Un succès savoureux : La Seconde Édition du Festival Européen de la Gastronomie

Seconde Édition du Festival de la gastronomie européenne Octobre 2024 Riyad (Photo Huda  Bashatah)
Seconde Édition du Festival de la gastronomie européenne Octobre 2024 Riyad (Photo Huda Bashatah)
Seconde Édition du Festival de la gastronomie européenne Octobre 2024 Riyad (Photo Huda  Bashatah)
Seconde Édition du Festival de la gastronomie européenne Octobre 2024 Riyad (Photo Huda Bashatah)
Christophe Farnaud, ambassadeur de la délégation de l’Union européenne lors de la Seconde Édition du Festival de la gastronomie européenne Octobre 2024 Riyad (Photo Huda Bashatah)
Christophe Farnaud, ambassadeur de la délégation de l’Union européenne lors de la Seconde Édition du Festival de la gastronomie européenne Octobre 2024 Riyad (Photo Huda Bashatah)
Short Url
Publié le Samedi 26 octobre 2024

Un succès savoureux : La Seconde Édition du Festival Européen de la Gastronomie

  • Les participants ont pu apprécier non seulement la diversité des cuisines, mais aussi l'occasion d'apprendre à partager ce qui est bon, renforçant ainsi les liens et la convivialité au sein de la communauté européenne élargie.
  • "Nous partageons également avec nos amis saoudiens un goût pour la bonne nourriture." a déclaré l’ambassadeur Christophe Farnaud

Riyad : Le Festival de la gastronomie européenne, qui s'est tenu les 24 et 25 octobre, a été un véritable succès. Il a réuni de nombreux visiteurs avides de découvrir la richesse culinaire des différents pays européens.

Il était organisé par la délégation de l'Union européenne en Arabie saoudite, en collaboration avec le bureau du quartier diplomatique et la Commission royale pour la ville de Riyad.

Cet événement gastronomique a permis aux participants de déguster des spécialités variées, des tapas espagnols aux pâtes italiennes, en passant par la moussaka grecque et les délicieuses crêpes françaises, ainsi que de nombreux autres plats et douceurs venus du Vieux Continent. 

Les stands, animés par des hôtels et des restaurants locaux, ont attiré un public diversifié, curieux d'explorer les saveurs et les traditions culinaires. Le stand de l'Ukraine a suscité un grand intérêt, malgré l'absence du pays au sein de l'Union européenne.

Seconde Édition du Festival de la gastronomie européenne Octobre 2024 Riyad (Photo Huda  Bashatah)
Seconde Édition du Festival de la gastronomie européenne Octobre 2024 Riyad (Photo Huda  Bashatah)

Les visiteurs ont partagé leurs impressions, exprimant leur enthousiasme pour les plats authentiques et leur désir d'en apprendre davantage sur chaque culture. L’Alliance française de Riyad et le Goethe Institut étaient présents lors de cette manifestation culturelle pour aider les personnes intéressées par l’apprentissage des langues étrangères ou celles qui souhaitent poursuivre leur formation universitaire en Europe.

Pavillon Alliance française de Riyad (Photo Huda Bashatah)
Pavillon Alliance française de Riyad (Photo Huda

Ce festival a également servi de plateforme pour bâtir des passerelles culturelles, favorisant les échanges et la compréhension mutuelle entre les peuples. Les participants ont pu apprécier non seulement la diversité des cuisines, mais aussi l'occasion d'apprendre à partager ce qui est bon, renforçant ainsi les liens et la convivialité au sein de la communauté européenne élargie. En somme, cet événement a été une célébration de la gastronomie, mais aussi un véritable vecteur de dialogue interculturel.

À ce propos, Christophe Farnaud, ambassadeur de l'Union européenne auprès du Royaume d'Arabie saoudite, a déclaré au micro d’Arab News : « De tout temps, manger a été à la fois quelque chose de naturel et d'essentiel, parce que nous devons tous manger pour survivre et pour vivre. Mais cela a toujours été aussi quelque chose de culturel, et chaque pays a ses propres traditions culinaires.

