La menace de l'oubli pour les enfants français en Syrie

Me Emmanuel Daoud, qui défend plusieurs femmes sur place, met en garde: « laisser les ressortissants jihadistes français et leurs enfants en Syrie peut entraîner leur récupération par les terroristes de la région ou leur fuite aux fins de régénérer les rangs » de l'EI (Photo, AFP)
Me Emmanuel Daoud, qui défend plusieurs femmes sur place, met en garde: « laisser les ressortissants jihadistes français et leurs enfants en Syrie peut entraîner leur récupération par les terroristes de la région ou leur fuite aux fins de régénérer les rangs » de l'EI (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Samedi 16 janvier 2021

La menace de l'oubli pour les enfants français en Syrie

  • «On a vraiment le sentiment que tout est fait pour que ces enfants oublient et ne connaissent pas leur famille»
  • La préoccupation des familles est d'autant plus grande que les traumas se creusent de plus en » chez de nombreux enfants

PARIS: A 5 ans, le neveu de Maryam* a entamé son troisième hiver à Roj. Comme lui, quelque 200 fils et filles de Françaises arrêtées après la chute du groupe Etat islamique (EI) sont retenus dans ce camp du nord-est de la Syrie, dans des conditions sanitaires catastrophiques. 

Sept enfants de jihadistes ont été rapatriés cette semaine. Mais la situation des autres inquiète leurs familles de l'Hexagone, qui peinent à entretenir le contact. 

« On a vraiment le sentiment que tout est fait pour que ces enfants oublient et ne connaissent pas leur famille », dénonce Maryam. « Même la maigre relation clandestine que j'ai tissée avec mon neveu est en train de disparaître ». 

Sur place, l'accès au téléphone s'est raréfié. Auparavant, les détenues parvenaient à mettre la main sur des portables pour envoyer photos et messages. Désormais, elles sont obligées de recourir au téléphone du camp, jamais très loin des oreilles de leurs gardes kurdes. 

« Je n'ai pas eu de nouvelles de ma fille de juin à septembre », témoigne Albert. Avant Noël, ce père de détenue et grand-père a dû se contenter « d'un message audio d'à peine une minute une fois tous les quinze jours en moyenne ». 

Même tableau pour Pascale Descamps, qui reçoit des messages « une fois par semaine » de sa fille de 32 ans, atteinte selon ses proches d'une tumeur au côlon, et de ses quatre petits-enfants de 2 à 11 ans. 

« Conditions inhumaines » 

La préoccupation des familles est d'autant plus grande que « les traumas se creusent de plus en plus » chez de nombreux enfants, note Maryam. 

Les plus âgés, rappelle le Comité international de la Croix Rouge (CICR) qui intervient dans les camps d'Al Hol et de Roj, ont été exposés à une violence extrême lorsque leurs parents combattaient pour l'EI. Depuis, ils sont nombreux à souffrir de malnutrition - 13% des enfants de moins de 5 ans à Al Hol - ou d'affections respiratoires graves en hiver. 

Dans un avis rendu en novembre, le comité des droits de l'enfant de l'ONU l'a souligné: ces enfants détenus dans des « conditions sanitaires inhumaines », « confinés dans des tentes » où ils manquent des denrées « les plus basiques », sont en danger »immédiat ». 

Le comité évoque des « risques de dommages irréparables pour leur vie, leur intégrité physique et mentale et leur développement ». 

Pourtant, souligne l'ONU, la France »a la capacité et le pouvoir de protéger les droits de ces enfants, en les rapatriant ou en prenant d'autres mesures » de protection. Mais Paris n'a ramené depuis mars 2019 que 35 enfants, orphelins ou dont les mères ont accepté de se séparer. 

Dans ce contexte, la question du maintien des liens se pose avec acuité pour les rares Françaises qui ont accepté de laisser partir leurs enfants. « Au départ », affirme Maryam, elles »avaient des nouvelles de leurs enfants et eux en avaient d'elles. Ils arrivaient même à s'envoyer des audios et des vidéos ». 

« Rancoeur et défiance » 

Mais au moins un département francilien a, selon des familles, décidé d'arrêter ces échanges. 

« Ils ont décrété que maintenant les liens devaient passer par la Croix Rouge », dit Maryam. Mais « ça fait deux ans que ma sœur et mon neveu sont dans le camp... et la Croix Rouge n'a toujours pas réussi à établir le lien. Voilà une laide manière de couper le lien entre ces enfants et leurs mères ».  

Le CICR a procédé en octobre à une opération de « collecte de messages » à Roj, pour les milliers de femmes de toutes nationalités détenues, explique Lucile Marbeau, une de ses porte-parole. »Nous procurons ce service à ceux qui n'ont pas d'autre alternative », explique Mme Marbeau. 

« Imaginez un enfant qui n'a connu que sa mère, pendant des années de souffrance, et qui, du jour au lendemain, n'a plus aucune nouvelle d'elle. Il ne sait même pas si elle est vivante ou morte », se demande Maryam. « Comment voulez-vous que cet enfant se reconstruise normalement sans traumatisme, sans rancœur et sans défiance ? ».  

