L'éclectique Musée national de Niamey, «miroir» du Niger

Les squelettes de trois dinosaures dont le «terrible» Sarcosuchus Imperator, énorme crocodile de 11 mètres de long à la mâchoire et aux crocs impressionnants, découvert dans la région d'Agadez en 1966 par le paléontologue français Philippe Taquet (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 12 janvier 2021

L'éclectique Musée national de Niamey, «miroir» du Niger

  • Les écoles «se servent du musée comme un outil pédagogique» et il n'est pas rare de voir des classes entières de jeunes en uniformes se promener dans les allées
  • «Le musée est pour tous les Nigériens», assure le directeur, fier que ces jeunes visiteurs payent leur entrée et respectent l'institution

NIAMEY: Des dinosaures au nucléaire en passant par les hippopotames, l'artisanat ou la musique: l'éclectique Musée national du Niger (MNN) ou Musée Boubou Hama, qui est aussi un zoo, attire visiteurs de tout le pays, écoles, touristes étrangers mais aussi les enfants des rues qui y trouvent un lieu de détente. 
« C'est le miroir du Niger, son reflet socioculturel. Culture, histoire, archéologie, paléontologie... La partie zoo fait partie de cette tradition pluridisciplinaire. Ici, chaque Nigérien, quel que soit son niveau peut mieux comprendre son pays », affirme fièrement son directeur Haladou Mamane, rappelant qu' «une grande partie du public n'est pas allée à l'école ». 
Le Niger figure parmi les pays plus pauvres du monde, dernier du classement mondial de l'indice de développement humain. L'Etat subventionne le musée dont le budget annuel est de 327 millions de francs CFA (500 000 euros). 
Les écoles « se servent du musée comme un outil pédagogique » et il n'est pas rare de voir des classes entières de jeunes en uniformes se promener dans les allées. 
Ecrin de 24 hectares du centre de la capitale, le musée accueillait plus de 100.000 visiteurs par an avant la pandémie de coronavirus, mais les recettes permettent à peine de couvrir le tiers du budget. 
Le prix d'entrée est de 50 FCFA (moins de dix centimes d'euros). Un prix dont peuvent même s'acquitter les enfants-talibés. Ces enfants des rues confiés par leurs parents à un imam ou marabout sont censés apprendre le Coran avec ce précepteur mais passent généralement la plus grande partie de leur journée à mendier dans les rues, récipient en fer attaché autour du cou.

 « Voir les animaux » 

Ils sont nombreux à venir pour regarder les animaux ou s'amuser sur toboggans et balançoires, et se détendre loin des pots d'échappement qu'ils respirent entre les voitures aux carrefours 
Pieds nus - il a abandonné ses sandales près des jeux -, survêtement usé et sale, Ismael Mariama, 12 ans, observe un imposant lion faisant la sieste sur le dos pattes en l'air.  
« Je suis venu voir les animaux, j'ai payé 50 francs. J'ai quitté le quartier Yantala (quartier populaire du nord-ouest de Niamey) pour venir voir les animaux, les singes, les lions, les crocodiles. J'ai tout vu », se réjouit-il avant d'aller donner des biscuits à des singes tendant le bras à travers les barreaux.  
Il assure s'être aussi promené au centre de l'artisanat et être « intéressé par les chaussures en cuir ».  
« Le musée est pour tous les Nigériens », assure le directeur, fier que ces jeunes visiteurs payent leur entrée et respectent l'institution. 
Il assure que le musée « favorise l'unité nationale » et souligne que le centre artisanal, où une centaine de personnes travaillent et vendent leurs produits, regroupe toutes les ethnies. 
Peintures, tableaux, statuettes en bronze, figurines en fer ou en bois... il y en a pour les touristes mais aussi pour la vie quotidienne, de la poterie aux ceintures ou cartables. 
 

