Le CCG et l'UE plus que jamais en phase sur le plan politique

L'UE a exprimé son admiration pour la résilience des États du CCG et a fait part de sa solidarité et de sa volonté d'apporter son aide et son soutien (AFP)
L'UE a exprimé son admiration pour la résilience des États du CCG et a fait part de sa solidarité et de sa volonté d'apporter son aide et son soutien (AFP)
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Publié le Vendredi 22 mai 2026

Le CCG et l'UE plus que jamais en phase sur le plan politique

Le CCG et l'UE plus que jamais en phase sur le plan politique
  • L'alignement politique est clair non seulement sur la guerre contre l'Iran, mais aussi sur Gaza, la solution à deux États, la Syrie, le Liban et le Yémen
  • Le changement de gouvernement en Hongrie ouvre la voie aux sanctions de l'UE à l'encontre d'Israël pour rapprocher ses politiques de celles du CCG

Depuis la signature de leur premier accord en 1988, le CCG et l'UE n'ont jamais été autant en phase sur les questions politiques. C'est ce qui ressort clairement de la réunion de leur "comité politique" qui s'est tenue à Bruxelles le 20 mai. Ce comité est composé de représentants des 27 États membres de l'UE et des 6 États membres du CCG, ainsi que de représentants des principales institutions des deux parties.

L'UE a été l'une des premières à condamner les frappes de missiles et de drones de l'Iran sur les États du CCG et la fermeture du détroit d'Ormuz. Le 5 mars, quelques jours après le début de la guerre, les ministres des 33 pays se sont réunis virtuellement et ont émis un blâme cinglant contre les attaques de l'Iran. Il s'agissait de la première réunion du CCG avec un groupe extérieur depuis le début de la guerre, le 28 février.

L'alignement politique est clair non seulement sur la guerre contre l'Iran, mais aussi sur Gaza, la solution à deux États, la Syrie, le Liban et le Yémen. Le changement de gouvernement en Hongrie ouvre la voie aux sanctions de l'UE à l'encontre d'Israël pour rapprocher ses politiques de celles du CCG. Son coparrainage de l'Alliance internationale pour la mise en œuvre est un autre signal.

En ce qui concerne la Syrie, l'UE vient de conclure une autre conférence à Bruxelles et prévoit d'étendre son soutien au gouvernement de ce pays, tout comme le CCG. Il en va de même pour le Yémen, où l'UE a exprimé de vives critiques à l'égard des Houthis, qu'elle considère comme des mandataires de l'Iran, et soutient le gouvernement internationalement reconnu.

Les deux blocs préparent leur prochain sommet des chefs d'État et de gouvernement en Arabie saoudite. Ils prévoient d'accélérer la mise en œuvre d'importants projets d'intégration et de connectivité au cours des mois précédant le sommet.

L'UE a été l'une des premières à condamner les frappes de missiles et de drones menées par l'Iran contre les États du Golfe et la fermeture du détroit d'Ormuz.

Abdel Aziz Aluwaisheg


Certains de ces projets ont été signalés par le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed bin Salman en octobre 2024, bien avant que la guerre actuelle ne les rende essentiels. Ils se concentrent sur la connectivité entre les deux blocs. Cinq d'entre eux sont hautement prioritaires pour les deux groupes.

Le premier projet consiste à réaliser la connectivité du réseau électrique, qui est un moyen efficace d'exporter de l'énergie sans être empêtré dans la fermeture du détroit d'Ormuz ou de toute autre voie navigable. Des réunions ont eu lieu entre les deux parties, mais une feuille de route claire et programmée est nécessaire avant le sommet.

Le second projet concerne l'exportation d'hydrogène par pipelines et navires-citernes. Des réunions récentes entre les entreprises et les États intéressés tentent d'étoffer ces plans, mais il reste encore beaucoup à faire.

Le troisième est axé sur l'amélioration de la connectivité entre les deux blocs via les chemins de fer, les aéroports, les câbles de données et la navigation maritime. Il s'agit d'un objectif à long terme qui inclut l'IMEC et d'autres moyens d'accroître la connectivité entre les deux groupes.

Le quatrième projet consiste à relancer les négociations de libre-échange, qui sont en sommeil depuis un certain temps, mais dont la reprise suscite un vif intérêt. La pierre d'achoppement a été la pensée à somme nulle de certains négociateurs commerciaux et le modèle "taille unique" que les bureaucrates préfèrent. Une nouvelle conception du commerce est nécessaire pour revenir à la table des négociations, par exemple des accords sectoriels plutôt que des cadres globaux omnibus. Le fait que le CCG et le Royaume-Uni aient conclu leurs négociations d'accords de libre-échange cette semaine démontre les avantages de la flexibilité.

