A l'Assemblée nationale, choc, cartons et maux de tête

Cette photographie prise le 10 juin 2024 montre le bâtiment de l'Assemblée nationale à Paris au lendemain des élections au Parlement européen. (AFP)
Cette photographie prise le 10 juin 2024 montre le bâtiment de l'Assemblée nationale à Paris au lendemain des élections au Parlement européen. (AFP)
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Publié le Lundi 10 juin 2024

A l'Assemblée nationale, choc, cartons et maux de tête

  • Dès que le décret de dissolution sera publié, environ 2 000 collaborateurs parlementaires se retrouveront au chômage
  • L'annonce a pris de court tous les députés, comme le personnel de l'Assemblée. En 1997, il y avait eu des signes avant-coureurs de la dissolution, raconte une source parlementaire

PARIS: Sous le choc après le coup de tonnerre de la dissolution, élus et collaborateurs parlementaires commencent à faire leurs cartons dans une Assemblée nationale à moitié déserte, tandis que de nombreux députés sont déjà sur le terrain pour une campagne éclair.

"Je repars tout de suite en campagne" avant le premier tour des législatives anticipées le 30 juin, raconte le socialiste Philippe Brun, député de l'Eure, de passage au Palais Bourbon pour préparer "les lettres de licenciement" de collaborateurs parlementaires et "fermer des comptes liés à l'Assemblée nationale".

"Mon sujet principal c'est mes collabs", abonde l'insoumis Eric Coquerel.

Tout le programme est annulé à l'Assemblée nationale, où l'ambiance est comme suspendue. Fini le projet de loi consacré la fin de vie ou le travail des commissions, y compris les enquêtes parlementaires, à l'instar de celles sur l'aide sociale à l'enfance et sur les violences dont sont victimes les mineurs dans l'industrie du cinéma et de la publicité.

"Il n'y a plus aucun texte, plus de questions au gouvernement, plus d'activité de l'Assemblée nationale. On assure les affaires courantes et le texte sur la fin de vie devra être redéposé par un nouveau gouvernement", a énuméré la présidente sortante de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet sur France 2.

Comme d'autres parlementaires du camp présidentiel, la titulaire du perchoir semble sonnée. Elle aurait préféré un "autre chemin" que la dissolution, celui d'une "coalition", et affirme ne pas savoir si elle rempilera pour une nouvelle campagne.

"Je pense que presque tout le monde va repartir, avec plus ou moins d'enthousiasme", nuance Eleonore Caroit, députée Renaissance des Français d'Amérique centrale et du Sud.

Cette porte-parole du groupe macroniste a été informée de la dissolution à venir juste après l'annonce d'Emmanuel Macron, "quelques minutes" avant un plateau télé. "C'est un choc, très brutal pour tout le monde mais on s'y remet", a confié la députée, "combative et sereine" à l'aube de sa troisième campagne... en deux ans. Son élection en 2022 avait été invalidée par le Conseil constitutionnel pour des dysfonctionnements lors du vote électronique.

2 000 collaborateurs au chômage 

Hasard du calendrier le député Horizons Xavier Albertini avait prévu de travailler sur un "crash-test autour de scénarios de dissolution" lundi avec ses équipes, mais il voyait plutôt le couperet tomber "en octobre". Et il repart déjà en campagne : "Si je ne me représente pas, la circonscription ira au RN", assure l'élu de la Marne.

A l'inverse, la carrière politique de Joël Giraud, ancien ministre et député Renaissance, "s'arrête". A ses yeux, "cette dissolution (...) annonce un gouvernement de cohabitation entre le président et l'extrême droite", loin de son "ADN politique".

Dès que le décret de dissolution sera publié, environ 2.000 collaborateurs parlementaires se retrouveront au chômage. "On va devoir faire nos cartons. On a droit à un licenciement économique", explique Astrid Ribardière, collaboratrice d'un député PS et représentante syndicale UNSA.

"L'ironie de l'histoire, c'est qu'on devait recevoir des stagiaires de seconde à partir du 17 juin. Plein de lycéens vont se retrouver dans la panade", glisse-t-elle au passage.

L'annonce a pris de court tous les députés, comme le personnel de l'Assemblée. En 1997, il y avait eu des signes avant-coureurs de la dissolution, raconte une source parlementaire. "Là c'est différent, personne n'a vu le coup venir".

"Me voilà dissous", commentait laconiquement le socialiste Jérôme Guedj dimanche en marge de la soirée électorale de son parti.