Sarcosuchus Imperator 

« C'est un peu dur avec le coronavirus mais, le musée c'est une bonne chose pour nous », affirme Ali Abdoulaye, spécialiste du cuir, »les gens voient notre travail. Aujourd'hui, on décourage l'artisanat avec les produits chinois moins chers. Mais tu paies un sac et quelques jours après ça se déchire ». 
A quelques mètres du grand hall, une des attractions du musée: les squelettes de trois dinosaures dont le « terrible » Sarcosuchus Imperator, énorme crocodile de 11 mètres de long à la mâchoire et aux crocs impressionnants, découvert dans la région d'Agadez en 1966 par le paléontologue français Philippe Taquet. 
Selon la légende, M. Taquet, découvreur d'autres dinosaures, se serait rendu au Niger invité par des géologues à la recherche d'uranium dont regorge le sous-sol du Niger (4e producteur mondial). Une des principales ressources du pays, l'uranium y alimente fantasmes et polémiques depuis des années.  
Non loin des dinosaures, se trouve justement le pavillon de l'uranium, financé par Orano, anciennement Areva et descendant de la Cogema. On y explique l'exploitation de l'uranium et son utilité.
A côté, la China National Petroleum Corporation (CNPC) a financé un pavillon du pétrole, récemment exploité au Niger, avec une énorme maquette de la raffinerie de Zinder (sud), inaugurée en 2011. 
Deux bâtiments high-tech qui contrastent avec les poussiéreux pavillons des costumes ou de l'archéologie et ses pièces de l'âge de pierre. 
Fondé juste avant l'indépendance, le musée va être rénové et agrandi en 2021 grâce notamment à des bailleurs de fonds internationaux. La partie zoo, qui compte 111 espèces, bénéficiera de l'essentiel de l'extension avec une »amélioration des conditions de vie » des animaux mais toujours avec le même esprit de voir cohabiter « faune et culture ».   


La première musulmane dans une émission britannique sur les SAS: entre fierté et conflit culturel

Shireen Khan, une entrepreneure en esthétique et en technologie de Londres, a été choisie parmi des milliers de personnes comme l'une des recrues de la série pleine d'action «SAS Who Dares Wins (SAS Qui Ose Gagne)» (Photo, Channel 4)
La sixième saison de «SAS Who Dares Wins» a commencé à être diffusée dimanche sur la chaîne britannique Channel 4. (Photo, Channel 4)
Shireen Khan, une entrepreneure en esthétique et en technologie de Londres, a été choisie parmi des milliers de personnes comme l'une des recrues de la série pleine d'action «SAS Who Dares Wins (SAS Qui Ose Gagne)». (Photo, Channel 4)
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  • La passionnée de fitness Shireen Khan dit que «SAS Who Dares Wins» l'a mise dans des situations inconfortables, liées à sa foi et à son éducation
  • L'entrepreneure d'origine pakistanaise a confié que ses parents ne voulaient pas qu'elle participe à l’émission et partage la chambre et les toilettes avec des hommes

LONDRES: La première femme musulmane à participer à une émission de télévision britannique populaire, dans laquelle les candidats sont confrontés à des défis par d'anciens membres des Forces spéciales, a décrit à la fois sa fierté d’y participer, mais également les «situations difficiles» auxquelles elle a été confrontée, liées à sa foi et à son éducation.

Shireen Khan, une entrepreneure en esthétique et en technologie de Londres, a été choisie parmi des milliers de personnes comme l'une des recrues de la série pleine d'action «SAS Who Dares Wins.»

La sixième saison, qui a commencé à être diffusée dimanche sur Channel 4, met en scène une équipe d'élite d'anciens soldats des Forces spéciales qui soumettent 21 hommes et femmes à une série d'exercices physiques et mentaux éprouvants conçus pour refléter la sélection du Special Air Service (SAS).

«Beaucoup de gens pensaient que je n'allais pas participer à l'émission ou même passer leurs tests de condition physique», a déclaré Khan à Arab News à propos du processus d'inscription. «À un moment donné, je me suis dit que je n’allais pas les réussir, parce qu’ils étaient très difficiles.»

Pour participer à l'émission, les concurrents doivent être capables de faire 44 pompes en une minute et demie, et de courir 1,9 km en neuf minutes.

