Poutine doit perdre la guerre et la "face" en Ukraine, dit l'opposant russe Kara-Mourza

Vladimir Kara-Murza, accusé de trahison et de diffusion de «fausses» informations sur l'armée russe, se tient à l'intérieur d'une cage d'accusés lors de sa condamnation au tribunal municipal de Moscou le 17 avril 2023 (Photo, Service de presse du tribunal municipal de Moscou / AFP).
Vladimir Kara-Murza, accusé de trahison et de diffusion de «fausses» informations sur l'armée russe, se tient à l'intérieur d'une cage d'accusés lors de sa condamnation au tribunal municipal de Moscou le 17 avril 2023 (Photo, Service de presse du tribunal municipal de Moscou / AFP).
Short Url
Publié le Lundi 09 septembre 2024

Poutine doit perdre la guerre et la "face" en Ukraine, dit l'opposant russe Kara-Mourza

  • "Il est très important qu'on ne laisse pas Vladimir Poutine gagner la guerre contre l'Ukraine".
  • "Tout dirigeant occidental qui serre la main de Vladimir Poutine serre la main d'un meurtrier"

PARIS : Vladimir Poutine doit perdre la guerre et la "face" en Ukraine, la fin de son règne étant la seule solution pour la paix, a estimé lundi Vladimir Kara-Mourza, l'un des principaux opposants au président russe, récemment libéré dans le cadre d'un échange de prisonniers.

"Il est très important qu'on ne laisse pas Vladimir Poutine gagner la guerre contre l'Ukraine", a déclaré dans une interview à l'AFP M. Kara-Mourza, qui devait rencontrer le président français Emmanuel Macron lundi.

Et "il est très important qu'on ne permettre pas à Vladimir Poutine de sauver la face au sortir de cette guerre", a-t-il insisté.

Vladimir Kara-Mourza, qui purgeait une peine de 25 ans dans une colonie pénitentiaire de Sibérie, fait partie d'un groupe de dissidents russes et de ressortissants étrangers libérés le mois dernier dans le cadre d'un échange de prisonniers.

Il dit être confiant sur ses chances de retourner un jour dans son pays d'origine car le "régime" de M. Poutine ne durera pas, à condition que cesse la "realpolitik" occidentale vis-à-vis du président russe, qui a fait de lui "le monstre qu'il est aujourd'hui".

"Assez de realpolitik" a-t-il lancé.

"Si, Dieu nous en garde, le régime de Poutine est autorisé à présenter l'issue de cette guerre comme une victoire pour lui et à se maintenir au pouvoir, dans un an ou 18 mois, nous parlerons d'un autre conflit ou d'une autre catastrophe", a-t-il averti.

- "Solidarité" avec les Ukrainiens -

Agé de 43 ans, M. Kara-Mourza, qui possède la double nationalité russe et britannique, a déclaré qu'il serait "honoré" de se rendre en Ukraine et d'y rencontrer le président Volodymyr Zelensky, estimant que des liens devaient être créés entre le mouvement prodémocratie russe et l'Ukraine.

"Nous devrons trouver des moyens de vivre ensemble et de surmonter cette horrible tragédie que le régime de Poutine a déclenchée", a-t-il déclaré.

"Ce ne sera pas facile, ce ne sera pas rapide, mais nous savons que c'est possible", a affirmé l'opposant, qui dit avoir nourri une "solidarité particulière" à l'égard des officiers ukrainiens enfermés dans le même camp de détention que lui, même s'il ne pouvait communiquer avec eux.

Lui-même était "absolument certain" de mourir dans la colonie pénitentiaire sibérienne où il était incarcéré. Jusqu'à ce qu'un matin, il soit soudainement mis dans un avion pour Moscou, puis échangé avec d'autres prisonniers dans la capitale turque, Ankara, a-t-il raconté.

"Personne ne nous a jamais demandé notre accord", a-t-il déclaré. "Ils nous ont embarqués dans un avion comme du bétail et nous ont jetés hors de Russie."

Cependant "non seulement le régime de Poutine n'est pas éternel, mais... je pense qu'il prendra fin dans un avenir très proche." A ce moment-là, "nous aurons une tâche gigantesque à accomplir pour reconstruire notre pays à partir des ruines que Poutine va laisser".

Rappelant l'effondrement du régime tsariste en 1917 et la chute de l'Union soviétique en 1991, M. Kara-Mourza a soutenu que "les changements politiques majeurs en Russie surviennent de manière soudaine et inattendue, et personne n'y est jamais préparé."