La cheffe des députés écologistes Cyrielle Chatelain est restée en circonscription. "Je ne quitte plus l'Isère pendant vingt jours, nous sommes en campagne", insiste-t-elle. "On a jeté l'agenda à la poubelle et on a besoin de tout réorganiser". La dissolution ? "Une réaction d'ego de Macron, je ne sais pas ce qu'il en espère", ajoute la parlementaire.

Au RN, la députée Alexandra Masson était encore quelques heures à Paris lundi matin avant de décoller pour sa circonscription des Alpes-Maritimes. Côté administratif, "il faut tout faire dans l'urgence", relate-t-elle, mais "mes équipes sont à fond".

Et d'assurer que le résultat va être "très positif" pour le Rassemblement national au soir du 30 juin.


Budget: "Il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement" dans ce contexte international, affirme Wauquiez

Le président du groupe parlementaire Droite républicaine, Laurent Wauquiez, s'exprime lors d'un débat parlementaire sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 31 octobre 2025. (AFP)
Le président du groupe parlementaire Droite républicaine, Laurent Wauquiez, s'exprime lors d'un débat parlementaire sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 31 octobre 2025. (AFP)
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  • Laurent Wauquiez exclut toute censure du gouvernement, estimant qu’elle serait irresponsable dans le contexte international et budgétaire actuel
  • Le chef des députés LR juge le budget imparfait mais non idéologique, tout en critiquant le manque d’économies et la pression sur les grandes entreprises

PARIS: Le patron des députés LR Laurent Wauquiez a affirmé mercredi qu'il "ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement" dans le contexte international actuel, écartant une censure de l'exécutif de Sébastien Lecornu de la part de la cinquantaine de députés LR.

"Dans le contexte international de danger qui est celui de la France et de menace d'une guerre commerciale, il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement et de laisser la France sans budget", a déclaré Laurent Wauquiez devant l'Association des journalistes parlementaires (AJP).

Le patron des députés LR a nié que ce budget soit "socialiste" comme l'a affirmé le patron de son parti Bruno Retailleau.

"Ce n'est pas un budget socialiste, ce n'est pas un budget de droite. C'est un budget qui est le fruit d'une situation politique pleine de tempêtes dans laquelle il n'y a pas de majorité dans notre Assemblée nationale", a-t-il expliqué.

Laurent Wauquiez a estimé que le travail parlementaire de la droite a permis d'éviter "l'hérésie fiscale" du projet de budget initial, tout en reconnaissant que la version adoptée par 49.3 est "imparfaite".

A ses yeux, le "gros point de noir de ce budget" est le manque d'économies sur les dépenses et le "poids mis sur les grandes entreprises".

Laurent Wauquiez a sévèrement taclé David Lisnard, le maire libéral de Cannes, qui a appelé mardi les élus de droite à faire tomber le gouvernement et dont la députée Alexandra Martin, qui porte les couleurs de son parti Nouvelle Energie au sein du groupe LR, a promis de voter la censure.

"Ceux qui veulent censurer ou ne pas censurer, la meilleure façon c'est d'avoir le courage de se présenter aux élections législatives", a affirmé le député de Haute-Loire, en allusion au patron de l'Association des maires de France (AMF). David Lisnard est candidat à sa réélection à Cannes en mars et il a annoncé qu'il se présenterait à la présidentielle l'an prochain, si la primaire à droite qu'il souhaite n'est pas organisée.


La France demande «un exercice de l'Otan» au Groenland, se dit «prête à y contribuer»

Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez". (AFP)
Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez". (AFP)
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  • "La France demande un exercice de l'OTAN au Groenland et est prête à y contribuer", a fait savoir la présidence française
  • Plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, ont déjà envoyé du personnel militaire sur ce territoire pour une mission de reconnaissance en vue d'un exercice danois organisé avec des alliés de l'Otan

PARIS: La France veut un "exercice de l'Otan" au Groenland et est "prête à y contribuer", a indiqué mercredi l'Elysée, alors que le président américain Donald Trump répète qu'il veut s'emparer de ce territoire autonome danois.

Ses menaces concernant le Groenland ont jeté un froid dans les relations déjà complexes entre le président américain, qui doit s'exprimer mercredi au Forum de Davos, et les puissances européennes.

"La France demande un exercice de l'OTAN au Groenland et est prête à y contribuer", a fait savoir la présidence française.

Plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, ont déjà envoyé du personnel militaire sur ce territoire pour une mission de reconnaissance en vue d'un exercice danois organisé avec des alliés de l'Otan, mais en dehors du cadre de l'alliance atlantique et donc sans l'implication des Etats-Unis.

Cela avait provoqué la colère de Donald Trump, qui avait menacé ses alliés participant à ces manœuvres d'imposer de nouveaux droits de douane allant jusqu'à 25%.

