Washington et Téhéran font monter les enchères

Joe Biden attend des engagements clairs de la part de l’Iran, avant de revenir à l’accord sur le nucléaire (Photo, AFP).
Joe Biden attend des engagements clairs de la part de l’Iran, avant de revenir à l’accord sur le nucléaire (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 02 mars 2021

Washington et Téhéran font monter les enchères

  • Après avoir laissé Washington patienter dix jours, Téhéran a finalement rejeté dimanche son offre de dialogue direct
  • En cause, plus ou moins directement, les frappes américaines de la semaine dernière en Syrie contre des groupes pro-Iran

WASHINGTON: Les Etats-Unis et l'Iran se jaugent : soucieux de ne pas apparaître trop faibles face à l'ennemi juré, les deux pays font monter les enchères, au risque de repousser le sauvetage de l'accord sur le nucléaire iranien pourtant promis par Joe Biden.

Après avoir laissé Washington patienter dix jours, Téhéran a finalement rejeté dimanche son offre de dialogue direct. Les autorités iraniennes ont déclaré qu'elles ne considéraient « pas le moment approprié ».

En cause, plus ou moins directement, les frappes américaines de la semaine dernière en Syrie contre des groupes pro-Iran accusés de multiplier les tirs de roquette visant des intérêts américains en Irak. Et la fermeté affichée par les Européens, avec les Américains, contre les infractions iraniennes à l'accord conclu en 2015 avec Téhéran pour l'empêcher de se doter de la bombe atomique.

Le « non » iranien ne signifie pas la fin de la diplomatie, mais il complique la donne.

Les Etats-Unis ont assuré lundi être toujours « prêts à rencontrer l'Iran », sans être « dogmatiques » sur le « format de ces discussions ».

« Les Iraniens veulent montrer qu'ils ne se précipitent pas » pour négocier avec les Américains, dit Barbara Slavin, du cercle de réflexion Atlantic Council. « C'est pour eux une manière de dire : ‘vous nous mettez la pression ? Et bien, nous pouvons aussi vous mettre la pression’ », ajoute-t-elle. 

« Erreurs de jugement »

L'ex-président américain Donald Trump a retiré en 2018 les Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien, qu'il jugeait insuffisant, et a rétabli toutes les sanctions américaines contre Téhéran. En guise de représailles, la République islamique a commencé à s'affranchir de ses engagements atomiques.

A la Maison Blanche depuis un mois, Joe Biden dit lui vouloir revenir dans l'accord « si » l'Iran revient également dans les clous. Mais le démocrate semble vouloir à tout prix éviter un procès en faiblesse ou naïveté.

Selon Trita Parsi, auteur d'un livre sur les tractations qui ont mené au pacte de 2015, le message qui en ressort « c'est que le gouvernement Biden tente de remettre sur les rails une version de l'accord nucléaire sans provoquer l'ire des républicains ni des Israéliens et des Saoudiens », adversaires régionaux des Iraniens qui n'ont cessé de s'y opposer. « Et ça, c'est impossible. »

Or cette volonté de montrer les muscles a déjà poussé les deux pays à faire des « erreurs de jugement » ces dernières semaines, regrette le vice-président exécutif du think tank Quincy Institute for Responsible Statecraft.

Tirer des roquettes en Irak pour faire pression sur les Américains est « une erreur colossale de la part des Iraniens », dit-il, tandis que la riposte militaire américaine, bien que « compréhensible », a donné l'impression qu'elle visait avant tout à « rassurer les Saoudiens » -- ce qui risque d'énerver encore plus Téhéran.

Jusqu'ici, l'administration Biden n'a fait que des gestes symboliques, comme renoncer à réclamer le retour des sanctions de l'ONU que l'oranisation avait de toutes manières refusé de rétablir.

Avertissements républicains

Mais même ce petit pas a été étrillé par Donald Trump qui, dimanche, a accusé à tort son successeur d'avoir « abandonné tous les moyens de pression de l'Amérique avant même le début des négociations ».

Et plusieurs chefs de file républicains au Sénat américain ont adressé une lettre au nouveau président pour le mettre en garde contre toute concession financière avant les pourparlers. Les Etats-Unis « ne devraient pas se plier à une urgence ou à des échéances artificielles », comme l'élection présidentielle de juin en Iran, écrivent-ils.

Le dialogue serait-il donc dans l'impasse avant de démarrer ?

On pourrait le croire, tant Téhéran réclame toujours la levée préalable des sanctions quand Washington affirme vouloir une rencontre avant d'envisager un quelconque geste.

