Au Liban, les écoles se transforment en abris et l'année scolaire semble compromise

Au Liban, l'effondrement de l'économie a contraint des milliers de parents à transférer leurs enfants d'écoles et d'universités privées vers des établissements publics. (Reuters)
Au Liban, l'effondrement de l'économie a contraint des milliers de parents à transférer leurs enfants d'écoles et d'universités privées vers des établissements publics. (Reuters)
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Publié le Dimanche 06 octobre 2024

Au Liban, les écoles se transforment en abris et l'année scolaire semble compromise

  • Aujourd'hui, estime un responsable du ministère de l'Education, "40% des élèves du pays sont déplacés".
  • Au total, plus de 1,2 million de personnes ont été jetées sur les routes depuis le début des bombardements massifs israéliens le 23 septembre, et dorment désormais pour nombre d'entre eux dans plus de 600 écoles.

BEYROUTH : Il y a quelques jours, Ali al-Akbar a repris le chemin de l'école. Pas pour étudier, mais pour s'abriter des bombardements israéliens, comme des dizaines de milliers de Libanais qui dorment désormais dans des salles de classe, où la rentrée a déjà été repoussée.

"Je suis triste, mes amis et professeurs me manquent", dit à l'AFP l'adolescent de 14 ans, privé d'école par la guerre qui fait désormais rage entre Israël et le Hezbollah libanais. Aujourd'hui, estime un responsable du ministère de l'Education, "40% des élèves du pays sont déplacés".

Au total, plus de 1,2 million de personnes ont été jetées sur les routes depuis le début des bombardements massifs israéliens le 23 septembre, et dorment désormais pour nombre d'entre eux dans plus de 600 écoles, soit la moitié des établissements publics du pays.

Pour le moment, le ministère se veut optimiste: il annonce la rentrée, initialement prévue le 1er octobre, pour le 4 novembre. Mais la mère d'Ali, Batoul Arouni, n'y pense même pas.

"Aucune mère ne veut que son enfant soit déscolarisé, mais cette année, je préfère garder mon fils auprès de moi maintenant qu'aucun endroit n'est sûr au Liban", affirme-t-elle à l'AFP dans une école proche de la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, qu'elle a fui.

Elle a poussé des chaises d'écolier d'une classe pour dérouler un fin matelas de mousse, transformé un petit bureau en cuisine où elle découpe des tomates, et utilise le tableau noir pour étendre le linge.

Partout dans la petite école Soubhi al-Saleh, les bouteilles d'eau et rations de repas chauds apportées par des associations d'aide ont remplacé cahiers et stylos, pour tenter de ravitailler la centaine de familles déplacées qui y vit désormais.

- "Les cahiers me manquent" -

Fatima, huit ans, erre dans cet abri en se languissant de son école, laissée derrière elle, comme sa maison. "L'école et les cahiers de coloriage me manquent", assure-t-elle à l'AFP.

Les hostilités transfrontalières ont débuté il y a un an, après l'ouverture d'un front contre Israël par le Hezbollah, dans la foulée de l'attaque sur le sol israélien de son allié palestinien du Hamas qui a déclenché la guerre à Gaza.

Mais si elles ont été meurtrières, elles n'ont longtemps eu qu'un impact limité sur le fonctionnement des écoles du sud du Liban.

Depuis qu'elles ont laissé la place à une guerre ouverte, étendue aux abords de Beyrouth, qui a fait plus de 1.100 morts en deux semaines selon les autorités, tout a changé.

"Danger sécuritaire", "entraves au mouvement" des élèves et des professeurs, le ministre de l'Education Abbas al-Halabi énumère toutes les raisons pour lesquelles son ministère ne "prendra pas le risque" d'organiser la rentrée avant un mois.

Et les frappes qui continuent de résonner au loin ne poussent pas Batoul et les autres parents à l'optimisme.

"Ca fait deux semaines qu'on dort dans la rue, donc l'école ce n'est pas notre priorité en ce moment", affirme Salma Salmane, 30 ans, réfugiée dans le centre de Beyrouth avec ses jumelles de sept ans.

Jennifer Moorehead, de l'ONG Save the Children, anticipe déjà une année blanche. Avec au moins un mois de scolarisation en moins en 2024-2025, les enfants vont encaisser "un lourd retard sur le programme".