Sur place, expliquent proches et avocats, les mères sont de moins en moins enclines à se séparer des enfants, persuadées de les perdre. 

Pour le rapatriement de cette semaine, certaines ont renoncé au dernier moment à se séparer de leurs enfants. Comme en juin dernier. 

« Nauséabonds » 

« La France se félicite d’arracher sept enfants des bras de leurs mères et de séparer des fratries, en laissant derrière elle 200 enfants exposés à un risque de mort. Quelle honte ! », fustige l'avocate Marie Dosé. 

Conseil de plusieurs Françaises, elle a tenté en décembre de se rendre à Roj avec son confrère Ludovic Rivière mais a dû renoncer, bloquée à la frontière. 

« Certains enfants rentrés en France doivent vivre chaque jour avec l’image de leur mère et de leurs petits frères et sœurs en train de souffrir sous la tente qu’ils partageaient. Certains n'ont plus aucune nouvelle de leur mère et de leurs frères et sœurs restés dans le camp et ignorent même s’ils sont encore en vie », poursuit Me Dosé. « Ces rapatriements au compte-gouttes sont nauséabonds ». 

Sollicités, ni le département des Yvelines, point d'entrée des rapatriés qui atterrissent à Villacoublay, ni le ministère des Affaires étrangères n'ont réagi. 

Ce dernier maintient depuis des années une politique de rapatriement au cas par cas pour les enfants et estime que les adultes devraient être jugés sur place.  

En février 2020, la Cour européenne des droits de l'Homme a pour la première fois accepté d'examiner une requête déposée contre la France pour son refus de rapatrier des enfants de jihadistes. Sa décision est attendue cette année. 

Me Emmanuel Daoud, qui défend plusieurs femmes sur place, met en garde: « laisser les ressortissants jihadistes français et leurs enfants en Syrie peut entraîner leur récupération par les terroristes de la région ou leur fuite aux fins de régénérer les rangs » de l'EI. 

*le prénom a été changé 


Erdogan met en garde contre toute menace visant Chypre-Nord après un accord entre la France et Chypre

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde mercredi contre toute menace visant la République turque de Chypre-Nord (RTCN) après la signature lundi d'un accord entre la France et Chypre encadrant la présence de troupes françaises sur le territoire chypriote. (AFP)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde mercredi contre toute menace visant la République turque de Chypre-Nord (RTCN) après la signature lundi d'un accord entre la France et Chypre encadrant la présence de troupes françaises sur le territoire chypriote. (AFP)
Short Url
  • "Je veux qu'il soit bien clair que notre réponse sera très nette, et très ferme si l'on porte atteinte aux droits (...) de la Turquie et des Chypriotes turcs en Méditerranée orientale"
  • Le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde mercredi contre toute menace visant la République turque de Chypre-Nord (RTCN)

ISTANBUL: Le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde mercredi contre toute menace visant la République turque de Chypre-Nord (RTCN) après la signature lundi d'un accord entre la France et Chypre encadrant la présence de troupes françaises sur le territoire chypriote.

"Je veux qu'il soit bien clair que notre réponse sera très nette, et très ferme si l'on porte atteinte aux droits (...) de la Turquie et des Chypriotes turcs en Méditerranée orientale", a déclaré le chef de l'Etat turc devant les député de son parti au parlement turc.

 

 


Avant le G7, Macron organise une visioconférence jeudi incluant la Chine sur la "coopération" économique

Un passant marche devant un bâtiment dont les fenêtres ont été recouvertes de panneaux en bois installés pour protéger la façade avant les manifestations contre le sommet du G7 d’Évian, à Genève, le 4 juin 2026. (AFP)
Un passant marche devant un bâtiment dont les fenêtres ont été recouvertes de panneaux en bois installés pour protéger la façade avant les manifestations contre le sommet du G7 d’Évian, à Genève, le 4 juin 2026. (AFP)
Short Url
  • Emmanuel Macron organise une visioconférence réunissant le G7, la Chine et plusieurs pays émergents pour promouvoir une coopération économique mondiale et réduire les déséquilibres commerciaux
  • Cette initiative vise à préparer le sommet du G7 à Évian et à apaiser les tensions économiques entre l’Europe, la Chine et les États-Unis

PARIS: Emmanuel Macron va organiser jeudi, quatre jours avant le sommet du G7, une visioconférence entre les membres de ce forum de puissances industrialisées, la Chine et plusieurs autres pays émergents, afin de renforcer la "coopération" entre les grandes économies mondiales, a annoncé mardi l'Elysée.

Cette conférence, baptisée "sommet de convergence mondiale pour la croissance", "signale une disponibilité nouvelle de la Chine, des Etats-Unis et de l'Europe de s'engager dans une démarche économique coordonnée", a déclaré la présidence française dans un communiqué.

Elle réunira des représentants du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) mais aussi de la Chine et du Fonds monétaire international (FMI). Les pays déjà invités au sommet du G7, programmé du 15 au 17 juin à Evian, dans le centre-est de la France, participeront également à la visioconférence de jeudi (Brésil, Corée du Sud, Inde, Kenya et Egypte).

