PARIS : L’Arabie saoudite et la France ont appelé à une solution négociée concernant l’Iran, au rétablissement d’une navigation sans restriction dans le détroit d’Ormuz et à la poursuite des efforts en faveur de la création d’un État palestinien, alors que le prince héritier Mohammed ben Salmane et le président français Emmanuel Macron ont présenté une vision commune globale pour la sécurité au Moyen-Orient et un partenariat stratégique élargi.
Dans une déclaration commune publiée à l’issue de leur rencontre à Paris lundi, les deux dirigeants ont souligné que la stabilité au Moyen-Orient devait reposer sur la souveraineté des États, le respect du droit international et la recherche de solutions politiques et diplomatiques aux conflits et aux menaces pour la sécurité.
L’Iran occupait une place prépondérante dans cette déclaration, Riyad et Paris soulignant la nécessité d’une solution négociée pour éviter toute nouvelle escalade et garantir la sécurité régionale.
Le président français Emmanuel Macron, au centre à droite, et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, au centre à gauche, assistent à une réunion au Cercle de l’Union interalliée à Paris, en France, le lundi 24 août 2026. (AP)
Les deux parties ont réaffirmé leur engagement en faveur d’une solution diplomatique garantissant le caractère pacifique du programme nucléaire iranien et ont appelé Téhéran à reprendre une coopération totale avec l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Ils ont également condamné les attaques contre des navires dans le détroit d’Ormuz et les menaces pesant sur la sécurité des voies navigables, soulignant la nécessité de rétablir la navigation dans ce passage stratégique dans les conditions qui prévalaient avant le 28 février 2026.
Les deux pays ont spécifiquement appelé à la liberté de navigation, à un trafic maritime régulier et à l’absence de péages ou de restrictions, directs ou indirects, au passage, conformément au droit international.
EN BREF
• Riyad et Paris ont exigé une navigation sans restriction dans le détroit d’Ormuz et une solution négociée à l’impasse nucléaire avec l’Iran.
• Les dirigeants ont également apporté leur soutien à la création d’un État palestinien, à la souveraineté du Liban, au redressement de la Syrie et à un renforcement des liens en matière de défense et d’économie.
Sur la question palestinienne, l’Arabie saoudite et la France ont salué l’annonce d’un accord sur le désarmement du Hamas et ont appelé à sa mise en œuvre.
Le prince héritier Mohammed ben Salmane a eu une journée bien remplie de rencontres avec de hauts responsables du gouvernement français à Paris. (AFP)
Ils ont souligné la nécessité de créer les conditions d’un cessez-le-feu durable et d’assurer l’acheminement urgent, sûr et sans entrave de l’aide humanitaire aux civils de Gaza. Ils ont également rejeté les tentatives visant à porter atteinte au droit du peuple palestinien à établir un État indépendant dans les frontières de 1967 et ont insisté sur l’importance de préserver l’unité des territoires palestiniens.
Riyad et Paris ont également appelé à la fin de la politique de colonisation israélienne et des violences commises par les colons, qui, selon eux, menacent la solution à deux États, et ont réitéré leur engagement en faveur de la mise en œuvre intégrale de la Déclaration de New York.
Les deux parties ont réaffirmé leur soutien au programme de réformes de l’Autorité palestinienne et se sont félicitées de l’annonce d’élections législatives et présidentielles en Palestine.
La stabilité au Moyen-Orient doit reposer sur la souveraineté, le respect du droit international et la recherche de solutions diplomatiques.
Déclaration commune de l’Arabie saoudite et de la France
La déclaration a abordé plusieurs autres points chauds de la région, notamment le Liban, le Yémen, le Soudan et la Syrie.
Concernant le Liban, les deux dirigeants ont convenu d’intensifier leurs efforts en vue d’un règlement définitif du conflit par le renforcement de l’État libanais et de ses institutions, tout en préservant la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays.
