Il ne cesse de m’étonner de voir à quel point les Libanais semblent ne jamais en avoir assez des discordes et des guerres. La mémoire collective des cinquante dernières années devrait pourtant les détourner de nouveaux conflits et effusions de sang qui ne profitent à personne, sinon à gaspiller des vies, des biens et l’indépendance du pays.
La scène de Libanais fuyant avec leurs effets personnels, quittant le sud du Liban théâtre de représailles israéliennes, est devenue presque routinière. Voir des voitures remplies de familles — personnes âgées, femmes et enfants — fuir des zones où des hostilités sont attendues, comme la banlieue sud de Beyrouth ou des localités au sud du Litani, est déchirant pour quiconque en est témoin.
Mais la direction d’un Hezbollah aujourd’hui extrêmement affaibli a, une fois de plus, rendu un mauvais service au Liban — un mauvais service au peuple et aux perspectives de paix et de stabilité d’un pays qui commence à peine à reconstruire les villages et villes détruits lors de la guerre Hezbollah-Israël de 2024. Ce conflit a rogné les ailes d’un groupe armé qui ne cache pas être formé, armé et encadré par le Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran, largement sanctionné.
Beaucoup au Liban estiment que, bien que risquée, la décision du gouvernement d’interdire les activités militaires du Hezbollah était attendue depuis longtemps.
Mohamed Chebaro
Je suis également frappé par la futilité de certains, prêts à sacrifier leur pays et sa prospérité pour une cause qui ne leur apportera probablement aucun bénéfice, ni moral ni matériel. Il s’agit simplement de venger l’assassinat d’un dirigeant religieux en Iran. Puis, une fois la poussière retombée, ils dénonceront encore l’inaction de l’État et l’insuffisance de l’aide gouvernementale. Mais ce sont les citoyens qui paient le prix des représailles israéliennes contre une milice qui a choisi de soutenir l’Iran dans son bras de fer avec les États-Unis et Israël.
Le gouvernement libanais a raison d’interdire enfin toutes les activités militaires du Hezbollah après l’ouverture de feu contre Israël à la suite de la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei.
Beaucoup au Liban estiment que, malgré les risques, cette décision était attendue depuis longtemps. Elle souligne le bouleversement de l’équilibre des forces depuis que le Hezbollah, autrefois dominant, a été durement frappé par Israël lors de la guerre d’octobre et novembre 2024. Ce conflit a redessiné le paysage politique d’un pays marqué par la guerre civile de 1975 à 1990.
Peu importe que l’aile militaire du Hezbollah ait agi en contradiction avec les engagements pris envers le gouvernement de ne pas s’ingérer dans la crise actuelle avec l’Iran. Peu importe aussi que cela révèle des divisions internes : la milice a déjà rompu ses promesses par le passé.
Le pouvoir en place depuis un an, sous la présidence de Joseph Aoun et le gouvernement de Nawaf Salam — premier exécutif en trente ans largement affranchi des influences syrienne ou iranienne — n’aurait pas pu prendre une décision aussi historique et audacieuse s’il ne bénéficiait pas d’un large soutien populaire. Plus de 80 % des Libanais ne considèrent pas la confrontation États-Unis-Israël contre l’Iran comme leur combat et jugent que la riposte du Hezbollah ne sert pas les intérêts du Liban. Quel que soit l’issue du conflit, il est peu probable qu’il apporte au pays des dividendes, encore moins des fonds pour la reconstruction ou des compensations pour les familles touchées.
Les temps ont changé, comme l’a clairement affirmé Nawaf Salam en déclarant que la décision du Hezbollah d’attaquer Israël ne peut être tolérée.
Mohamed Chebaro
Dans un communiqué publié après un Conseil des ministres, Nawaf Salam a dénoncé le mépris de « la volonté de la majorité des Libanais » et affirmé que le Liban refusait d’être entraîné dans un conflit régional. Il a insisté sur le fait que toute action militaire menée depuis le territoire libanais en dehors du cadre des institutions légitimes était rejetée, et que la décision de guerre ou de paix relevait exclusivement du gouvernement.
Jusqu’à présent, l’exécutif avançait prudemment pour obtenir le désarmement du Hezbollah. Mais la dernière déclaration du Premier ministre ne laisse aucun doute : l’attaque contre Israël « nécessite l’interdiction immédiate de toutes les activités sécuritaires et militaires du Hezbollah » et l’obligation pour celui-ci de remettre ses armes.
On peut espérer que 2026 ne ressemblera pas à 2008. Cette année-là, la tentative du gouvernement d’interdire le réseau de télécommunications du Hezbollah avait conduit les combattants du groupe à retourner leurs armes contre Beyrouth pour en prendre le contrôle.
La mise en œuvre de cette décision historique ne sera pas aisée : des affrontements restent possibles, même si l’armée libanaise cherche à éviter toute confrontation. Depuis 2024, le parti aligné sur l’Iran n’est plus la force redoutable qu’il était. Outre les frappes israéliennes, il a perdu sa voie d’approvisionnement via la Syrie après la chute du régime de Bachar al-Assad.
Malheureusement, les habitants des régions autrefois considérées comme des bastions du Hezbollah — déjà durement touchées en 2024 — risquent de continuer à payer le prix tant que le mouvement placera les intérêts iraniens et des guerres évitables au-dessus de ceux du Liban. Il est temps que les Libanais disent « ça suffit » et réclament une vie paisible, affranchie des agendas extérieurs. La majorité ne veut pas d’une guerre pour venger un dirigeant iranien : elle veut vivre en paix et reconstruire son pays. Le Hezbollah les entendra-t-il cette fois-ci ?
Mohamed Chebaro est un journaliste libano-britannique qui a plus de 25 ans d'expérience dans les domaines de la guerre, du terrorisme, de la défense, des affaires courantes et de la diplomatie.
NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com














