Le double attentat de Bagdad révèle les lacunes des forces de sécurité

Au moins 32 personnes ont été tuées et plus d'une centaine bénie dans cette attaque qui a visé un quartier commercial de la capitale jeudi, attentat le plus meurtrier depuis des années (Photo, AFP).
Au moins 32 personnes ont été tuées et plus d'une centaine bénie dans cette attaque qui a visé un quartier commercial de la capitale jeudi, attentat le plus meurtrier depuis des années (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 23 janvier 2021

Le double attentat de Bagdad révèle les lacunes des forces de sécurité

  • «Le réseau de l'EI pour des attaques urbaines à Bagdad semble dégradé au point de ne quasiment plus fonctionner»
  • «Dans un système bureaucratique et corrompu, personne n'a les mains propres», affirme M. Watling

BAGDAD: Le double attentat suicide de Bagdad revendiqué par le groupe Etat islamique (EI) a mis en lumière des lacunes au sein des forces de sécurité irakiennes, affaiblies par la pandémie de la Covid-19, les groupes armés rivaux et les tensions politiques, selon des experts.
Au moins 32 personnes ont été tuées et plus d'une centaine bénie dans cette attaque qui a visé un quartier commercial de la capitale jeudi, attentat le plus meurtrier depuis des années.
«L'EI n'est pas de retour (...) mais il y a de vrais problèmes au sein de l'appareil sécuritaire irakien et (cet attentat) en est la preuve», affirme Jack Watling, chercheur au Royal United Services Institute de Londres.
En 2003, lorsque les Américains ont renversé Saddam Hussein, l'appareil sécuritaire a été entièrement refondé, principalement grâce à des formateurs étrangers - brutalement repartis avec la Covid-19.
La promiscuité et la contagion dans les casernes irakiennes ainsi que les rappels de troupes étrangères pour gérer la pandémie dans leur pays ont «créé une brèche», reconnaissait récemment un haut gradé américain.

Hauts gradés furieux

Surtout parce que les Irakiens ont perdu une grande partie de l'appui de la coalition en termes de surveillance, «un système d'alerte en amont» crucial pour tuer dans l'œuf des attaques jihadistes, explique M. Watling.
L'Irak s'est déclaré victorieux contre l'EI fin 2017, a rouvert des rues et retiré des kilomètres de murs de béton dans Bagdad. Les troupes les plus expérimentées ont été envoyées à la chasse aux cellules dormantes dans les déserts et les montagnes, et les villes ont été remises à des unités moins entraînées.
Pour le spécialiste Alex Mello, «le réseau de l'EI pour des attaques urbaines à Bagdad semble dégradé au point de ne quasiment plus fonctionner», mais il a trouvé «une brèche à exploiter».
Le haut gradé américain a même des exemples: en décembre, la coalition a fini par procéder à une frappe aérienne près de Mossoul (nord) tant que l'incapacité des troupes irakiennes au sol avait permis aux jihadistes de prendre leurs aises.
En une seule frappe, 42 jihadistes ont été tués, selon la coalition. Un bilan inédit.
«Les hauts gradés à Bagdad étaient furieux contre les forces locales, elles devaient savoir qu'autant de jihadistes s'étaient regroupés», explique le haut gradé américain.
Et tout ça n'est rien comparé à l'autre vraie grande question en Irak: quel rôle allouer aux anciens paramilitaires du Hachd al-Chaabi - pour beaucoup de miliciens pro-Iran - désormais intégrés à l'Etat? Comment les faire travailler main dans la main avec des unités d'élite organisées par les Américains?

Pas de «mains propres»

L'union sacrée de la guerre contre l'EI, de 2014 à 2017, quand coalition, Hachd et armée partageaient les informations, a cessé. Et l'administration Trump n'a fait que jeter de l'huile sur le feu en tuant à Bagdad le général iranien Qassem Soleimani et son lieutenant irakien Abou Mehdi al-Mouhandis.
«Le principal obstacle est politique», tranche M. Watling. Le Premier ministre, Moustafa al-Kazimi, en a plusieurs fois fait l'expérience.
Egalement chef du renseignement extérieur, proche de longue date des Américains, il est désormais directement pris à partie par des commandants pro-Iran.
Face à eux, il mobilise régulièrement les unités d'élite du contre-terrorisme, héros de la guerre anti-EI, mais aussi aujourd'hui utilisé pour arrêter des responsables corrompus ou des groupes accusés de tirer des roquettes sur l'ambassade américaine .
Ces unités sont les seules auxquelles M. Kazimi peut faire une confiance totale, selon des observateurs.
Mais les utiliser ainsi les met en compétition avec des forces également liées à l'Etat - des groupes pro-Iran qui souvent ont fait libérer les hommes qu'ils avaient arrêtés, soulignent la chercheuse Marsin Alshamary, du Brookings Institute.
«Revenir sur les ordres constants et s'excuser auprès des groupes visés affaiblit le contre-terrorisme, le Premier ministre et l'État», affirme-t-elle.
Jeudi soir, M. Kazimi a annoncé un remaniement de tous les plus hauts postes de l'appareil sécuritaire, mais pour les experts, ce n'est pas au niveau du haut commandement que la question se joue.
«Dans un système bureaucratique et corrompu, personne n'a les mains propres», affirme M. Watling.


