La famille de Lokman Slim: «ils ne réussiront pas à nous faire taire»

Lokman Slim était un éminent activiste libanais qui critiquait souvent le Hezbollah. (Photo, AFP)
Lokman Slim était un éminent activiste libanais qui critiquait souvent le Hezbollah. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 06 février 2021

La famille de Lokman Slim: «ils ne réussiront pas à nous faire taire»

  • L’opposant au Hezbollah a été retrouvé abattu dans sa voiture au Liban Sud
  • Rasha Al-Ameer: Ils ont essayé de nous forcer à quitter notre maison et à sortir de cette région car nous ne parlons pas leur langue, la langue de la mort

BEYROUTH: La famille du militant et intellectuel libanais anti-Hezbollah Lokman Slim, assassiné jeudi dernier, refuse d’enterrer sa dépouille tant que des examens spécialisés ne seront effectués pour déterminer comment il a été tué et s'il a subi des tortures avant sa mort.

La famille de Slim attend le rapport d’un médecin engagé par ses soins pour examiner le corps.

Lokman Slim, connu pour ses positions critiques envers le Hezbollah, a été retrouvé tue par balles dans sa voiture de location dans la région de Zahrani, au Liban Sud.

Il avait été porté disparu la veille alors qu'il rentrait d’une visite à des amis dans le village de Niha.

Slim, figure laïque importante au sein de la communauté chiite du Liban, avait été systématiquement menacé en raison de ses prises de positions contre le Hezbollah.

La sœur de Slim, l’auteure Rasha Al-Ameer, a déclaré vendredi à Arab News que son corps avait été transféré d’un hôpital du Sud vers un hôpital privé de Beyrouth.

Al-Ameer a également affirmé que le premier rapport réalisé par le médecin légiste manquait de détails et qu’il était «écrit à la main et officiellement peu fiable». «Ils ont tué Lokman et son enterrement n'a plus d'importance pour le moment», a-t-elle ajouté. «Le tueur est connu, et on sait qui contrôle la zone où mon frère a été tué. Ils voulaient le faire taire. Ils essaient depuis 15 ans. Mais nous ne serons jamais réduits au silence », a-t-elle précisé.

Al-Ameer déclare que la famille envisage d’ériger un mausolée dans le jardin de la maison familiale à Ghobeiry, dans la banlieue Sud de Beyrouth. « Oseront ils pénétrer au jardin pour profaner son tombeau?» demande-t-elle, avant d’ajouter : «Ils ont essayé de nous forcer à abandonner notre maison et à quitter cette région car nous ne parlons pas leur langue, la langue de la mort, alors que Lokman aimait le langage de la vie. Ils ne nous forceront évidemment pas à sortir de notre région».

Al-Ameer a avoué que sa mère âgée avait eu le cœur brisé par la nouvelle du meurtre de son fils. «Ils ont piétiné le cœur de ma mère, elle qui aidait les gens de la région dans laquelle elle réside et où elle faisait des œuvres charitables. Malgré cela, des gens de la communauté qu'elle servait ont tué son fils. »

Les enquêtes officielles sur l'assassinat se sont poursuivies vendredi sur fond de condamnation croissante de ce meurtre prémédité et d'appels à la justice.

L'ancien député Farés Souaid a déclaré que «Le Liban est contrôlé par le Hezbollah et le parti doit fournir des réponses. Si le Hezbollah ne révèle pas qui a tué Slim, nous continuerons de l’accuser sans relâche. »

Melhem Khalaf, président du Barreau de Beyrouth, a appelé le pouvoir judiciaire à faire preuve de courage: «Il n’y a pas de tranquillité pour le peuple. On demande que justice soit rendu maintenant pour l'esprit de Slim et pour toutes les victimes innocentes».

Le général a la retraite George Nader a déclaré que le meurtre de Salim était une tentative d’intimidation envers les opposants au Hezbollah qui refusent de se taire. «Laissez-les tuer qui ils veulent. Il n'est plus possible pour nous de fléchir ou d'avoir peur », a-t-il souligné, alors que des  militants de la société civile ont annoncé qu'ils organiseront des manifestations de contestations contre ce meurtre.

L’ambassadrice américaine au Liban, Dorothy Shea, a qualifié l’assassinat de Slim d’un «acte barbare».