- "Avenir en marche" -

Vladimir Kara-Mourza, dont l'ex-ministre et opposant Boris Nemtsov, assassiné à Moscou en 2015, était le mentor, a affirmé ne pas s'inquiéter pour sa sécurité.

Le mot +sécurité+ ne fait pas partie du vocabulaire de quelqu'un qui s'oppose au régime de Poutine en Russie", observe le quadragénaire, qui a été lui-même empoisonné deux fois avant son arrestation en 2022.

"Mais que Poutine le veuille ou non, l'avenir est en marche", a-t-il assuré.

Lui-même peine à décrire les émotions qu'il a ressenties lorsqu'il a appris la mort du leader de l'opposition russe, Alexei Navalny, en février dans une autre prison.

"Je l'ai entendu à la radio", narre-t-il. "Après des mois passés à l'isolement, votre esprit commence à vous jouer des tours. J'ai cru que j'avais peut-être tout inventé", poursuit-il, affirmant être certain que Navalny a été tué sur les ordres de Poutine.

"Tout dirigeant occidental qui serre la main de Vladimir Poutine serre la main d'un meurtrier", lance-t-il.

La "rage" contre les "crimes" commis par le régime de Poutine en Russie et en Ukraine ont également renforcé sa femme Evguenia, qui l'accompagnait lors de l'entretien à l'AFP à Paris. Depuis les Etats-Unis, où elle vivait avec leurs enfants, Mme Kara-Mourza n'avait cessé de se battre pour sa libération.

"La rage que j'ai ressentie toutes ces années... dépasse toutes les peurs que je pourrais avoir", a-t-elle assuré, disant vouloir continuer à se battre pour la libération des autres prisonniers politiques.

"Je ne serais pas ici à parler avec vous s'il n'y avait pas Evguenia," conclut Vladimir.


Iran: l'armée israélienne dit avoir éliminé le général commandant la milice Bassidj

Short Url
  • "Le Premier ministre Benjamin Netanyahu ordonne l'élimination de hauts responsables du régime iranien", a annoncé par ailleurs le bureau du Premier ministre israélien, publiant une photo légendée de M. Netanyahu au téléphone
  • "Hier (lundi), l'armée de l'Air israélienne, sur la base de renseignements (militaires), a visé et éliminé Gholamréza Soleimani", indique un communiqué militaire israélien, ajoutant que ce général de brigade du corps des Gardiens de la Révolution

JERUSALEM: L'armée israélienne a déclaré mardi matin avoir éliminé dans une frappe à Téhéran le général Gholamréza Soleimani, commandant du Bassidj, milice de volontaires islamistes chargés notamment du maintien de l'ordre en Iran.

Les médias israéliens affirment également qu'Ali Larijani, l'un des plus hauts dirigeants iraniens, a été la cible d'une tentative d'élimination dans une autre frappe au cours de la nuit.

"Le Premier ministre Benjamin Netanyahu ordonne l'élimination de hauts responsables du régime iranien", a annoncé par ailleurs le bureau du Premier ministre israélien, publiant une photo légendée de M. Netanyahu au téléphone.

"Hier (lundi), l'armée de l'Air israélienne, sur la base de renseignements (militaires), a visé et éliminé Gholamréza Soleimani", indique un communiqué militaire israélien, ajoutant que ce général de brigade du corps des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, avait été tué dans "une frappe ciblée à Téhéran".

Selon Kan, la radio TV publique israélienne, Ali Larijani, chef du Conseil suprême de la sécurité nationale, "a été la cible d'une tentative d'élimination". "Les résultats de la frappe sont encore en cours d'examen", a annoncé pour sa part la chaîne N12.

"Nous ciblons des éléments des Gardiens de la Révolution et de l'appareil répressif du régime", a déclaré l'armée, citant dans un communiqué son chef d'état-major.

"Des résultats préventifs significatifs ont été enregistrés cette nuit, susceptibles d'influencer l'issue des opérations et les objectifs de l'armée israélienne", a indiqué le lieutenant-général Eyal Zamir.

Depuis l'élimination du guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, au premier jour des frappes israélo-américaines en Iran le 28 février, M. Larijani est l'un des principaux visages du pouvoir iranien.

