Après le séisme de la dissolution, les grandes manoeuvres ont commencé face au RN

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté dimanche soir place de la République, au centre de Paris, contre la victoire du parti d'extrême droite français Rassemblement National (RN) aux élections européennes (Photo, AFP)
Plusieurs centaines de personnes ont manifesté dimanche soir place de la République, au centre de Paris, contre la victoire du parti d'extrême droite français Rassemblement National (RN) aux élections européennes (Photo, AFP)
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Publié le Lundi 10 juin 2024

Après le séisme de la dissolution, les grandes manoeuvres ont commencé face au RN

France Manifestation
  • C'est un "coup de tonnerre" autant qu'un "coup de poker", souligne la sondeuse Céline Bracq, directrice générale de l'institut Odoxa.
  • Le Rassemblement est "prêt à exercer le pouvoir", a affirmé dimanche Marine Le Pen, avant une réunion du bureau exécutif avec Jordan Bardella.

PARIS: Au lendemain du coup de tonnerre de la dissolution annoncée par Emmanuel Macron, les grandes manoeuvres ont commencé lundi: la majorité fait tout pour mettre en échec le RN de Jordan Bardella, candidat à Matignon, et la gauche cherche à s'unir malgré ses très fortes divergences.

Le chef de l'Etat a répondu à la victoire historique de l'extrême droite aux européennes dimanche par une dissolution retentissante de l'Assemblée nationale, un coup de poker qui plonge la France dans un profond flou politique, "un scénario extraordinairement incertain" selon l'expression de Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos.

"Le profond désaveu de la majorité présidentielle et la dynamique du Rassemblement national (RN), on ne voit pas pourquoi ça s'inverserait, pourquoi ça se modèrerait énormément dans les trois semaines qui vont venir. Mais on peut avoir malgré tout des surprises", souligne-t-il auprès de l'AFP.

Trois semaines de campagne éclair s'ouvrent avant le premier tour des législatives le 30 juin puis le second le 7 juillet, à la veille des Jeux Olympiques de Paris (26 juillet - 11 août).

"J’ai confiance en la capacité du peuple français à faire le choix le plus juste pour lui-même et pour les générations futures", a écrit lundi sur X le chef de l'Etat. "Ma seule ambition est d'être utile à notre pays que j'aime tant".

Il avait indiqué dimanche avoir pris la décision de dissoudre l'Assemblée face à la "montée des nationalistes" pour "redonner" aux Français "le choix de notre avenir parlementaire par le vote".

C'est un "coup de tonnerre" autant qu'un "coup de poker", au moment où "il y a une très forte volonté de la part des Français de sanctionner le président de la République", souligne la sondeuse Céline Bracq, directrice générale de l'institut Odoxa.

Car le vote sanction vient d'atteindre des records. Emmenée par Jordan Bardella, la liste du Rassemblement national a triomphé avec quelque 31,36% des voix, très loin devant la candidate macroniste Valérie Hayer (14,60%) et la tête de liste du PS Raphaël Glucksmann (13,83%).

Le grand gagnant de la soirée électorale et président du Rassemblement national se prépare pour "aller à Matignon", a indiqué lundi le député RN Sébastien Chenu sur RTL. Jordan Bardella conduira la campagne de son parti, mais ne prendra pas le risque d'être candidat aux législatives, a-t-il ajouté.

Et le RN ne fera pas d'alliance avec d'autres partis mais proposera une plateforme électorale qui "s'adressera à tout le monde en dehors des partis politiques", a encore indiqué le porte-parole du parti.

«Un autre chemin»

Emmanuel Macron a de son côté réuni le gouvernement dans la soirée. Le chef de l'État présent à Tulle et Oradour-sur-Glane lundi pour des commémorations, a aussi promis de s'exprimer cette semaine pour indiquer "l'orientation" qu'il croit "juste pour la nation".

"Le président a pris les devants de quelque chose qui paraissait à chacun inéluctable", veut croire un membre du gouvernement, à cause du score de près de "40%" pour "l'extrême droite", souligne-t-il, en additionnant RN et Reconquête (5,47%).

"Il y avait un autre chemin", a regretté sur France 2 la présidente sortante de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, espérant néanmoins que ces nouvelles élections permettent de constituer cette fois une "majorité solide" autour du chef de l'État, grâce à des "coalitions les plus larges possibles".

