-t-il estimé, saluant l'opposition plus résolue à cette guerre de la part du chef du gouvernement espagnol.

Si Emmanuel Macron a été dimanche le premier dirigeant occidental à s'entretenir au téléphone avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian depuis le début du conflit, et s'il a parlé à plusieurs reprises à Donald Trump et au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ses leviers diplomatiques sont limités.

Pour l'instant, ses appels à la désescalade sont restés sans effet. Il n'a pu convaincre Israël de ne pas étendre le conflit au Liban en riposte à des tirs du Hezbollah pro-iranien, même s'il constate que l'armée israélienne n'a pas, à ce stade, lancé d'offensive terrestre d'ampleur.