Le procureur de la CPI réclame des mesures d'urgence au Darfour

 Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, assiste à une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies sur le Soudan et le Sud-Soudan au siège des Nations unies, le 27 janvier 2025 à New York. (AFP)
Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, assiste à une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies sur le Soudan et le Sud-Soudan au siège des Nations unies, le 27 janvier 2025 à New York. (AFP)
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Publié le Mardi 28 janvier 2025

Le procureur de la CPI réclame des mesures d'urgence au Darfour

  •  Karim Khan a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU un soutien accru pour aider à combler le «fossé de l'impunité»
  • Il a brossé un tableau sombre d'une situation dans laquelle la violence, la famine et les crimes sexistes continuent de dévaster les communautés

NEW YORK: Le procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan, a souligné, lundi, l'urgence d'une action internationale pour lutter contre les atrocités qui se poursuivent dans la région du Darfour, dans l'ouest du Soudan, et a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU un soutien accru pour aider à combler le «fossé de l'impunité».

Il a brossé un tableau sombre d'une situation dans laquelle la violence, la famine et les crimes sexistes continuent de dévaster les communautés, ciblant en particulier les femmes et les enfants.

M. Khan a souligné que la situation dans la région s'était gravement détériorée au cours des six derniers mois, notamment en raison des informations de plus en plus nombreuses faisant état de victimes civiles, de la destruction d'infrastructures vitales et de violations généralisées des droits de l'homme.

«La famine sévit au Darfour. Le conflit s'intensifie. Les enfants sont pris pour cible. Les filles et les femmes sont victimes de viols», a déclaré M. Khan en décrivant un environnement marqué par la «destruction» et la «criminalité».

Le pays a sombré dans la guerre civile en avril 2023, à la suite d'un conflit entre des factions militaires rivales, les forces armées soudanaises et les forces paramilitaires de soutien rapide. Ce conflit a tué plus de 28 000 personnes, forcé des millions de personnes à fuir leur foyer et certaines familles ont dû se résoudre à manger de l'herbe dans une tentative désespérée de survie, alors que la famine sévit dans certaines parties du pays.

Au Darfour, la violence ethnique s'est intensifiée depuis le début de la guerre. Les Forces de soutien rapide, dont les origines remontent à la milice arabe Janjaweed, responsable d'un génocide au début des années 2000 qui a fait environ 300 000 morts, a concentré ses attaques sur le groupe ethnique Masalit et d'autres communautés non arabes.

Ce mois-ci, les États-Unis ont accusé les Forces de soutien rapide de génocide et imposé des sanctions à son chef, Mohamed Hamdan Dagalo, plus connu sous le nom de «Hemedti».

Le dernier rapport semestriel de M. Khan sur la situation au Soudan, publié le 16 janvier, indique que son bureau a recueilli suffisamment de preuves pour établir des motifs raisonnables de croire qu'un large éventail de crimes spécifiés dans le Statut de Rome, le traité qui a créé la CPI, continuent d'être commis au Darfour. Il s'agit notamment de meurtres, de pillages, d'attaques contre des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays, de ciblage aveugle de populations civiles, de crimes fondés sur le sexe et de crimes commis à l'encontre d'enfants.

En vertu du Statut de Rome, la CPI est compétente pour quatre types de crimes qualifiés de «crimes internationaux»: le génocide, les crimes contre l'humanité, les crimes de guerre et le crime d'agression. La Cour est en train de finaliser les demandes de mandats d'arrêt à l'encontre d'individus présumés responsables de crimes de guerre dans l'ouest du Darfour, a indiqué M. Khan. Il a toutefois souligné que ces demandes ne seront déposées que s'il existe des preuves solides pouvant résister à un examen judiciaire, afin de garantir les meilleures chances de condamnation et une procédure régulière pour les victimes.

Il a averti que des crimes internationaux sont commis au Darfour en tant qu'armes de guerre, et qu'il existe notamment des rapports faisant état de violences généralisées fondées sur le sexe.