En Europe, il existe une grande diversité de cultures et de cuisines, dont certaines sont très réputées et d'autres moins. Nous partageons également avec nos amis saoudiens un goût pour la bonne nourriture. Ce festival est donc l'occasion de rapprocher de manière festive les cultures et les gens. Et ça a très bien fonctionné puisque le premier festival de l'an dernier a déjà attiré 20 000 visiteurs. Ce qui est spectaculaire. On compte qu'il y en aura au moins autant cette année. »

« Cette année, onze pays de l'Union européenne sont largement représentés, et l'Ukraine, qui est pour la première fois également présente bien qu'elle ne fasse pas encore partie de l'Union, mais nous avions souhaité sa présence pour cette seconde édition.

Seconde Édition du Festival de la gastronomie européenne Octobre 2024 Riyad (Photo Huda  Bashatah)
Seconde Édition du Festival de la gastronomie européenne Octobre 2024 Riyad (Photo Huda  Bashatah)

Et personnellement, je crois qu'on est vraiment au cœur de ce qu'on appelle des projets « people to people ». Ce sont ce genre de manifestations culturelles qui rapprochent les peuples. Il ne s'agit pas seulement de faire des rencontres officielles, mais aussi de se donner l'occasion de mieux connaître l'inconfort de l'autre. Pour moi, c'est une relation qu'il faut cultiver dans la durée. » a jouté le diplomate

Lors de cette seconde édition du Festival de la gastronomie européenne, un concours culinaire dirigé par des chefs italiens de renommée mondiale a ajouté une dimension excitante à l'événement.

Des candidats saoudiens ont eu l'opportunité de présenter leurs talents en préparant une variété de plats, qu'ils soient salés ou sucrés. Ce défi culinaire a non seulement permis aux participants de démontrer leur savoir-faire, mais a également captivé l'attention des visiteurs, qui étaient impatients de découvrir les créations des chefs en herbe.

Seconde Édition du Festival de la gastronomie européenne Octobre 2024 Riyad (Photo Huda  Bashatah)
Seconde Édition du Festival de la gastronomie européenne Octobre 2024 Riyad (Photo Huda  Bashatah)

À la fin de la compétition, les plats préparés ont été soumis à un jury composé de chefs réputés. Après une dégustation minutieuse, les jurés ont partagé leurs impressions et attribué des notes, suscitant un grand intérêt parmi les candidats et le public. Les visiteurs ont été ravis de voir l'enthousiasme et la créativité des participants, tout en profitant de l'occasion pour échanger sur les différentes techniques culinaires et les saveurs uniques de chaque plat.

Seconde Édition du Festival de la gastronomie européenne Octobre 2024 Riyad (Photo Huda  Bashatah)

Ce concours a non seulement enrichi l'expérience des visiteurs, mais il a aussi renforcé l'esprit de camaraderie et de compétition amicale entre les candidats, illustrant ainsi l'importance de la gastronomie comme vecteur d'échanges culturels. Les applaudissements et les rires qui résonnaient tout au long de l'événement témoignaient de l'engouement suscité par ce moment fort du festival.

Pour conclure, l'ambassadeur de l'Union européenne a affirmé : « Ce n'est pas une coïncidence si cet événement survient une semaine après le Sommet entre l'Union européenne et le Conseil de coopération du Golfe, qui a encore une fois démontré que l'on pouvait faire beaucoup de choses ensemble. »

 

 

 

 


A Tyr, dans le sud du Liban, des joyaux de l'antiquité sous les bombes israéliennes

