Rapport Stora : la France refuse de «s'excuser», l'Algérie indignée

Emmanuel Macron pose avec l'historien français Benjamin Stora pour la remise d'un rapport sur la colonisation et la guerre d'Algérie à l'Elysée à Paris le 20 janvier 2021 (Photo, AFP).
Emmanuel Macron pose avec l'historien français Benjamin Stora pour la remise d'un rapport sur la colonisation et la guerre d'Algérie à l'Elysée à Paris le 20 janvier 2021 (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Vendredi 22 janvier 2021

Rapport Stora : la France refuse de «s'excuser», l'Algérie indignée

  • L'Expression voit dans le rapport Stora le début d'«une nouvelle phase, un nouvel élan et un rythme nouveau», saluant le «courage du jeune président» Macron
  • «Le président Macron ne tient pas, encore une fois, ses promesses de candidat, lui qui avait déclaré ici en Algérie que la colonisation était un crime contre l'humanité»

ALGER: La publication du rapport de l'historien français Benjamin Stora sur la colonisation et la guerre d'Algérie n'a suscité aucune réaction officielle jeudi à Alger, mais des médias locaux et des Algérois déplorent que le principe d'«excuses», exigées par les anciens combattants algériens, ait été écarté.

«La France ne veut ni s'excuser... ni se repentir», résume en une le quotidien arabophone El Khabar qui consacre deux pages au travail de l'historien français.

«Le président (Macron) ferme le dossier des "excuses" de la France», renchérit un autre journal arabophone, Echourouk, qui accuse le chef de l'Etat français de renier ses engagements.

«Le président Macron ne tient pas, encore une fois, ses promesses de candidat, lui qui avait déclaré ici en Algérie que la colonisation était un crime contre l'humanité. (...) Il préfère jouer sur tous les tableaux pour ne pas tout perdre», regrette le quotidien conservateur.

Le rapport Stora permettra-t-il une «paix des mémoires», s'interroge le quotidien francophone Liberté, à l'approche du 60e anniversaire de la fin de la guerre en 2022, en soulignant que l'historien, spécialiste reconnu de l'Algérie, a tenté de «trouver un équilibre entre les exigences historiques et les susceptibilités politiques».

«Relations maladives»

Dans son rapport, l'historien français devance lui-même les critiques: «On sait que depuis plusieurs années les autorités algériennes réclament des "excuses" à propos de la période de la colonisation. Dans la lignée des discours présidentiels français précédents, ce geste symbolique peut être accompli par un nouveau discours».

Mais de s'interroger: «Est-ce que cela sera suffisant ? N'est-il pas nécessaire d'emprunter d'autres chemins, de mettre en œuvre une autre méthode pour parvenir à la "réconciliation des mémoires"» ?

Pour l'historien algérien Fouad Soufi, spécialiste des archives, le rapport Stora aura «surtout le mérite d’ouvrir un débat en Algérie», jugeant que son collègue français «a été tout sauf sectaire».

Sa publication n'a pas immédiatement suscité de commentaire officiel en Algérie, en l'absence du président Abdelmadjid Tebboune, opéré du pied en Allemagne pour des «complications» post-Covid.

Cependant, le quotidien francophone L'Expression, proche du pouvoir, voit dans le rapport Stora le début d'«une nouvelle phase, un nouvel élan et un rythme nouveau», saluant le «courage du jeune président» Macron qui «a su faire montre de pédagogie (...) pour dépoussiérer un dossier rendu explosif par une extrême droite française revancharde».

Sur les réseaux sociaux, les avis sont tranchés. 

Mais «plus important que des excuses pour l'histoire, le travail pour se débarrasser de la relation maladive qui existe avec la France», plaide sur Twitter le sociologue Nacer Djabi.

«Serait-il possible qu'on se réconcilie avec nous même?», commente un internaute.

«Paix des mémoires»

La rue, en tout cas, n'est pas convaincue, si l'on en croit les Algérois interrogés mercredi et jeudi, certains toujours très remontés contre la France.