Khan, 28 ans, a reçu un appel lui annonçant qu'elle était l'une des recrues finales, mais ses parents n'étaient pas très heureux, ce qui a représenté pour elle un «vrai conflit.»

«Ma mère me disait quelque chose comme, tu es une fille musulmane et comment penses-tu participer à cette émission, alors que tu vas dormir à côté d’hommes, aller aux toilettes, et toutes ces choses, et si tu y participes, je vais pratiquement te renier», a confié Khan à Arab News.

Pour Khan, c'était «une opportunité unique dans la vie», même si c'était «une situation très délicate.»

«Des femmes musulmanes veulent faire partie du SAS ou de l'armée, parce que c'est leur passion, et la grande question est de savoir si c’est quelque chose qu'elles peuvent faire en accord avec l'Islam».

Depuis lors, son père a changé d’avis grâce à sa réussite et à la reconnaissance de ses valeurs, alors que sa mère ne l'a pas fait. Cependant, au moment de l'interview, ils ne l’avaient toujours pas vue dans la série télévisée.

Dans l'émission, les hommes et les femmes partagent des toilettes ouvertes et dorment dans des lits de camp de l'armée dans la même pièce. Ils se changent également ensemble.

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La sixième saison de «SAS Who Dares Wins» a commencé à être diffusée dimanche sur Channel 4 au Royaume-Uni. (Channel 4)

 

«J’ai été très constipée, parce que mentalement, ce n'est pas quelque chose auquel je suis habituée, alors que beaucoup d'autres recrues ont fait du scoutisme et ont campé dans la nature depuis leur plus jeune âge, et ont ainsi connu ce genre de choses. Elles n'ont pas perçu cela comme un choc de cultures», a précisé Khan. «Alors que moi, j’ai été élevée dans une famille musulmane d’une certaine façon, très stricte, et je ne pouvais donc physiquement pas aller aux toilettes.»

À un moment donné, ils sont retournés au camp et se sont lavés avec de l'eau glacée pour nettoyer la boue et la saleté, et on leur a dit de se déshabiller et de porter leurs habits secs.

«Cela signifiait que tout le monde devait se déshabiller, et en ce qui me concernait, j'ai simplement dit non», a raconté Khan. Au lieu de cela, elle a porté ses habits secs sur ses vêtements mouillés, ce qui a poussé les membres de l’équipe de l'émission à l’avertir qu'elle risquait une hypothermie.

«C'était une situation très inconfortable et ce que vous voyez à la télévision et en réalité ne montre absolument rien de ce qu'ils vous font subir, ils n'ont littéralement mis que quelques extraits, mais vous subissez constamment ce traumatisme derrière les caméras.»

Un autre problème auquel elle a été confrontée était que l'émission ne proposait pas de nourriture halal.

Les femmes n'ont été autorisées à postuler pour le vrai SAS que depuis 2018.

Khan n'est pas la première Musulmane à participer à l'émission télévisée. Au cours de la deuxième saison, Mohammed Abdul Razak, d'origine irakienne, qui a atteint l’étape finale, avait l'habitude de prier cinq fois par jour au moment de l'émission.

Celle-ci a été filmée dans une région isolée de l'Écosse, où les forces spéciales britanniques effectuent la plupart de leurs entraînements difficiles.

Malgré tous ses efforts, Khan a été la première à être éliminée lors de la première activité, où les candidats ont dû parcourir 2,2 kilomètres dans une montagne, en portant 18 kilos sur le dos, car elle et un autre concurrent auraient été un handicap dans une vraie zone de guerre, selon les juges.

Les concurrents ont souvent un passé douloureux, qui leur a donné la force de changer leur vie.

«Depuis que je suis jeune, j'ai été victime d'intimidation à l'école, je n'étais pas l'une des plus belles filles, j'avais de la moustache, étant d'origine pakistanaise, j'étais extrêmement poilue et c'était l'un des motifs pour les autres élèves de me harceler et me frapper dans la cour de récréation», a confié Khan.

Elle souffrait de problèmes de confiance en soi, ce qui la faisait manger à l’excès et prendre du poids. Elle a également traversé une période très difficile avec le divorce de ses parents, et a grandi sans beaucoup d’argent.

