Préserver l'empreinte numérique du conflit syrien, le pari des militants

Pour diffuser les exactions du régime syrien, les citoyens n’ont eu d’autre solution que d’en uploader les preuves vidéo sur des plateformes en ligne (Photo, AFP).
Pour diffuser les exactions du régime syrien, les citoyens n’ont eu d’autre solution que d’en uploader les preuves vidéo sur des plateformes en ligne (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Lundi 08 mars 2021

Préserver l'empreinte numérique du conflit syrien, le pari des militants

  • Téléchargées par des militants syriens, des centaines de milliers de vidéos ont été supprimées depuis que YouTube a introduit un logiciel supprimant les contenus jugés inappropriés
  • Dix ans après le début de la guerre, les militants s'inquiètent d'une amnésie digitale néfaste pour le travail d'enquête et de mémoire

BEYROUTH: Des frappes aériennes meurtrières aux conquêtes jihadistes, le compte YouTube du militant syrien Al-Mutez Billah a longtemps servi de banque d'archives numériques sur la guerre syrienne. Jusqu'à sa suppression par un logiciel automatisé en 2017.

Ce compte regorgeait d'images et de vidéos souvent peu conformes aux normes communautaires YouTube. Il n'a pu être restauré, d'autant que son propriétaire, journaliste citoyen de 21 ans, avait été exécuté trois ans plus tôt par le groupe Etat islamique (EI) pour son travail de documentation.

« Ce ne sont pas que des vidéos qui ont été supprimées, mais des archives entières de notre vie », déplore Sarmad Jilane, militante syrienne et amie proche d'Al-Mutez Billah. « On a l'impression qu'une partie de notre mémoire visuelle a été rayée », ajoute-t-elle.

Téléchargées par des militants syriens, des centaines de milliers de vidéos ont été supprimées depuis que YouTube a introduit en 2017 un logiciel détectant et supprimant les contenus jugés inappropriés.

syrie

Si d'autres plateformes ont adopté les mêmes pratiques, l'impact de YouTube est incomparable : de par sa popularité, c'est sur ce réseau que la majeure partie des vidéos de la guerre syrienne ont été téléchargées.

Raids du régime, exécutions par des jihadistes ou attaques chimiques, ces vidéos, souvent prises sur le vif par des témoins -- faute d'accès pour les journalistes et enquêteurs -- ont permis d'informer et de documenter des moments-clés du conflit.

Dix ans après le début de la guerre, les militants s'inquiètent d'une amnésie digitale néfaste pour le travail d'enquête et de mémoire.

« Chaque séquence nous aide à nous souvenir de quelque chose : quel type d'obus a été tiré, la date d'un événement, ou encore ce que nous ressentions à l'époque », plaide Jilane, qui vit en Allemagne.

La jeune femme est une des fondatrices de la page « Raqa is Being Slaughtered Silently », ayant longtemps documenté les exactions de l'EI.

Après avoir été supprimé il y a quatre ans par YouTube, leur compte a depuis été restauré avec l'aide de « Syrian Archive » - un groupe de militants cherchant à préserver l'empreinte numérique du conflit.

Révolte et répression

Le 15 mars 2011, dans le sillage du Printemps arabe, un mouvement de protestation éclate en Syrie, gouvernée d'une main de fer depuis 40 ans par la famille Assad, Bachar ayant succédé en 2000 à son père Hafez.

De petites manifestations sont dispersées à Damas. Mais c'est à Deraa (sud), où une quinzaine d'adolescents avaient été torturés pour avoir peint des graffitis antirégime, que le mouvement prend de l'ampleur.

Les manifestations, qui s'étendent à d'autres villes, sont réprimées.

En juillet, un colonel réfugié en Turquie crée l'Armée syrienne libre, composée de civils ayant pris les armes et de déserteurs de l'armée.

Le mouvement se transforme en rébellion armée. Les insurgés vont conquérir d'importants bastions, notamment des secteurs de Homs (centre) ou des quartiers d'Alep (nord).

« Hémorragie »

Le groupe a aidé à récupérer plus de 650 000 vidéos rayées de YouTube depuis 2017, une fraction du contenu supprimé, selon les militants.