Mais les défenseurs de l'accord de 2015 pressent le gouvernement américain de débloquer la situation, en donnant par exemple son feu vert officiel à la Corée du Sud qui souhaite lever le gel de milliards de dollars qu'elle doit aux Iraniens pour des achats de pétroles passés. Ou en approuvant un prêt du Fonds monétaire international à l'Iran.

« La seule option viable à ce stade semble être une médiation européenne » pour que « l'Iran et les Etats-Unis lâchent un peu de lest sans se rencontrer en personne », estime sur Twitter Ali Vaez, de l'organisation de prévention des conflits International Crisis Group, évoquant des « tickets d'entrée » pour de futures négociations.

« L'Iran devrait accepter une réunion ! », s'impatiente néanmoins Barbara Slavin, soulignant qu'il ne s'agirait en soi ni d'une « concession » ni d'une « percée ». Avant de lâcher, fataliste : « Il s'agit des Etats-Unis et de l'Iran, ce n'est jamais facile ».


La Turquie espère «réduire les tensions» au Moyen-Orient lors d'un forum

"Nous déployons les efforts nécessaires pour réduire les tensions, prolonger le cessez-le-feu et poursuivre les négociations", a déclaré son président, Recep Tayyip Erdogan, lors d'un discours cette semaine devant le groupe parlementaire de son parti, l'AKP. (AFP)
"Nous déployons les efforts nécessaires pour réduire les tensions, prolonger le cessez-le-feu et poursuivre les négociations", a déclaré son président, Recep Tayyip Erdogan, lors d'un discours cette semaine devant le groupe parlementaire de son parti, l'AKP. (AFP)
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  • Les représentants de plus de 150 pays sont attendus au Forum d'Antalya, station balnéaire du sud de la Turquie, dont plus de 20 chefs d'Etat et de gouvernement
  • Parmi eux figurent le président syrien Ahmad al-Chareh et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov

ANTALYA: La Turquie organise à partir de vendredi un vaste forum diplomatique qui accueillera notamment le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, au moment où Islamabad intensifie ses efforts pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

Les représentants de plus de 150 pays sont attendus au Forum d'Antalya, station balnéaire du sud de la Turquie, dont plus de 20 chefs d'Etat et de gouvernement. Parmi eux figurent le président syrien Ahmad al-Chareh et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Une réunion entre les chefs de la diplomatie de la Turquie, de l'Egypte, du Pakistan et de l'Arabie Saoudite pour "des discussions sur le développement de solutions régionales aux problèmes régionaux, notamment à propos du conflit entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran" est prévue vendredi soir en marge du forum, selon une source du ministère turc des Affaires étrangères.

Le forum annuel d'Antalya intervient alors que le Pakistan multiplie ses efforts de médiation en vue d'une nouvelle série de pourparlers entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre lancée le 28 mars par les Etats-Unis et Israël.

Le chef d'état-major de l'armée pakistanaise a rencontré jeudi à Téhéran des négociateurs de haut niveau et M. Sharif, arrivé jeudi à Antalya, s'est entretenu cette semaine avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et l'émir du Qatar Tamim ben Hamad al-Thani dans le cadre d'une tournée régionale.

De premiers pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis au Pakistan se sont soldés par un échec dimanche sans toutefois conduire à une rupture du cessez-le-feu de deux semaines mis en place le 8 avril.

La Turquie veut également contribuer au processus de stabilisation.

"Nous déployons les efforts nécessaires pour réduire les tensions, prolonger le cessez-le-feu et poursuivre les négociations", a déclaré son président, Recep Tayyip Erdogan, lors d'un discours cette semaine devant le groupe parlementaire de son parti, l'AKP.

"On ne peut pas négocier les poings serrés. Il ne faut pas laisser les armes parler à la place des mots. Il faut exploiter pleinement la fenêtre d'opportunité ouverte par le cessez-le-feu", a-t-il ajouté.

Réouverture d'Ormuz 

M. Erdogan prendra la parole lors du forum, qui se tiendra pendant trois jours, et rencontrera M. Sharif en marge de celui-ci.

La guerre et le blocus du détroit d'Ormuz, voie de passage stratégique, devraient être au cœur des discussions. La date et l'heure de cette rencontre n'ont pas encore été communiquées.

La Maison Blanche a déclaré que de nouvelles discussions avec l'Iran se tiendraient "très probablement" à Islamabad, où le vice-président JD Vance a dirigé la délégation américaine lors du premier cycle de négociations.

