L’Occident doit faire preuve de tolérance zéro face au terrorisme soutenu par des États

Un policier se tient à l’intérieur d’un périmètre de sécurité près du lieu d’une attaque incendiaire contre la synagogue Kenton United. 19 avril 2026 (AFP)
Un policier se tient à l’intérieur d’un périmètre de sécurité près du lieu d’une attaque incendiaire contre la synagogue Kenton United. 19 avril 2026 (AFP)
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Publié le Vendredi 24 avril 2026

L’Occident doit faire preuve de tolérance zéro face au terrorisme soutenu par des États

L’Occident doit faire preuve de tolérance zéro face au terrorisme soutenu par des États
  • Des attaques contre des synagogues en Occident s’inscrivent dans une stratégie de déstabilisation liée à des acteurs étatiques
  • Une réponse ferme et une tolérance zéro sont nécessaires pour préserver la cohésion sociale et la sécurité

La criminalité au service de la discorde politique, des guerres et des conflits n’est pas nouvelle, du moins pas au cours des dernières décennies depuis que le monde est devenu un village global où les identités — nationales et religieuses — sont souvent accentuées dans des terres éloignées de celles d’où proviennent ceux qui s’y identifient ou les pratiquent.

Il est courant, pour ceux qui vivent au Royaume-Uni, de voir des drapeaux irlandais affichés à l’occasion de la Saint-Patrick. Et il n’est pas rare à Londres d’apercevoir la croix de Saint-Georges ou l’Union Jack lorsque l’équipe d’Angleterre joue. Mais les événements récents, notamment les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 contre Israël et la guerre israélienne à Gaza qui a suivi, ont vu émerger de nouveaux symboles dangereux. Ceux-ci mêlent activisme, sentiments nationalistes et identité religieuse, et s’affichent de manière alarmante dans les villes multiculturelles du monde occidental.

Il est désormais fréquent d’apercevoir, au Royaume-Uni et dans d’autres villes européennes, des drapeaux palestiniens, israéliens et, plus récemment, iraniens brandis non pas pour célébrer, mais pour provoquer. De même, des croix de Saint-Georges ont été hissées dans des villes et villages britanniques comme expression de la montée de l’extrême droite politique et de sa position antimigrants. Les symboles politiques et religieux deviennent malheureusement des moyens d’exprimer la dissidence, les différences et la discorde.

Les attaques contre des synagogues à Londres et ailleurs en Occident témoignent d’une tendance inquiétante. Elles s’inscrivent dans une campagne d’intimidation et de violence que beaucoup craignent liée à des représailles et à des règlements de comptes, et qui seraient instiguées par des acteurs étatiques. Elles visent à augmenter le coût des conflits en semant le chaos et l’insécurité et, surtout, à briser la cohésion sociale, la paix et l’ordre dans des sociétés multiculturelles.

Les attaques contre des synagogues en Occident visent à accroître le coût des conflits en semant le chaos et l’insécurité. 

                                                                Mohamed Chebaro

Jusqu’à présent, 15 personnes ont été arrêtées dans le cadre d’une série d’attaques à Londres depuis le 23 mars, lorsqu’un attentat incendiaire a visé quatre ambulances appartenant à une organisation caritative juive. Il est largement admis que ces attaques ont été menées en réponse à la guerre contre l’Iran menée par les États-Unis et Israël, qui a débuté le 28 février.

Les incidents à Londres incluent le ciblage de synagogues à Harrow et Finchley, une tentative d’utilisation de drones contre l’ambassade d’Israël et une attaque incendiaire contre les bureaux d’une chaîne de télévision d’opposition iranienne.

Harakat Ashab Al-Yamin Al-Islamia, un groupe obscur, a revendiqué certaines des attaques à Londres, ainsi que des actions visant une synagogue en Macédoine du Nord et un restaurant appartenant à des Juifs à Munich. Le même groupe avait auparavant revendiqué une série de tentatives d’attaques contre des cibles juives aux Pays-Bas, en Belgique et en France.

Les enquêteurs de la police britannique ont décrit les éléments criminels impliqués comme des mercenaires recrutés sur internet, utilisés par des commanditaires à distance ou des intermédiaires. Ceux qui sont payés pour commettre ces actes de violence ont été qualifiés « d’imbéciles ». La situation devient complexe et inquiétante lorsque des États commencent à recruter des résidents d’autres pays pour commettre des actes violents. La Russie avait déjà recruté des Britanniques pour mener une attaque au Royaume-Uni, notamment en utilisant un chat en ligne pour inciter un homme de 21 ans à incendier un entrepôt londonien servant à fournir de l’aide à l’Ukraine. Il a été reconnu coupable d’incendie criminel et condamné à 17 ans de prison pour l’attaque de 2024.

Ces dernières années, les gouvernements et services de renseignement occidentaux ont souvent mis en garde contre ce qu’ils appellent la guerre hybride ou les attaques déniables visant à semer le chaos. Ce phénomène est récemment devenu plus visible comme un nouveau front dans le théâtre des conflits. Le long bras du Kremlin, par exemple, a tenté de saper l’ordre public dans des pays qu’il considère comme ennemis, tels que la Pologne, l’Allemagne et le Royaume-Uni.

La situation devient complexe et inquiétante lorsque des États commencent à recruter des résidents d’autres pays pour commettre des actes violents.

                                                  Mohamed Chebaro

Les nations occidentales ont à plusieurs reprises affirmé que la Russie et l’Iran ont planifié, financé et dirigé des attaques menées par des criminels rémunérés afin de perturber, détourner l’attention et causer des dommages — augmentant ainsi la pression politique sur leurs adversaires où qu’ils se trouvent.

Le conflit avec l’Iran n’a pas encore débordé au point de susciter de grandes inquiétudes en Europe. Mais la tension est clairement perceptible dans diverses communautés, avec une augmentation des actes criminels motivés par des considérations politiques et idéologiques, qui, cumulés, suscitent l’inquiétude, voire la panique.

L’opinion publique à travers l’Europe a montré une forte réticence face à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, tandis que la plupart des gouvernements la considèrent comme une guerre de choix plutôt qu’une nécessité, malgré le bilan négatif du régime iranien. Mais ces attaques apparemment soutenues ou inspirées par l’Iran contre des cibles israéliennes et juives en Occident pourraient entraîner des frictions sociales et des divisions communautaires, une perspective grave et dangereuse.

Il est clair que le ciblage des synagogues au Royaume-Uni et ailleurs n’est pas différent des attaques iraniennes contre des pays arabes voisins dans la région du Golfe. Elles semblent faire partie d’un effort concerté visant à montrer que Téhéran peut non seulement riposter militairement, mais aussi saper la paix, ainsi que l’ordre et la sécurité ailleurs.

Les attaques contre des cibles juives, de l’Australie à Londres, ne sont pas isolées et révèlent donc une attitude inquiétante qui doit être traitée. Des efforts doivent être déployés pour protéger les cibles potentielles et une politique de tolérance zéro doit être adoptée. Notre monde est globalisé, tout comme les conflits et leurs répercussions. Les attaques visant une communauté à Londres doivent inciter à rejeter les actes de terrorisme d’État. Les alternatives seraient coûteuses et dommageables pour les États et les sociétés dans ce monde turbulent et conflictuel. 

Mohamed Chebaro est un journaliste libano-britannique qui a plus de 25 ans d'expérience dans les domaines de la guerre, du terrorisme, de la défense, des affaires courantes et de la diplomatie.

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com