Elle a changé sa vie pour avoir la meilleure forme physique possible et elle est passée de «la pauvreté à la richesse», en suivant une formation d'infirmière avant de créer une chaîne de centres de beauté à Londres.

«J'ai parcouru un long chemin et ... il m'a fallu beaucoup de temps pour le faire, mais je suis un pur exemple du fait que, lorsque vous décidez d’accomplir quelque chose, vous êtes capable de le faire.»

Shireen Khan, une entrepreneure en esthétique et en technologie de Londres, a été choisie parmi des milliers de personnes comme l'une des recrues de la série pleine d'action «SAS Who Dares Wins» (SAS Qui Ose Gagne). (Photo fournie)

Khan a participé à l'émission parce qu'elle voulait faire l'expérience du vrai SAS et de l'armée, «qui effectuent réellement cela au quotidien juste pour nous protéger, et pour que nous dormions paisiblement la nuit. En sortant de la série, ils avaient toute mon admiration, et je n'ai tout simplement pas de mots pour décrire ce qu’est leur quotidien, c'est un véritable honneur.»

Khan ne pense pas être capable de faire carrière dans le SAS parce qu'elle a découvert dans l'émission qu'elle avait des limites physiques et mentales. Pesant 51 kg, Khan mesure 157 cm et a dit qu'elle était physiquement incapable de rivaliser avec les hommes dans certaines tâches.

«Cela a définitivement changé ma façon de voir la vie en général, et je fais face à de nouveaux défis», a-t-elle déclaré.

Khan a affirmé qu'elle prévoyait maintenant de se concentrer sur son entreprise et son travail caritatif «et de donner en retour aux autres d'une manière différente.»

Khan dirige une organisation caritative appelée Carrott Kids, qui a aidé à la reconstruction, dans un village isolé du Pakistan, d’une école accueillant 100 enfants, endommagée par le tremblement de terre. Le nouveau bâtiment scolaire a ouvert ses portes en mars.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur arabnews.com

 


Khair pour tous, une organisation caritative saoudienne célèbre un nouveau ramadan réussi

L'équipe de Khair pour tous transporte des paquets de produits alimentaires indispensables qui seront distribués tous les mois aux familles, dans la banlieue moins privilégiée de Djeddah (AN/Zaid Khashogji)
L'équipe de Khair pour tous transporte des paquets de produits alimentaires indispensables qui seront distribués tous les mois aux familles, dans la banlieue moins privilégiée de Djeddah (AN/Zaid Khashogji)
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  • Le jeune fondateur, Abdelmajid Hashem, a choisi d’appeler son association Khair, un terme arabe qui signifie le bien, le bien-être, les bénédictions, et la bienveillance
  • La préparation d’un panier mensuel avec des produits de première nécessité est devenue l'activité principale de cette association de bienfaisance, qui s’est rapidement retrouvée à travailler avec les écoles locales

DJEDDAH: Alors que le ramadan touche à sa fin, une association caritative constituée de membres d’une famille et d’amis a célébré la réussite de sa neuvième année consécutive d'activités, avant les festivités de l'Aïd. 

Abdelmajid Hashem, 25 ans, le fondateur de l'association caritative Khair pour tous, basée à Djeddah, a expliqué à Arab News comment sa famille et ses amis ont participé en donnant un coup de main en ce mois sacré. 

Tout en s'efforçant de s'imprégner de l'esprit du ramadan dès l'âge de 16 ans, Hashem, né à Djeddah, s’est rendu compte que les organisations caritatives locales dans sa région comptaient trop de bénévoles. Sachant toutefois qu'il n'y a pas de limites au bien qui peut être fait, il a fondé sa propre association caritative. 

Hashem a choisi d’appeler son association Khair, un terme arabe qui signifie le bien, le bien-être, les bénédictions et la bienveillance. 

«Nous avons commencé vers 2012 avec un petit groupe de mes cousins ​​et amis. Au départ, nous avons distribué des repas pour l’iftar sayim», explique Hashem à Arab News

L’iftar sayim est l'acte caritatif consistant à fournir des repas préparés, généralement des dattes, de l'eau, du lait caillé et un sambosa, aux musulmans pendant le ramadan lorsqu'ils rompent leur jeûne. 

