La Turquie a un problème kurde, et Biden peut le régler

Des partisans du Parti démocratique du peuple (HDP) pro-kurde brandissent une photo de l'ancien chef du parti emprisonné, Selahattin Demirtas, lors d’un rassemblement pour «la paix et la justice» à Istanbul, en Turquie, le 3 février 2019 (Photo, AFP)
Des partisans du Parti démocratique du peuple (HDP) pro-kurde brandissent une photo de l'ancien chef du parti emprisonné, Selahattin Demirtas, lors d’un rassemblement pour «la paix et la justice» à Istanbul, en Turquie, le 3 février 2019 (Photo, AFP)
L'offensive militaire de 2015 dans les régions à majorité kurde illustre la volonté d'Erdogan de rallier le peuple autour de son parti, une politique qu'il poursuivra quatre ans plus tard avec une offensive tous azimuts contre les Kurdes dans le nord-est de la Syrie, ci-dessous. (Photo, AFP)
L'offensive militaire de 2015 dans les régions à majorité kurde illustre la volonté d'Erdogan de rallier le peuple autour de son parti, une politique qu'il poursuivra quatre ans plus tard avec une offensive tous azimuts contre les Kurdes dans le nord-est de la Syrie, ci-dessous. (Photo, AFP)
Une femme kurde syrienne participe à une manifestation dans la province de Hassaké, le 27 juin 2020, pour protester contre les incursions meurtrières turques dans le nord-est de la Syrie. (Photo du fichier AFP)
Une femme kurde syrienne participe à une manifestation dans la province de Hassaké, le 27 juin 2020, pour protester contre les incursions meurtrières turques dans le nord-est de la Syrie. (Photo du fichier AFP)
Short Url
Publié le Lundi 18 janvier 2021

La Turquie a un problème kurde, et Biden peut le régler

  • À Sirnak, des images montrent des soldats turcs qui traînent le cadavre d'un célèbre cinéaste kurde avec leur char. A Nusaybin, les parlementaires du MHP appellent à la destruction de toute la ville
  • Cet exploit est certainement influencé par l’armée qui a assiégé des villes kurdes entières et les a privés de leurs droits de vote

MISSOURI, ÉTATS-UNIS: Nombreux sont les Kurdes, en Turquie comme ailleurs, qui vont célébrer le 20 janvier le départ du président américain Donald Trump de la Maison Blanche.

Ceux d’entre eux qui se trouvent en Irak se souviennent encore du référendum sur l'indépendance, en septembre 2017, quand l’administration américaine les a abandonnés. Acculés par les Turcs, ils ont finalement été attaqués par l'Iran, l’Irak et des milices chiites.

À l’époque, la Turquie n’avait pour sa part pas grand-chose à craindre des Américains au sujet de ses violations répétées des droits de l’homme. Ses forces ont arrêté et emprisonné des milliers de militants et de représentants élus du Parti de la démocratie populaire (HDP) pro-Kurde.

Les Kurdes ne sont malheureusement pas au bout de leur peine. En octobre 2019, Trump retire les troupes américaines de la frontière turque dans le nord-est de la Syrie, un feu vert au président Recep Tayyip Erdogan pour envahir les villages kurdes et effectuer un véritable nettoyage ethnique. Des centaines de milliers d’habitants sont expulsés de la région. 

À peine sortis d’une offensive réussie sur le terrain contre Daech, les forces kurdes en Syrie sont trahies par une administration américaine aussi impitoyable qu’imprévisible. Quelques jours avant que Trump, lors d'un appel téléphonique avec Erdogan, ne donne le feu vert à l'opération turque, les Américains avaient convaincu les Kurdes syriens de retirer leurs fortifications frontalières pour « rassurer Ankara ».

La plupart des Kurdes attendent donc avec impatience que le président élu Joe Biden prenne le relais à Washington. En Turquie, patrie de la moitié de la population kurde dans le monde, beaucoup espèrent que la nouvelle administration fera pression sur Ankara pour cesser les incursions militaires et revenir à la table des négociations avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Ils espèrent que la nouvelle présidence ne va au moins pas rester silencieuse alors que le gouvernement d’Erdogan fait fi des droits de l’homme chez lui, en plus d’effectuer régulièrement des frappes militaires contre les Kurdes en Syrie et en Irak.