- "On n'est pas instituteurs" -

"Ce sont des années qu'on ne peut pas rattraper", se désole-t-elle, dans un pays où déjà, la crise économique de 2019 a eu un lourd impact sur le système éducatif, où les établissements privés, très onéreux, jouent un grand rôle.

Le ministre Halabi, lui, envisage déjà tous les scénarios: "cours en présentiel, à distance ou mélange des deux", a-t-il détaillé lors d'une conférence de presse.

Sans vraiment convaincre des familles échaudées par le fonctionnement lent d'un réseau internet fréquemment sujet aux coupures, et l'expérience peu concluante de l'école en ligne durant la pandémie de Covid-19.

Beaucoup de déplacés racontent aussi ne pas avoir pu emporter ordinateurs ou tablettes dans leur fuite.

Nour Khawajeh, 36 ans, et son mari, eux, ne sont pas déplacés. Mais leur fille Joud, sept ans, et son cadet, Issa, quatre ans, n'ont plus que des cours en ligne dispensés par l'établissement privé auquel leurs parents ont déjà versé 70% des frais de scolarité annuels.

Ils se relaient pour les aider devant l'ordinateur, mais "on n'est pas instituteurs, je n'ai pas la patience", avoue Mme Khawajeh.


Israël confirme interdire d'accès à Gaza 37 ONG étrangères dont MSF et Oxfam

Israël a confirmé jeudi interdire d'accès à la bande de Gaza 37 organisations humanitaires internationales majeures, à qui il reproche de ne pas avoir communiqué la liste des noms de ses employés, exigée désormais officiellement à des fins de "sécurité". (AFP)
Israël a confirmé jeudi interdire d'accès à la bande de Gaza 37 organisations humanitaires internationales majeures, à qui il reproche de ne pas avoir communiqué la liste des noms de ses employés, exigée désormais officiellement à des fins de "sécurité". (AFP)
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  • Cette mesure fait craindre de nouveaux ralentissements dans la fourniture d'aide à Gaza, dévastée par deux ans de guerre et dont une majorité des habitants a urgemment besoin de logements, soins et nourriture
  • Elle suggère aussi une volonté de surveillance des employés palestiniens par Israël, jugée illégale par certaines ONG

JERUSALEM: Israël a confirmé jeudi interdire d'accès à la bande de Gaza 37 organisations humanitaires internationales majeures, à qui il reproche de ne pas avoir communiqué la liste des noms de ses employés, exigée désormais officiellement à des fins de "sécurité".

Cette mesure fait craindre de nouveaux ralentissements dans la fourniture d'aide à Gaza, dévastée par deux ans de guerre et dont une majorité des habitants a urgemment besoin de logements, soins et nourriture. Elle suggère aussi une volonté de surveillance des employés palestiniens par Israël, jugée illégale par certaines ONG.

"Les licences des organisations ont expiré et il leur est interdit d'acheminer de l'aide. Elles ont deux mois pour retirer leurs équipes", a expliqué à l'AFP le porte-parole du ministère de la Diaspora et de la lutte contre l'antisémitisme.

D'ici le 1er mars, "si elles daignent nous soumettre les documents qu'elles ont refusé de nous fournir au cours des dix derniers mois, nous examinerons leur demande", a ajouté Gilad Zwick.

Dans un communiqué, le ministère a affirmé que cette "exigence" visait à "empêcher l'infiltration d'opérateurs terroristes au sein des structures humanitaires" étrangères.

"L'assistance humanitaire est la bienvenue — l'exploitation des cadres humanitaires à des fins de terrorisme ne l'est pas", a martelé le ministre, Amichai Chikli, cité dans le texte.

Israël a été vivement critiqué par la communauté internationale à l'approche de l'échéance - mercredi minuit heure locale - imposée aux ONG pour se soumettre à leurs nouvelles obligations.

Parmi ces organisations figurent de grands acteurs du secteur, dont Médecins sans frontières (MSF), le Norwegian Refugee Council (NRC), Care, World Vision ou Oxfam.