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Un mois de produits alimentaires indispensables disposés en lots avant l'emballage et la distribution (Zeina Sweidan) 

«Cette petite opération a pris de l’importance, et le nombre de bénévoles et d’efforts accomplis a rapidement augmenté. L’organisation s’est naturellement développée», raconte-t-il. 

Hashem et son équipe ont acheté des repas iftar sayim avec leur propre argent, et ils ont commencé à les distribuer dans la banlieue de Djeddah. Ils se sont rapidement retrouvés dans une routine quotidienne dont ils ne pouvaient plus se passer. 

«Se réunir ici tous les jours, mettre en place les paquets et les distribuer nous-mêmes a vraiment été un lien fort entre les membres de notre groupe», assure-t-il. «Nous apprécions vraiment cette activité, qui est devenue pour nous une partie très importante de notre ramadan.» 

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Une banlieue moins privilégiée de Djeddah recevant des paquets mensuels Khair pour tous (Hussain Abedi) 

La crise sanitaire mondiale en 2021 n’a pas fait obstacle à la vision de l’association caritative. Alors que des arrangements ont dû être organisés et des précautions prises, l’adaptation a été rapide, et a apporté les changements nécessaires pour un nouveau ramadan réussi. 

La Vision 2030 de l’Arabie saoudite a joué un rôle dans la mobilisation des jeunes, selon le fondateur de Khair pour tous. «J'ai l'impression qu'avec cette nouvelle direction un plus grand nombre de mes amis ont été davantage disposés à faire du bénévolat», précise-t-il. 

«J'ai vraiment remarqué nettement plus d'enthousiasme et d'énergie ces dernières années, et je pense que c’est intimement lié à la direction du pays.» 

Khair pour tous ne se fixe aucune limite sur les lieux ni sur la façon dont elle peut être utile. Elle s'est donc engagée dans des projets plus durables dont les effets seront visibles dans les années à venir. 

Si l’iftar sayim est ce qui a motivé la création de Khair pour tous, Hashem et son équipe ont découvert en 2014 qu'il existait d’autres moyens d'aider la communauté, au-delà de l’aider à rompre le jeûne. 

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Les bénévoles de Khair pour tous déposent les paquets mensuels de produits alimentaires essentiels à l'arrière de leur voiture, juste avant la prière du Maghreb, le moment où les musulmans rompent le jeûne (AN/Zaid Khashogji) 

«Par la suite, nous avons commencé à distribuer des paquets mensuels», affirme le fondateur de l’association. «Nous avons compris que les familles avaient besoin de quelque chose de plus stable, qui leur permettrait de ne pas avoir à se soucier de savoir comment arriverait leur nourriture le mois suivant.» 

Depuis, la préparation d’un panier mensuel comprenant des produits de base et de première nécessité est devenue l'activité principale de cette association de bienfaisance, qui s’est rapidement retrouvée à travailler avec les écoles locales. 

«Nous aimons avoir un impact plus durable dans les endroits où nous intervenons, plutôt que de simplement fournir un repas puis de rentrer chez nous», explique encore Hashem. «Nous voulons offrir aux communautés quelque chose que nous pouvons voir grandir nous-mêmes, et c'est pourquoi nous nous concentrons vraiment beaucoup sur l'éducation.» 

Hashem et son équipe ont commencé à mettre en commun des fonds chaque année pour améliorer l'état des écoles pauvres de Djeddah. 

«La Vision 2030 met l'accent sur une grande partie du pouvoir que les jeunes peuvent avoir», souligne Hashem. «Nous pensons que tout ce que nous pouvons faire pour donner aux écoles un meilleur environnement d'apprentissage pour les enfants est une façon d'avoir un impact plus durable», assure-t-il. 

«Nous faisons beaucoup de travail pour obtenir de nouvelles chaises, pour peindre, et pour fournir une connexion Internet, et j'espère que nous pourrons continuer à mettre en place plus de projets comme ceux-là à l'avenir.» 