«Il ne s'agit pas d'une généralisation non vérifiée», a-t-il déclaré, ajoutant que les preuves recueillies par son bureau, notamment les témoignages et les ressources numériques, sont à la fois nombreuses et crédibles.

M. Khan a souligné la collaboration de son bureau avec les autorités nationales des pays voisins, qui ont également recueilli des preuves auprès des communautés déplacées.

Il a également mentionné les procès en cours à la CPI, en particulier le procès d'Ali Kushayb, un ancien chef de milice accusé de crimes commis au Darfour au début des années 2000. Son procès avait débuté en 2022. M. Khan a souligné l'importance de ces procès, non seulement en termes de responsabilité historique, mais aussi en tant que lueur d'espoir pour les survivants qui continuent de souffrir au Darfour.

«Ils disent qu'ils ne sont pas oubliés, qu'ils ne sont pas invisibles», a déclaré M. Khan, tout en réaffirmant le rôle de la CPI dans le maintien de la promesse de justice pour les victimes qui n'ont pas été reconnues depuis longtemps.

Malgré ces efforts, M. Khan a reconnu les profondes frustrations engendrées par l'absence de progrès rapides au Darfour. Il a souligné la nécessité d'une plus grande coopération de la part des autorités soudanaises et a déclaré que, malgré certains signes d'un optimisme prudent, un soutien accru du Conseil de sécurité des Nations unies était nécessaire pour combler le «fossé de l'impunité».

M. Khan a notamment demandé le transfert des suspects, dont Ahmed Harun, ancien gouverneur du Kordofan et ministre d'État, qui est recherché par la CPI pour son rôle présumé dans le conflit du Darfour.

«Nous pensons savoir où se trouve Ahmed Harun», a déclaré M. Khan en exhortant le Soudan à honorer ses obligations au titre de la résolution 1593 du Conseil de sécurité, qui exige des autorités qu'elles coopèrent pleinement avec la CPI.

M. Khan a invoqué l'importance historique de l'obligation de rendre des comptes pour les crimes contre l'humanité, en établissant un parallèle avec les génocides passés, y compris l'Holocauste. Il a appelé le Conseil de sécurité à donner la priorité aux victimes du Darfour plutôt qu'aux divisions politiques entre les membres du Conseil, et a fait écho au sentiment que la justice doit être rendue à ceux qui souffrent dans la région.

Il a exhorté le Conseil à renouveler son engagement envers le principe du «plus jamais ça», en faisant référence aux résultats du procès de Nuremberg et aux efforts mondiaux pour lutter contre les cultures d'impunité dans les sociétés sortant d'un conflit.

«Les habitants du Darfour ont droit à la justice», a déclaré M. Khan. "Il est temps pour nous d'unir nos forces et de tenir cette promesse.

Les États-Unis ont toujours soutenu les efforts de la CPI concernant le Soudan. Toutefois, la Cour a été critiquée à la fin de l'année dernière après avoir délivré des mandats d'arrêt à l'encontre du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et de l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant.

Ces mandats, liés à des accusations de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre en rapport avec les opérations militaires israéliennes à Gaza depuis le 8 octobre 2023, ont déclenché de vives réactions de la part de Washington.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Trois navires touchés, le détroit d'Ormuz au centre de toutes les attentions

Au moins trois navires ont été frappés mercredi à proximité du détroit d'Ormuz, qui s'impose comme l'enjeu stratégique majeur de la guerre au Moyen-Orient en faisant peser le risque de perturbations majeures de l'économie mondiale. (AFP)
Au moins trois navires ont été frappés mercredi à proximité du détroit d'Ormuz, qui s'impose comme l'enjeu stratégique majeur de la guerre au Moyen-Orient en faisant peser le risque de perturbations majeures de l'économie mondiale. (AFP)
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  • Un porte-conteneurs, un cargo et un vraquier ont été touchés par des "projectiles inconnus", selon l'agence maritime britannique UKMTO, qui a répertorié 17 incidents sur des navires depuis l'attaque israélo-américaine sur l'Iran, le 28 février
  • La marine thaïlandaise a annoncé que le vraquier Mayuree Naree avait été attaqué dans le détroit, ajoutant que 20 des 23 membres de l'équipage avaient déjà été sauvés

TEHERAN: Au moins trois navires ont été frappés mercredi à proximité du détroit d'Ormuz, qui s'impose comme l'enjeu stratégique majeur de la guerre au Moyen-Orient en faisant peser le risque de perturbations majeures de l'économie mondiale.