"Marginaliser les acteurs humanitaires" 

Mercredi, MSF a expliqué ne pas avoir obtenu d'Israël "des garanties et des clarifications" concernant cette demande "préoccupante". Shaina Low, porte-parole du NRC, a de son côté dénoncé auprès de l'AFP les "actions prises depuis deux ans pour entraver et marginaliser les acteurs humanitaires".

A Gaza, les employés locaux sont "épuisés" et leurs collègues étrangers "leur apportent un degré additionnel d'aide et de sécurité. Leur présence est une protection", a-t-elle fait valoir, confirmant le refus de l'ONG norvégienne de fournir les identités aux autorités. "On a proposé des alternatives, elles ont refusé".

Mercredi, l'Union européenne a exigé la levée des "obstacles" à l'aide humanitaire.

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Turk, a lui estimé que "de telles suspensions arbitraires (aggravaient) encore une situation déjà intolérable pour la population de Gaza", où un fragile cessez-le-feu est en vigueur depuis le 10 octobre entre Israël et le Hamas.

La question de l'aide et de son utilisation est extrêmement sensible depuis le début de la guerre, déclenchée par l'attaque du Hamas en Israël du 7 octobre 2023.

En 2024, Israël avait déjà interdit à l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) d'opérer sur son sol, accusant certains de ses employés d'avoir participé à l'attaque du 7-Octobre.

"Alignement politique" de l'aide 

Le patron de l'Unrwa, Philippe Lazzarini, a qualifié la réglementation israélienne de "dangereux précédent", dénonçant un "mépris du droit international humanitaire" et une "multiplication des obstacles" à l'aide.

Jeudi, un groupement de 17 organisations israéliennes marquées à gauche a lui jugé que la radiation des ONG "sape l'action humanitaire (...), met en danger le personnel et les communautés et compromet l'efficacité de la distribution de l'aide".

"Subordonner l'aide à un alignement politique (...) exiger la divulgation de données personnelles sensibles (...) constituent une violation du devoir de protection et exposent les travailleurs à la surveillance et aux atteintes" à leurs droits, ajoutent ces signataires d'un communiqué commun.

Selon le Cogat, l'organisme du ministère israélien de la Défense chargé des affaires civiles palestiniennes, 4.200 camions d'aide entrent en moyenne à Gaza chaque semaine, soit environ 600 par jour, conformément à l'accord de cessez-le-feu.

Mais seuls 100 à 300 transportent de l'aide humanitaire, selon des ONG et les Nations unies.


La Syrie affirme que l'EI projetait des attaques contre les fêtes du nouvel an

Le ministère de l'Intérieur a déclaré avoir obtenu des informations selon lesquelles l'EI avait "l'intention de mener des opérations suicide et des attentats contre les célébrations dans plusieurs gouvernorats, en particulier dans la ville d'Alep, en ciblant des églises et des lieux de rassemblements civils". (AFP)
Le ministère de l'Intérieur a déclaré avoir obtenu des informations selon lesquelles l'EI avait "l'intention de mener des opérations suicide et des attentats contre les célébrations dans plusieurs gouvernorats, en particulier dans la ville d'Alep, en ciblant des églises et des lieux de rassemblements civils". (AFP)
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  • Ces informations ont conduit les forces de sécurité à renforcer leur déploiement dans ces secteurs, a ajouté le ministère dans un communiqué
  • L'EI a récemment accru ses attaques dans des régions de Syrie contrôlées par les autorités de Damas, issues d'une coalition de groupes islamistes qui ont renversé l'ex-président Bachar al-Assad en décembre 2024

DAMAS: Les autorités syriennes ont affirmé jeudi que le kamikaze qui a tué un policier la veille à Alep était membre du groupe jihadiste Etat islamique et que l'organisation projetait de s'attaquer aux célébrations du nouvel an, en visant notamment des églises.

Le ministère de l'Intérieur a déclaré avoir obtenu des informations selon lesquelles l'EI avait "l'intention de mener des opérations suicide et des attentats contre les célébrations dans plusieurs gouvernorats, en particulier dans la ville d'Alep, en ciblant des églises et des lieux de rassemblements civils".

Ces informations ont conduit les forces de sécurité à renforcer leur déploiement dans ces secteurs, a ajouté le ministère dans un communiqué.