« L'histoire syrienne est en train d'être effacée par la technologie, l'hémorragie est constante et continue », déplore Dia Kayyali, de l'organisation Mnemonic, qui gère « Syrian Archive ».

Selon elle, près du quart du contenu audiovisuel que le collectif a collecté en ligne a depuis été supprimé de YouTube.

syrie

La situation risque de s'aggraver : les politiques accentuent la pression sur les géants des réseaux sociaux pour rayer tout contenu violent ou faisant l'apologie du terrorisme.

En décembre, des députés européens sont parvenus à un accord provisoire sur des réglementations plus strictes, y compris l'obligation pour les plateformes en ligne de retirer un contenu suspect dans un délai d'une heure. Une menace potentielle pour les archives syriennes en ligne.

« Dès que nous trouvons quelque chose, nous l'archivons, c'est vraiment une course contre la montre », affirme Kayyali.

« Mais nous ne pouvons pas arriver au même rythme que la technologie, spécifiquement conçue pour être plus rapide que les humains », déplore-t-elle.

D'autant que YouTube a désormais davantage recours à l'intelligence artificielle : une partie du travail de vérification et de visionnage était réalisé par des humains, mais les effectifs ont été réduits avec la pandémie.

Cela « signifie que nous supprimons davantage de contenus qui ne violent peut-être pas nos règles », a récemment reconnu Youtube.

« Mais lorsqu'on nous signale qu'une vidéo ou une chaîne a été supprimée par erreur, nous œuvrons rapidement pour la réactiver », explique un porte-parole.

L'aviation, atout du régime

En mars 2012, l'armée prend le fief de la rébellion à Homs. D'autres opérations sanglantes avaient été menées, notamment à Hama (centre), après des manifestations antirégime.

En juillet, des rebelles lancent la bataille de Damas. Le gouvernement garde le contrôle de la capitale, mais des zones de sa banlieue passent aux mains des insurgés.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) et des militants dénoncent l'utilisation de « barils d'explosifs » remplis de TNT que l'armée largue à partir d'hélicoptères et d'avions militaires.

« Détruire les preuves »

Malgré les suppressions, d'innombrables vidéos sur la Syrie ont survécu.

« Nous avons plus (d'heures) de vidéos de la guerre syrienne que la durée du conflit lui-même », indique Nick Waters de Bellingcat, plateforme de journalisme d'investigation réputée pour son travail sur le conflit syrien.

syrie

La plateforme dispose de données en accès libre utilisées pour leurs enquêtes par des ONG de défense des droits humains, voire l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC).

« Les contenus générés par des usagers sont très efficaces pour établir certains faits : ce qui s'est passé, où et quand », même s'ils ne permettent pas toujours d'expliquer le « pourquoi » ou d'en identifier les responsables, affirme Waters.

Aux yeux de certains experts, les preuves disponibles sur les réseaux sociaux pourraient potentiellement un jour jouer un rôle dans les incriminations, dans le cadre des procès liés au conflit syrien.

« Chacune de ces vidéos ou images révèle un pan de l'histoire », plaide Waters.

En supprimant ces vidéos, met-il en garde, « notamment celles provenant de comptes de personnes qui auraient été tuées (...), les géants des réseaux sociaux détruisent des preuves ».


Trump offre sa médiation à propos du mégabarrage sur le Nil

Le président américain Donald Trump et le président égyptien Abdel Fattah Al-Sisi à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. (REUTERS)
Le président américain Donald Trump et le président égyptien Abdel Fattah Al-Sisi à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. (REUTERS)
Short Url
  • Donald Trump propose de relancer la médiation américaine entre l’Égypte et l’Éthiopie afin de résoudre durablement le différend sur le partage des eaux du Nil lié au Grand barrage de la Renaissance
  • Le président américain met en garde contre tout contrôle unilatéral du Nil et appelle à une solution évitant un conflit armé

WASHINGTON: Donald Trump a offert sa médiation à l'Egypte et l'Ethiopie à propos du mégabarrage sur le Nil, le plus grand d'Afrique, dans une lettre adressée au dirigeant égyptien Abdel Fattah al-Sissi et rendue publique vendredi par la Maison Blanche.