«La France doit reconnaître ses crimes, les meurtres, la torture et les déplacements forcés du peuple algérien», affirme Hichem Lahouidj, un étudiant de 26 ans. 

«C'est à la diplomatie algérienne d'avancer et de dénoncer cette position car le colonialisme de la France est considéré comme un des pires», estime le jeune homme.

«La France ne s'excusera pas, on le sait, et la raison pour laquelle elle ne s'excusera pas est qu'elle a peur de devoir payer d'importantes compensations financières», opine Abdi Noureddine, un journalier de 56 ans.

La puissante Organisation des moudjahidine (ONM), les anciens combattants de la guerre d'indépendance exhorte régulièrement la France à «s'excuser» pour les crimes commis durant ses 132 ans de colonisation (1830-1962).

Parmi les dossiers les plus sensibles côté algérien figure celui des harkis, ces supplétifs qui ont combattu jusqu'à la fin pour la France. M. Stora préconise de faciliter les déplacements des harkis -- considérés par certains Algériens comme des traîtres collaborateurs -- et de leurs enfants entre la France et l'Algérie.

«C'est vrai que les harkis ont trahi la guerre de libération mais (...) il faut reconsidérer la question de leur retour en Algérie, au moins du point humanitaire», considère le quotidien arabophone El Fadjr tout en dénonçant «les manœuvres» de la France.

En recevant les propositions détaillées de Benjamin Stora sur la réconciliation entre les deux rives de la Méditerranée, Emmanuel Macron a promis de prendre des «actes symboliques» pour apaiser des mémoires antagonistes, mais il a exclu «excuses» et repentance.


Les ambassades américaines au Moyen-Orient ferment alors que la guerre avec l’Iran s’intensifie

Des ambassades américaines ont été fermées à travers le Golfe. (AFP)
Des ambassades américaines ont été fermées à travers le Golfe. (AFP)
Short Url
  • Des alertes de sécurité ont été émises à l’attention des citoyens américains, leur conseillant de quitter les lieux lorsque cela est possible

Alors que le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran s’intensifie, les ambassades américaines à travers le Moyen-Orient sont passées en mode d’urgence, multipliant les alertes de sécurité, suspendant leurs services et appelant les ressortissants américains à prendre des précautions immédiates.

En Arabie saoudite, l’Ambassade des États-Unis à Riyad a fermé ses portes après que des drones iraniens ont frappé le complexe, provoquant des dégâts mineurs et un petit incendie. La mission a annulé tous les rendez-vous consulaires, qu’ils soient de routine ou d’urgence, et conseillé aux Américains à Riyad, Djeddah et Dhahran de rester confinés chez eux. Il leur a également été demandé d’éviter les abords de l’ambassade jusqu’à nouvel ordre.

Au Koweït, l’Ambassade des États-Unis à Koweït City a demandé à son personnel ainsi qu’aux citoyens américains présents dans le pays de rester à l’intérieur face à la menace persistante de missiles et de drones. L’ambassade a averti la population de ne pas s’approcher du complexe, de rester loin des fenêtres et de suivre les alertes officielles.

L’Ambassade des États-Unis à Bahreïn a également suspendu ses opérations normales. Les avis de sécurité invitent les personnes à se mettre à l’abri à l’intérieur et à faire preuve de vigilance, avertissant que des zones civiles pourraient être exposées au risque à mesure que les tensions régionales s’aggravent.

Au Qatar, qui abrite la grande base militaire américaine d’Al Udeid, l’Ambassade des États-Unis au Qatar a diffusé des consignes similaires, demandant aux Américains de rester confinés et de se préparer à d’éventuelles perturbations. L’alerte insiste sur la nécessité de demeurer dans des lieux sécurisés et de disposer de provisions essentielles.