Hashem estime qu'une communication plus directe avec les membres de la communauté est nécessaire pour aborder les véritables problèmes fondamentaux, plutôt que de prendre des mesures en se basant sur des hypothèses. 

«Nous concentrons notre énergie sur les besoins exprimés par les bénéficiaires. Parler à tout le monde, et apprendre à bien connaître les gens, cela permet de résoudre les problèmes réels des plus démunis», conclut le fondateur de l’association.  

Ce texte est la traduction d’un article paru sur arabnews.com 


Aziza Nait Sibaha: «Nous voulons mettre en avant les exploits sportifs féminins dans la région Mena»

Aziza Nait Sibaha (Photo, Fournie)
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  • «Il existait un manque flagrant de modèles auxquels les petites filles qui rêvent de sport pouvaient s’identifier»
  • Taja a pour ambition de s’adresser aujourd’hui à près de 220 millions de femmes et de jeunes filles de la région Mena

Journaliste, présentatrice et rédactrice en chef à France 24, enseignante à Sciences Po Paris et fondatrice du cabinet de conseil Lead up, Aziza Nait Sibaha multiplie les projets, avec succès. Le dernier en date, Taja, est le premier magazine qui se consacre à la pratique sportive féminine dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena). En ligne et gratuit, il a pour objectif de promouvoir le sport auprès des jeunes filles et des femmes de la région. 

Arab News en français a rencontré à Paris cette journaliste qui milite depuis de longues années pour la cause féminine, le women empowerment («autonomisation des femmes»), notamment dans le monde arabe. 

D’où vient le nom du magazine et de la plate-forme en ligne Taja

Taja veut dire «la couronne» en langue arabe. Le mot existe également au masculin: Taj. Toutefois, si le masculin du mot est familier à beaucoup de gens, son féminin est largement ignoré. C’est un peu comme le sport: que sa pratique soit masculine ou féminine, cela reste du sport. Pourtant, le public connaît davantage le sport masculin que le sport féminin. La plate-forme Taja est là pour rétablir l’équilibre et rappeler que le sport n’a pas de genre. Le choix du mot «Taja» pour son titre est donc approprié, car il représente ce pour quoi nous nous battons aujourd’hui. 

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Hend Sabri marraine du 1er numéro (Photo, Fournie)

Journaliste, présentatrice et rédactrice en chef à France 24, vous êtes également à la tête du cabinet de conseil Lead up, et vous venez de lancer Taja, un nouveau projet de média bilingue exclusivement consacré au sport féminin dans le monde arabe. Comment est-il né? 

Taja est né de plusieurs facteurs. Depuis quelques années, je discutais avec une amie journaliste de l’idée qui consistait à lancer un magazine féminin différent de l’offre qui existe actuellement sur les marchés, et qui casse les idées reçues selon lesquelles les femmes ne s’intéressent qu’à la mode et aux voyages. Puis est arrivée la pandémie de Covid-19 et le confinement, et ma réflexion s’est accélérée. L’une des idées sur la table était le sport; j’étais confortée dans ce choix par le fait que, dans l’émission Daif wa massira [un magazine politique créé en 2017, NDLR], j’avais reçu beaucoup de sportives qui parlaient des mêmes difficultés: leurs exploits étaient peu médiatisés, même lorsqu’ils étaient reconnus au niveau international, et les sponsors leur manifestaient peu d’intérêt. Surtout, il existait un manque flagrant de modèles auxquels les petites filles qui rêvent de sport pouvaient s’identifier. En discutant avec des amis, devenus ensuite mes premiers associés, l’idée de la plate-forme Taja s’est donc imposée à nous. Cela a été l’occasion pour moi de mettre à profit mes vingt-cinq années d’expérience journalistique ainsi que de solliciter mon réseau et mes contacts dans la région Mena. 

Pourquoi lancer un média exclusivement consacré au sport féminin dans la région Mena? 

La problématique du peu de médiatisation du sport au féminin est mondiale, mais les mentalités ont commencé à bouger sérieusement depuis la Coupe du monde de football féminin organisée en France en 2019. Or, les pays arabes étaient totalement absents de cette compétition. 