Stéphane Séjourné, ministre des Affaires étrangères et patron du parti Renaissance a lancé un appel à "la mobilisation de toutes les forces républicaines". Les députés sortants, issus "du champ républicain", pourront ainsi "bénéficier de notre investiture s'ils sont en accord avec le projet présenté", a-t-il annoncé.

Front populaire 

A gauche, les tractations risquent d'être ardues entre les partis de gauche qui se sont abîmés dans ces européennes par des coups de boutoirs entre socialistes et insoumis. La France insoumise a proposé une réunion lundi après-midi "aux formations politiques de la Nupes", par la voix de son coordinateur Manuel Bompard.

Le premier secrétaire du PS Olivier Faure a lui rejoint sur franceinfo la proposition de l'Insoumis François Ruffin de constituer un "front populaire" pour contrer l'extrême droite. Mais il avait estimé la veille que le "rapport de forces a évolué" en faveur du PS avec l'avance de la liste de Raphaël Glucksmann devant celle de Manon Aubry (LFI, 9,89%).

En 2022, PS, LFI, PCF et Ecologistes avaient réussi un tour de force en faisant entrer 151 députés grâce à l'alliance Nupes qui a implosé à l'automne dernier.

Certains chez les insoumis espèrent de nouveau une entente à gauche pour reconduire a minima les députés sortants de la Nupes, autour du programmé élaboré en 2022. "Maintenant l'Union. Urgente, forte, claire", a écrit sur X Jean-Luc Mélenchon.

Les syndicats ont, eux, exprimé leur inquiétude face à la percée de l'extrême droite, "une très mauvaise nouvelle pour les travailleuses et les travailleurs" a estimé la CFDT, la CGT faisant part d'une "énorme colère".

En attendant, le temps est suspendu à l'Assemblée nationale. "Tout le programme est annulé. C'est un peu le coup de massue", glisse une source parlementaire.


Ormuz: la France va prendre «une initiative» à l'ONU sur sa proposition de mission «neutre», dit Macron

La France va "prendre une initiative aux Nations unies" pour proposer un "cadre" en vue d'une mission "totalement neutre et pacifique" pour une future sécurisation du détroit d'Ormuz, a annoncé mardi Emmanuel Macron dans un entretien avec TV5, France 24 et Radio France internationale. (AFP)
La France va "prendre une initiative aux Nations unies" pour proposer un "cadre" en vue d'une mission "totalement neutre et pacifique" pour une future sécurisation du détroit d'Ormuz, a annoncé mardi Emmanuel Macron dans un entretien avec TV5, France 24 et Radio France internationale. (AFP)
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  • La France va "prendre une initiative aux Nations unies" pour proposer un "cadre" en vue d'une mission "totalement neutre et pacifique"
  • "On doit obtenir la réouverture sans conditions, sans péage d'Ormuz. En démantelant tous les blocus et vraiment en ayant ce dialogue d'exigence à l'égard de l'Iran"

NAIROBI: La France va "prendre une initiative aux Nations unies" pour proposer un "cadre" en vue d'une mission "totalement neutre et pacifique" pour une future sécurisation du détroit d'Ormuz, a annoncé mardi Emmanuel Macron dans un entretien avec TV5, France 24 et Radio France internationale.

"On doit obtenir la réouverture sans conditions, sans péage d'Ormuz. En démantelant tous les blocus et vraiment en ayant ce dialogue d'exigence à l'égard de l'Iran", a dit le président français depuis Nairobi, à la fin d'un sommet franco-africain. Il a déploré "une escalade dans les déclarations" côtés américain et iranien.