Fumée s’élevant après une frappe aérienne israélienne, en arrière-plan du site archéologique des ruines de l’ancien port phénicien à Tyr, dans le sud du Liban, le 23 mars 2026. Au site d’Al-Bass, seul un symbole de l’UNESCO rappelle la protection des vestiges antiques, désormais menacés par les frappes. (AFP)
Fumée s’élevant après une frappe aérienne israélienne, en arrière-plan du site archéologique des ruines de l’ancien port phénicien à Tyr, dans le sud du Liban, le 23 mars 2026. Au site d’Al-Bass, seul un symbole de l’UNESCO rappelle la protection des vestiges antiques, désormais menacés par les frappes. (AFP)
Short Url
  • Le site antique de Tyr, classé à l’UNESCO, est protégé symboliquement par l’initiative « Boucliers bleus », mais reste exposé aux frappes israéliennes dans le contexte du conflit avec le Hezbollah
  • Les attaques ont déjà causé des victimes civiles à proximité des vestiges, suscitant des inquiétudes sur la protection du patrimoine archéologique du sud du Liban en pleine guerre

TYR: Le "bouclier" pourra-t-il arrêter la foudre? Sur le site archéologique d'Al-Bass, dans le sud du Liban, aucune présence militaire mais un panneau symbolique de l'Unesco flanqué d'un écusson bleu et blanc, unique rempart pour protéger les ruines antiques des bombes israéliennes.

Située à une vingtaine de km de la frontière avec Israël, Tyr, l'une des plus anciennes cités du monde méditerranéen, a été la cible de plusieurs frappes israéliennes depuis le début de la guerre avec le Hezbollah le 2 mars.

L'initiative "Boucliers bleus", lancée par un comité lié à l'Unesco, concerne une trentaine de sites au Liban, dont celui de Tyr. C'est d'abord un message adressé à l'armée israélienne: la convention de la Haye de 1954 oblige à préserver les biens culturels en cas de conflit armé.

Le 6 mars, une frappe israélienne s'est abattue à quelques mètres des poteries anciennes. Huit personnes, une famille entière, ont été tuées, selon les autorités. Leur maison, pulvérisée par l'explosion, n'est plus qu'un amas de gravats, à côté d'une voiture calcinée. 

--
Un emblème de protection renforcée, symbole du droit international humanitaire, est affiché sur le site de l’hippodrome romain à Tyr, le 23 mars 2026. À Al-Bass, aucun dispositif militaire, seulement un signe censé protéger les ruines antiques, désormais touchées par les frappes. (AFP)

"C'était nos voisins, ils vivaient ici depuis des décennies (...) Ils pensaient que la proximité du site les protégerait parce qu'il est classé au patrimoine mondial de l'Unesco, qu'il ne serait pas touché", raconte Nader Saqlaoui, directeur des fouilles archéologiques dans le sud, rattaché au ministère de la Culture.

Détail macabre, l'équipe venue inspecter d'éventuels dégâts sur les monuments a, dit-il, "découvert des restes humains sur le toit du musée" encore en construction.

Celui-ci a subi quelques dommages, ses vitres ont volé en éclats, mais l'explosion n'a pas atteint la nécropole des IIe et IIIe siècles, ni l'arc de triomphe monumental, les aqueducs ou encore l'hippodrome qui s'élèvent sur le site, témoins d'une époque romaine prospère.

Beaucoup d'habitants de la ville ont fui, à la suite d'un appel à évacuer d'Israël, mais quelques milliers sont restés, avec des combattants du Hezbollah pro-iranien - et les précieux vestiges.

Durant l'Antiquité, la ville fut un important port phénicien, avant d'être conquise par Alexandre le Grand, puis l'Empire romain.

Le ministre de la Culture Ghassan Salamé a dénoncé une "agression" d'Israël.

"Il n'existe aucune présence militaire ou sécuritaire sur ces sites (archéologiques, NDLR) et un tel argument ne peut être utilisé pour les bombarder ou y porter atteinte", a-t-il fustigé dans un communiqué.

Interrogée par l'AFP, l'armée israélienne, qui dit viser le Hezbollah, n'a pas commenté dans un premier temps.

- Transport risqué -

Les archéologues doivent encore examiner les vieilles pierres pour détecter d'éventuelles fissures ou altérations qui pourraient avoir été provoquées par l'onde de choc.