Dans sa déclaration, Shea a révélé que Slim, bien qu’il était conscient des menaces proférées a son encontre, n’a pas cessé de défendre, avec courage et conviction, la justice et l'état de droit.

«Cet assassinat n'était pas simplement une agression brutale contre un individu, mais une attaque lâche contre les principes de la démocratie, de la liberté d'expression et de la participation civique. C'est aussi une attaque contre le Liban lui-même », a-t-elle soutenu.

Shea a, en outre, demandé «une enquête urgente sur ce meurtre et d'autres récents meurtres non résolus afin que les auteurs de ces actes soient traduits en justice, dans un pays qui a désespérément besoin de se remettre des multiples crises auxquelles il est confronté».

Elle a aussi signalé que «les assassinats politiques répandent une mauvaise image au monde qui tranche avec ce que représente vraiment le Liban».

Dans un article publié jeudi sur le site Internet d'Al-Arabiya, la journaliste Mona Al-Alami a révélé que Slim avait été tué parce qu'il avait découvert «la structure interne du Hezbollah avec sa nébuleuse de son réseau complexe».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince héritier saoudien et le président ukrainien tiennent des pourparlers à Djeddah

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  • Zelensky s’est rendu à Djeddah et a rencontré le prince héritier saoudien pour renforcer les relations bilatérales
  • Les discussions portent sur la coopération en sécurité, énergie et infrastructures, après un soutien financier européen

DJEDDAH : Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est arrivé à Djeddah vendredi pour sa deuxième visite en Arabie saoudite en un mois.

Au cours de cette visite, Zelensky a rencontré le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, où les deux dirigeants ont discuté des moyens de renforcer les liens entre Kyiv et Riyad et d’élargir la coopération dans des secteurs clés, a rapporté l’Agence de presse saoudienne.

« Hier, lors d’une réunion avec des dirigeants européens, nous avons obtenu des garanties financières pour notre résilience. Aujourd’hui, nous faisons avancer nos accords avec l’Arabie saoudite dans les domaines de la sécurité, de l’énergie et des infrastructures », a déclaré Zelensky dans un message publié sur X à son arrivée dans le Royaume. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Washington sanctionne Bagdad pour l'obliger à démanteler les milices pro-Iran

 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
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  • Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire"
  • Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter"

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias.

Le Wall Street Journal, citant des sources officielles irakiennes et américaines, a affirmé mardi soir que Washington avait, pour la deuxième fois depuis le début de la guerre, suspendu la livraison par avion-cargo de près de 500 millions de dollars en cash, provenant des ventes de pétrole irakien.

Un responsable du gouvernement irakien a affirmé à l'AFP que seul un envoi n'était pas arrivé, invoquant "des raisons logistiques liées à la guerre" et la fermeture de l'espace aérien.

Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire".

Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter".

Les revenus des exportations de pétrole irakiennes sont en grande partie déposés à la Réserve fédérale de New York, en vertu d'un arrangement conclu après l'invasion américaine de 2003, qui avait renversé Saddam Hussein.

Un accord qui donne à Washington un levier majeur sur les autorités de Bagdad.

En parallèle, les Etats-Unis ont suspendu le financement de formations des forces armées irakiennes et de programmes de lutte contre les jihadistes, au premier rang desquels le groupe Etat islamique.

Un responsable de la sécurité irakien a confirmé à l'AFP l'arrêt de cette coopération bilatérale, en raison "des milices et des (...) bombardements".

Il n'a fourni aucun détail mais les deux pays coopèrent depuis plusieurs années, en particulier dans la lutte antijihadiste.

L'Irak, voisin de l'Iran, a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient par des frappes imputées aux Etats-Unis ou à Israël visant des groupes pro-iraniens. Ces derniers ont revendiqué des attaques contre les intérêts américains dans le pays.

L'équilibre précaire de l'Irak 

Au début de la guerre régionale déclenchée par les frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février, Washington et Bagdad avaient déclaré vouloir "intensifier la coopération" pour prévenir les attaques contre les intérêts américains et garantir que le territoire irakien ne serait pas utilisé pour ces opérations.

Mais Washington s'est plaint d'efforts insuffisants de la part de l'Irak, qui tente depuis des années de conserver un équilibre précaire entre ses liens avec les Etats-Unis et sa proximité avec Téhéran.