Le dirigeant martèle que le Groenland, par ailleurs riche en minéraux, est vital pour la sécurité des Etats-Unis et de l'Otan face à la Russie et à la Chine. Un exercice de l'Otan à proprement parler permettrait d'impliquer Washington et d'afficher le fait que la sécurité en Arctique est prise au sérieux par les Européens, juge-t-on à Paris.

Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez".

"Je pense qu'il va se passer quelque chose qui sera très positif pour tout le monde", a-t-il assuré.


G7, Groenland, Russie: Macron face au défi de ne pas rompre le fil avec Trump

Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
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  • "Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain
  • "Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il

PARIS: Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements.

"Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain.

"Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il.

Il propose d'"organiser une réunion du G7 à Paris jeudi après-midi", et se dit prêt, "en marge" de ce sommet, à "inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et les Russes".

Une présence officielle de dirigeants russes à Paris serait inédite depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine il y a bientôt quatre ans. La Russie a été expulsée du G8, redevenu G7, à la suite de l'annexion de la Crimée par Moscou en 2014, même si Donald Trump a plusieurs fois exprimé le vœu de la réintégrer.

La réponse du président américain n'a pas été rendue publique, et rien ne dit à ce stade que ce sommet se fera. Le Kremlin a assuré n'avoir reçu aucune invitation.

Emmanuel Macron estime avoir appris à gérer sa relation avec Donald Trump lors du premier mandat à la Maison Blanche et depuis son retour il y a un an.

Face à des tensions à nouveau au plus haut en raison de la volonté américaine de s'emparer du Groenland, territoire autonome danois, et des menaces de taxes douanières accrues contre les Etats européens qui s'y opposent, le président français tente de jouer sur les codes de la diplomatie disruptive de son homologue.

"Le président Trump aime faire des opérations. J'ai un peu le même tempérament, donc je comprends très bien", avait reconnu Emmanuel Macron en octobre au sujet de ses "coups" qui sèment souvent la sidération.

Accusé d'être trop accommodant il y a deux semaines sur le Venezuela, le chef de l'Etat français est monté en première ligne pour défendre la souveraineté du Danemark et du Groenland, en dépêchant des militaires sur l'île arctique aux côtés de l'Allemagne notamment.

Puis il a été le plus ferme des dirigeants de l'UE à s'élever contre les menaces douanières, en demandant d'activer son "instrument anti-coercition", considéré comme le "bazooka" en cas de guerre commerciale.

Parallèlement, Paris a été le premier grand pays à dire clairement "non" à l'invitation américaine à un "Conseil de la paix" qui ressemble à un substitut de l'ONU, mais totalement à la main de Donald Trump.

Fin de mandat 

Ce dernier a réagi à ce refus en moquant son homologue français, dont "personne ne veut car il va bientôt terminer son mandat", et en agitant le spectre de droits de douane de 200% sur les vins et champagnes.

Hasard du calendrier, cette séquence intervient le jour de la diffusion, prévue mardi sur la chaîne France 2, d'un documentaire dans lequel on voit Emmanuel Macron appeler le dirigeant américain en mai depuis Kiev pour lui dire que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accepté sa proposition de cessez-le-feu. "Prix Nobel pour ça!", "tu es le meilleur", répond l'intéressé.

Les deux hommes, qui avaient cassé les codes, chacun à sa manière, pour arriver aux affaires en 2017, avaient d'abord noué une relation particulière, entre séduction et rapport de forces. Mais la vraie-fausse idylle a depuis connu des hauts mais aussi beaucoup de bas.

A tel point qu'Emmanuel Macron est régulièrement accusé, en France et parfois en Europe, d'en faire trop pour plaire à Donald Trump.

L'ex-président François Hollande a estimé que son successeur à l'Elysée avait tort de vouloir ménager l'Américain "pour essayer de l'influencer" et de "tout faire pour garder Donald Trump sur le terrain européen".

C'est bien la stratégie d'Emmanuel Macron: "garder Trump au plus près de nous" lorsque les intérêts européens sont en cause, sur l'Ukraine, le Groenland ou le commerce. "Gérer ses à-coups" et les poussées de tensions, quitte à avaler des couleuvres, quand monter au créneau serait peine perdue.

"Il pense qu'il faut choisir ses batailles", analyse Célia Belin, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales. "C'est un principe de réalité: quand la gesticulation ne sert à rien, ça nous rend à la limite plus faibles", dit-elle à l'AFP.

Selon elle, "l'Europe a besoin que la France", pays doté de l'arme nucléaire et porteuse par tradition gaulliste d'une voix à part, "se mette plus en avant dans la confrontation avec Trump".