"Nous continuerons à apporter tout le soutien possible pour faire en sorte que le cessez-le-feu temporaire en cours devienne permanent", a déclaré jeudi une source du ministère turc de la Défense.

"Nous espérons que cette guerre, dont les effets se font de plus en plus sentir non seulement au niveau régional mais aussi mondial, prendra fin au plus vite et que les parties agiront de manière constructive dans le processus de négociation en cours", a déclaré la source.

Critique virulente d'Israël, la Turquie s'est jointe aux efforts diplomatiques du Pakistan et de l'Egypte pour contribuer à l'instauration d'un cessez-le-feu, tant en Iran qu'au Liban.

Le ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a par ailleurs demandé lundi une réouverture "dès que possible" du détroit d'Ormuz et le rétablissement de son statut de "zone de libre passage international".

Parallèlement, le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz et les Premiers ministres britanniques Keir Starmer et italienne Giorgia Meloni se réunissent vendredi à Paris pour discuter de la mise en place d'une mission de sécurisation de la navigation dans le détroit d'Ormuz. Une trentaine de participants d'autres pays se joindront à eux en visioconférence.

 


Entrée en vigueur d'un cessez-le-feu de dix jours entre le Liban et Israël

Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi matin, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump. (AFP)
Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi matin, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump. (AFP)
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  • La trêve a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi)
  • Celle-ci a été annoncée par le président américain Donald Trump.

BEYROUTH: Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi matin, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump.

La trêve a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi), après un mois et demi de conflit entre Israël et le mouvement libanais pro-iranien Hezbollah. Ce dernier a rejoint début mars la guerre au Moyen-Orient en lançant des roquettes contre le territoire israélien, en solidarité avec l'Iran attaqué par les Etats-Unis et Israël.

 

 


Le Liban accuse Israël de violer le cessez-le-feu tout juste entré en vigueur

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  • Cette trêve, qui suit celle conclue pour deux semaines entre les Etats-Unis et l'Iran, a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi)
  • Elle intervient après un mois et demi de conflit entre Israël et le groupe chiite libanais Hezbollah, financé et armé par Téhéran

BEYROUTH: Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump, l'armée libanaise dénonçant aussitôt des violations de la part d'Israël dans le sud du pays.

Cette trêve, qui suit celle conclue pour deux semaines entre les Etats-Unis et l'Iran, a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi). Elle intervient après un mois et demi de conflit entre Israël et le groupe chiite libanais Hezbollah, financé et armé par Téhéran. De nombreux tirs de célébration ont retenti dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement, selon des journalistes de l'AFP.

Des images de l'AFPTV ont montré des personnes retournant dans la banlieue sud de la capitale libanaise, particulièrement ciblée ces dernières semaines, certaines agitant le drapeau jaune du Hezbollah ou portant des portraits de son ancien chef, Hassan Nasrallah, tué par Israël en 2024.

"Nous sommes fatigués de la guerre et nous voulons la sécurité et la paix", a dit à l'AFP à Beyrouth Jamal Chehab, une femme au foyer de 61 ans, saluant l'accord de trêve.

Mais quelques heures plus tard, l'armée libanaise a évoqué "un certain nombre de violations de l'accord, plusieurs actes d'agression israéliens ayant été recensés, sans compter les bombardements sporadiques qui ont touché plusieurs villages". Elle a appelé les personnes déplacées par les combats à s'abstenir de retourner immédiatement dans le sud du Liban.

L'armée israélienne a averti qu'elle maintenait son déploiement terrestre dans cette région, et a demandé à la population de ne pas revenir sur la rive sud du fleuve Litani.

Malgré ces mises en garde, des journalistes de l'AFP ont vu des embouteillages monstres se former au nord du Litani, motocyclistes et automobilistes patientant pendant des heures pour pouvoir franchir le dernier pont, lourdement endommagé par un bombardement israélien, reliant le sud du Liban au reste du pays.

Le Hezbollah a pour sa part annoncé avoir "bombardé un rassemblement de soldats israéliens près de la ville de Khiam", dans le sud-est du Liban, "en réponse à la violation du cessez-le-feu par l'armée d'occupation".

L'Agence nationale d'information (Ani, officielle) a rapporté des bombardements contre cette localité et le village voisin de Debbine, ainsi que d'"intenses activités de drones" dans la même région.

Donald Trump a annoncé jeudi qu'Israël et le Liban s'étaient mis d'accord sur un cessez-le-feu de dix jours, ajoutant qu'il s'efforçait d'organiser la toute première rencontre à la Maison Blanche entre le président du Liban Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.