Le Liban cherche la raison là où le Hezbollah impose la force

Le président Aoun, dans son interview, a rappelé à tous qu'il existe une autre voie vers un Liban stable et prospère. (AFP)
Le président Aoun, dans son interview, a rappelé à tous qu'il existe une autre voie vers un Liban stable et prospère. (AFP)
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Publié le Vendredi 16 janvier 2026

Le Liban cherche la raison là où le Hezbollah impose la force

Le Liban cherche la raison là où le Hezbollah impose la force
  • Un an après son arrivée au pouvoir, Joseph Aoun a contribué à éloigner — temporairement — le risque d’une guerre totale avec Israël, tout en plaidant pour le désarmement des milices
  • Malgré des signaux économiques encourageants, la reconstruction de l’État libanais et les réformes structurelles restent un chantier immense et fragile

Lentement mais sûrement, plus d’un an après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël, le Liban avance à petits pas vers une forme de normalité. Et ce, malgré le fait que la guerre ne soit pas encore totalement terminée.

Lentement, le nouveau président, Joseph Aoun, et le gouvernement du Premier ministre Nawaf Salam tentent de reprendre le contrôle de l’État. Depuis plus de trente ans, le Liban a été pris en otage par un État dans l’État, dans lequel chaque décision politique, économique ou sociale devait être calibrée en fonction des multiples intérêts de la milice dominante du Hezbollah, soutenue par la Syrie jusqu’à la chute du régime Assad, et par l’Iran.

Lentement aussi, les Libanais s’autorisent à espérer. Cela se reflète dans un regain de positivité quant à l’avenir parmi une population meurtrie, qui espère encore retrouver un minimum de paix, de stabilité et l’apparence d’un État fonctionnel, afin que les réformes, un approvisionnement électrique fiable et les services de base reviennent dans un pays brisé.

« Lentement » est le mot le plus sûr pour décrire le bilan du président Aoun après une année au pouvoir, lui qui a pris ses fonctions le 9 janvier 2025, alors que les drones et avions de chasse israéliens achevaient une opération de deux mois visant des positions du Hezbollah au Liban.

Aoun, dans un entretien marquant sa première année à la présidence, a souligné la nécessité pour le Liban de retirer toutes les armes des mains des groupes opérant en dehors du cadre légal de l’État. Il a insisté sur le fait que l’usage de la force devait, comme dans tout État normal, être monopolisé par les institutions des forces armées nationales et de la sécurité de l’État.

Les Libanais espèrent encore retrouver un minimum de paix, de stabilité et l’apparence d’un État fonctionnel. 

                                        Mohamed Chebaro

Il a expliqué que l’existence d’armes entre les mains du Hezbollah — sans nommer explicitement le groupe — était devenue un fardeau pour la stabilité et la sécurité du pays dans son ensemble. Aoun a ajouté qu’il s’agissait également d’un fardeau pour les communautés qui soutiennent la milice, en particulier dans le sud et l’est du Liban, affirmant que ces armes n’avaient plus de rôle dissuasif et que le moment était désormais venu de laisser le pouvoir de la raison prévaloir sur la logique de la force.

Le message d’Aoun, espère-t-on, sera lentement assimilé par la milice du Hezbollah alignée sur l’Iran et marquera, à terme, la fin de la route pour les combats qu’elle a décidé d’adopter unilatéralement comme casus belli. Elle doit aussi cesser d’utiliser les postures internes et externes comme moyen d’extraire des dividendes pour le régime iranien, lui-même sous pression pour abandonner la révolution perpétuelle qui a appauvri l’Iran et déstabilisé de nombreux pays de la région.

Le président libanais a rappelé dans son entretien qu’il existe une voie alternative vers un Liban stable et prospère, d’autant plus que les dynamiques géopolitiques au Moyen-Orient et dans le monde sont en mutation. Cela pourrait être réalisé si Beyrouth renouait avec la neutralité et refusait de laisser son territoire servir de plateforme pour menacer la stabilité d’autres pays — comme cela a été le cas au cours des cinquante dernières années.