En riposte aux frappes israélo-américaines, l'Iran poursuit une offensive de grande ampleur sur les infrastructures pétrolières du Golfe et force la communauté internationale à chercher des solutions d'urgence pour éviter la pénurie d'hydrocarbures.

Un porte-conteneurs, un cargo et un vraquier ont été touchés par des "projectiles inconnus", selon l'agence maritime britannique UKMTO, qui a répertorié 17 incidents sur des navires depuis l'attaque israélo-américaine sur l'Iran, le 28 février.

La marine thaïlandaise a annoncé que le vraquier Mayuree Naree avait été attaqué dans le détroit, ajoutant que 20 des 23 membres de l'équipage avaient déjà été sauvés.

Simultanément, plusieurs explosions ont été entendues par des journalistes de l'AFP à Doha, où le ministère qatari de l'Intérieur a fait état d'un "niveau de menace sécuritaire élevé". Et des drones tombés près de l'aéroport de Dubaï ont fait quatre blessés, selon les autorités.

L'Arabie saoudite a pour sa part affirmé avoir neutralisé des drones visant le champ pétrolier géant de Shaybah, à la frontière des Emirats arabes unis, ainsi que des missiles ciblant une base aérienne abritant des militaires américains.

Quant à la raffinerie émiratie de Ruwais, l'une des plus grandes au monde, elle a été fermée mardi "par précaution".

Au lendemain de l'annonce par l'armée américaine de la destruction de 16 navires iraniens poseurs de mines "près du détroit", les dirigeants du G7 se réunissent par visioconférence mercredi et l'Agence internationale de l'énergie (AIE) envisage un recours sans précédent aux réserves stratégiques de brut, selon le Wall Street Journal.

Le spectre d'un détroit miné 

Rassemblé à la demande du président français Emmanuel Macron, le G7 évoquera "sans doute" le sujet des stocks stratégiques, selon le ministre français de l'Economie Roland Lescure.

Le Japon a annoncé avant les discussions qu'il débloquerait des réserves de pétrole dès lundi. L'Allemagne fait de même, selon des sources gouvernementales à l'AFP, mais la mesure n'est pas une panacée.

"Le problème avec les libérations de réserves, c'est qu'une fois qu'elles ont été effectuées, les prix peuvent toujours flamber en raison d'un événement extérieur, comme l'attaque d'une raffinerie ou l'explosion d'un pétrolier", souligne Neil Wilson, analyste pour Saxo Markets.

Le blocage du détroit, par lequel transite un cinquième des hydrocarbures de la planète, entraîne une volatilité extrême des marchés depuis lundi.

Les bourses européennes sont reparties dans le rouge après leur rebond de la veille. Dans les premiers échanges mercredi, les bourses ouvraient en légère baisse à Paris, Francfort et Londres. Les cours du pétrole sont remontés dans le même temps d'au moins 5%.

Plusieurs pays ont commencé à prendre des mesures de restrictions, de l'Inde au Vietnam, en passant par la Thaïlande et la Grèce, qui a plafonné les marges sur le carburant afin d'éviter la spéculation.

Le président américain Donald Trump a menacé l'Iran de "conséquences militaires (...) sans précédent" s'il minait le détroit d'Ormuz. Washington avait déjà évoqué l'hypothèse d'escorter des navires dans le passage stratégique.

Mais "les risques sécuritaires à eux seuls pourraient rendre un seul passage par le détroit plus coûteux que la marge bénéficiaire sur la cargaison de pétrole elle-même", relève le Soufan Center, basé à New York et spécialisé dans les questions de sécurité.