"Le Liban est plein de richesses archéologiques (...) et les dépôts de Beyrouth n'ont pas la capacité d'accueillir tous ces objets" menacés, raconte David Sassine, expert de l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine (Aliph), une fondation qui aide le gouvernement à aménager des lieux sécurisés pour les objets de valeur.

Le dilemme est double: rien ne garantit qu'ils seront davantage en sécurité dans la capitale, elle-même bombardée régulièrement par Israël, et le transport des objets depuis le sud du pays, même sous escorte militaire, "reste risqué", dit-il. 

--
Caisses remplies de fragments de poteries antiques après une frappe israélienne près de l’hippodrome romain à Tyr, au sud du Liban, le 23 mars 2026. À Al-Bass, un simple emblème de protection marque un site archéologique désormais touché par les frappes. (AFP)

Lors du précédent conflit de 2023-2024, des pièces d'or, des amphores plurimillénaires et des sarcophages de grande valeur avaient ainsi été transférés à Beyrouth - où ils se trouvent encore.

Les environs immédiats de Tyr avaient déjà été touchés. Et la citadelle de Chamaa, une forteresse médiévale de la zone frontalière, a été à moitié détruite par l'armée israélienne.

Le directeur des fouilles ne se fait pas beaucoup d'illusion.

"Les Israéliens savent tout, même la pointure de vos chaussures (...) Ils savaient très bien où se trouvait le site", assure M. Saqlaoui. "Nous avons vécu au moins six guerres avec Israël (...) ça ne les a pas empêché d'attaquer des sites archéologiques". 

Mustafa Najdi, employé comme gardien, était présent à Al-Bass le jour du bombardement: "j'ai entendu un choc très violent et j'ai pris la fuite avant de prévenir les responsables", dit-il.

"Personne ne s'intéresse à nous", dénonce le trentenaire à la barbe épaisse, appelant "tous ceux qui le peuvent à faire pression pour mettre fin à cette barbarie".

"Cette civilisation représente l'histoire et elle nous représente tous, Libanais comme non Libanais".


Leïla Slimani ausculte son rapport à la langue arabe avec son nouveau livre

L’écrivaine et journaliste franco-marocaine Leïla Slimani, lors d’une séance photo à Paris, le 17 mars 2026. (AFP)
L’écrivaine et journaliste franco-marocaine Leïla Slimani, lors d’une séance photo à Paris, le 17 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • Leïla Slimani évoque une relation complexe à l’arabe, dont l’enseignement rigide et dévalorisé dans le système scolaire français a accentué son éloignement et son sentiment d’étrangeté culturelle
  • Aujourd’hui, elle adopte une vision plus apaisée et transmet une relation libérée à la langue à ses enfants, affirmant que l’identité et les liens linguistiques peuvent toujours se reconstruire

PARIS: Dans "Assaut contre la frontière", publié jeudi en France, Leïla Slimani interroge son rapport à la langue arabe, qu'elle déplore de ne pas parler, au point d'en "avoir honte" en tant que Franco-Marocaine "aux identités boiteuses".

L'autrice de 44 ans, prix Goncourt (le plus prestigieux en France) en 2016 pour "Chanson douce", explique dans un entretien à l'AFP avoir commencé à parler l'arabe dialectal, la darija, "toute petite avec (sa) grand-mère, (sa) nounou, dans la rue" au Maroc, mais pas avec ses parents, des bourgeois francophiles.

"Ils ne me parlaient qu'en français. Et je les entendais peu discuter en arabe", affirme cette mère de deux enfants qui vit désormais à Lisbonne, où elle s'est mise au portugais.

Elle découvre l'arabe classique en cours préparatoire, car "c'était obligatoire", et poursuit jusqu'en terminale. Mais l'enseignement ne lui plaît pas: "On y allait un peu à reculons" et "j'avais l'impression d'une sorte de langue qui était étrangère".