 


Après un premier cas positif à l'hantavirus, les règles d'isolement durcies en France

La ministre française de la Santé, Stéphanie Rist, arrive à l’Hôtel Matignon pour évaluer la situation concernant l’hantavirus lors d’une réunion avec le Premier ministre français, à Paris, le 11 mai 2026. (AFP)
La ministre française de la Santé, Stéphanie Rist, arrive à l’Hôtel Matignon pour évaluer la situation concernant l’hantavirus lors d’une réunion avec le Premier ministre français, à Paris, le 11 mai 2026. (AFP)
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  • La France a renforcé les mesures d’isolement après qu’une passagère rapatriée d’une croisière a été testée positive à l’hantavirus Ande
  • Tous les cas contacts identifiés seront désormais placés en quarantaine hospitalière renforcée pendant 42 jours, tandis que l’OMS estime que le risque épidémique reste faible

PARIS: Les règles d'isolement ont été durcies en France avec l'annonce d'une "quarantaine renforcée en milieu hospitalier" pour tous les cas contacts, après le test positif à l'hantavirus d'une passagère d'un bateau de croisière, hospitalisée "dans un état stable" à Paris selon le gouvernement.

Sur les cinq passagers français rapatriés dimanche et placés à l'isolement à l'hôpital Bichat, l'état de santé d'une femme s'est "malheureusement dégradé" dans la nuit de dimanche à lundi et les "tests sont revenus positifs", a annoncé la ministre de la Santé Stéphanie Rist lundi matin sur France Inter.

Le Premier ministre a précisé lundi soir sur le réseau social X qu'elle se trouvait "toujours en réanimation dans un état stable". Son état de santé est "très critique", a indiqué de son côté le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d'une conférence de presse lundi.

Les quatre autres passagers sont "toujours testés négatifs" et font l'objet "d'un processus d'isolement renforcé en milieu hospitalier", a ajouté Sébastien Lecornu.

Par ailleurs, aucun des huit "cas contacts à haut risque", des Français qui ont partagé le vol d’une personne malade il y a 15 jours, "ne présente de symptômes", selon le chef du gouvernement.

Toutefois, il annonce "pour tous les cas contacts, sans exception", une "quarantaine renforcée en milieu hospitalier", dans son message posté à l'issue d'une réunion interministérielle à Matignon.

- 22 cas contacts -

La ministre de la Santé faisait état lundi matin d'un total de 22 cas contacts identifiés: les huit passagers du vol du 25 avril entre Sainte-Hélène et Johannesbourg et 14 autres à bord du vol Johannesbourg-Amsterdam du même jour. Une croisiériste néerlandaise, infectée et depuis décédée, avait voyagé à bord du premier vol et était aussi brièvement montée à bord de l'avion pour Amsterdam, mais n'avait finalement pas voyagé.

Cette annonce du Premier ministre durcit pour ces cas contacts les règles fixées dans un décret publié dans la nuit de dimanche à lundi au Journal officiel: il leur était jusqu'ici d'abord demandé de se signaler "sans délai" et d'observer une "mesure de quarantaine à domicile dans l'attente d'une évaluation de leur risque d'infection".

Trois personnes ayant voyagé à bord du Hondius sont décédées: dans deux cas, l'OMS a confirmé une infection à l'hantavirus, le troisième étant un cas probable. Outre ces trois décès, six cas confirmés et deux autres probables ont été signalés, selon un comptage de l'AFP à partir de données officielles.

La variante du virus détectée à bord du MV Hondius, l'hantavirus Andes, est une souche rare qui peut se transmettre d'homme à homme avec un délai d'incubation pouvant aller jusqu'à six semaines. Cette maladie peut notamment provoquer un syndrome respiratoire aigu et son taux de létalité peut dépasser les 40% selon les spécialistes.

- "Agir tout au début" -

L'OMS se veut rassurante devant le "faible" niveau de risque épidémique, le virus étant moins contagieux que le Covid-19.

"Ce qui est important, c'est d'agir tout au début", a insisté la ministre de la Santé, "c'est-à-dire de briser les chaînes de transmission du virus".

Deux réunions interministérielles sur l'hantavirus auront d'ailleurs lieu chaque jour à Matignon, a indiqué le Premier ministre qui a aussi reçu lundi soir des spécialistes de l'épidémiologie.

"Nous suivons la situation avec la plus grande vigilance, sur la base d'un virus que l'on connaît, d'où les 42 jours d'isolement qui ont été décidés et un objectif qui reste le même, protéger les Françaises et les Français", a indiqué la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon sur BFMTV, appelant à "ne pas créer de panique".

La ministre de la Santé a une nouvelle fois assuré que la France disposait des stocks nécessaires de masques et de tests.