"Le stock de mines navales de l'Iran se situe entre 2.000 et 6.000 unités, ce qui compliquerait encore tout plan naval visant à escorter des pétroliers commerciaux".

Mojtaba "sain et sauf" 

L'Iran ne donne aucun signe d'inflexion: son armée idéologique, les Gardiens de la Révolution, a revendiqué la vague de frappes "la plus violente et la plus lourde depuis le début de la guerre".

"L'agresseur doit être puni et recevoir une leçon qui le dissuadera d'attaquer l'Iran à nouveau", a prévenu mardi le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Les autorités assurent que le nouveau guide suprême, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, était "sain et sauf". Désigné pour succéder à son père, tué dans des frappes au premier jour de la guerre, il n'est pas apparu publiquement.

Selon la télévision d'État, il a été "blessé" dans le conflit. "J'ai demandé à des amis qui ont des connections. Ils m'ont dit que, grâce à Dieu, il était sain et sauf", a écrit Yousef Pezeshkian, fils du président iranien et conseiller du gouvernement.

L'armée affirme avoir visé la direction du renseignement militaire et une base navale en Israël, après de nouveaux tirs de missiles dans la nuit. La chaîne israélienne Channel 12 fait état de plusieurs blessés près de Tel-Aviv.

Nouvelles frappes au Liban  

Israël a lui-même continué à frapper l'Iran et la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah pro-iranien.

A l'aube, une frappe a touché un immeuble du quartier de Aïcha Bakkar à Beyrouth, selon l'agence de presse officielle Ani. Un photographe de l'AFP a vu les septième et huitième étages de l'immeuble dévastés.

"Nous nous sommes réveillés en état de panique (...) je courais dans la maison comme un fou, en cherchant mes trois enfants", raconte à l'AFP, Mohammad, propriétaire d'un entrepôt de produits alimentaires qui habite dans un immeuble mitoyen.

Le quartier est inondé de déplacés. "Au lieu d'abriter une famille, chaque appartement en abrite désormais dix".

Les frappes israéliennes sur le Liban ont tué 570 personnes depuis que le pays a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, dont 84 pour la seule journée de mardi, selon le ministère de la Santé. Le gouvernement évoque par ailleurs le chiffre de près de 760.000 déplacés.

A Téhéran, certaines déflagrations ont fait vibrer les vitres de l'appartement d'un journaliste de l'AFP habitant le nord de la ville.

"Si cette guerre insensée, anarchique et illégale se poursuit, les pertes humaines et matérielles s'aggraveront, et le coût pour l'économie mondiale ne fera que croître", a prévenu le président turc Recep Tayyip Erdogan, plaidant pour un retour de la diplomatie, aujourd'hui au point mort.

 

 


Environ 140 militaires américains blessés dans la guerre en Iran annonce le Pentagone

Environ 140 militaires américains ont été blessés depuis le début de la guerre en Iran, a annoncé mardi le Pentagone. (AFP)
Environ 140 militaires américains ont été blessés depuis le début de la guerre en Iran, a annoncé mardi le Pentagone. (AFP)
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  • "La grande majorité de ces blessures étaient légères, et 108 (militaires) ont déjà repris du service", a déclaré le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, dans un communiqué
  • "Huit militaires sont toujours considérés comme gravement blessés et reçoivent les meilleurs soins médicaux possibles", a-t-il ajouté

WASHINGTON: Environ 140 militaires américains ont été blessés depuis le début de la guerre en Iran, a annoncé mardi le Pentagone.

"La grande majorité de ces blessures étaient légères, et 108 (militaires) ont déjà repris du service", a déclaré le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, dans un communiqué.

"Huit militaires sont toujours considérés comme gravement blessés et reçoivent les meilleurs soins médicaux possibles", a-t-il ajouté.