"Ce sommet vise à initier une coopération entre les économies systémiques et émergentes pour apaiser les tensions et créer les conditions d’une croissance équilibrée, durable et partagée", a expliqué l'Elysée, rappelant que "la résorption des déséquilibres macroéconomiques mondiaux est une priorité" du président français, Emmanuel Macron, pour le G7.

La France veut notamment "restaurer une industrie forte en Europe" et "équilibrer le commerce avec la Chine ainsi que les Etats-Unis".

- "Double problème" -

La lutte contre les déséquilibres est "dans l'intérêt aussi des pays les plus fragiles", estime la présidence française, qui voit dans ce rendez-vous "une contribution au G20" prévu en décembre aux Etats-Unis.

La Chine est membre du G20 mais pas du G7, à l'inverse des Etats-Unis et des plus grandes économies européennes qui appartiennent aux deux clubs.

Le chef de l'Etat français a proposé dès décembre une approche "coopérative" pour ce chantier, tout en laissant planer la menace de "droits de douane" européens "sur les produits chinois" si Pékin ne joue pas le jeu.

En janvier, il avait estimé que l'Europe avait, sur le commerce, "un double problème, l'agressivité chinoise et les tarifs américains", et "c'est un gros problème d'avoir les deux en même temps".

Mercredi, en autre préambule au sommet d'Evian, Emmanuel Macron va recevoir à l'Elysée "des représentants de la société civile, des partenaires sociaux, du monde économique, des fondations, des think tanks et de la jeunesse".

Leurs échanges "porteront sur les enjeux de développement et de partenariats internationaux, la sécurisation des chaînes de valeur pour les approvisionnements critiques, le numérique et l'intelligence artificielle, ainsi que sur la protection de l'État de droit, des libertés fondamentales, de l'espace civique et la place de la jeunesse dans nos démocraties", selon un autre communiqué.

Emmanuel Macron doit ensuite rencontrer le Premier ministre canadien, Mark Carney, vendredi soir à Paris, puis le chef du gouvernement indien, Narendra Modi, dimanche à Nice pour un événement autour de la tech.

Il accueillera ses homologues du G7 lundi soir à Evian, ville thermale des Alpes françaises sur les rives du lac Léman, pour un sommet de trois jours.


France: un défilé du 14-Juillet "massif", l'Ukraine à l'honneur

Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
Short Url
  • Le défilé du 14 Juillet mettra en avant le renforcement de la défense française et européenne, avec un format plus important et moderne
  • L’Ukraine sera à l’honneur, tandis que les alliés européens et de l’OTAN afficheront leur soutien et leur unité

PARIS: Des pilotes ukrainiens et français, un défilé "plus massif": la parade militaire du 14 Juillet sur les Champs Elysées aura cette année pour thème "le réveil stratégique de l'Europe" et s'attachera à montrer que la France est "déterminée" et "n'est pas seule", a annoncé lundi le gouverneur militaire de Paris.

"Nous allons avoir un défilé plus massif, plus puissant, plus moderne", a déclaré le général Loïc Mizon lors d'une conférence de presse.

La parade mobilisera près de 8.500 participants, dont 6.500 défileront à pied. Près de 300 véhicules, dont une centaine de motos, 95 avions, 35 hélicoptères, ainsi que 193 chevaux de la Garde Républicaine participeront également.

L'Ukraine, entrée dans sa cinquième année de guerre déclenchée par la Russie en 2022, sera mise à l'honneur. La Patrouille de France ouvrira le défilé aérien, accompagnée de deux Mirage 2000 pilotés par des équipages franco-ukrainiens.

Les 35 pays de la Coalition des volontaires, prêts à fournir des garanties de sécurité à l'Ukraine une fois conclu un cessez-le-feu, ont été invités à participer par le président Emmanuel Macron, qui assistera à son 10e et dernier défilé en tant que chef d'Etat.

La présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen et le général Grynkewich, commandant suprême de l'OTAN, ont aussi été conviés.

Les soldats français des bataillons multinationaux de l'Otan déployés sur le flanc Est de l'Europe (Roumanie, Estonie) descendront la célèbre avenue parisienne.

La présence des alliés et des partenaires doit ainsi témoigner que "l'Europe n'est pas seule", a dit le général Mizon.

Le but de ce défilé est aussi de concrétiser aux yeux des Français les "efforts budgétaires consacrés depuis 10 ans aux forces armées", a fait-t-il valoir.

Le commissariat numérique de Défense défilera pour la première fois, pour "souligner la transformation numérique du ministère des Armées".

Deux blocs de réservistes défileront également: l'un composé de réservistes de la SNCF et un un autre de réservistes d'Airbus France.

La Marine nationale, qui fête cette année ses 400 ans d'existence clôturera le défilé au son du bagad de Lann-Bihoué, basé près de Lorient (Morbihan).

La parade militaire durera 2 heures et se terminera par l'hymne européen, "l'Ode à la joie".