"Je suis prêt à relancer la médiation américaine entre l'Egypte et l'Ethiopie afin de résoudre de manière responsable et définitive la question du partage des eaux du Nil", écrit le président américain dans ce courrier.

Il a ajouté qu'"aucun Etat dans la région ne devrait contrôler de manière unilatérale les ressources précieuses du Nil et, ce faisant, désavantager ses voisins".

Le dirigeant républicain a souligné qu'il espérait trouver une formule garantissant un approvisionnement en eau prévisible pour l'Egypte et le Soudan, et permettant à l'Ethiopie de vendre ou de fournir de l'électricité aux deux pays en aval.

Dans ce courrier, avec copie aux dirigeants saoudien, émirati, éthiopien et soudanais, M. Trump salue le rôle joué par l'Egypte dans le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas à Gaza.

Et il dit "sincèrement espérer que cette dispute légitime à propos du GERD ne mènera pas à un conflit armé majeur entre l'Egypte et l'Ethiopie".

L'Ethiopie, après 14 ans de travaux, a officiellement inauguré en septembre son Grand barrage de la Renaissance (GERD) sur le Nil, plus grand ouvrage hydroélectrique d'Afrique, malgré les tensions générées avec l'Egypte en particulier, qui le qualifie de "menace existentielle", craignant un tarissement de sa principale source d'approvisionnement en eau.

Le GERD se trouve sur le Nil Bleu, qui prend sa source en Ethiopie et s'écoule jusqu'au Soudan, où il rencontre le Nil Blanc pour former le Nil. Le Nil Bleu fournit jusqu'à 85% des eaux du Nil.

Or l'Egypte et ses environ 110 millions d'habitants dépendent à 97% du Nil pour leurs besoins hydriques, notamment pour l'agriculture.

Le Soudan a également fait part de son inquiétude.

Différentes tentatives de médiation depuis une décennie entre les trois pays - sous l'égide successivement des Etats-Unis, de la Banque mondiale, de la Russie, des Emirats arabes unis et de l'Union africaine - ont toutes échoué.


Les dernières sanctions américaines ciblent les réseaux de financement des Houthis, selon le Trésor

Vendredi, l'administration Trump a imposé de nouvelles sanctions visant davantage les Houthis soutenus par l'Iran au Yémen et le transfert de produits pétroliers, d'armes et d'autres équipements dits à double usage qui, selon elle, contribuent à financer le groupe. (AP/Photo d'archive)
Vendredi, l'administration Trump a imposé de nouvelles sanctions visant davantage les Houthis soutenus par l'Iran au Yémen et le transfert de produits pétroliers, d'armes et d'autres équipements dits à double usage qui, selon elle, contribuent à financer le groupe. (AP/Photo d'archive)
Short Url
  • Depuis 2023, les Houthis ont lancé de nombreuses attaques contre des navires en mer Rouge qu’ils considèrent liés à Israël

WASHINGTON : L’administration Trump a annoncé vendredi de nouvelles sanctions visant les Houthis soutenus par l’Iran au Yémen, ainsi que le transfert de produits pétroliers, d’armes et d’autres équipements dits à double usage, qui auraient financé le groupe.

Cette action cible 21 personnes et entités ainsi qu’un navire, incluant certaines sociétés-écrans présumées au Yémen, à Oman et aux Émirats arabes unis, a indiqué l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Trésor dans un communiqué.

« Les Houthis menacent les États-Unis en commettant des actes de terrorisme et en attaquant des navires commerciaux transitant par la mer Rouge », a déclaré le secrétaire au Trésor Scott Bessent.

Cette mesure s’inscrit dans la continuité des actions précédentes du Trésor pour faire pression sur les « vastes réseaux de génération de revenus et de contrebande des Houthis, qui permettent au groupe de maintenir sa capacité à mener des activités régionales déstabilisatrices », y compris les attaques en mer Rouge.

Le point central du nouveau paquet de sanctions est Janat Al Anhar General Trading LLC, l’un des nœuds financiers les plus sensibles du réseau extérieur des Houthis.