Et puis, à l'époque, "c'était très dévalorisé: à l'école française, les gens se moquaient des profs d'arabe", se remémore-t-elle. "Il y avait quelque chose de vraiment méchant, de condescendant à leur égard. Ils étaient beaucoup moins bien payés. Et donc, nous, les élèves, on les prenait moins au sérieux."

En arrivant à Paris, où elle est élève en classe préparatoire littéraire puis à Sciences Po, elle est "obligée d'expliquer à des Français pourquoi (elle) ne parle pas l'arabe", ce qu'elle vit comme une "humiliation".

"Parfois, je mens en leur disant que je parle très bien et ça me met dans des situations très inconfortables, parce qu'on commence à me demander de traduire des trucs, ce dont je suis incapable", raconte-t-elle.

- "Mal à l'aise" -

En même temps, "je me rends compte que les gens en France ont une vision très parcellaire, très caricaturale, à la fois de mon pays, de ces questions linguistiques, et je me sens très mal à l'aise vis-à-vis de ça", ajoute-t-elle.

C'est alors que la question de la langue se mêle à celle de son identité arabe, que jusqu'à présent elle ne s'était pas posée, car ses parents en "avaient une vision extrêmement ouverte, extrêmement plastique".

"Quand j'arrive en France, je me retrouve dans une identité qui vient beaucoup plus des autres que de moi-même", analyse la romancière. "Ça m'amène à beaucoup de contradictions, de chagrins aussi parfois et un sentiment de solitude."

Pour en sortir, elle se met à écrire car cela lui permet "de se détacher d'une identité qui (lui) serait assignée par les autres".

L'autrice de la trilogie "Le pays des autres" va plus loin: "Quand on écrit, on peut ajouter de la nuance, de la fêlure. Moi, mes identités, elles sont boiteuses, imparfaites, infirmes, pleines de maladresse."

D'ailleurs, poursuit-elle, "je pense que beaucoup de gens, en France ou ailleurs, sont très insatisfaits de la manière dont on veut nous vendre l'identité: comme une sorte de fierté, de bandoulière héroïque qu'il faudrait qu'on porte en étendard, qu'il faudrait mériter, prouver constamment".

Aujourd'hui, son rapport à l'arabe est "apaisé": il lui arrive toujours d'avoir "honte" de ne pas le parler mais, avec ce livre édité par Gallimard, elle veut dire à ceux qui seraient dans sa situation que "rien n'est jamais perdu".

La preuve: ses enfants apprennent l'arabe, "avec un grand plaisir, en étant détachés de toutes ces pressions, de toutes ces connotations".


Immersion à « Byblos, cité millénaire du Liban », à l'IMA

Derrière la présentation d’objets antiques d’une valeur inestimable, c’est toute une nation qui cherche à affirmer son existence, sa continuité et sa place dans l’histoire du monde. (Arlette Khouri)
Derrière la présentation d’objets antiques d’une valeur inestimable, c’est toute une nation qui cherche à affirmer son existence, sa continuité et sa place dans l’histoire du monde. (Arlette Khouri)
Short Url
  • Dès l’ouverture, la présidente de l’Institut du monde arabe, Anne-Claire Legendre, insiste sur la portée exceptionnelle de cette exposition, dont la tenue relève presque de l’exploit
  • Il a fallu surmonter des obstacles logistiques majeurs, des incertitudes constantes et surtout un contexte de guerre qui fragilise chaque étape du projet

PARIS: À l’Institut du monde arabe, l’inauguration de l’exposition consacrée à Byblos ne ressemble pas à un événement culturel ordinaire.

Intitulée « Byblos, cité millénaire du Liban », elle s’impose comme un moment chargé d’émotion, de mémoire et de résistance, dans un contexte où le Liban traverse une nouvelle épreuve dramatique.

Derrière la présentation d’objets antiques d’une valeur inestimable, c’est toute une nation qui cherche à affirmer son existence, sa continuité et sa place dans l’histoire du monde.

ima byblos

Dès l’ouverture, la présidente de l’Institut du monde arabe, Anne-Claire Legendre, insiste sur la portée exceptionnelle de cette exposition, dont la tenue relève presque de l’exploit.