Avec les Gardiens de la Révolution, le Bassidj est depuis plusieurs jours la cible des frappes aériennes d'Israël. Cette milice recrute essentiellement dans la jeunesse, et agit comme une organisation idéologique insérée dans toutes les institutions et strates de la société.

Elle "fait partie de l'appareil armé du régime terroriste iranien" et a "mené les principales opérations de répression, recourant à une violence extrême, à des arrestations massives et à l'usage de la force contre des manifestants civils", a commenté l'armée israélienne.

"L'élimination de Soleimani s'ajoute à celle de dizaines de hauts commandants des forces armées du régime iranien qui ont été éliminés au cours de l'opération, et constitue un nouveau coup dur porté aux structures de commandement et de contrôle du régime en matière de sécurité", affirme l'armée.


Trump loin de susciter «l'enthousiasme» avec sa demande d'aide sur le détroit d'Ormuz

Loin de "l'enthousiasme" qu'il espérait susciter avec sa demande d'aide pour le détroit d'Ormuz, Donald Trump fait face à la froideur des alliés des Etats-Unis, échaudés par des mois d'attaques commerciales et d'humiliations diplomatiques, contraints aussi dans leurs capacités militaires. (AFP)
Loin de "l'enthousiasme" qu'il espérait susciter avec sa demande d'aide pour le détroit d'Ormuz, Donald Trump fait face à la froideur des alliés des Etats-Unis, échaudés par des mois d'attaques commerciales et d'humiliations diplomatiques, contraints aussi dans leurs capacités militaires. (AFP)
Short Url
  • "Nous encourageons vivement les autres pays à s'impliquer avec nous, et à s'impliquer vite et avec beaucoup d'enthousiasme", a dit lundi le président américain
  • Le dirigeant républicain, qui a déclenché l'offensive israélo-américaine contre l'Iran sans guère se soucier des alliés des Etats-Unis, a présenté sa demande d'aide comme une sorte de test de loyauté

WASHINGTON: Loin de "l'enthousiasme" qu'il espérait susciter avec sa demande d'aide pour le détroit d'Ormuz, Donald Trump fait face à la froideur des alliés des Etats-Unis, échaudés par des mois d'attaques commerciales et d'humiliations diplomatiques, contraints aussi dans leurs capacités militaires.

"Nous encourageons vivement les autres pays à s'impliquer avec nous, et à s'impliquer vite et avec beaucoup d'enthousiasme", a dit lundi le président américain, qui veut rétablir la circulation dans cette artère vitale pour le commerce de pétrole, désertée depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

Le dirigeant républicain, qui a déclenché l'offensive israélo-américaine contre l'Iran sans guère se soucier des alliés des Etats-Unis, a présenté sa demande d'aide comme une sorte de test de loyauté.

"Le degré d'enthousiasme est important pour moi", a-t-il dit.

"Nous n'avons besoin de personne", a assuré Donald Trump, avant d'ajouter, à propos des pays de l'Otan en particulier: "Ils devraient bondir pour nous aider, parce que nous les aidons depuis des années."

Il a même jugé que la plus grande rivale des Etats-Unis, la Chine, "devrait (le) remercier" d'avoir engagé ce conflit.

"Incroyable"

Mais personne ou presque ne "bondit", à l'exception de certains mystérieux pays dont Donald Trump assure qu'ils vont soutenir les Etats-Unis, mais en se refusant à les nommer.

Interrogé lundi sur un appel passé avec le président français Emmanuel Macron, le républicain a déclaré: "Sur une échelle de zéro à dix, je dirais qu'il mérite un huit". Avant d'ajouter: "Pas parfait, mais c'est la France."

Le Royaume-Uni et l'Allemagne ont écarté lundi toute mission de l'Otan pour rétablir la circulation maritime. le Japon et l'Australie, alliés historiques des Etats-Unis dans la région Asie-Pacifique, ont exclu tout envoi de moyens dans le détroit.

"C'est vraiment une demande incroyable", commente pour l'AFP Philip Gordon, ancien conseiller pour la sécurité nationale de la vice-présidente démocrate Kamala Harris, désormais expert pour la Brookings Institution.

Il juge que Donald Trump récolte en quelque sorte ce qu'il a semé, à force d'imposer des droits de douane, de critiquer l'Otan, de convoiter le Groenland ou de minimiser voire franchement nier les pertes subies par les alliés des Etats-Unis en Afghanistan par exemple.