Le bilan de l'administration Obama-Biden permet aux Kurdes d’espérer des améliorations par rapport à l’ère Trump. 

Mais ils doivent tempérer leur enthousiasme.

Après tout, le gouvernement d’Erdogan a abandonné le processus de paix en 2015, alors que le président Obama dirigeait la Maison-Blanche. Quand la performance électorale du HDP en été 2015 a coûté à Erdogan la majorité parlementaire, il a répliqué en empêchant la formation d’un cabinet après les scrutins de juin, ce qui lui a permis de convoquer une nouvelle élection pour novembre.

Dans les mois qui ont suivi, le gouvernement a abandonné les pourparlers avec les Kurdes et a ravivé la guerre contre le PKK ; le « rassemblement autour du drapeau » subséquent a permis au Parti de la justice et du développement (AKP) d’Erdogan de faire peau neuve en novembre. Cet exploit est certainement influencé par l’armée qui a assiégé des villes kurdes entières et les a privés de leurs droits de vote.

Fort du résultat des élections de novembre 2015, Erdogan forme un nouveau gouvernement avec le Parti d'action nationale (MHP), un regroupement d'extrême droite, antikurde sans vergogne.

Le partenariat AKP-MHP nourrit l’approche militarisée d’Ankara pour régler son « problème kurde ». En 2015 et 2016, des quartiers à majorité kurdes dans des villes au sud-est de la Turquie sont entièrement rasés dans le cadre d’une campagne de contre-insurrection. Dans la ville de Cizre, l'armée a attaqué des civils kurdes cachés dans un sous-sol, et les a brulés vivants.

À Sirnak, des images montrent des soldats turcs qui traînent le cadavre d'un célèbre cinéaste kurde avec leur char. A Nusaybin, les parlementaires du MHP appellent à la destruction de toute la ville.

La guerre en zone urbaine ne fait pas dans la dentelle, certes, et le PKK a été tenu en partie responsable des ravages à cause de sa nouvelle stratégie. Mais les actions du gouvernement d’Erdogan en 2015 et 2016 défient l’entendement, et auraient dû susciter au moins une réprimande de la part de Washington.

L'administration Obama est cependant restée silencieuse. En effet, Washington venait d’obtenir le consentement d’Ankara pour utiliser les bases aériennes de l'OTAN en Turquie dans sa campagne contre Daech, et Erdogan avait promis de se joindre à l’initiative.

Obama ne recevra pourtant d'Ankara en guise de soutien que quelques frappes aériennes symboliques contre Daech… et une série d’attaques, qui gagnent peu à peu en virulence, contre les alliés kurdes des États-Unis en Syrie.

Le gouvernement d'Erdogan a baptisé chaque frappe transfrontalière et diverses incursions et invasions en Syrie « Opération contre les organisations terroristes en Syrie», histoire de mettre Daech et les forces kurdes syriennes dans le même panier. 

Lors de ces offensives, la Turquie a même embauché d’anciens combattants de Daech et de divers groupes syriens radicaux comme mercenaires, ajoutant aux problèmes de la Syrie avec les militants islamistes.

Cet arrangement a amené Washington à fermer les yeux sur les violations des droits de l’homme d’Erdogan à l’encontre des Kurdes en Syrie et en Turquie. Même les frappes aériennes turques en Irak, qui ont fait des morts dans les rangs de l'armée irakienne et des civils à Sinjar entre autres, n'ont pas attiré des foudres américaines, sous Obama comme sous Trump.

Si la nouvelle administration Biden reprend ce modus operandi, la situation risque de stagner.

Même si l’équipe de Biden est moins susceptible de jeter impitoyablement les anciens alliés kurdes en Syrie ou en Irak dans la gueule du loup comme l’a fait Trump, elle pourrait être tentée de suivre l’illusion turque pour contenir les islamistes radicaux.

Beaucoup à Washington pensent que la Turquie peut encore aider les États-Unis à contrer la Russie et l'Iran. La montagne d’indices qui prouvent la collusion turque avec les deux pays pour réaliser un projet anti-américain dans la région semble invisible à leurs yeux.

Biden peut par contre changer de cap. Il connaît bien la région, il a qualifié Erdogan d'autocrate à maintes reprises, et il a souvent affiché son empathie envers la situation des Kurdes.

Maître de ses décisions, libre des contraintes de l’agenda d’Obama, Biden pourrait vraisemblablement changer la donne en ce qui concerne la Turquie et les Kurdes.