Il a fallu surmonter des obstacles logistiques majeurs, des incertitudes constantes et surtout un contexte de guerre qui fragilise chaque étape du projet.

L’acheminement des œuvres, parfois interrompu ou retardé, témoigne de cette tension permanente. Certaines pièces n’ont d’ailleurs pas pu quitter le Liban, rappelant brutalement que le patrimoine n’est pas seulement fragile : il est aujourd’hui directement menacé.

ima byblos

Car cette exposition se tient alors que le conflit entre le Hezbollah et Israël provoque destructions et pertes humaines. Dans ce contexte, montrer Byblos à Paris devient un acte profondément symbolique, « un cri de résistance », selon les mots de la présidente de l’IMA.

Résistance face à la destruction, mais aussi face à l’oubli, car l’exposition rappelle que le Liban ne se résume pas à ses conflits : il est l’héritier d’une histoire parmi les plus anciennes et les plus riches de l’humanité.

ima byblos

Occupée depuis plus de 9 000 ans, Byblos est considérée comme l’un des plus anciens ports du monde. Elle fut un carrefour majeur d’échanges entre la Méditerranée, la Mésopotamie et l’Égypte.

Le commerce du bois de cèdre, notamment, a contribué à sa prospérité et à son rayonnement, mais son rôle ne s’arrête pas à l’économie : Byblos est aussi associée à l’émergence de l’écriture alphabétique, une innovation fondamentale dans l’évolution de la communication humaine.

L’exposition met en lumière cette richesse à travers une sélection d’objets remarquables : statuettes, bijoux, armes, mosaïques ou encore éléments issus de nécropoles royales.

Chaque pièce raconte une époque, une civilisation, un échange. Pourtant, le parcours est ponctué de mentions explicites : « absent, fait de guerre ».

Ces absences deviennent elles-mêmes signifiantes et témoignent des risques encourus pour protéger ces trésors, ainsi que du prix à payer pour leur préservation.

Pour le directeur des sites archéologiques, Sarkis el-Khoury, la situation est alarmante. Il rappelle que plusieurs sites classés à l’UNESCO sont aujourd’hui en danger, notamment dans le sud du Liban.

Des villages entiers ont été détruits, emportant avec eux non seulement des bâtiments, mais aussi des paysages culturels façonnés depuis des millénaires.

Selon lui, les sites archéologiques, parfois encore enfouis, risquent de disparaître avant même d’avoir été étudiés, et préserver ce patrimoine devient ainsi une mission urgente, presque désespérée.

Cette urgence est également portée par la responsable du site archéologique de Byblos, Tania Zaven, dont le témoignage donne à l’exposition une dimension profondément humaine.

Venue initialement pour valoriser la beauté et l’importance du patrimoine libanais, elle se retrouve aujourd’hui investie d’une mission différente : celle de défendre l’existence même de ce patrimoine.

ima byblos

Elle aussi parle d’une « résistance culturelle », d’un besoin de prouver que le Liban est toujours vivant, qu’il ne doit pas être relégué au passé. « On ne veut pas être un souvenir », affirme-t-elle, mais un présent et un avenir.

Face à cette situation, l’exposition se veut aussi un acte de solidarité, puisque l’IMA annonce une contribution financière destinée à soutenir la préservation du patrimoine libanais, notamment via des organisations spécialisées.

D’autres acteurs, comme l’Œuvre d’Orient, se mobilisent également. Ces initiatives rappellent que la protection du patrimoine dépasse les frontières nationales et engage une responsabilité collective.

Enfin, la dimension politique de l’événement est manifeste. La présence annoncée d’Emmanuel Macron et de plusieurs ministres souligne l’importance accordée au Liban par la France.

Au-delà du geste diplomatique, cette mobilisation traduit une volonté de soutenir un pays ami et de défendre, à travers lui, une certaine idée de la culture comme bien commun de l’humanité.

L’exposition doit durer jusqu’au 23 août.