Bien que la société soit enregistrée aux Émirats, selon des sources consultées par Al-Masdar Online, elle fonctionne pratiquement comme une chambre de compensation pour les transferts d’argent du marché noir liés aux Houthis. Elle traite des fonds utilisés par des commerçants affiliés au groupe pour acheter des marchandises de contrebande, des pièces détachées, du matériel et même des cargaisons liées à l’armement en provenance de Chine et d’autres pays.

Janat Al Anhar relie un réseau de commerçants à Sanaa à des circuits financiers externes aux Émirats et au-delà, permettant aux Houthis de gérer des flux financiers parallèles hors du système bancaire officiel et à l’abri de la surveillance.

Janat Al Anhar est le nouveau nom commercial d’Abu Sumbol General Trading LLC après sa désignation en 2024 pour soutien à Sa’id Al-Jamal, facilitateur financier des Houthis basé en Iran.

Les sociétés émiraties Al Sharafi Oil Companies Services et Adeema Oil FZC, détenues par Waleed Fathi Salam Baidhani, ainsi qu’Arkan Mars Petroleum DMCC, ont également été désignées comme facilitatrices majeures pour le pétrole et le gaz au profit des Houthis.

« Ces sociétés reçoivent un soutien financier du gouvernement iranien et maintiennent des liens avec des ressortissants iraniens », note le Trésor.

Également sanctionnée, Alsaa Petroleum and Shipping FZC (Alsaa), détenue par le ressortissant iranien Imran Asghar, facilite les transactions financières entre le gouvernement iranien et les sociétés pétrolières affiliées aux Houthis. Alsaa a également agi comme société-écran pour effectuer des paiements et examiner des transactions pour Arkan Mars Petroleum DMCC.

Le Trésor américain a aussi désigné New Ocean Trading FZE (New Ocean) comme agent d’une société yéménite qui se procurait du matériel militaire pour les Houthis.

« New Ocean a importé des dispositifs de communication, des systèmes techniques et de contrôle, des ordinateurs, de l’électronique, du matériel de forage, des matériaux industriels et électriques et des systèmes énergétiques vers les zones contrôlées par les Houthis au Yémen », précise l’agence américaine.

« New Ocean a fourni des services logistiques et financiers à l’importateur de pétrole Houthi Arkan Mars Petroleum Company en tant qu’expéditeur d’une cargaison de carburant entre Sharjah (Émirats) et Ras Isa (Yémen).

« Suite à cette action, tous les biens et intérêts dans les biens des personnes désignées ou bloquées, situés aux États-Unis ou en possession ou sous contrôle de ressortissants américains, sont bloqués et doivent être signalés à l’OFAC. »

« De plus, toute entité possédée, directement ou indirectement, à hauteur de 50 % ou plus par une ou plusieurs personnes bloquées est également bloquée. Sauf autorisation par une licence générale ou spécifique délivrée par l’OFAC, ou exemption, la réglementation de l’OFAC interdit généralement toutes les transactions par des ressortissants américains ou aux États-Unis impliquant des biens ou intérêts de personnes bloquées. »

Depuis 2023, les Houthis ont mené de nombreuses attaques contre des navires en mer Rouge qu’ils considèrent liés à Israël, affirmant agir en solidarité avec les Palestiniens face à la guerre israélienne à Gaza.

L’influence régionale de Téhéran a été affaiblie par les attaques israéliennes contre ses proxies, y compris les Houthis au Yémen.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le roi Salmane d’Arabie saoudite quitte l’hôpital après des examens médicaux à Riyad

Aucune autre information n'a été fournie concernant son état de santé ou tout autre détail médical. (AFP)
Aucune autre information n'a été fournie concernant son état de santé ou tout autre détail médical. (AFP)
Short Url

RIYAD : Le roi Salmane d’Arabie saoudite a quitté vendredi soir l’hôpital spécialisé King Faisal de Riyad, a rapporté l’Agence de presse saoudienne.

Le souverain y avait effectué des examens médicaux, avait indiqué plus tôt l’Agence.

Selon le communiqué, les résultats des examens se sont révélés « rassurants ». 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com