"Imaginez que vous êtes un dirigeant européen qui doit justifier de risquer des vies humaines non seulement pour cette opération, mais pour un président qui n'a eu de cesse de vous insulter et de vous rabaisser depuis quinze mois. Cela va trop loin", juge-t-il.

"Les Etats-Unis lancent une guerre sans consulter leurs alliés et espèrent maintenant qu'ils viennent réparer les dégâts, cela ne va pas être bien reçu", abonde Erwan Lagadec, professeur à la George Washington University.

Au-delà de la dimension politique, il souligne que la demande d'aide de l'hôte de la Maison Blanche se heurte aussi à des limites pratiques.

Manque de capacités 

L'Otan "n'a pas tant de capacités navales que cela", explique ce spécialiste en relations internationales, pour qui la situation n'est pas "sans ironie", car les capacités en question "étaient jusqu'ici destinées à être déployées dans une volonté d'apaisement face à Trump au Groenland".

L'ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis Gérard Araud, commentateur prolifique des affaires internationales sur X, a réagi vivement aux demandes de la Maison Blanche.

"A ce niveau, le mot +culot+ est bien trop faible... Impudence, toupet, effronterie, outrecuidance. Ou alors les "Tontons flingueurs": les c... osent tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît...", a-t-il écrit en référence à la célébrissime réplique inventée par Michel Audiard pour le film de Georges Lautner.

Certains pays alliés des Etats-Unis "pourraient changer de ton ou proposer quelque chose de mineur, par exemple plus de soutien logistique", mais sans modifier fondamentalement leur position, prévoit pour l'AFP Liana Fix, chercheuse au Council on Foreign Relations.

Donald Trump a fait lourdement pression sur les pays de l'Otan pour qu'ils augmentent leurs dépenses militaires.

Mais "de nombreux équipements militaires et missiles que (les Européens) avaient commandés auprès des Etats-Unis pour leur propre défense et celle de l'Ukraine sont maintenant utilisés en Iran", explique-t-elle.

La réserve européenne face aux demandes du président américain concernant le détroit d'Ormuz "n'est pas un retour de bâton" pour les attaques passées, elle repose "sur des contraintes et arbitrages très concrets", souligne-t-elle.

 

 


Washington offre une récompense de 10 millions de dollars pour des informations sur les dirigeants iraniens

Le programme « Rewards for Justice » du département d’État américain offre 10 millions de dollars pour toute information concernant des dirigeants iraniens clés. (Rewards for Justice)
Le programme « Rewards for Justice » du département d’État américain offre 10 millions de dollars pour toute information concernant des dirigeants iraniens clés. (Rewards for Justice)
Short Url
  • Les États-Unis offrent une récompense de 10 millions de dollars pour toute information sur plusieurs dirigeants iraniens, dont Mojtaba Khamenei et Ali Larijani
  • Washington affirme que ces responsables dirigent des éléments du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, accusé de planifier et de mener des actes terroristes à travers le monde

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont annoncé vendredi offrir une récompense de 10 millions de dollars en vue d'informations sur le sort des dirigeants iraniens, y compris le nouveau guide suprême, mais visant en particulier les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique d'Iran.

L'appel vise aussi bien Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême, que le chef de la sécurité Ali Larijani, selon un avis diffusé par le département d'Etat américain.

Le ministre iranien de l'Intérieur, Eskandar Momeni, et le ministre du Renseignement et de la Sécurité, Esmaïl Khatib, figurent également parmi les dix personnes inscrites sur la liste du département d'Etat.

"Ces personnes commandent et dirigent divers éléments du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, qui planifie, organise et mène des actes terroristes à travers le monde", a déclaré le département d'Etat.

Il exhorte les informateurs éventuels à envoyer des informations via Signal notamment: "Vos informations pourraient vous permettre de bénéficier d'une réinstallation et d'une récompense".

Le dirigeant iranien Ali Khamenei, qui dirigeait l'Iran depuis 1989, a été tué dans une frappe le 28 février au début de la guerre.

Il a été remplacé par son fils Mojtaba mais les spéculations sur son état de santé perdurent, après les annonces par la télévision d'Etat et certains responsables qu'il avait été blessé dans les frappes.

Il a fait diffuser un message jeudi sans contenu vidéo ni audio.

Les Etats-Unis et Israël ont indiqué avoir tué nombre de responsables des Gardiens de la Révolution depuis le début des opérations militaires le 28 février.