L'EI a récemment accru ses attaques dans des régions de Syrie contrôlées par les autorités de Damas, issues d'une coalition de groupes islamistes qui ont renversé l'ex-président Bachar al-Assad en décembre 2024.

Dans le quartier de Bab al-Faraj à Alep, dans le nord du pays, un policier "a eu des soupçons sur une personne qui s'est avérée plus tard être affiliée à Daech", l'acronyme en arabe de l'EI, selon le ministère.

Durant son interrogatoire, l'homme "a ouvert le feu, provoquant la mort d'un officier de police, puis il s'est fait exploser, blessant deux officiers qui tentaient de l'arrêter".

Le 13 décembre, un attentat avait tué deux soldats et un civil américains. Washington l'a attribué à un tireur isolé de l'EI à Palmyre, dans l'est de la Syrie.

En représailles, l'armée américaine a mené une campagne de frappes sur des bases présumées du groupe jihadiste dans le pays, tuant cinq de ses membres selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Les autorités syriennes ont aussi mené depuis cette date plusieurs opérations contre l'EI et affirmé le 25 décembre avoir tué un important chef du groupe dans la région de Damas.

En novembre, la Syrie avait officiellement rejoint la coalition antijihadiste menée par les Etats-Unis, lors d'une visite à Washington du président Ahmad al-Chareh.


Yémen: Le cabinet saoudien espère que les forces des Émirats arabes unis se retireront dans les 24 heures

Le roi Salman d'Arabie saoudite préside la session du cabinet de mardi. (SPA)
Le roi Salman d'Arabie saoudite préside la session du cabinet de mardi. (SPA)
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  • Le cabinet a déclaré qu'il espérait que les Émirats arabes unis cesseraient tout soutien militaire ou financier au STC et à toute autre partie au Yémen
  • Le cabinet a déclaré qu'il espérait également que les Émirats arabes unis prendraient les mesures nécessaires pour préserver les relations entre l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis

RIYAD: Le cabinet saoudien, présidé par le roi Salman, a exprimé mardi l'espoir que les forces émiraties se retireront du Yémen dans les 24 heures, conformément à la demande yéménite, a rapporté l'agence de presse saoudienne.

Le cabinet a également déclaré qu'il espérait que les Émirats arabes unis cesseraient tout soutien militaire ou financier au Conseil de transition du Sud et à toute autre partie au Yémen, a ajouté SPA.

Le cabinet a déclaré qu'il espérait également que les Émirats arabes unis prendraient les mesures nécessaires pour préserver les relations entre l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, que le Royaume souhaite renforcer, et a déclaré qu'il se réjouissait de travailler ensemble à tout ce qui renforcerait la prospérité et la stabilité des pays de la région.

Le cabinet a exprimé son regret quant aux résultats des efforts de désescalade que le Royaume a voulu poursuivre et qui se sont heurtés à une escalade injustifiée qui contredit les principes sur lesquels la Coalition pour le soutien de la légitimité au Yémen a été fondée, sape ses efforts pour parvenir à la sécurité et à la stabilité au Yémen et est incompatible avec toutes les promesses que le Royaume a reçues des Émirats arabes unis.

Le Cabinet apprécie le rôle de la Coalition pour le soutien de la légitimité au Yémen dans la protection des civils dans les gouvernorats de Hadramaout et d'Al-Mahra, en réponse à la demande du président du Conseil présidentiel yéménite Rashad Al-Alimi, et dans la réduction de l'escalade afin de parvenir à la sécurité et à la stabilité et d'empêcher l'expansion du conflit.

Le cabinet a réaffirmé que le Royaume n'hésitera pas à prendre les mesures nécessaires pour faire face à toute atteinte ou menace à sa sécurité nationale, ainsi que son engagement en faveur de la sécurité, de la stabilité et de la souveraineté du Yémen, et son soutien total à M. Al-Alimi et à son gouvernement.

En ce qui concerne les autres affaires régionales, le cabinet a réaffirmé le soutien du Royaume à la souveraineté, à l'intégrité territoriale et à la sécurité de la Somalie, et rejette la déclaration de reconnaissance mutuelle entre Israël et le Somaliland, car elle consacre des mesures séparatistes unilatérales qui violent le droit international.