Il pourrait commencer par faire pression pour qu’Ankara respecte la charte des droits de l'homme. Selahattin Demirtas, ancien dirigeant du HDP et candidat à la présidence turque de 2018, croupit depuis des années, comme des dizaines de milliers de dissidents politiques, en détention provisoire.

EN CHIFFRES

87 membres de la presse détenus ou condamnés pour des accusations liées au terrorisme.
8 500 personnes détenues ou condamnées pour des liens présumés avec le PKK.
 

En décembre 2020, la Cour européenne des droits de l’homme a tranché. Selon le jugement, la détention de Demirtas a des motifs politiques et se fonde sur des accusations montées de toutes pièces, et il devrait être libéré sans tarder.

Bien que la Turquie soit membre signataire du traité qui reconnaît la juridiction internationale, elle a ignoré cette décision comme elle l’a toujours fait. Une administration à Washington plus portée sur les questions humanitaires pourrait se joindre à la France entre autres et faire pression sur Ankara à ce sujet.

Une administration Biden motivée pourrait aussi tenter d’inviter, ou même d’aiguillonner, Ankara vers la table des négociations avec le PKK. Un retour aux pourparlers, même informel, surtout s’ils sont chapeautés par les Américains, pourrait nettement améliorer la situation en Turquie et en Syrie.

Il y a près de de cinq ans, le sud-est de la Turquie était calme, et les dirigeants kurdes syriens se réunissaient avec les Turcs dans un effort de coopération.

Si Erdogan et ses partenaires MHP maintiennent leur position dans les guerres domestiques et hors-territoire, Biden devrait alors chercher des partenaires ailleurs.

Biden le disait encore l’année dernière, parlant de son inquiétude quant à la politique d’Erdogan : «Je crois que nous devons adopter une approche très différente à son égard maintenant, et faire savoir que nous soutenons les figures de l’opposition sans équivoque.... Il (Erdogan) doit payer pour ses actions », a déclaré Biden.

Washington devrait encourager les dirigeants de l'opposition turque « à affronter et vaincre Erdogan. Pas par un coup d'État, mais à travers le processus électoral », a-t-il ajouté.

Ce type de discours de la nouvelle administration Biden pourrait grandement contribuer à changer les calculs politiques actuels à Ankara.

____________________

• David Romano est professeur Thomas G. Strong de politique du Moyen-Orient à la Missouri State University


Iran: le négociateur en chef conditionne toute discussion avec les Etats-Unis aux «lignes rouges» fixées par Téhéran

L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient. (AFP)
L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Short Url
  • "Si l'ennemi se montre excessif" dans ses demandes, "nous avons prouvé que nous sommes prêts à riposter et que nous n'hésiterons pas à infliger une réponse cinglante", a ajouté celui qui est aussi le président du Parlement
  • L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient

TEHERAN: Le chef de l'équipe de négociation iranienne, Mohammad Bagher Ghalibaf, a insisté vendredi sur le nécessaire respect des "lignes rouges" de l'Iran lors des futurs pourparlers avec les Etats-Unis.

"Comme nous l'avons démontré tout au long des négociations précédentes, nous restons fermes dans le respect des conditions et des lignes rouges fixées, et dans la défense des intérêts de la nation iranienne", a déclaré l'influent M. Ghalibaf, cité par l'agence Irna.

"Si l'ennemi se montre excessif" dans ses demandes, "nous avons prouvé que nous sommes prêts à riposter et que nous n'hésiterons pas à infliger une réponse cinglante", a ajouté celui qui est aussi le président du Parlement.

L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient.

Le président iranien Massoud Pezeshkian, qui a paraphé l'accord à distance avec son homologue américain Donald Trump, a publié une déclaration similaire, réaffirmant que les intérêts nationaux demeuraient la "ligne rouge" de son pays, sans plus de précisions.

Cette signature doit ouvrir la voie à des négociations plus poussées et techniques, d'une durée reconductible de 60 jours, centrées sur le programme nucléaire iranien en vue d'un accord définitif.

Mais de premiers pourparlers, prévus vendredi en Suisse, ont été annulés.

Les propos de M. Ghalibaf font suite à un communiqué du guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, faisant part de ses réserves pour le protocole d'accord qu'il a finalement autorisé.