En Jordanie, l’Ambassade des États-Unis en Jordanie a averti que des missiles, roquettes ou drones pourraient pénétrer l’espace aérien jordanien à mesure que le conflit évolue. Les citoyens américains ont été encouragés à rester vigilants et prêts à se mettre à l’abri en cas de sirènes ou d’alertes officielles.

En Israël, où les hostilités sont directement liées à la confrontation plus large avec l’Iran, l’Ambassade des États-Unis en Israël a recommandé aux Américains de revoir leurs plans de sécurité personnels. Elle a indiqué que sa capacité à faciliter les départs pourrait être limitée dans les conditions actuelles et a exhorté les citoyens à suivre attentivement les directives officielles.

Au-delà des alertes nationales, le Département d’État des États-Unis a élargi ses avis régionaux, appelant les Américains présents dans plusieurs pays du Moyen-Orient à envisager un départ en raison de la dégradation de la situation sécuritaire. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'armée israélienne émet un nouvel ordre d'évacuation pour des dizaines de localités au Liban

Un immeuble endommagé est visible après une frappe aérienne israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, à Haret Hreik, au Liban. (AFP)
Un immeuble endommagé est visible après une frappe aérienne israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, à Haret Hreik, au Liban. (AFP)
Short Url
  • L’armée israélienne a ordonné l’évacuation immédiate d’une cinquantaine de localités au Liban, invoquant des opérations contre le Hezbollah
  • Deux secteurs de la banlieue sud de Beyrouth, Ghobeiry et Haret Hreik, sont également visés par un avertissement en raison de cibles liées au Hezbollah

JERUSALEM: L'armée israélienne a émis tôt mardi un nouvel ordre d'évacuation pour des dizaines de localités du Liban, dont deux lieux de la banlieue sud de Beyrouth, en raison d'opérations contre le mouvement Hezbollah.

"Les activités du Hezbollah contraignent l'IDF (l'armée israélienne) à agir avec force contre lui (...) Pour votre sécurité, vous devez évacuer immédiatement vos logements", a écrit Avichay Adraee, porte-parole de l'armée pour le public arabophone, sur X, listant une cinquantaine de villages.

Dans la banlieue sud de Beyrouth, deux zones font également l'objet d'un avertissement, Ghobeiry et Haret Hreik, selon la même source. "Vous vous situez près d'installations et d'intérêts du Hezbollah, contre lesquels l'IDF va agir dans un avenir proche", a prévenu le porte-parole.

Le gouvernement libanais a pris lundi la décision sans précédent d’interdire les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah, provoquant la colère du mouvement soutenu par l’Iran.

Le Hezbollah est représenté au sein du gouvernement et du Parlement, et cette mesure est intervenue quelques heures après qu’il a annoncé avoir lancé des roquettes et des drones vers Israël tôt lundi, en représailles à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei lors de frappes américano-israéliennes.

Israël a bombardé lundi la banlieue sud de Beyrouth ainsi que des dizaines de villages du sud du Liban en riposte, promettant de faire payer au mouvement un « lourd tribut ».

Le ministère libanais de la Santé a indiqué que les frappes ont fait au moins 31 morts et au moins 149 blessés.


L’ambassade des États-Unis à Riyad visée par des drones : ministère saoudien de la Défense

Vue générale de l’ambassade des États-Unis à Riyad. (Photo d’archive AFP)
Vue générale de l’ambassade des États-Unis à Riyad. (Photo d’archive AFP)
Short Url
  • L’ambassade a émis un avis de confinement (« shelter in place ») pour Djeddah, Riyad et Dammam

RIYAD : L’ambassade des États-Unis à Riyad a été prise pour cible par des drones, provoquant un incendie limité et des dégâts mineurs au bâtiment, a indiqué le ministère saoudien de la Défense.

L’ambassade des États-Unis à Riyad était vide au moment de l’attaque et aucune blessure n’a été signalée à ce stade.

L’ambassade a émis un avis demandant aux ressortissants de rester confinés à Djeddah, Riyad et Dammam.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com