 

 


Détroit d'Ormuz: Washington dément finalement avoir escorté un pétrolier

Confusion à Washington: la Marine américaine n'a encore escorté aucun navire dans le détroit d'Ormuz, a rectifié mardi la Maison Blanche, après qu'un ministre de Donald Trump eut indiqué l'inverse, provoquant de grands mouvements sur les marchés. (AFP)
Confusion à Washington: la Marine américaine n'a encore escorté aucun navire dans le détroit d'Ormuz, a rectifié mardi la Maison Blanche, après qu'un ministre de Donald Trump eut indiqué l'inverse, provoquant de grands mouvements sur les marchés. (AFP)
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  • "Je peux confirmer que la Marine américaine n'a escorté aucun pétrolier ni aucun navire à l'heure actuelle" dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole, a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt
  • De quoi "nous assurer que le pétrole continue d'affluer vers les marchés mondiaux", déclarait M. Wright dans sa publication sur X

WASHINGTON: Confusion à Washington: la Marine américaine n'a encore escorté aucun navire dans le détroit d'Ormuz, a rectifié mardi la Maison Blanche, après qu'un ministre de Donald Trump eut indiqué l'inverse, provoquant de grands mouvements sur les marchés.

"Je peux confirmer que la Marine américaine n'a escorté aucun pétrolier ni aucun navire à l'heure actuelle" dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole, a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, lors d'une conférence de presse.

Quelques minutes plus tôt, Chris Wright, ministre de l'Energie, avait publié puis supprimé un message accompagné d'une vidéo annonçant qu'une première traversée avait été rendue possible grâce à l'appui militaire américain.

De quoi "nous assurer que le pétrole continue d'affluer vers les marchés mondiaux", déclarait M. Wright dans sa publication sur X.

Dans un message transmis à l'AFP, le ministère de l'Energie a justifié la suppression du message au motif que la vidéo partagée "avait été incorrectement sous-titrée par (son) personnel".

Quelques jours plus tôt, Chris Wright avait déclaré que la Marine américaine escorterait les navires marchands tentant de passer par le détroit d'Ormuz "dès que ce sera raisonnable".

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique d'Iran, ont de leur côté assuré mardi qu'aucun navire militaire américain n'avait "osé" s'approcher du détroit d'Ormuz.

Ces signaux contradictoires ont chamboulé les marchés.

Déjà orientés en baisse, les cours du pétrole ont plongé de plus de 15% après le message de M. Wright, les investisseurs espérant que les millions de barils bloqués dans le Golfe depuis une dizaine de jours puissent approvisionner le reste du monde.

Le démenti américain a tempéré cet enthousiasme, les prix de l'or noir reculant finalement d'un peu plus de 11% à la clôture.

Trafic paralysé 

En réponse aux frappes américano-israéliennes visant le pays depuis une dizaine de jours, les Gardiens de la Révolution cherchent à bloquer le trafic dans le détroit d'Ormuz, l'un des corridors commerciaux les plus cruciaux au monde.

Environ 20% de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL) transitent par ce détroit coincé entre le sultanat d'Oman et l'Iran.

Depuis lundi dernier, plus d'une vingtaine de navires commerciaux ont été détectés franchissant le détroit d'Ormuz, après de premières attaques visant des navires, selon une analyse par l'AFP des données de MarineTraffic, parmi lesquels neuf pétroliers et deux navires-citernes destinés au transport du GNL.

C'est beaucoup moins qu'habituellement.

Le président américain, Donald Trump, a menacé de frapper l'Iran "beaucoup plus fort" si Téhéran "prenait le monde en otage" en bloquant l'acheminement de pétrole.

Il a aussi prévenu qu'il y aurait d'importantes conséquences militaires si l'Iran se décidait à miner le détroit d'Ormuz.

Des dizaines de navires sont toujours bloqués dans la région, craignant d'êtres ciblés par des attaques iraniennes mais aussi en raison des primes d'assurances prohibitives.

L'administration Trump a dégagé 20 milliards de dollars pour la réassurance des navires dans le Golfe, dans l'espoir d'encourager le trafic, sans grand succès pour le moment.

L'ONU Commerce et Développement (Cnuced) s'est inquiétée mardi des répercussions des perturbations du trafic maritime sur des secteurs comme l'énergie et les engrais, dont les prix se sont envolés.

L'organisation craint que les pays en développement en paient le prix fort.