Étant d’origine marocaine, et travaillant sur l’antenne arabophone de France 24, je connais bien cette région du monde et je savais qu’il n’y avait aucune offre médiatique sur la thématique du sport et des femmes. 

Pourtant, un bon nombre d’initiatives de ce genre existaient déjà ailleurs dans le monde. Taja a pour ambition de s’adresser aujourd’hui à près de 220 millions de femmes et de jeunes filles de cette région. Par ailleurs, étant donné qu’une partie d’entre elles n’a pas accès à l’éducation, notre offre éditoriale écrite se trouve complétée par une offre vidéo et par des podcasts qui s’adressent à toutes. 

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Portrait de Ray Bassil (Photo, Fournie)

À votre avis, dans quelle mesure ce magazine contribuera-t-il à favoriser et à encourager l’épanouissement des femmes arabes à travers le sport? 

Le magazine Taja n’a pas la prétention de palier à lui seul le manque que l’on constate aujourd’hui, mais il a pour objectif de jouer un rôle afin de mettre en avant dans la région les exploits sportifs féminin, qui méritent autant d’attention que la pratique sportive. C’est une première action destinée à reconnaître ces championnes, à faire découvrir leurs parcours et à donner aux jeunes filles l’occasion de rêver et de se projeter en découvrant des carrières sportives féminines. 

En outre, notre ambition est de mettre en lumière des initiatives d’autonomisation économique de femmes par le sport, de présenter des exemples de réussite de femmes d’affaires dans le secteur sportif, car le sport peut être également un outil de développement.  

En faisant la promotion du sport auprès des femmes en général, nous voulons par ailleurs que ces dernières se réapproprient leurs corps et qu’elles s’imposent, à travers la pratique sportive, dans l’espace public. Les femmes doivent quitter le banc de touche pour jouer pleinement leur rôle sur le terrain. Et, si elles arrivent à le faire grâce au sport, elles y parviendront dans d’autres domaines. 

Enfin, nous mettons en avant des profils de femmes qui sont journalistes dans le domaine du sport, car c’est un domaine où l’expertise féminine existe depuis des décennies et qui, pourtant, reste majoritairement masculin. Il est donc grand temps de mettre en évidence cette expertise. 

C’est à travers ces actions que Taja pourra faire évoluer les mentalités et promouvoir l’épanouissement comme l’autonomisation des femmes par le sport. 

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Portrait de Najwa Awan (Photo, Fournie)

Aujourd’hui, le magazine est bisannuel. Comptez-vous accélérer sa fréquence de publication? 

En effet, si le site tajasport.com est actualisé à un rythme hebdomadaire, le magazine, pour sa première année, est bisannuel. Mais nous avons pour projet de changer sa périodicité chaque année et de passer à un rythme trimestriel dès l’année prochaine. Il devrait ensuite devenir bimestriel pour devenir mensuel à l’horizon 2025. 

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Portrait de Hiba Yousifi (Photo, Fournie)

Quel message aimeriez-vous transmettre aujourd’hui? 

Le message que nous voulons transmettre à travers Taja est que le sport n’a pas de genre et que, si sa pratique revêt pour les femmes une importance primordiale au niveau de la santé, elle est encore plus importante pour l’affirmation de soi et pour notre place dans l’espace public. Dans la région Mena, des sportives ont réalisé des exploits incroyables dans toutes les disciplines. Des particuliers proposent également des initiatives très intéressantes pour promouvoir le sport auprès des femmes, qui méritent toute notre attention. 

J’invite vos lecteurs à se rendre sur tajasport.com afin de découvrir ces portraits de femmes inspirantes et de constater à quel point nos pays gagneraient aujourd’hui à miser sur le sport au féminin. J’adresse le même message aux sponsors et aux médias, qui se battent encore sur un marché saturé lorsqu’il s’agit des sportifs. Il y a des sportives incroyables, dont les parcours méritent vraiment d’être médiatisés: vous pouvez leur donner un coup de pouce, alors à vous de jouer!