Des informations non confirmées circulent au Liban selon lesquelles Tel Aviv aurait demandé au gouvernement libanais de dissoudre Hezbollah et de le désigner comme organisation terroriste — à la fois son aile politique et son aile militaire — après que le groupe a lancé lundi des missiles sur Israel. Israël aurait menacé de viser des installations et infrastructures clés si Beyrouth refusait. Le gouvernement s’est empressé d’interdire les activités militaires du groupe, mais l’armée israélienne a tout de même envahi le pays. Un scénario qui rappelle celui de 1982.
Depuis un certain temps, Israël préparerait le terrain pour une guerre civile au Liban. Un tel conflit rendrait une invasion israélienne beaucoup plus facile, surtout si Israël se rangeait du côté de l’une des factions. Pour commencer, Israël a imposé des conditions très dures au Liban lors des négociations de cessez-le-feu en 2024. Même avant d’entamer les discussions, Israël avait déjà donné le ton des divisions internes. Le Liban et Israël ont annoncé le cessez-le-feu le 27 novembre 2024. Depuis, Israël l’aurait violé plus de 10 000 fois. Parallèlement, Israël et les États-Unis ont refusé d’offrir au Liban ou au Hezbollah la moindre garantie.
Tel Aviv a exigé le désarmement du Hezbollah, sans toutefois s’engager à cesser ses raids au Liban si cela se produisait. Cette situation a créé de fortes tensions dans le pays, ce qui correspondait à l’objectif d’Israël. Les opposants au Hezbollah ont continué à pousser le groupe à déposer les armes. Pourtant, ces armes — ou ce qu’il en reste — constituent son seul levier de négociation.
De nombreux comptes sur les réseaux sociaux attisent un affrontement entre les chiites et le reste des Libanais.
Dania Koleilat Khatib
Les États-Unis auraient pu désamorcer ces divisions internes en affirmant que, si le groupe déposait les armes, il pourrait fonctionner comme un parti politique ordinaire, que ses membres ne seraient pas ciblés par Israël et que ce dernier cesserait de bombarder le Liban. Mais Washington a maintenu cette ambiguïté, ce qui a considérablement affaibli le gouvernement.
Lorsque le Premier ministre Nawaf Salam s’est rendu dans le sud du pays le mois dernier, un homme lui a demandé quelles garanties l’État leur offrait. Le chef du gouvernement a répondu qu’il n’y en avait aucune. L’homme a alors demandé pourquoi le gouvernement demandait à la résistance de se désarmer alors que l’État ne garantissait aucune protection contre l’agression israélienne.
Israël voulait placer le Liban dans cette situation. De nombreux comptes sur les réseaux sociaux attisent un affrontement confessionnel entre la communauté chiite et le reste des Libanais. Ils affirment que la normalisation avec Israël serait le seul moyen de sauver les chrétiens du Liban. Il s’agirait d’une campagne orchestrée pour accroître les tensions entre le Hezbollah et le reste de la population.
Il faut revenir à l’année 1982 et à l’invasion israélienne du Liban. Israël avait envahi le pays au cœur d’une guerre civile entre les chrétiens et les musulmans qui soutenaient les factions palestiniennes combattant Israël depuis le territoire libanais. Israël avait alors mené une invasion brutale. C’est dans ce contexte qu’est né le Hezbollah. Le groupe est apparu comme une réaction à la brutalité israélienne et à la nécessité d’une résistance organisée face à une invasion dont la réponse libanaise était chaotique.
Aujourd’hui, Israël utiliserait la même stratégie : provoquer une guerre civile, puis intervenir facilement pour s’emparer de territoires et les qualifier de « zone tampon ». Israël et les États-Unis ont exercé une forte pression sur le gouvernement libanais. Selon mes sources, le commandant de l’armée aurait conseillé d’affronter l’armée israélienne lors de son invasion, tandis que Salam et le président Joseph Aoun auraient ordonné à l’armée de se retirer plutôt que de faire face aux envahisseurs. Ces ordres auraient probablement été donnés sous pression américaine. La logique serait qu’Israël entre, « nettoie » la zone et prenne ce qu’il veut comme zone tampon — achevant ainsi son objectif.
Israël utilise la même stratégie qu’en 1982 : provoquer une guerre civile puis entrer facilement pour s’emparer de terres et les appeler une zone tampon.
Dania Koleilat Khatib
Cependant, une invasion est précisément ce dont le Hezbollah a besoin pour renouveler sa légitimité. L’armée se retire face à Israël et se concentre sur la collecte des armes du Hezbollah, tandis que ce dernier combat les envahisseurs. Cela affaiblit totalement l’État et l’armée et renforce la crédibilité du groupe, accentuant les divisions existantes.
Israël souhaite que le Liban reste faible. Il n’a aucun intérêt à voir émerger un État libanais fort. Il veut maintenir le pays divisé. Dès 1954, l’ancien Premier ministre israélien David Ben-Gurion avait évoqué l’idée de diviser le pays et de créer un État chrétien maronite soutenu par Israël.
Ainsi, la situation imposée par Israël au Liban favorise la discorde nationale. Des conditions sévères ont été imposées : le Hezbollah ne peut pas les accepter et l’État ne peut pas les appliquer. Cela accroît également la colère des opposants au groupe, qui le tiennent pour responsable de la crise du pays. Dans tout cela, l’État apparaît incapable et réticent à agir.
La société libanaise est profondément polarisée. Certains considèrent Israël comme un moindre mal permettant d’éliminer le groupe. L’analyste Tony Boulos a même affirmé qu’« Israël a sauvé le Liban », au moment même où Israël bombardait le sud et la vallée de la Bekaa, tuant des Libanais. Malheureusement, certains Libanais détestent le Hezbollah plus qu’ils n’aiment le Liban, m’a confié un ami très critique envers le groupe.
Les Libanais devraient être conscients qu’Israël a des ambitions expansionnistes pour leur pays. Il souhaite maintenir le Liban divisé et son État affaibli. Le pays a besoin d’unité nationale. Malheureusement, le Liban ne dispose pas aujourd’hui d’une personnalité suffisamment forte pour rassembler la population. L’armée était l’institution en laquelle les citoyens avaient confiance. Mais alors qu’elle reçoit l’ordre de se retirer et de laisser Israël agir librement dans le sud, beaucoup commencent à douter. Des jours sombres attendent le Liban, rappelant fortement juin 1982.
Dania Koleilat Khatib est spécialiste des relations américano-arabes et plus particulièrement du lobbying. Elle est cofondatrice du Centre de recherche pour la coopération et la construction de la paix, une organisation non gouvernementale libanaise axée sur la Voie II.
NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com