Il prévoit notamment la fin de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban. Mais des frappes israéliennes dans la nuit de jeudi à vendredi dans le sud du Liban ont fait 18 morts et 33 blessés, selon les autorités libanaises, Israël déplorant de son côté la perte de quatre soldats.

L'accord a par ailleurs permis la levée du blocus naval américain imposé depuis deux mois aux ports iraniens et la réouverture par Téhéran du détroit d'Ormuz, voie maritime cruciale pour les hydrocarbures.

En Iran, le texte suscite l'opposition de certains conservateurs, hostiles à des concessions, notamment sur le contrôle du stratégique détroit.

"Les Américains ne respectent aucun engagement, ils n'ont jamais été loyaux envers aucun accord et ils ne le seront jamais", a ainsi déclaré Hossein Shariatmadari, rédacteur en chef du journal ultraconservateur Kayhan, lors d'une interview jeudi accordée à la télévision d'Etat.

"Le détroit d'Ormuz est le moyen d'obtenir des compensations" lors des négociations, a-t-il estimé.


Vance lance un avertissement aux critiques de Trump en Israël

JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington. (AFP)
JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington. (AFP)
Short Url
  • "Si j'étais au gouvernement israélien, peut-être que je n'attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète" a-t-il averti
  • "Le problème d'Israël ce n'est pas Donald Trump, et ceux qui en Israël pensent que le président des Etats-Unis est leur plus gros problème doivent ouvrir les yeux et prendre conscience de la réalité", a conclu le vice-président

WASHINGTON: JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington.

"Ce que je veux dire, et cela me dérange, c'est qu'il y a des gens dans le gouvernement de Bibi (le surnom du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ndlr) qui se sont exprimés pour attaquer l'accord et qui d'une certaine manière ont attaqué le président des Etats-Unis très personnellement", a dit le vice-président américain pendant une conférence de presse.

"Mon message pour eux est double. D'abord, Donald J. Trump est le seul chef d'Etat dans le monde entier qui est compréhensif envers Israël aujourd'hui, et il se trouve être le chef d'Etat de la première puissance mondiale", a poursuivi JD Vance.

"Si j'étais au gouvernement israélien, peut-être que je n'attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète" a-t-il averti.

"Le second message que je voudrais lancer à certains de ces ministres qui attaquent le président des Etats-Unis - Bibi, et c'est tout à son honneur, n'a pas pris cette voie - c'est que ces trois derniers mois, deux tiers des armes défensives qui ont protégé votre pays ont été fabriquées par des mains américaines et payées par les contribuables américains", a ajouté JD Vance.

"Le problème d'Israël ce n'est pas Donald Trump, et ceux qui en Israël pensent que le président des Etats-Unis est leur plus gros problème doivent ouvrir les yeux et prendre conscience de la réalité", a conclu le vice-président.


Trump veut soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès

 Donald Trump a dit mardi vouloir soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès américain, et promis par ailleurs d'en donner lecture à la virgule près à la presse. (AFP)
Donald Trump a dit mardi vouloir soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès américain, et promis par ailleurs d'en donner lecture à la virgule près à la presse. (AFP)
Short Url
  • "Je n'ai jamais pensé à l'envoyer" au Parlement, a déclaré le président américain, interrogé à ce sujet en marge du sommet du G7 à Evian
  • "Mais je vais l'envoyer au Congrès. J'aime cette idée", a-t-il dit pendant un échange avec la presse

EVIAN: Donald Trump a dit mardi vouloir soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès américain, et promis par ailleurs d'en donner lecture à la virgule près à la presse.

"Je n'ai jamais pensé à l'envoyer" au Parlement, a déclaré le président américain, interrogé à ce sujet en marge du sommet du G7 à Evian. "Mais je vais l'envoyer au Congrès. J'aime cette idée", a-t-il dit pendant un échange avec la presse.

Interrogé sur le texte de l'accord avec l'Iran, déjà signé électroniquement et qui fera l'objet d'une cérémonie de signature vendredi à Genève, Donald Trump a promis à nouveau de le rendre public.

"Je ne vais pas seulement le publier, je vais sûrement donner une conférence de presse et vous le lire à la virgule près pour être sûr que la presse le couvre correctement", a lancé le dirigeant républicain.

Il avait déjà indiqué vouloir attendre après la cérémonie de signature vendredi pour publier le texte.