S’il est un point sur lequel tout le monde — ou disons au moins 80 % des Libanais — s’accorde, c’est le désarmement des milices et le désengagement des conflits, car la population ne veut pas de la guerre. Aoun a évoqué, dans son entretien, les efforts du gouvernement pour éviter la guerre à tout prix et donner une chance à la diplomatie, la guerre ayant déjà été tentée sans produire de résultats positifs. S’il y a une chose que ce président peut revendiquer après sa première année au pouvoir, c’est que le spectre d’une guerre totale avec Israël s’est éloigné — pour l’instant.

Cela ne signifie pas pour autant que le déploiement de l’armée libanaise au sud du fleuve Litani, à la suite de la guerre de deux mois entre Israël et le Hezbollah conclue par un cessez-le-feu en novembre 2024, a atteint tous ses objectifs. Certes, la première phase de collecte des armes a été accomplie, selon l’armée, et Israël reconnaît que ces efforts ont été encourageants, bien que « loin d’être suffisants ».

Ce que le président Aoun peut revendiquer après sa première année au pouvoir, c’est que le spectre d’une guerre totale avec Israël s’est éloigné — pour l’instant. 

                                  Mohamed Chebaro

Avec des moyens limités et une mission complexe, l’armée libanaise a renforcé ses positions au sud comme au nord du Litani et mène progressivement des opérations de confiscation d’armes, interrompant les opérations de contrebande qu’Israël affirme se poursuivre. Le Hezbollah n’a jamais caché ses efforts de réarmement.

Dans un tel contexte, il convient de considérer comme positives les initiatives d’Aoun et de son pays, pris entre la fureur d’un Israël déchaîné et l’intransigeance d’un Hezbollah inflexible. Le premier semble prêt, depuis les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, à déployer un niveau de force non sanctionné par le droit international humanitaire ou par quelque superpuissance que ce soit. Le second a été affaibli et durement frappé, mais demeure peu enclin à capituler, bien que sa direction ait été décapitée, ses forces dispersées et, surtout, ses lignes de soutien directes depuis l’Iran via l’Irak et la Syrie rompues depuis la chute du régime Assad, il y a plus d’un an.

Un an est trop peu pour juger les réalisations d’Aoun et de son gouvernement, tant la liste des priorités est longue et les contraintes tout aussi redoutables. Sanctuariser la cessation des hostilités est une chose, mais ressusciter des institutions étatiques incompétentes et fragmentées — souvent victimes de divisions, de corruption et de contrôle étranger — est une autre épreuve qui nécessitera du temps.

La direction du pays n’a même pas encore effleuré l’ampleur du travail requis pour mener les réformes politiques, économiques et sociales susceptibles d’apporter ne serait-ce que des résultats minimaux à la population. Dans un Liban précaire et volatil, ses dirigeants sont constamment entravés par les identités et loyautés fragmentées de ses différentes communautés religieuses et groupes ethniques, qui se disputent en permanence une part plus importante d’un gâteau extrêmement limité.

On espère que le Hezbollah et, en réalité, l’ensemble des Libanais, entendront l’appel d’Aoun à laisser le pouvoir de la raison prévaloir sur la logique de la force, en levant les obstacles qui entravent le chemin vers la paix et le changement. Ce n’est qu’à cette condition que la quête d’un Liban stable pourra aboutir.

Les premiers indicateurs sont prometteurs. Dans son entretien, le président a expliqué que la corruption avait reculé, sans toutefois être éradiquée. Les chiffres de la croissance, même préliminaires, oscillent autour de 5 % pour 2025, les recettes du Trésor sont supérieures d’environ 25 % aux prévisions, et les réserves en devises étrangères sont également en hausse, avec 2 milliards de dollars supplémentaires ajoutés au cours de l’année écoulée. 

Mohamed Chebaro est un journaliste libano-britannique qui a plus de 25 ans d'expérience dans les domaines de la guerre, du terrorisme, de la défense, des affaires courantes et de la diplomatie.

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com