Le prince héritier Mohammed ben Salmane a eu une journée bien remplie de rencontres avec de hauts responsables du gouvernement français à Paris. (AFP)
Ils ont salué le président Joseph Aoun et le gouvernement du Premier ministre Nawaf Salam pour les mesures prises en vue de reconstruire les institutions de l’État et d’étendre l’autorité de celui-ci. Riyad et Paris ont également réitéré leur soutien aux Forces armées libanaises et aux forces de sécurité, ont appelé à la mise en œuvre intégrale de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU et ont souligné la nécessité de mener à bien le désarmement de tous les groupes armés non étatiques. Ils ont également appelé Israël à se retirer de l’ensemble du territoire libanais.
Concernant le Yémen, les deux pays ont réaffirmé leur soutien au Conseil présidentiel et aux efforts de l’ONU visant à trouver une solution inclusive et globale à la crise.
Ils ont condamné les attaques des Houthis visant des infrastructures civiles et des installations vitales en Arabie saoudite, ainsi que les attaques contre des navires. La France a exprimé sa « solidarité et son soutien total » au Royaume et a condamné les attaques menées sur le territoire saoudien.
Le cortège du prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane lors de sa visite officielle de deux jours en France, à l’Hôtel des Invalides à Paris. (SPA
Concernant le Soudan, les deux parties ont appelé à intensifier les efforts pour mettre fin à la crise et faire cesser toute ingérence étrangère, tout en préservant la souveraineté, l’indépendance, l’intégrité territoriale et les institutions du pays.
L’Arabie saoudite et la France ont également réaffirmé leur soutien à l’unité, à la stabilité et au redressement économique de la Syrie. Elles ont souligné le potentiel de la Syrie à redevenir un pont reliant l’Europe, le Golfe et l’Asie grâce à des voies alternatives, et se sont félicitées de la création d’un conseil d’affaires saoudo-syrien-français.
Au-delà de la diplomatie régionale, cette déclaration a marqué un élargissement significatif de la coopération bilatérale, alors que les deux dirigeants célébraient un siècle de relations politiques entre l’Arabie saoudite et la France et présidaient la première réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien.
Le président français Emmanuel Macron se dirige vers le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à l’Élysée, à Paris, en France. (SPA
Les deux pays ont adopté une déclaration renforçant leur coopération historique en matière de défense, notamment dans les domaines de l’armement et de la formation, tout en s’engageant à une coordination accrue en matière de sécurité et de stabilité mondiales.
Les liens économiques ont également constitué un axe majeur. Les échanges bilatéraux ont atteint environ 11,8 milliards de dollars en 2025, tandis que les deux pays ont convenu de renforcer les investissements réciproques et la coopération entre leurs institutions financières.
La déclaration a également salué l’ambition de la société d’investissement Qiddiya de développer un grand complexe à usage mixte à Cergy-Pontoise, en Île-de-France, englobant les domaines du divertissement, des loisirs, de l’hôtellerie, de la culture et du sport. Les ambitions actuelles prévoient un investissement d’environ 6 milliards d’euros sur l’ensemble du cycle de vie du projet.
La coopération s’intensifiera également dans les domaines de l’intelligence artificielle, de l’informatique quantique et des technologies émergentes, tandis que les deux pays ont convenu de prolonger leur partenariat sur AlUla jusqu’en 2035, en s’appuyant sur leur coopération en matière d’archéologie, de patrimoine et de culture.
La France a également confirmé sa participation à l’Exposition universelle de Riyad en 2030, les deux dirigeants s’étant mis d’accord pour faire de cet événement un moment fort des relations franco-saoudiennes.
Cette visite a donné lieu à la signature d’accords et de protocoles d’accord dans les domaines de la défense, de la santé, de l’IA, des technologies émergentes et du divertissement, tandis que la Table ronde franco-saoudienne sur l’investissement a débouché sur l’annonce de plus de 22 accords et protocoles d’accord dans des secteurs clés.
Ensemble, ces initiatives ont mis en évidence un partenariat que Riyad et Paris cherchent à approfondir non seulement en matière de commerce et d’investissement, mais aussi face à certains des défis diplomatiques et sécuritaires les plus importants du Moyen-Orient.