Le 9 avril, le département d'Etat américain avait déclaré avoir "convoqué" l'ambassadeur irakien à Washington, pour condamner ces attaques.

Sollicitée mercredi par l'AFP, la diplomatie américaine n'a pas confirmé la suspension des livraisons de dollars mais affirmé que "l'incapacité du gouvernement irakien à prévenir ces attaques (...) nuit aux relations entre les Etats-Unis et l'Irak".

"Les Etats-Unis ne toléreront pas les attaques contre leurs intérêts et attendent du gouvernement irakien qu'il prenne immédiatement toutes les mesures nécessaires pour démanteler les milices alignées sur l'Iran en Irak", a déclaré le porte-parole par intérim du département d'Etat, Tommy Pigott.

Plusieurs de ces factions ont cessé leurs attaques contre les "bases ennemies" dans le pays et la région après le cessez-le-feu irano-américain.

Avant la fin des combats, l'ambassade des Etats-Unis en Irak avait rapporté "de nombreuses attaques de drones" lancées selon elle par des milices pro-iraniennes contre des installations diplomatiques et l'aéroport international de Bagdad.

En janvier, Donald Trump avait menacé de retirer tout soutien à Bagdad si l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, 75 ans, perçu comme proche de l'Iran, revenait au pouvoir.

L'Iran, pour autant, n'entend pas lâcher ses leviers sur son voisin.

Le général Esmaïl Qaani, un haut responsable militaire iranien, s'est rendu samedi à Bagdad pour rencontrer des responsables politiques et des groupes armés pro-iraniens, a indiqué à l'AFP un haut responsable irakien.


Journaliste tuée: les dirigeants libanais dénoncent un «crime de guerre»

Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
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  • "Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre"
  • Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales

BEYROUTH: Les dirigeants libanais ont accusé jeudi Israël d'avoir perpétré un "crime de guerre" après la mort d'une journaliste dans une frappe aérienne israélienne dans le sud du pays.

Amal Khalil, 42 ans, journaliste du quotidien Al-Akhbar, a été tuée mercredi et sa collègue indépendante Zeinab Faraj blessée dans cette frappe dans le sud, où les forces israéliennes occupent plusieurs régions.

"Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre".

Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales.

Les deux journalistes s'étaient réfugiées dans une maison du village d'al-Tiri, après qu'une frappe israélienne a visé une voiture qui les précédait, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Les deux occupants du véhicule, le maire de la ville voisine de Bint Jbeil, occupée par Israël, et un homme qui l'accompagnait, ont été tués, a précisé la même source.

Une frappe israélienne a ensuite visé la maison où s'étaient réfugiées les deux journalistes. Les secours ont évacué dans un premier temps la journaliste blessée, avant que "des tirs israéliens visent l'ambulance", selon le ministère de la Santé.

Les autorités libanaises ont dû mener des contacts avec les Casques bleus déployés dans le sud du Liban et il a fallu plusieurs heures avant que les secouristes puissent à nouveau accéder au secteur pour retirer des décombres le corps de l'autre journaliste.

Le ministère de la Santé a accusé jeudi Israël d'avoir "entravé les opérations de sauvetage" et "visé une ambulance portant clairement le signe de la Croix-Rouge".

L'armée israélienne a de son côté affirmé avoir frappé dans le secteur d' al-Tiri deux véhicules à bord desquels se trouvaient des "terroristes", qui avaient "franchi la ligne de défense avancée" de ses troupes dans le sud du Liban.

Israël dit avoir tracé une "ligne jaune" ou ligne de défense avancée en profondeur dans le sud du Liban où ses troupes sont entrées, et interdit aux habitants d'y retourner.

Un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 17 avril, après une guerre entre Israël et le Hezbollah pro-iranien qui a fait plus de 2.400 morts au Liban.

L'armée israélienne a démenti avoir "empêché les équipes de secours d'accéder à la zone". Elle a indiqué que "des informations font état de deux journalistes blessés lors des frappes" et affirmé que l'incident était "en cours d'examen".

Correspondante dans le sud du Liban pour le journal al-Akhbar, proche du Hezbollah, Amal Khalil a couvert les différentes guerres dans cette région. Elle était connue pour son courage et était respectée par ses collègues.

Le 28 mars, trois journalistes avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud et des experts de l'ONU avaient réclamé une enquête internationale.