Le cinquième est la mobilité des personnes afin de faciliter le tourisme, le commerce et les échanges entre les institutions, les écoles et les citoyens ordinaires. Lors du sommet CCG-UE d'octobre 2024, les deux parties se sont engagées à adopter des mesures concrètes pour permettre aux citoyens des deux blocs de voyager sans visa, mais peu de progrès ont été réalisés depuis. Si la majorité des pays des deux parties soutiennent la mise en œuvre de cet engagement, il existe une petite poignée d'opposants. Ce problème doit être résolu avant le prochain sommet.

Ces cinq projets visant à améliorer la connectivité entre les deux régions ont été conçus bien avant la fermeture du détroit d'Ormuz. Ils ont acquis une plus grande priorité depuis lors, car il est devenu essentiel de trouver des voies commerciales alternatives, telles que celles que représentent certains de ces projets.

Outre ces cinq projets, les deux parties travaillent sur une autre série d'initiatives axées sur la coopération en matière de sécurité et le renforcement de l'alignement politique sur les crises régionales.

En ce qui concerne la coopération en matière de sécurité, l'accent a été mis sur la sécurité maritime, la lutte contre le terrorisme, la cybersécurité, la prolifération des armes nucléaires, des missiles balistiques et des drones, la criminalité organisée et la coopération en matière d'intervention d'urgence. L'UE et le CCG ont commencé à explorer ces six domaines en 2024, mais les progrès ont été mitigés. Par exemple, en ce qui concerne les interventions d'urgence, ils ont signé un accord visant à renforcer la coopération entre leurs organisations compétentes, mais les progrès ont été limités sur d'autres questions.

L'une de ces initiatives, la coopération en matière de sécurité maritime, est devenue plus pertinente pendant la guerre actuelle, mais les deux groupes ont toujours besoin d'un cadre de coopération efficace.

La nécessité de répondre aux plus de 7 000 attaques de l'Iran contre les pays du CCG et la fermeture du détroit d'Ormuz ont rapproché les deux groupes. L'UE a exprimé son admiration pour la résistance des États du CCG et a fait part de sa solidarité et de sa volonté d'apporter son aide et son soutien. Elle a également remercié les États du CCG d'avoir aidé à rapatrier les ressortissants de l'UE bloqués dans la région après la guerre, ainsi que l'aide qu'ils ont apportée aux marins et aux navires touchés par la fermeture de la voie d'eau.

L'UE a exprimé son admiration pour la résistance des États du CCG et a fait part de sa solidarité et de sa volonté d'apporter son aide et son soutien.

Abdel Aziz Aluwaisheg


Le CCG a exhorté le Conseil de sécurité des Nations unies à assumer sa responsabilité en protégeant le caractère international de la voie navigable et en veillant à ce qu'aucun pays ne soit autorisé à interférer avec la navigation internationale qui l'emprunte. Le projet de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies actuellement en discussion a été proposé par le CCG et suit les règles maritimes stipulées par la CNUDM sur les voies d'eau internationales telles que le détroit d'Ormuz. L'UE a exprimé son soutien à cette initiative. Une fois la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies adoptée, les Nations unies devraient intervenir pour la mettre en œuvre par l'intermédiaire de l'Organisation maritime internationale, avec l'appui d'une force de maintien de la paix des Nations unies.

L'UE soutient la "coalition d'Ormuz" parrainée par le Royaume-Uni et la France, qui regroupe une cinquantaine de pays, dans le but de sécuriser le détroit et d'aider à rétablir la liberté de navigation en escortant les navires, mais pour que cette coalition fonctionne, elle a besoin d'un cessez-le-feu durable et de l'accord de l'Iran, ce qui ne semble pas près d'arriver.

Toutefois, si une résolution du Conseil de sécurité est retardée, il est nécessaire de réfléchir à d'autres solutions, notamment à des mécanismes collectifs régionaux et internationaux permettant d'assurer un passage sûr pour tous dans le détroit d'Ormuz. L'UE a mis en place l'opération Aspides, qui escorte les navires à travers Bab Al-Mandab et la mer Rouge ; son mandat pourrait être étendu au Golfe. Les États-Unis ont lancé une initiative d'escorte, bien qu'elle soit actuellement en suspens. De nombreuses autres forces présentes dans la région peuvent participer à ces escortes, notamment la Combined Maritime Forces, une autre coalition de 47 pays. Il est évident que l'adoption de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies actuellement en discussion faciliterait grandement leur travail, mais elles devraient envisager d'opérer sans elle si nécessaire.

Rien ne focalise autant l'attention des bureaucrates qu'un prochain sommet. Les prochains mois devraient donc être marqués par une activité intense sur toutes ces questions, afin de garantir le succès de la prochaine réunion des chefs d'État et de gouvernement de l'UE et du CCG.  

Abdel Aziz Aluwaisheg est le secrétaire général adjoint du CCG pour les affaires politiques et les négociations.

Les opinions exprimées ici sont personnelles et ne représentent pas nécessairement celles du CCG.

X : @abuhamad1

NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.