"J'ai évidemment demandé un état des lieux qui permet de confirmer que nous en avons assez" mais "l'organisation depuis le Covid a permis de faire en sorte que nous avons assez de stocks de masques, de stocks de tests", a-t-elle dit.

Selon l'OMS, tous les occupants du MV Hondius, parti le 1er avril d'Ushuaïa en Argentine, sont considérés comme des "contacts à haut risque" et devront faire l'objet d'une surveillance pendant 42 jours.


Macron affirme que «les Européens ne sont pas les prédateurs» du XXIe siècle en Afrique

Le président français Emmanuel Macron, qui ouvre lundi à Nairobi un sommet franco-africain, défend les Européens qui "ne sont pas les prédateurs de ce siècle" en Afrique, par opposition notamment à la Chine, dans un entretien publié par Jeune Afrique et The Africa Report. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron, qui ouvre lundi à Nairobi un sommet franco-africain, défend les Européens qui "ne sont pas les prédateurs de ce siècle" en Afrique, par opposition notamment à la Chine, dans un entretien publié par Jeune Afrique et The Africa Report. (AFP)
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  • Face aux critiques visant les ex-puissances coloniales, il assure que "le paradoxe est que les Européens ne sont pas les prédateurs de ce siècle"
  • "L'Europe défend l'ordre international, le multilatéralisme efficace, l’État de droit, le commerce libre et ouvert", tandis que les États-Unis et la Chine "sont dans une logique de confrontation commerciale", sans respect des règles

NAIROBI: Le président français Emmanuel Macron, qui ouvre lundi à Nairobi un sommet franco-africain, défend les Européens qui "ne sont pas les prédateurs de ce siècle" en Afrique, par opposition notamment à la Chine, dans un entretien publié par Jeune Afrique et The Africa Report.

Dans cette interview, M. Macron rappelle avoir "condamné avec force la colonisation" dès 2017, année de son arrivée au pouvoir.

"Mais je ne lui imputerai pas tout" (à la colonisation), car "on ne doit pas non plus exonérer de toute responsabilité les sept décennies qui ont suivi les indépendances" de la plupart des anciennes colonies européennes en Afrique, ajoute-t-il, appelant les dirigeants africains à "améliorer la gouvernance".

Face aux critiques visant les ex-puissances coloniales, il assure que "le paradoxe est que les Européens ne sont pas les prédateurs de ce siècle". "L'Europe défend l'ordre international, le multilatéralisme efficace, l’État de droit, le commerce libre et ouvert", tandis que les États-Unis et la Chine "sont dans une logique de confrontation commerciale", sans respect des règles, dit-il.

Sur les minerais critiques et les terres rares, "la Chine, pour la citer, est dans une logique prédatrice: elle transforme chez elle" et crée "des dépendances avec le reste du monde", estime-t-il. "Ce n’est pas ce que nous proposons", insiste le président français, défendant une "stratégie d'autonomie pour l'Europe comme pour l'Afrique" pour ne "pas dépendre d’un nouvel empire, quel qu'il soit".

Il prône une fois de plus une transformation de "l’architecture financière internationale", notamment afin de "mettre en place un système de garanties financières pour faire venir les investisseurs privés" en Afrique - son cheval de bataille avec le président kényan William Ruto, qui sera mardi au menu du second jour du sommet Africa Forward à Nairobi.

Interrogé sur les militaires qui ont pris le pouvoir dans trois pays sahéliens (Mali, Burkina Faso et Niger) entre 2020 et 2023, précipitant le divorce avec la France et le départ de l'armée française, Emmanuel Macron répond: "J'ai la conviction qu’il faut laisser ces États et leurs dirigeants, même putschistes, tracer leur propre chemin".

Il réitère que la France était présente militairement au Sahel à la demande de ces pays pour combattre la menace jihadiste. "Quand notre présence n’a plus été souhaitée, après les coups d’État, nous sommes partis. Cela n'a pas été une humiliation, mais une réponse logique à une situation donnée", assure-t-il.

"Une ère nouvelle va s’ouvrir. Le Sahel retrouvera un jour une gouvernance normale" avec des dirigeants "démocratiquement élus, qui se soucient véritablement de leur peuple", selon le chef de l’État français.