Liban: 13 morts dans des frappes israéliennes sur le sud

Le ministère de la Santé libanais a indiqué que 13 personnes ont été tuées vendredi lors de frappes israéliennes dans le sud, notamment dans une ville où l’armée israélienne avait émis un ordre d’évacuation malgré un cessez-le-feu. (REUTERS)
Le ministère de la Santé libanais a indiqué que 13 personnes ont été tuées vendredi lors de frappes israéliennes dans le sud, notamment dans une ville où l’armée israélienne avait émis un ordre d’évacuation malgré un cessez-le-feu. (REUTERS)
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  • Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins 13 morts vendredi, dont des civils (femmes et enfants), malgré un cessez-le-feu en vigueur
  • Depuis la reprise des hostilités le 2 mars entre Israël et le Hezbollah, plus de 2 600 personnes ont été tuées, dont des secouristes, suscitant de vives critiques humanitaires

BEYROUTH: Des frappes israéliennes sur le sud du Liban ont fait au moins 13 morts vendredi, a rapporté le ministère libanais de la Santé dans un nouveau bilan.

Selon un communiqué du ministère, huit personnes, parmi lesquelles un enfant et deux femmes, ont été tuées et 21 autres blessées, dont deux enfants et une femme, dans des frappes sur le village d'Habboush, que l'armée israélienne avait appelé à évacuer malgré un cessez-le-feu.

L'agence de presse officielle libanaise (ANI) a rapporté "une série de frappes intenses (...) un peu moins d'une heure après l'avertissement" israélien.

A Habboush, un photographe de l'AFP a vu des volutes de fumée s'élever à la suite des bombardements.

Une autre frappe sur le village de Zrariyé, dans la région de Saïda, a par ailleurs fait quatre morts, dont deux femmes, et quatre blessés dont un enfant et une femme, a précisé le ministère dans la soirée.

Selon la même source, une femme a été tuée et sept personnes ont été blessées dans le district de la ville côtière de Tyr.

L'ANI avait auparavant fait état d'autres frappes et de tirs d'artillerie sur d'autres localités du Sud en dépit du cessez-le-feu entre le Hezbollah pro-iranien et Israël en vigueur depuis le 17 avril.

- Secouristes tués -

Jeudi, 17 personnes avaient été tuées dans des frappes sur le Sud, où l'armée israélienne a établi une zone de 10 km de profondeur à partir de la frontière, interdite d'accès à la presse et à la population, et effectue des opérations de démolition.

Des destructions ont ainsi été rapportées à Shamaa mais également à Yaroun, où un monastère, une école privée, des maisons, des commerces et des routes ont été démolies, selon l'agence ANI.

Israël affirme vouloir protéger sa région nord du Hezbollah, qui continue de revendiquer des attaques contre des positions israéliennes au Liban et, plus rarement, contre le territoire israélien.

L'armée israélienne a indiqué dans la nuit de vendredi à samedi avoir intercepté quatre "cibles aériennes" qui se dirigeaient vers le nord d'Israël, sans préciser leur provenance.

En vertu de l'accord de cessez-le-feu, Israël se réserve "le droit de prendre, à tout moment, toutes les mesures nécessaires en légitime défense contre des attaques planifiées, imminentes ou en cours", une clause que le Hezbollah conteste.

Selon le ministère libanais de la Santé, plus de 2.600 personnes ont été tuées depuis la reprise des hostilités entre le Hezbollah et Israël, le 2 mars, sur fond de guerre au Moyen-Orient.

D'après cette source, 103 secouristes font partie des morts.

"Qu'une personne qui tente de sauver des vies, d'apaiser la souffrance humaine, puisse être ciblée (...) c'est une chose que je trouve absolument inacceptable", a affirmé à des journalistes près de Beyrouth le secrétaire général adjoint de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FIRC), Xavier Castellanos.


Les Emirats interdisent à leurs ressortissants de se rendre en Iran, au Liban et en Irak

Le drapeau des Émirats arabes unis flotte sur fond de la skyline d’Abou Dhabi. (Archive/AFP)
Le drapeau des Émirats arabes unis flotte sur fond de la skyline d’Abou Dhabi. (Archive/AFP)
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  • Les Émirats arabes unis interdisent à leurs citoyens de voyager en Iran, au Liban et en Irak en raison des tensions régionales
  • Les autorités demandent aux Émiratis présents dans ces pays de rentrer immédiatement, après des attaques de missiles iraniennes visant des infrastructures aux EAU

DUBAI: Les Emirats arabes unis ont interdit jeudi à leurs ressortissants  de se rendre en Iran, au Liban et en Irak, en invoquant l'évolution de la situation dans la région.

"A la lumière des développements régionaux actuels", le ministère des Affaires étrangères du pays a émis "une interdiction de voyager pour les ressortissants émiratis se rendant en République islamique d'Iran, en République libanaise et en République d'Irak", a rapporté l'agence de presse officielle WAM, indiquant qu'il appelait "tous les ressortissants émiratis actuellement dans ces pays à accélérer leur retour immédiat".

L'Iran a pris pour cible les Emirats, par des tirs de missiles visant des infrastructures civiles et énergétiques, lors du conflit déclenché le 28 février par l'attaque israélo-américaine contre Téhéran, avant l'annonce d'un fragile cessez-le-feu.


Liban: le président condamne les «violations persistantes» du cessez-le-feu par Israël

Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
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  • "Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte"
  • "Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes"

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international.

"Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte", a-t-il déclaré, selon un communiqué de la présidence. De nouvelles frappes israéliennes meurtrières ont visé jeudi des localités dans le sud, selon un média officiel.

"Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes", a ajouté Joseph Aoun, alors que la trêve est entrée en vigueur le 17 avril.